PREMIÈRE PARTIE
Rien de plus dangereux, Chrétiens, ni rien qui traîne après soi de plus funestes conséquences qu'une passion mal gouvernée, et à qui peu à peu nous laissons prendre l'ascendant sur nous. C'est un serpent qui se nourrit dans notre sein , mais qui n'en sort ensuite qu'en le déchirant. C'est une étincelle de feu qui s'entretient sous la cendre , mais qui peut causer un incendie général. C'est ce lion domestique et familier dont parle l'Ecriture, qui , venant à croître, porte la désolation partout, et dévore tout ce qu'il rencontre. A'^érité dont le perlide Judas sera dans tous les âges un exemple mémorable. Il a trahi le Sauveur du monde, en le livrant à ses ennemis : voilà de tous les crimes le plus abominable. Mais quel en a été le principe? Si l'Evangélisle ne nous l'avait marqué en termes exprès, nous ne pourrions nous le persuader, et nous aurions formé sur cela mille conjectures, sans jamais découvrir la cause d'une si détestable entreprise. Car voyant un discii)le se tourner contre son jyiaître, et travailler à le perdre, nous aurions cru qu'il s'était déterminé à cet attentat par quelqu'un de ces violents transports qui aveuglent l'esprit et troublent les sens : par un emportement de colère, par une ardeur de vengeance, dans le ressentiment vif et tout récent d'une offense reçue. Supposé même toute l'énormité du fait, du moins aurions-nous jugé qu'il y eut quelque chose en cela de plus qu'humain, et que Judas, en s'abandonnant à celle perfidie, était possédé du démon qui agissait en lui, et dont il n'était que rinslrumenl et le ministre. Mais non, Chrétiens, ce n'a rien été de tout cela. Judas a trahi le Fils de Dieu sans emportement, sans ressentiment, sans vengeance, sans haine jet sans aversion de sa personne. Car quel sujet en eût-il pu avoir? Pendant les trois années de son apostolat, de quelles grâces ne l'avait pas comblé ce Dieu sauveur, et qu'était-il arrivé qui dût l'aigrir contre lui et l'engager à une si noire trahison? Gomment donc oublia-t-il tant de bienfaits, et sacrifia-t-il si indignement son bienfaiteur? Encore une fois, mes Frères, l'eussiez-vous jamais pensé , si le Saint-Esprit ne vous l'avait pas fait entendre? Une avare convoitise, l'esprit d'intérêt, la passion d'avoir, voilà ce qui corrompit le cœur de ce traître, et ce qui le précipita dans le plus profond abîme de l'iniquité. Reprenons la chose d'un peu plus haut, et expliquonsnous.
Il avait été présent lorsque Marie-Madeleine vint répandre sur les pieds de Jésus-Christ un parlum de très-grand prix. Il en avait conçu de la peine, et s'en était hautement déclaré. Son avarice lui avait lait traiter de profusion, et condamner une action si sainte :
Ut quid perditio hsec (Malth. 26)? Pour justifier son sentiment, il l'avait coloré d'une apparence de piété et de ctiarité : Hé quoil ne pouvait-on pas vendre cette liqueur? on en eût retiré une somme considérable, et cette somme eût servi au soulagement des pauvres : Potuit enim istud venumdari multô , et dari pauperibus {Ibid.). Rien de plus spécieux que ce prétexte : mais ce n'était qu'un prétexte; et si vous voulez savoir la vraie raison qui le touchait, le texte sacré va vous l'apprendre. Car, dit saint Jean , il n'avait guère en vue les misères des pauvres; et en parlant d'eux, ce n'était pas pour eux qu'il parlait. Mais il amassait et il thésaurisait; mais ayant soin de recueillir les aumônes faites à Jésus- Christ, il les gardait et se les appropriait : Non quia de egenis pertinebat ad eum , sed quia fur erat et loculos habens (Joan. 12). De là que lait-il? et quelle résolution, et quelle i^ffreuse extrémité 1 Judas se voit frustré de son espérance; ce gain qui lui fût revenu de ce baume précieux qu'avait apporté Madeleine, ce gain sordide qu'il se proposait, lui échappe des mains. Il veut s'en dédommager; et parce qu'il en trouve l'occasion prompte et commode, en vendant son Maître même , ce parricide ne l'étonné point. Il en a bientôt formé le dessein , il se met bientôt en état de l'exécuter; le voilà dans le conseil des princes des prêtres; du sacré collège des apôtres qu'il a quitté, le voilà dans la synagogue des Juifs avec qui il vient délibérer et négocier. Que me donnerezvous? et je vous réponds de ce Jésus que vous cherchez : je vous l'amènerai : Quid vultls miki dare? et ego eum vobis tradani (Matth. 26). Ah? disciple ingrat, que promettez-vous? que ditesvous? ou plutôt, mes chers Auditeurs, que dis-je moi-même? et comment pourrais-je fléchir un cœur que la cupidité domine? Cette âme intéressée n'écoute que ce qui peut la sati>^faire. On convient de part et d'autre : trente deniers sont offerts, et sont acceptés : tout est conclu. Judas prend des mesures, il agit , il livre Jésus, et ne s'estime pas moins heureux de pouvoir, aux dépens de cet adorable Sauveur, contenter l'insatiable désir qui le dévore, que les Juifs de pouvoir, à si peu de frais, contenter leur animosité et leur envie.
