‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 88 sur 164 · SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

Erant appropinquantes ad Jesum publicani et peccatores, ut audirent illum; et rnurmurabant pharisœi et scribœ, dicenles : Quia hic peccatores recipit , et manducat cum illis.

Des publicains et des pécheurs venoient à Jésus pour il'entendre; mais les pharisiens et les scribes en murmuroient , disant : Cet homme reçoit les pécheurs , et il mange avec eux. Saint Luc , chap. xv.

Ils murmuroient, dit saint Grégoire pape; ils condamnoient îa con- B. % 51

duife du Sauveur des hommes, et l'accusoient d'une molle indulgence à l'égard des pécheurs, parce qu'ils ne connoissoient pas le véritable esprit de la sainte loi qu'il etoit venu annoncer au m<mde. Pleins de faste et d'orgueil , ils afïectoient une fausse sévérité; et ils auroient cru p ofaner leur n.inisière, en se communiquant à des âmes criminelles elles recevant auprès d'eux. Mais telle est , mes Frères, la grande différence qui se rencontre entre la prétendue sainteté des pharisiens et la sainteté évangélique : l'une est sé\ère jusqu'à se rendre inexorable, et à étouffer tous les seniiments d'une juste compa sion; l'autre ne dédaigne personne , s'attendrit sur les misères spirituelles du prochain, et ne cherche qu'à les soulager : Vera justitia compassionem habei ; falsa, detestationem (Greg.). Il n'est donc pas surprenant, selon des caractères si opposés, que ces pharisiens et ces scribes se scandalisassent de voir Jésus-Christ au milieu des pécheurs, leur prêchant sa divine parole , leur enseignant les voies de la pénitence, les visitant et mangeant à leur table: et nous ne devons pas plus nous é onner que le même Fils de Dieu, sans égard à l'injuste scandale des dévots du judaïsme et à leur rigueur extrême, appelât auiour de lui, comme un bon pasteur, ses brebis perdues, qu'il travaillât aies ramener au bercail, qu il leur fît entendre sa voix dans leur égarement , et qu'il les accueillit avec douceur dans leur retour : Quia lue peccatores recipil , et mmclucat cum ilis. Que veux-je dire îipres tout, Chiéliens? Est-ce que cet Homme-D eu , pour attirer les pécheurs, flattoit le pèche? Est-ce qu'il leur ouvroit un chemin spacieux et commode, et MiTil manquoil de sévérité dans sa morale? Il n'y a qu'à consulter son Évangile pour se détromper d'une si grossière erreur, llétoit sévère, mais avec mesure, mais avec une sagesse toute divine; au lieu que les pharisiens l'étoient où il ne lalloit pas l'être, et ne l'étoient pas où il falloit l'être. Ceci , mes chers auditeurs, me présente une occasion bien naturelle de vous entretenir aujourd'hui de la vraie sévérité, de vous en donner l'idée que vous devez avoir, de distinguer la sévérité chrétienne de la sévérité pharisienne, dexposerl'une et l'autre à votre vue, et de vous faire ainsi connoîtrede quels écueils vous avez à vous garantir dans la voie du salut , et quelle route vous avez à prendre pour les éviter. C'est paruculièrem* nt en ces sories de sujets que nous avons besoin des lumières et de l'assistance du Saint- Esprit , qui est un esprit de discernement et de vérité. Demandons-les par l'intercession de Marie , et disons-lui : Ave.

Si la perte et la damnai ion de l'homme est dans lui-même, selon que le prophète autrefois le reprochoit à Israël, Perduio tua, hra'èl (Ose^e, 15) ; je puis dire, Chrétiens, par une règle toute contraire, et supposant d'aboî d Sa g ace comme un principe nécessairement et absolument requis, que c'est aussi dans nous-mêmes et dans notre propre fonds qu'est notre sanctification et notre salut. Pour trouver donc

îa véritable sainteté et tout ensemble la véritable sévérité de l'Évangile, nous ne la devons point chercher hors de nous, mais dans nous, parceque c'est dans nous qu'elle réside, ou du moins en nous qu'elle doit consister; je m'explique. Quelle étoit îa sévérité des pharisiens? une sevéïité tout extérieure , qui ne regardoit que les cérémonies de la loi, que les anciennes traditions, que les exerc ces publics de la religion. Ilssanctifioient, pour : insi parier, les dehors de l'homme, mais ils ne sanciifioient pas l'homme. Car qu'est-ce proprement que l'homme, et qu'y a-t-il dans l'homme de plus essentiel? i'tsprit et le cœur. Or voilà où la sévérité pharisienne ne s'étendoit point, et voilà surtout à quoi s'attache la sévériié chrétienne etce qui en fait le capital. Prenez gai de, s'il vous plaît, et comprenez le dessein etle partage de ce discours. Par rapporta l'esprit, la sévéi ité des pharisiens eloit une sévérité présompi ueuse, et obstinée dans ses jugements; par rapport au cœur, la sévérité des pharisiens étoit une sévérité passionnée,et violente dans ses ressentiments. Mais à cela j'oppose deux marques distinctives de la sévérité chrétienne : l'une est la docilité de l'esprit, comme vous le verrez dans la première partie; l'autre, la moriihVation du cœur, comme je vous le montrerai dans la seconde partie. Docilité de l'esprit, pour en soumettre les jugements; mortification du cœur, pour en vaincre les passions. Ces deux points méritent toute votre attention.

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