‹ Œuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 79 · PREMIÈRE PARTIE. Combien il est important d alta · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. Combien il est important d alta

Leprincipe du crime de Judas, ce querla passion de bonne iieure, puis-

fxit une passion mal réqlée. Quelle que lorsqu'elle s'est fortifiée , on ne

passion? sa seule avarice. Se voyant peut , sans une extrême difficulté, la

frustré du gain qu'il eût fait , si l'on surmonter.

Combien il est nécessaire de n'en épargner aucune et de les réprimer toulHS, puisqu'une seule suffit pour nous perdre. C'est une maladie mortelle, et il ne faut qu'une maladie mortelle pour nous causer la mort.

Prière à Dieu.

SECONDE PARTIE

Le comble du crime de Judas, ce fut un aveugle désespoir. Un apôtre réprouvé , quel abîme des jugements de Dieu! C'est là néanmoins que s'est terminée la trahison de Judas : pourquoi ? parce qu'il désespéra de la miséricorde de Dieu. Il fut touché de repentir, mais d'un repentir de démon , parce qu'il n'était pas accompagné de l'espérance chrétienne. Il reconnut son péché , mais il ne reconnut pas en même temps , remarque saint Bernard, la bonté de Dieu envers les pécheurs. Il rendit le prix pour lequel il avait vendu son

maître; mais , dit saint Augustin, il De fit point attention au prix dont son maître l'avait racheté. C'est ce qui le porta à ce dernier attentat, où s'arrachant lui-même la vie, il consomma son éternelle damnation.

De là apprenons : 'i" à craindre Dieu, et à opérer notre salut avet tremblement , en quelque état et e^ quoique profession que nous soyons, 2o à ne point séparer la confiance do la crainte , mais à espérer toujours en Dieu ,. quelque pécheur que nous ayons été. Le plus grand artiOce de l'esprit séducteur, est de nous donner do la confiance avant le péché, et de nous l'ôter après le péché. Tant que le pécheur se confiera à la grâce divine , ce sera toujours pour lui une ressource , parce que ce sera un motif capable de l'attirer à Dieu, et de lui faire prendre une sainte résolution de se convertir.

Adhiic eo loqncnte , ccce Judas nnus de diindecim venit , et cum eo turba multa, misai à principilms sacerdohim. Qui autem tradidcrut eum, dedet illis sigmim , dicens : Queeumque oscnlatiis fiiero, ipse est , tenete eum.

Le Sauveur du monde n'avnit pas encore achevé de parler, qne Judas , l'un des douze apôires , arriva , et avec lui une troupe d'houimcs aimés, qui étaient envoyés par les princes îles prèires. Or, le disciple qui le traliiss;iit leur avait donné ce signal, et leur avait dit : Celui que je baiserai , est celui que vous cherchez-

(S. Maith., ch. -ô.)

QUE puis-je, Chrétiens, ajouter à ces paroles? et pour vous faire concevoir une juste horreur de la trahison de Judas, ^quelle autre image vous en tracerais-je, et en quels caractères plus marqués pourrais-je vous la représenter? C'est un disciple de Jésus-Christ, et c'est même un des disciples favoris, puisque c'est un des douze apôtres : Uniis de duodecim. Il paraît à la tête d'une troupe armée : contre qui? contre son Maître; et envoyé par qui? par les ennemis de son M?A\xb-: Et cum eo turba, missi à principibus sacerdoiurn. C'est lui-même qui le trahit, cet adorable Maître , et lui-même qui l'a vendu aux Juifs : Qui autem tradiderateurn. Enfin le signal qu'il leur donne pour le connaître et pour le prendre, c'est un baiser: Quemcumque osculatus fuero ^ ipse est, tenete eum. Voilà sans doute, entre les souffrances de Jésus-Christ dans sa passion, ce qui lui dut être plus sensible; et c'est de quoi je viens aujourd'hui vous entretenir. Je ne prétends point m'arrêter aune longue et inutile déclamation contre l'attentat de cette âme lâche et sans foi. Une simple vue en découvre d'abord toute l'énormité. Mais, afin d'en tirer des leçons qui nous soient profitables, nous devons considérer dans le crime de Judas surtout deux choses , savoir : ce qui en a été le principe, et ce qui en a été le comble. Or, le principe ;:e son crime, ce fut une passion mal réglée, vous le verrez dans la première partie; et le comble de son

crime, ce fut un aveugle désespoir, je vous le montrerai dans la seconde partie. De là nous apprendrons, en premier lieu, de quelle conséquence il est de ne souffrir dans notre cœur nulle passion qui le puisse corrompre ; et en second lieu , qu'à quelques excès néanmoins que la passion nous ait conduits, il n'y a jamais sujet de perdre espérance , et de se croire absolument abandonné de Dieu. Deux points que je vous prie de bien remarquer, et qui vont partager cet entretien.

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