‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 65 sur 164 · SUR LE SCANDALE DE LA CROIX ET DES HUMILIATIONS DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LE SCANDALE DE LA CROIX ET DES HUMILIATIONS DE JÉSUS-CHRIST

Assumpsit Jésus duodecim, et ait illis : Ecce ascendimus Jerosolymarn, et consummahuntur omnia quœ scripta surit per prophetas de Filio Hominis. Tradetur enim Gentibus , et illudetur, et flagellabitur, et conspuetur ; et postquam fîagellaverint, occident eum. Et ipsi nihil horum itellexerunt, et erat verbum istud absconditum ab eis.

Jésus prit avec lui ses douze apôtres, et leur dit : Voici que nous allons à Jérusalem, et tout ce que les prophètes ont écrit du Fils de l'Homme s'accomplira. Car il sera livré aux Gentils, moqué, flagellé, couvert de crachats; et après qu'on l'aura flagellé, on le mettra à mort. Mais les apôtres n'entendirent rien à tout cela, et c'étoit une chose cachée pour eux. Saint Luc , chap. xviii.

Voilà, Chrétiens, ce qui a soulevé tant d'esprits, ce qui a même révolté toute la terre , et de quoi le monde entier s'est scandalisé : Jésus-Christ couvert d'ignominie et d'opprobres, Jésus-Christ souffrant et mourant sur une croix. Scandale de la croix , où sont compris tous les autres. Car qui dit un Dieu crucifié dit un Dieu anéanti , ?un Dieu méprisé , un Dieu persécuté. Et parceque tout cela est venu de son choix , dire tout cela , c'est dire un Dieu qui a aimé les mépris , les abaissements, les persécutions , les souffrances. Et comme le choix de Dieu fait le prix et la valeur des choses, dire un Dieu qui a aimé tout cela, c'est dire un Dieu qui nous a rendu tout cela recommandable, qui l'a estimé, qui l'a conseillé, qui l'a établi pour fondement de la perfection des hommes ; et qui par conséquent nous a imposé une obligation indispensable d'estimer tout cela nous-mêmes et de le respecter, puisqu'il est bien juste que la créature conforme ses sentiments à ceux de son souverain auteur et de son Dieu. C'est toutefois, mes chers auditeurs , de ces humiliations et de cette croix que les hommes se sont laissé rebuter : jusque là que les apôtres mêmes, élevés à l'école du Fils de Dieu, n'entendirent rien à ce qu'il leur disoil des outrages qu'il devoit bientôt recevoir en Jérusalem, et de la mort qu'il y alloit souffrir : Et ipsi nihil horum intellexerunt , et erat verbum istud absconditum ab eis. Ne tombons-nous pas tous les jours dans le même scandale? Qu'on nous propose un Dieu tout puissant et brillant dans l'éclat de sa gloire, notre esprit reçoit aisément les grandes idées qu'on nous en donne. Mais qu'on nous fasse voir ce même Dieu dans l'obscurité et dans les douleurs d'un supplice également rigoureux et honteux, c'est à quoi notre cœur sent une résistance naturelle ; et de cette résistance dont on ne suit que trop le mouvement naît, jusques au milieu du christianisme, le libertinage. Il est donc, Chrétiens, du devoir de mon ministère, que je travaille, ou à vous préserver, ou à vous retirer d'un scandale qui se répand sans cesse, et qui infecte les âmes de son venin. 11 est important d'exciter votre foi , de la soutenir, et de vous mettre dans les mains des armes pour la défendre. Il s'agit des points fondamentaux de

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notre religion , puisqu'elle est fondée sur la croix et sur les humiliations de Jésus-Christ. La conséquence infinie de mon sujet demande toute la force de mon zèle et toute la réflexion de \os esprits, après que nous aurons imploré le secours du ciel par l'intercession de Marie, en lui disant : Ave.

Qui l'eût cru, que Jésus-Christ, prédestiné de Dieu comme le Rédempteur du monde, dût être un scandale pour le monde même ? 11 n'est néanmoins que trop vrai, Chrétiens, et c'est le désordre que j'ai présentement à combattre. Or, pour vous expliquer d'abord mon dessein , i avance deux propositions qui vont partager ce discours , et qui vous feront voir tout ensemble le crime et le malheur de ce scandale que nous tirons des humiliations d'un Dieu Sauveur et de sa croix. Car je prétends qu'à considérer ce scandale dans son objet et par rapport à Dieu, il n'est rien de plus criminel ni de plus injurieux ; et j'ajoute qu'à le regarder dans ses suites et par rapport à l'homme, il n'est rien de plus funeste ni de plus pernicieux. Deux vérités, mes chers auditeurs, que j'entreprends de traiter aujourd'hui, et dont il ne me sera pas difficile de vous convaincre; deux vérités capables de faire sur vos cœurs les plus fortes impressions. Pour peu que vous compreniez ce que c'est que Dieu et ce qui lui est dû, vous comprendrez aisément quelle est l'injustice de l'homme qui , par une témérité insoutenable, veut entrer dans les conseils] de la sagesse divine; et qui, trouvant dans les humiliations et dans la croix de son Sauveur le plus puissant motif pour s'attacher inviolablernent à lui, s'en fait au contraire une raison de se séparer de lui, et de l'abandonner. Ce n'est pas assez : mais pour peu que vous soyez encore sensibles à votre plus solide intérêt, qui est celui de votre salut, vous le serez au danger affreux où vous expose le scandale que j'attaque, et vous apprendrez à vous en garantir. Je sais que je parle dans un auditoire chrétien ; mais dans l'auditoire le plus chrétien, il y en a dont la foi est foible et chancelante ; il y en a qui aiment à raisonner sur ces points de religion, et dont tous les raisonnements n'ont d'autre effet que de les jeter dans le trouble ; il y en a même qui, chrétiens en apparence, sont incrédules et libertins dans le cœur. Or vous voyez combien cette matière leur convient à tous. Ainsi je reprends, et je dis en deux mots : ^ieu offensé par le scandale de l'homme touchant les humiliations et 1 croix de Jésus-Christ, c'est la première partie. L'homme perdu par Cwnême scandale des humiliations et de la croix de Jésus-Christ, ce la seconde partie. Appliquez-vous, s'il vous piaît , à l'une et à 1 aue. Ce sujet convient d'autant plus au temps où je parle, que ceSti temps de piaisir, où le monde semble insulter à l'Evangile, et où le *ertjnage traite avec plus de mépris les mystères de Dieu, pour être eLjro-,t ^ rejeter l'étroite et sainte morale dont ces divins mY&tere ont les solides fondements. Commençons.

ôffi. SUR LE SCANDALE DE LA CROIX, etc.

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