Voilà, Chrétiens, tout le fond de son crime, en voilà l'origine. C'a été un déicide, parce que c'était un voleur : Fur erat; et c'était un voleur, parce qu'il était avare. De son avarice sont venus tous ses larcins, et ses larcins ont enfin abouti jusqu'à mettre la vie et le sang d'un Dieu au prix des esclaves ; car le prix des esclaves était de trente deniers. Faut-il s'étonner qu'étant avare il soit devenu traître? non certes, puisqu'il est comme essentiel à l'avare de n'avoir point de foi. Faut-il s'étonner qu'étant avare il ait violé lâchement tous les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié? il n'y a rien en cela que de très-naturel, puisque l'amitié et l'avarice sont incompatibles : car le caractère de l'une est de se communiquer et de vouloir du bien à autrui, au lieu que le caractère de l'autre est de se renfermer toute dans elle-même, et de ne vouloir que son propre bien. Faut-il s'étonner qu'étant avare, il ait renoncé son Maître? Je n'en suis point surpris, répond saint Ghrysostome, puisque, selon l'oracle de la vérité éternelle, on ne peut servir deux
maîtres, et que tout avare est asservi à son avarice. Faut-il môme s'étonner qu'étant avare, il ait vendu jusqu'à son Dieu? Je n ai pas non plus fie peine à le comprendre, poursuit saint Chrysostome, puisque l'avare ne veut point d'autre Dieu que son avarice, ou que son argent. Or, il n'est pas difficile de concevoir qu'on vende le Dieu véritable pour un Dieu prétendu , quand ce Dieu prétendu est le seul qu'on reconnaît , et à qui l'on est dévoué. Tout cela, Chrétiens, ce sont des réflexions solides : mais sans nous arrêler à ce point particulier, ni davantage insister sur la passion de l'intérêt, concluons de l'exemple de Judas, trois choses qui regardent toute passion en général ; et apprenons premièrement combien il est pernicieux de fomenter une passion dans notre cœur, et de s'y assujettir, puisqu'elle peut nous conduire aux plus grands désordres; secondement, de quelle importance il est de l'attaquer de bonne heure , et de FétoufTer dès sa naissance, puisque lorsqu'elle s'est une fois établie et fortifiée, il faut une espèce de miracle pour la détruire et la surmonter; en troisième lieu, combien il est nécessaire de n'en épargner aucune, quelle qu'elle soit, et r^e les réprimer toutes, puisqu'une seule suffit pour nous pervertir et pour nous perdre. Trois maximes d'une conséquence extrême dans le règlement de notre vie. Plaise au ciel que je puisse bien les imprimer dans vos cœurs, et que vous sachiez dans la pratique en profiter? Car j'en appelle d'abord à vous-même , mon cher Auditeur, et je vous demande ce que peut la passion, ou pour mieux dire, ce qu'elle ne peut point, quand elle s'est emparée d'un cœur? Quelles entreprises, et quels desseins criminels ne lui inspire-l-elle pas? Elle a fait du Judas un apostat et un homicide : que ne fera-t-elle point de moi? Je n'ai qu'à rappeler ma conduite passée, et qu'à voir où m'a mené en mille rencontres une passion qui m'entraînait. N'est-ce pas là le principe de tous les dérèglements de ma vie? Si j'avais été guéri de cette passion , je n'aurais pas fait cent démarches dont je n'ai que trop lieu maintenant de me repentir; je ne me serais jamais engagé en telles et telles habitudes; je ne serais jamais aillé jusqu'à ces excès; ma raison s'y serait opiiosée, ma volonté en eût eu horreur : mais la passion m'a tout persuadé, et m'a fait franchir toutes les barrières qui .pouvaient me retenir. Aussi quand Dieu a voulu punir les hommes sur la terre, et les plus grands hommes , il n'y a point employé de plu3 terrible châtiment, que de les livrer à leurs passions : TradidU illos Deus in deslderia cordis eori/7n(Rom. 1). C'étaient des impies, dit saint Paul, parlant des philosophes païens ; et c'est pour cela que Dieu les a abandonnés au gré de leurs désirs. Il ne les a pas livrés aux afflictions et aux adversités temporelles; au contraire, il les a comblés d'honneurs et de prospérités. II ne les a pas livrés aux démons, ministres de sa justice, et les exécuteurs de ses vengeances : à qui donc ? à eux-mêmes et à leurs passions déréglées : pourquoi? parce qu'une passion, répond saint Chrysostome , est pire qu'un démon , et que Dieu se tient plus vengé par ce démon intérieur et naturel, que par tous les démons de l'enfer. Et en effet, poursuit l'Apôtre, de quelles passions ont-ils été esclaves? les plus brutales et les plus honteuses : TradidU illos in passiones ignominiœ {Ibid.).
