PREMIÈRE PARTIE
Qui sont ceux que nous devons assister? ce sont de véritables pauvres, ce sont de saints pauvres, ce sont des pauvres qui ont choisi Jésus-Christ en embrassant l'état ecclésiastique, et que Jésus -Christ a choisis en les y appelant.
Ce sont des pauvres étrangers , bannis de leur patrie en haine de leur religion. Ce sont des pauvres envers qui nous pratiquerons tout à la fois , l'aumône corporelle en contribuant à leur subsistance, et l'aumône spirituelle , en les affermissant dans leur attachement à la vraie foi, et en leur associant de zélés ouvriers qui les secondent.
Enfin ce sont des pauvres qui, par
leurs prières , nous rendront au centuple ce qu'ils auront reçu de nous.
En est-il donc qui méritent plus nos soins et notre assistance?
SECONDE PARTIE
Pourquoi particulièrement les devons-nous assister? parce qu'ils sont destinés à combattre l'erreur, et à maintenir, autant qu'il leur sera possible , la religion dans des royaumes hérétiques, où l'Eglise est persécutée et opprimée. Avant que d'agir, il faut qu'ils se disposent et qu'ils se forment. Voilà pourquoi on les retire dans ce séminaire, établi selon l'idée du concile de Trente : mais de quoi y seront-ils entretenus, si les charités viennent à leur manquer?
C'est donc à nous qu'ils s'adressent, comme l'ange de la Macédoine s'adressa à saint Paul.
La charité , dit-on , ne peut pas fournir à tout. Faux prétexte : on trouve bien de quoi fournir à tant de dépenses inutiles. Ayons plus de foi et plus de confiance en Dieu. Mais , ajoute-t-on, il faudrait pour cela se retrancher bien des choses : eh bien!
peut-on se les retrancher pour une œuvre plus importante?
Zelus domûs tuœ comedit me.
Le zèle de votre maison me dévore.
(PsiOKR 68.)
C'est un prophète qui parle , Mesdames ; et sans être inspirées comme lui de l'esprit prophétique, j'ose dire que vous devez être animées du même zèle. C'était 1 honneur de la maison de Dieu qui le touchait; et à quoi devez-vous être plus sensibles qu'aux besoins de ce séminaire , où Dieu habite d'une façon d'autant plus particulière , que c'est la demeure de ses ministres, et leur refuge dans la tribulation dont ils ont été affligés! Ils n'en ressentent encore que trop les effets; et si la charité ne s'intéresse pour eux et pour leur soulagement, ils ne doivent s'attendre désormais qu'aune ruine totale et à une entière désolation. La laisserez- vous tomber, cette maison de Dieu? Faudra-t-il qu'une œuvre si saintement entreprise soit tout à coup arrêtée par défaut de secours, lorsqu'il ne
lient qu'à vous de la soutenir, de l'avancer, de la consommer? Non,- Mesdames , vous ne l'abandonnerez point. Le zèle dont le prophète était consumé s'allumera dans vos cœurs, ou s'y réveillera; et c'est pour l'exciter que je veux vous faire voir deux choses : Qui sont ceux que vous devez ici assister; ce sera la première partie. Pourquoi vous les devez assister, ce sera la seconde. Fasse le ciel que vous sortiez de cette assemblée aussi ardentes pour la maison du Seigneur que l'était ce saint roi , qui s'écriait dans le transport de son âme : Zelus domûs tuœ comedit me. Passe le ciel que sans vous borner, ni à des désirs , ni à des paroles , vous en prouviez la sincérité et la solidité par une prompte et constante pratique. Voilà tout le sujet et tout le fruit de cette exhortation.