‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 62 sur 164 · SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME

Semcn est verbum Dei.

Le bon grain, c'est la parole de Dieu. Saint Luc, chap. vm.

Puisque Jésus-Christ, la sagesse et la vérité éternelle, a lui-même pris soin de nous expliquer la parabole de notre évangile, il ne nous est point permis, mes Frères, d'y donner un autre sens, et nous n'en pouvons faire une plus juste ni une plus solide application. Il est seulement question de savoir si vous êtes de celte terre , où le bon grain de la parole de Dieu ayant jeté de fortes racines , germe en son temps, croît et s'élève, et par une heureuse fécondité rend une abondante récolte. C'est-à-dire , pour nous en tenir toujours à la pensée et à l'interpréiation de notre adorable maître, qu'il s'agit de savoir si vous êtes de ces cœurs vraiment chrétiens, de ces cœurs droits, de ces cœurs parfaits , qui , saintement disposés à écouter la divine parole, la retiennent, la méditent, s'en font une nourriture ordinaire; et par une persévérance invariable dans les voies de la piété , par un exercice constant de toutes les œuvres d'une vie agissante et fervente, lui laissent déployer toute sa vertu, et rapporter tous les fruits de sainteté qu'elle peut produire. Car voilà en termes formels comment le Sauveur du monde nous les a marques : Quod autemin bonam terrant , hi suni qui in corde bono el optinw audïentes verbum relinent, et fructum afferuntin paiienliâ (Luc, 8). Depuis tant d'années, mes

chers auditeurs , que dans cette chaire on vous parle au nom du Seigneur, quels miracles sa parole n'auroit*elle pas opérés pour l'édification de vos âmes , si elle y eût trouvé de semblables dispositions ? Mais de quoi nous ne pouvons assez gémir, c'est de la triste décadence où est tombé le ministère évangélique, et où il tombe encore tous les jours. Car, quoiqu'il y ait plus de prédicateurs que jamais pour l'exercer, quels succès voyons-nous de leurs prédications? Quels abus ont-ils corrigés? Quels scandales ont-ils retranchés? Quelles victoires vous ont-ils fait remporter sur l'enfer, sur le monde, sur vousmêmes , et à quel degré de perfection vous ont-ils élevés? Est-ce que votre grâce, ô mon Dieu, n'accompagne plus votre parole? Est-ce que vous nous laissez , selon l'expression de votre apôtre , planter et arroser; mais qu'il ne vous plaît plus de donner , comme autrefois, l'accroissement? Deus incrementum cledit (1. Cor., 5.) Ne nous en prenons point à Dieu* Chrétiens, ni à sa providence. Ne remontons point si haut pour aller jusqu'à la source d'un mal qui ne vient que de vous, et qui ne doit être imputé qu'à vous. Puissiez-vous , après en avoir connu le principe que je vais vous découvrir, y appliquer le remède! C'est pourquoi je demande le secours du ciel par l'intercession de Marie. Ave.

C'est une belle pensée de saint Bernard, et qui renferme pour nous un grand fonds de moralité, que trois principes ont concouru à nous donner, quoique diversement, la divine parole : savoir, la Vierge, l'Eglise et la grâce. La Vierge nous l'a donnée revêtue d'une chair semblable à la nôtre, pour nous la faire voir. L'Église nous la donne sous des sons qui frappent nos oreilles, et par le ministère de la voix, pour nous la faire entendre. Enfin la grâce, par l'infusion du Saint-Esprit, nous l'insinue dans le cœur, pour nous en faire profiter. Verbum Maria vestitum carne, Ecclesiaveslitiim sermone, gralia traclit amplexanclum Spiritus Sancli infusione (Bern.). Si Marie ne l'avoit pas reçue dans son sein, ellen'auroitpu nous la donner visible et palpable. Si l'Église ne la faisoit pas retentir aux oreilles du corps, nous ne pourrions l'entendre sensiblement , ni la recevoir de la bouche des prédicateurs ; et si par l'onction de la grâce elle ne pénétroit jusque dans nos âmes, elle n'y feroit nulle impression, et n'y produiront aucun fruit. Mais, ajoute le même saint Bernard , cette parole indivisible et une en elle-même se communique à chacun selon la diversité des sujets et leurs différentes dispositions. De sorte qu'elle nous devient ou utile ou inutile, à proportion qu'elle trouve nos cœurs ou bien ou mal préparés. De là vous voyez, Chrétiens, de quelle importance il est pour vous d'apprendre à la bien recevoir, et de connoître ce qui en arrête tous les jours les salutaires effets. Mais parceque vous pourriez être peu touchés de cette stérilité de la divine parole , si vous en ignoriez les terribles conséquences, il faut en même temps vous faire voir à quoi

vous vous exposez en ne profitant pas d'un don si précieux; et voici deux propositions que j'avance. La parole de Dieu vous est inutile , parceque vous ne la recevez pas comme parole de Dieu : c'est la première partie. Et dès que par votre faute cette sainte parole vous est inutile , elle devient le sujet de votre condamnation devant Dieu : c'est la seconde partie. En deux mots, j'ai à vous montrer pourquoi vous profitez si peu de la parole que nous vous prêchons; et comment dèslors cette parole de salut, par le plus funeste renversement, doit servir de matière à votre réprobation : voilà tout mon dessein.

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