Or, ce que Dieu a fait au regard de ces infidèles par de si sales passions , il l'a fait au regard de Judas par la passioif de rinlérôl , et c'est ce qu'il fait encore tous les jours à notre égard par tant de passions différentes qui nous tyrannissent. Hé bien! dit Dieu dans, l'ardeur de sa colère, vis donc, et agis comme tu le voudras ; suis le torrent qui l'emporte, et lâche impunément la bride à tes appétits les plus injustes et les plus désordonnés. Je t'avais jusques à présent arrêté par la force de ma grâce ; mais jeté laisse désormais la carrière ouverte. Puisque tu veux être pécheur, sois-le tout a fait, et puisque tu veux obéir à ta passion , qu'elle te maîtrise, et qu'elle te plonge dans tout ce qu'elle a de plus vicieux et de plus odieux. Car voilà, Chrétiens, le vrai sens dé cette terrible parole du Docteur des nations : TradicUt illos in passhnes ; et voilà ce que le Sauveur fit entendre à Judas, lorsqu'après avoir tenté toutes les voies pour le ramener à son devoir, il lui permit enfin , ou sembla lui permettre d'exécuter son exécrable projet : Quod facis , fac citiùs (Joan. 13); Achève, perfide, achève ce que tu as médité et commencé. Depuis ce moment, ressentit-il la moindre peine au fond de son âme? hésita-t-il à se rendre auprès des pontifes conjurés contre le Fils de Dieu? disputa-t-il quelque temps sur la convention qu'ils firent avec lui , et vendit-il au moins chèrement la sacrée personne i'e Jésus-Christ? Montra-t-il quelque répugnance à conduire lui-même les soldats dans le jardin, etïut-il ému delà présence du Maître le plus aimable, de l'accueil qu'il en reçut, et de ce reproche si tendre : Anvice (.Matth. 26) ; Mon ami; Juda, osculo Filium hominis tradis (Luc. 22)? Quoi ! Judas, vous me trahissez, et c'est par un baiser? Ahl la passion soutient tout cela, dévore tout cela, l'endurcit sur tout cela. Vous eu êtes eliVayés; mais. Chrétiens, n'y a-t-il eu qu'un Judas où la passion ait produit de si damnabîes eff'ets? et combien voyons-nous encore dans le christianisme d'hommes passionnés vendre Jésus-Christ, le trahir, le sacrifier à leurs aveugles convoitises? Supposez les crimes les plus énormes et les plus monstrueux attentats : l'homme en devient capable dès que la passion le gouverne. Supposez l'homme le plus vertueux et le plus attaché à ses devoirs; dès que la passion commencera à le solliciter, et qu'il lui prêtera l'oreille, il est en danger, et dans le danger prochain d'une ruine entière de sa conscience et de son âme, La raison est que le caractère de la passion est de n'avoir point de bornes. Car les bornes que Dieu nous a prescrites, ne peuvent nous être appliquées que par deux règles, qui sont la raison de la foi. Or, le propre de la passion est (le prévenir la raison et la foi ; et que les prévenant, elle prend l'avantage sur l'une et sur l'autre, et rend inutiles toutes leurs lumières.
Quel remède, mes chers Auditeurs? Celui même que je vous ai marqué dans la seconde maxime, et que je trouve si bieii exprimé dans ces belles paroles de l'Ecriture : Beatus qui tenebit et allidet parvulos tuos ad petram (Ps. 136) ; Bienheureux celui qui écrasera tes petits contre la pierre. Expressions figurées : et voici , selon saint Augustin , ce qu'elles nous représentent. Ces petits, remarque ee saint docteur, sont les passions de l'homme qui commencent à naître , et qui n'ont ^5 e^^"?!'e pr*" ^""5 accroissement. Or, c'est
alors que nous devons les écraser, les briser, les mortifler, parce qu'elles sont faibles , et qu'il est par conséquent beaucoup plus aisé de les vaincre et de s'en défaire. Mais si nous leur permettons de s'établir et de se fortifier, si nous les laissons se former en habitudes, dans peu nous n'en serons plus maîtres, et jusques au dernier soupir de notre vie, elles nous tiendront sous le joug et nous feront éprouver leur malheureuse et cruelle domination : Beatus qui tenehit et allidet pao^vulos tuos ad petram.
