‹ Œuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 18 sur 79 · UB. LA. CHARITÉ ENVERS LES NOUVEAUX CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

UB. LA. CHARITÉ ENVERS LES NOUVEAUX CATHOLIQUES

îls reviendront des fausses idées qu'ils en avaient conçues, et ils >en prendront de plus justes et de plus vraies ? Sans cela , les pré- -dicateurs auront beau parler, toutes nos exhortations seront inutiles, et tout ce que nous dirons ne produira rien. Car, comment recevront nos discours des gens à qui nous refusons le pain et la '^ie , et qui, comparant ce qu'ils sont avec ce qu'ils étaient, se trouveront parmi nous assaillis de toutes sortes de calamités et •sans espérance d'aucun soutien? Ne croiront-ils pas que leur misère est une punition du ciel ; que Dieu condamne leur changement et qu'il les en châtie? Ne penseront-ils pas à retourner eu arrière et à rompre l'engagement qu'ils avaient contracté avec nous? Dangereuse tentation contre laquelle il ne tient qu'à vous , Mesdames, de les prémunir, et illusion subtile dont vos charités les détromperont.

Il y a plus : en persuadant leurs esprits , vous gagnerez leurs cœurs . Car, rien ne gagne plus le cœur que l'affection qu'on nous témoigne et que le bien qu'on nous fait. Ils trouveront de la douceur dans la foi catholique, et par là ils la goûteront; et elle leur deviendra chère et aimable. Tel est le moyen dont se servait le- Sauveur môme du monde : pour sauver les âmes, il guérissait les corps, et à peine a-t-il opéré l'un de ces miracles sans l'autre. Gela paraît intéressé ; mais , Dieu , dont la providence est adorable, emploie tout à la vocation et au salut de ses élus. Les riches et les pauvres se gagnent différemment : ceux-là d'une certaine manière, et ceux-ci par les dons. Mais qu'importe , pourvu qu'en effet on les gagne tous, et qu'à l'exemple de notre divin maître nous profitions des besoins des pauvres pour les acquérir à l'Eglise, et nous nous prévalions de leur indigence pour la gloire et les intérêts de Dieu? Moyen le plus proportionné à leur faiblesse : convertis ou non convertis , ce sont les membres de Jésus-Christ, mais les membres souffrants et languissants qu'il faut, par conséquent , ménager et mettre en état de bien digérer la sainte nourriture qu'on leur destine. Comme pauvres, ils doivent être évangélisés : Pauperes evangelizantur (Matth. 11); mais il est nécessaire à leur égard que l'Evangile soit accompagné d'amples largesses et d'utiles secours. Moyen que vous avez entre les mains , vous , Mesdames, que Dieu a pourvues des biens de ce monde , et qui aurez là-dessus plus de compte à lui rendre. D'où s'ensuit une décision qui vous étonnera peut-être , et qui pourra troubler vos consciences ; mais dont vous serez obligées de convenir, pour peu que vous y fassiez d'attention, et que vous compreniez les principes les plus communs et les plus indubitables de la morale chrétienne. C'est par là que je finis, et c'est dans cette conclusion que je renferme tout ce qui me reste à vous représenter sur un sujet si important.

Voici donc comment je raisonne. 11 est certain que les œuvres de miséricorde ne sont pas seulement de conseil, mais de précepte, dans le christianisme, puisque c'est particulièrement sur ces œuvres de miséricorde que nous devons être jugés un jour, et récompensés ou réprouvés éternellement. Il est certain que ces œuvres de miséricorde ordonnées sous de si grièves peines , ne regardent pas seulement les besoins du corps, mais les besoins de l'âme; et môme