Ce que je dis , au reste, mes Frères, regarde toutes les passions , sans en excepter aucune : pourquoi? parce qu'il n'en faut qu'une pour faire en nous d'étranges ravages, et qu'une seule peut nous égarer de la voie du salut et nous damner; parce qu'il n'en faut qu'une pour susciter toutes les autres, autant qu'elles peuvent lui être utiles et servir à ses fins; parce que celle dont nous nous défions peut-être le moins, est justement celle dont nous avons le plus à craindre, et qui souvent a des suites plus funestes. Troisième et dernière maxime, non moins incontestable que les deux premières. Judas n'était ni ambitieux , ni impudique, ni sensuel , ni emporté : l'Evangile ne lui attribue aucun de ces vices; mais il était intéressé, el ce fut assez pour T^^ngager dans l'intrigue la plus criminelle, et la plus sacrilège conspiration. C'est donc fort mal raisonner que de dire : Je n'ai qu'une passion, et Dieu m'a l'ait la grâce d'être, du resta, peu sujet aux passions ordinaires qui régnent dans le monde. C'est comme si je disais : Je n'ai qu'une maladie mortelle ; et que me croyant en sûreté, je n'usasse contre cette maladie de nulle précaution. Mais dès que c'est une maladie mortelle, pourrait-on me répondre, cela ne suffit-il pas, et ne devez-vous pas prendre tous les soins nécessaires pour en arrêter le cours? Car dans le fond , qu'importe que ce soit de plusieurs maladies compliquées ensemble , ou d'une seule, que vous mouriez, si vous venez en effet à mourir? Disons de môme, Chrétiens, par rapport à la passion : c'est une maladie de l'àme, et une maladie qui peut nous donner la mort; en faut-il davantage, et qu'importe que d'autres raccompagnent ou qu'elle agisse seule? qu'importe que ce soit celle-ci ou celle-là, si nous périssons parcelle-ci aussi bien que parcelle-là, et s'il y a dans chacune séparément un poison assez malin et assez contagieux pour éteindre en nous tous les principes de la vie ?
Quelle prière faut-il donc finre plus souvent et plus ardemment à Dieu, que celle du prophète royal? Ne tradas bestiis animas confiientes tibi{Vs. 73). Ah ! Seigneur, je le reconnais devant vous, et je le confesse ; j'ai mérité mille fois, en me révoltant contre vous, de ressentir la révolte de mes passions contre moi-même. Ce sont des bêles féroces qui m'agiient, qui me tourmentent; et il est bien juste qu'une âme qui n'a pas voulu obéir à votre loi, ne soit pas elle-même obéie par ses propres convoitises. Mais après tout, mon Dieu , si vous avez à me châtier, que ce ne soit pas en me livrant à leurs désirs insensés : Ne tradas. Que j'aie de leur part des combats à soutenir; que j'aie, pour leur résister, des efforts à faire, et de grands efforts ; que je sois obligé , pour ne pas succomber à leurs attaques, de vivre dans une attention continuelle sur
moi-mêrae et dans un renoncement perpétuel à moi-môme, c'est une peine qui m'est due ; et tant que j'en serai là, et que vous voudrez m'éprouver par là , je ne penserai qu'à me soumettre et qu'à bénir votre souveraine justice. Mais , Seigneur, si jamais vous allez plus avant , et que dans cette guerre intestine vous m'abandonniez à ces ennemis de mon salut, que sera-ce de moi? Tout autre châtiment, mon Dieu, je l'accepte de votre main. Vous en avez de toutes les sortes; et quel que soit celui que vous choisirez , je m'y soumets; mais ce fatal abandonnement âmes passions, c'est, je l'ose dire. Seigneur, à quoi je ne puis consentir; c'est sur quoi je ne cesserai point d'implorer votre miséricorde , et de vous adresser mes vœux : Ne traclas bestiis animas confitentes tibi. Ce ne seront point, Chrétiens, des vœux stériles et sans fruit, pourvu qu'ils soient sincères. Dieu les écoutera : prenons confiance, et gardonsnous de l'autre malheur de Judas. La source de son crime, ce fut la passion, mais le comble et la consommation de son crime, ce fut son désespoir, comme vous le verrez dans la seconde partie.
SECONDE PARTIE
Il n'est pas surprenant que l'attentat commis contre la personne de Jésus-Christ , ait été la cause de la réprobation de Judas ; car, selon que saint Glirysostome l'a très-judicieusement remarqué , un homme perdu , un homme réprouvé de Dieu , est quelque chose de bien moins qu'un Dieu trahi et un Dieu vendu. Mais ce qu'il y a de plus étrange et de plus effrayant pour nous, c'est qu'un apôtre de Jésus-Christ se soit porté jusqu'à cette perfidie; et que, par une telle perfidie, il soit tom. é dans l'affreux état d'une damnation éternelle. Voilà ce que nous pouvons regarder comme un abîme des jugements de Dieu. Ces deux termes d'apôtre et de réprouvé joints ensemble et néanmoins si opposés, sont capables de jeter la terreur dans tous les esprits. Car qu'est-ce qu'un apôtre ? un élu de Dieu, un ministre de Jésus-Christ, un dépositaire de ses secrets, un dispensateur de ses mystères, un prédicateur de l'Evangile , un prince de son Eglise, un pasteur de son troupeau, un homme rempli des plus riches dons de la grâce. Et qu'est-ce qu'un réprouvé? l'abomination de Dieu , l'objet de la colère et de la vengeance de Dieu , une victime de l'enfer, un vase d'ignominie, selon l'expression de saint Paul, un homme frappé de la malédiction du ciel et livré à sa plus rigoureuse justice. Or, qui peut sans effroi voir tout cela réuni dans un même sujet? La réprobation d'un homme , quel qu'il soit et en quelque état que je me le flgure , est sans doute bien terrible; celle d'un juste qui, de l'état de grâce où il était élevé , tombe dans l'état de perdition , est encore beaucoup plus affreuse : que sera-ce de la réprobation d'un disciple du Sauveur, qui , de l'éminence du trône apostolique , si je puis parler de la sorte, est précipité dans un feu qui ne s'éteindra jamais, et condamné à un opprobre que rien jamais ne pourra effacer?
C'est là toutefois, mes Frères, que s'est terminée la trahison de Judas. Elle en a fait d'abord un apostat, son apostasie l'a conduit au désespoir, son désespoir lui a inspiré la pensée d'attenter luimême à sa propre vie ; et cette mort pleine d'horreur, en mettant
le comble à son crime, a mis le comble à la damnation de son âme, et doit être suivie d'une éternité de su[)plice. Encore uQe fois, n'est-ce pas là qu'il faut s'écrier avec le maître des Gentils : 0 altitudo (Rom. 11) ! 0 profondeur impénétrable! et jamais cette parole fut-elle mieux appliquée et vérifiée plus à la lettre? car une profondeur suppose une élévation : or, que concevons-nous, dans l'ordre du salut et de la grâce , de plus relevé que l'apostolat? et par conséquent, que pouvons-nous concevoir de plus profond et de plus bas que la chute et la réprobation d'un apôtre? 0 altitudo! 0 profondeur! mais do quoi? non pas des richesses de la miséricorde et de la bonté de Dieu , mais des trésors de la justif^^ et de la colère de Dieu : 0 altitudo divitiarum {Ibid.) ! Car Dieu a aes trésors de colère comme des trésors de bonté , et les uns et les autres sont également des trésors de sagesse et de science : Sapientise et scientiœ Dei {Ibid.), parce que Dieu n'est pas moins sage, ni moins éclairé en réprouvant, qu'il l'est en prédestinant. Il a voulu nous découvrir ses trésors de colère dans la personne de Judas, pour nous apprendre à les craindre et à nous en garantir. Voyons donc encore plus en détail les circonstances de la réprobation de ce malheureux.
Après avoir traité avec les princes des prêtres, il renonce à Jésus-Christ et à sa compagnie; d'où vient qu'il est appelé par saint Ambroise le chef des apostats : Apostatarnm caput; et que, selon îe cardinal Pierre Damien, tout ce qu'il y a de chrétiens qui perdent la foi et qui apostasient , sont comme les descendants et la postérité de Judas : Judœ execranda progenies. Et ne fallait-il pais en eii'et qu'il portât dès lors le caractère des réprouvés, puisqu'au moment qu'il communia de la main du Fils de Dieu , il fut possédé du démon , qui entra dans lui; et c'est ce que saint Jean nous dedans expressément : Et post bucellam introivit in eum Satanas {Jo'do. 13). Or, qu'était-ce, mes Frères, demande saint Cyrille d'Alexandrie, qu'un homme qui venait tout à la fois de recevoir dans son cœur Satan et Jésus-Christ? Satan , pour l'y faire régner; et Jésus- Christ, pour l'y faire mourir : Satan, à qui il donnait dans luimême un empire absolu; et Jésus-Christ, qu'il y crucifiait : Satan , qu'il exaltait au-dessus de Jésus-Christ; et Jésus-Christ, qu'il lui oréserltait comme une victime et qu'il lui sacrifiait! n'était-ce pas ta le sceau de la réprobation? n'en était-ce pas le dernier terme?