les besoins de l'âme encore plus que ceux du corps, puisque Tâme est bien plus noble que le corps. De là je conclus, que ce qui suffi-» rait pour être coupable d'un péché mortel par rapport aux besoins du corps, suffit à plus forte raison pour être également criminel par rapport aux besoins de l'âme. Si donc, comme il est évident et comme vous le reconnaissez toutes, ce serait un péché digne de la damnation, d'abandonner le pauvre dans le danger prochain de perdre la vie du corps, faute d'un secours qu'on peut lui fournir, c'est une conséquence incontestable, que ce ne sera pas un moindre crime (je devrais dire que ce sera un crime mille fois plus grand) de l'abandonner dans le prochain danger de perdre la vie de l'âme et de se pervertir, lorsqu'on peut, par une assistance salutaire, le mettre à couvert de ce malheur et l'en préserver. Or, ne savez-vous pas , Mesdames, que c'est là le péril où se trouvent une infinité de pauvres à demi convertis? Je dis à demi convertis, car, malgré toutes les démonstrations extérieures et toutes les paroles qu'ils ont données, nous ne devons pas supposer qu'à leur égard tout soit déjà fait, et nous devons plutôt supposer que tout est encore à faire. En effet, les uns, ainsi que je vous l'ai d'abord marqué, quoique convertis de bonne foi, ne sont pas néanmoins bien établis dans la grâce de leur conversion. D'autres sont dans le Iroubh; et dans l'agitation qu'a dû leur causer un changement qui les éloigne de tout ce qu'ils avaient de plus cher, et qui les engage à une créance et à des pratiques où ils n'ont point été élevés. Quelques-uns demeurent dans une indifférence et une froideur qui ne les, attache à rien , et plusieurs ne se sont enfin soumis que par force, et catholiques au dehors, ne le sont guère dans le creur. Jugez ce qu'il doit arriver de tous ces gens-là, si votre clmrilé n'y remédie. Jugez si Ton peut raisonnablement espérer qu'ils aient assez de persévérance pour tenir ferme dans l'afïliction et dans la di?elt(>. Ce sont des arbres transplantés : s'il n'y a point de suc dans la terre pour les nourrir, si c'est pour eux une terre sèche, y prendront-ils racine, et dès le premier Orage ne seront-ils pas renversés?

Reprenons, Mesdames : il est donc vrai que cette nombreuse multitude de nouveaux catholiques est exposée à retomber dans l'hérésie , à renoncer la foi et à se damner. Il- n'est pas moins vrai que vous pouvez les arrêter sur le bord du précipice et les sauver en les cultivant , en les consolant, en les soulageant, en subvenant à leur infortune. Si vous ne le faites pas, vous en croirez-vous quittes devant Dieu?

Hé ! Mesdames , qu'on vint actuellement vous dire qu'à la porte de cette maison un pauvre est sur le point d'expirer par la faim qui le consume, y en a-t-il une de vous qui ne courût à l'aide et qui s'en tînt dispensée? Or, je vous avertis, moi, et vous ne pouvez l'ignorer, que des milliers de pauvres sont prêts à périr spirituellement, parce que vous les laissez périr temporellement; et sur cela, vous vivrez tranquilles et sans scrupule? vous penserez n'en être point comptables à Dieu? vous ne craindrez point cette formidable menace qu'il vous fait dans l'Ecriture, aussi bien qu'à ces prêtres qu'il avait choisis pour la conduite de son peuple : Sanguinem autem ejus de manu tuà requiram (Ezech. 3) ; Voilà des âmes dont

le salut dépendait de vous. Elles m'étaient bien précieuses, puisque je les avais rachetées de mon sang : mais les voilà perdues par votre faute. Je vous les redemande; et si vous ne pouvez me les rendre, il faut que la vôtre m'en réponde : Sanguinem autem ejus de manu tuâ requiram. Oui, Mesdames, la vôtre en répondra, mais ce qui doit être aussi pour vous d'une consolation infinie, c'est qu'autant d'âmes que vous conserverez à Dieu, autant mettrezvous le salut de la vôtre en sûreté, autant Dieu le comblera-t-il de grâces en cotte vie, et de gloire dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite , etc.

PREMIÈRE EXHORTATION Sur la Oliarité envers izn Séminaire.

ANALTSE.

SUJET

Marie-Madeleine prit une livre (Thiiile de senteur, d'un nard excellent et de grand prix, et elle en arrosa les pieds de Jésus. — Ce que fit Madeleine pour Jésus-Christ , c'est ce que nous devons faire pour ses ministres assemblés dans cette maison, ea répandant sur eux nos charités.

DIVISION

Notre cLarité aura ces trois avantages : qu'elle sera d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ, que l'aclion iiK^ne de ^ladeleine, {repartie ; qu'elle sera d'une utilité si évidente , qu'il n'y aura point d'esprits assez criiiques pour ne la pas approuver, 2e partie; que le fruit s'en répandra dans toute l'Eglise, 3" partie.

Charité d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ que l'action même de Madeleine. L'action de Madeleine ne fut que l'ombre , que la figure de l'aumône et de la charité chrétienne. Or, la seule figure ayant été d'un si grand mérite auprès du Sauveur des hommes , combien plus est-il glorifié de la vérité même et de l'effet ?

Madeleine ne se contenta pas de répandre ce parfum sur les pieds de Jésus-Christ : elle le répandit encore sur sa tète. Image de ce que nous faisons , en assistant les ministres de l'Eglise. Les autres pauvres sont

comme les p-eds de Jésus-Christ ;

mais ceux-ci en sont comme la tôte.

On a du zèle pour l'ornement des autels : les tabernacles et les autels vivants du Dieu de gloire, ce sont les prêtres.

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