Mais cette réprobation , après tout, ne fut pas l'effet nécessaire, ni du sacrilège de Judas, ni de son apostasie, ni de sa trahison. Car, après avoir abandonné Jésus-Christ , après avoir trahi Jésus- Christ, après l'avoir livré au pouvoir des Juifs , il y avait une ressource pour lui dans la miséri-corde de Dieu; et s'il eût bien ménagé les grâces qui lui restaient, il pouvait encore rentrer dans la voie de la justification , et par là même dans la voie du ciel. Que ne fit point le Fils de Dieu pour l'y rappeler? Comment lui parla ce Dieu Sauveur, et quels retours ne lui donna- t-il pas occasion de faire sur lui-même? Mais le cœur de cet apostat et de ce traître s'était fermé pour jamais aux grâces divines; et de là son désespoir. Non pas qu'il ne reconnaisse son crime; au contraire, c'est parce qui! le reconnaît, parce qu'il le déleste, mais par une fausse pé-
nitence , qu'il se désespère. Il le reconnaît , mais il ne le reconnaît qu'à demi. Il le reconnaît comme une production de sa malice, mais il ne le reconnaît pas comme sujet capable encore d'exciter la bonté de Dieu. Le voilà touché de repentir : Pœnitentià ductus (Malth. 27); mais repentir, disent les Pères, qui outrage Dieu, bien loin de ra[)aiser : pourquoi? parce qu'il procède d'un faux jugement, que Dieu est moins miséricordieux qu'il n'est juste; et parce que ce jugement faux et erroné, au lieu d'attendrir le pécheur pour Dieu et de le toucher d'un saint amour, ne lui inspire que de l'aversion et de la haine,
L'eussiez-vous jamais cru, mes chers Auditeurs, que le déraoo, qui est l'auteur du péché, pût être l'auteur de la pénitence, et que la pénitence, qui doit réconcilier l'homme avec Dieu, ne dût servir qu'à l'en éloigner? Voilà néanmoins le mystère qui s'est accompii dans Judas. Sa pénitence a été l'ouvrage du déinon : c'est le démon qui la lui a suggérée , le démon qui lui en a donné les règles, le démon qui la lui a fait exécuter. Car tout y a été de son es])rit. Ce fut une pénitence sincère, puisque Judas se repentit véritablement de son péché ; ce fut une pénitence vive et affectueuse , puisqu'il conçut une sensible douleur de son péché; ce fut même une pénitence" beaucoup plus efficace que ne le sont communément les nôtres, puisqu'il alla trouver les princes des prêtres, qu'il leur témoigna l'innocence de Jésus-Christ, et qu'il leur rendit l'injuste salaire qu'il avait reçu : Pœnitentià ductus , retulit triginta argeriieos (Matlh. 26); mais avec toutes ces qualités, ce fut une pénitence de démon : comment cela? parce qu'elle ne fut pas animée de l'espérance chrétienne. Il y a près de six mille ans que tous les démons, dans l'enfer, font une pareille pénitence .-ils reconnaissent toujours leur péché, et le reconnaîtront toujours : mais sans nul amour pour Dieu , ni nul sentiment de confiance en Dieu. Le grand artiOce de l'esprit de ténèbres , est de nous inspirer cette pénitence défectueuse et de nous porter à faire par volonté ce qu'il fait par une sorte de nécessité.
Ainsi Judas proteste qu'il est pécheur, il s'en déclare publiquement : J'ai péché, dit-il, j'ai vendu le sang du juste : Peccavi tradens sanguinem justum (Matth. 26). Mais ce n'est point assez, répond saint Bernard, de confesser que tu es pécheur; il faut confesser que Dieu est bon, et joindre cette confessloii de la miséricorde de ton Dieu à la confession de ton crime, parce que c'est dans ces deux confessions que consiste le retour à la grâce. Judas fait l'un , mais il laisse l'autre; et {!e là il se repent, mais il ne se convertit pas. Il jette dans le temjile les trente deniers dont on a payé sa trahison; mais il n'a pas recours au trésor inépuisable de l'infinie bonié du Dieu qu'il a trahi; il jette le prix pour lequel il a vendu son maître , et il ne connaît pas le prix dont son maître l'a racheté : Pretium reddit quo vendiderat Dominum : ces paroles sont de saint Augustin , non agnoscit pretium quo redemptus est à Domino. Enfin, confus et interdit, n'espérant rien de la part de Dieu, il se tourne contre soi-même ; et dans l'horreur qu'il conçoit de luimême , il devient lui-même son propre bourreau. Les Pharisiens et les Scribes l'avaient renvoyé , et lui ayaient dit en le renvoyant
qu'ils ne se mêlaient point de ce qui le regardait, et qu'ils n'y prenaient aucun intérêt : Que nous importe? c'est à vous de voir ce que vous avez à faire : Quid ad nos? tu videris (Matth. 27). Il y pourvoit en effet, mais de la manière que lui dicte son aveugle fureur. Il se croit indigne de vivre , il se condamne à la mort ; mais à quelle mort? cà la plus infâme? De la même main dont il a reçu le prix du sang : Pretium sanguinis (Ibid.) , il forme le nœud qui doit finir le cours de ses années et lui ravir le jour. Il meurt, et expirant par un nouveau crime, il laisse sa mémoire en exécration à tous les siècles : Et suspensus crepuit médius (Act. 1).
Tel fut le sort de cet apôtre , déchu de son apostolat et dépouillé de toutes les grâces qui y étaient attachées. Or, la-dessus, mes Frères , que de réflexions"à faire, que de conclusions à tirer, que de résolutions à prendre! Appliquons-nous bien à cet exemple, pour le considérer et l'étudier. C'est l'exemple d'un réprouvé; mais l'exemple d'un réprouvé peut être pour nous une leçon aussi salutaire que les exemples des saints, et la vue des damnés peut nous servir à connaître les voies de notre prédestination. Judas s'est perdu aux côtés de Jésus-Christ, et au milieu des Apôtres : il n'y a donc plus d'état dans le monde qui soit assuré; il n'y a donc plus de lieu où l'on soit à couvert du péril; on peut donc se damner jusque dans les plus saintes professions; on ne peut donc plus compter sur rien. Et en effet, sur quoi compteiais-je? est-ce sur les grâces de Dieu? Judas en a eu de plus abondantes que moi. Est-ce sur l'usage des sacrements? Judas a vécu et conversé avec l'auteur même des sacrements; il a mangé à la table de Jésus- Christ, et y a eu la même part que les autres disciples. Est-ce sur ma pénitence? Judas en a fait une infructueuse, et puis-je me promettre que la mienne aura plus de mérite et plus de pouvoir auprès de Dieu? Sur quoi donc, encore une fois, ferai-je fond? Ah? Seigneur, mon plus solide appui sera la crainte de vos jugements ; car voilà par où vous voulez que le juste se soutienne aussi bien que le pécheur, et c'est en cela que votre grâce est admirable , d'avoir fait de la crainte, dont le propre est d'ébranler l'affermissement de toutes les vertus. Il n'appartenait qu'à vous, ô mon Dieu ! de lui donner une qualité si rare et si excellente. Dans l'ordre naturel , la crainte affaiblit; mais dans l'ordre du salut,, elle fortifie; et c'est par cette raison , remarque saint Ambroise, que le Fils de Dieu a souffert Judas, et qu'il l'a admis au nombre de ses disciples. Car ce choix n'a pas été sans un dessein particulier de sa providence : ËUgitur Judas, non per imprudentiam , sed per providentiam. Dieu a voulu que sa chute nous fût une preuve sensible de cette grande vérité , que nous devons opérer notre salut avec tremblement : Cum metu et tremore (Philip. 2). Le premier ange nous avait déjà servi sur cela d'exemple , en se pervertissant dans le ciel; mais son exemple, dit saint Bernard, n'était pas assez sensible pour nous. Le premier homme nous en avait donné un témoignage plus touchant en se perdant lui-même, et toute sa postérité avec lui , dans le paradis terrestre; mais c'était un témoignage troc éloigné de nous : il en fallait un qui nous fût plus présent, et qui nous fît voir aue dans le christianisme môme , où la grâce abonde,
et dans les sociétés du christianisme les plus régulières et les plu,, parfaites, il y a toujours des dangers et des écueils à éviter. Or, c'est de quoi nous avons la plus évidente conviction dans la personne de Judas; et si nous présumons encore des miséricordes de notre Dieu , si nous oublions ses jugements redoutables, pour nous entretenir dans une vaine confiance; si nous négligeons raffairo du salut, et que nous nous en reposions sur la providence du Seigneur qui ne manque point aux hommes en cette vie, n'est-ce pas un aveuglement criminel, et une témérité sans excuse?
Mais devons-nous tellement craindre, que nous bannissions de notre cœur toute espérance? A Dieu ne plaise. Chrétiens! craignons , mais d'une crainte filiale : or cette crainte des enfants , bien loin d'exclure l'espérance, la demande au contraire, et la suppose comme une compagne inséparable. Judas a désespéré, et c'est son désespoir qui a consommé sa condamnation ; d'où il s'ensuit qu'il n'y a donc point de désordre, point d'habitude si invétérée, où il soit permis de se défier de la bonté divine, et de n'en plus attendre de grâce. Quand je serais aussi coupable, et même plus coupable que Judas, tant que je suis sur la terre, je suis toujours dans la voie; et tant que je suis dans la voie , Dieu veut que je le regarde comme ma fin, et que j'y aspire. Mais comment pourrais-je aspirer à ce que je n'espère plus? David était devenu adultère ; David à son adultère avait ajouté l'homicide; David avait scandalisé tout son peuple; David avait abusé de tous les dons de Dieu : mais entra-t-il pour cela dans le moindre sentiment de désespoir? Que dis-je? plus il se reconnut criminel, plus il ranima son espérance, plus il la redoubla. Avant son péché, il appelait Dieu ^on Seigneur, son souverain , son roi ; mais depuis son péché il usa d'un nom plus engageant et plus tendre, il commença de l'appeler sa Miséricorde : Deus meus miser icorclia 7nea (PsaL^SS). Car, selon la pensée de saint Augustin, étant pécheur devant Dieu, il ne trouva point de terme. plus propre pour exprimer ce que Dieu lui était et lui voulait être : Non invenit qui appellaret Dominum, nisi misericordiam suam. D'où ce saint docteur conclut, en s'ôcriant : 0 nomen sub quo nemini desperandum! 0 le grand nom, mes Frères! nom qui condamne toutes les défiances des hommes, et qui nous apprend que personne, qui que nous soyons, ne peut, sans faire outrage à Dieu, se croire hors d'état de retourner à lui, et d'en obtenir une pleine rémission.
Pécheurs qui m'écoutez , comprenez ce que je ais, ei ne l'oubliez jamais : ce qui a damné Judas , ce n'est point proprement la trahison qu'il avait commise, mais le désespoir où il s'abandonna après sa trahison; car sans ce désespoir, tout traître qu'il était , il pouvait néanmoins encore se sauver. S'il eût espéré, sa trahison même eût pu servir à sa justification , en servant à exciter sa pénitence et sa contrition. Son malheur est de s'être persuadé qu'il n'v avait plus de pardon pour lui; et voilà ce qui perd tous les jours les grands pécheurs du monde. Les pécheurs ordinaires se perdent par un excès de confiance ; mais les libertins et les impics déclarés 86 perdent par un défaut de coniiance. Les uns périssent parce iiu'iis espèrent trop , et les autres parce qu'ils n'espèrent point du
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tout. Car VDîci la plus dangereuse illusion de l'esprit séducteur, qui ne cherche qu'à nous atlirer dans le précipice par quelque voie que ce puisse être. Avant le péché, il nous donne de la confiance, et il nous l'ôte après le péché, c'est-à-dire, qu'il nous douîie de la confiance quand elle nous peut être préjudiciable, et qu'il nous Tôte quand elle nous est salutaire et nécessaire. De môme, avant le péché il nous ôte la crainte des jugements de Dieu ; mais il nous la -rend après le péché , et nous la rend au double. De sorte , si je puis le dire, qu'il nous fait comme une espèce de restitution, en nous rendant après le péché ce qu'il nous avait ùté avant le péché. Mais, je me trompe; il ne nous rend point ce qu'il nous ôte, et il ne nous ôte pointée qu'il nous donne; car il nous rend après le péché une fausse crainte, au lieu de la crainte véritable et religieuse qu'il nous a ôtée avant le péché ; et ne nous ayant donné qu'une confiance présomptueuse avant le péché , il nous ôte après le péché la vraie confiance qui pourrait nous retirer de notre égarement et nous ramener à Dieu.
Ah! pécheurs, encore une fois, qu'il est important que vous conceviez bien ceci et que vous y fassiez une sérieuse attention ! Si vous saviez espérer en Dieu, tout pécheur que vous êtes, j'oserais vous répondre de votre salut; car si vous saviez espérer, vous espéreriez chrétiennement; c'est-à-dire, que malgré la multitude et la grièveté de vos oflenses , vous espéreriez assez pour vous toucher, assez pour vous inspirer un saint désir de rentrer en grâce avec Dieu, assez pour vous en faire prendre la résolution et l'unique moyen, qui est la pénitence, assez pour vous soutenir, pour vous consoler, pour vous encourager dans votre retour; mais non point assez pour vous endurcir dans vos désordres, et pour vous confirmer dans vos habitudes vicieuses. G'est-à-dire , que ne perdant jamais l'idée de la miséricorde divine, et qu'au milieu des dérèglements de votre vie, rappelant le souvenir de cette bonté souveraine qui s'intéresse encore pour vous, qui vous ouvre son sein, qui vous tend les bras, qui vous invite et qui vons promet une prompte et entière abolition , dès que vous voudrez revenir, et que vous le voudrez bien, vous vous sentiriez émus jusque dans le fond de l'àme, pénétrés, attendris, piqués de reconnaissance envers le meilleur de tous les maîtres, confus de vos ingratitudes et indignés contre vous-mêmes, déterminés à tout pour profiter de la grâce qui vous est oîTerte, et pour achever l'ouvrage de votre conversion. Plaise au ciel que ce soit là le fruit des saintes vérités que je viens de vous annoncer! plaise au ciel que tout ce qu'il y a de pécheurs dans cet auditoire, prosternés devant Dieu, et humiliés au pied de cet autel, commencent dès aujourd'hui à mettre en œuvre cette espérance si avantageuse et si efficace que je leur prêche! Allons, mes Frères, et ne différons plus; le Seigneur nous attend, et il est prêt à nous recevoir. Nous sommes chargés de crimes! et c'est justement ce que nous devons d'abord confesser en sa présence. Peccavi , tradens sanguinem justum. Oui , Seigneur, j'ai péché, et le perfide qui vous a vendu a-t-il plus péché que moi? J'ai déshonor<^ votre nom, j'ai violé votre loi, j'ai abusé de vosgrâces, j'ai négligé vos sacrements, et combien de fois peut-être les ai-je profanés ? J'ai
sacrifié mon âme à mes passions, celte ftrae que vous aviez rachetée de votre sang : Tradens sanguinem justum. Je ne viens donc point m'excuser, mon Dieu ; je viens plutôt m'accuser comme Judas; mais du reste, dans un autre sentiment que Judas : Peccavi. J'ai péché contre vous; mais je ne cesserai point pour cela d'espérer en vous. J'ai péché, mais comme votre miséricorde est au-dessus de vos jugements, elle est au-dessus de tous mes péchés, et au-dessus de tous les péchés du monde. J'ai péché; mais plus j'ai péché, plus ma douleur augmente; et plus mon repentir est vif, plus vous êtes disposé à me pardonner. Dans cette conflaiice je vous réclamerai , et vous m'écouterez; je vous adresserai mes vœux, et vous les agréerez ; je travaillerai à vous satisfaire, je, vous vengerai de moimême, et vous me préserverez de vos vengeances pour me recevoir parmi vos élus, et me faire part de votre gloire, où nous conduisent, etc.
EXHORTATION SiiT le IRenieixierLt de saint iPierre.
ANAI.TSE.
SUJET
Quelque temps après, ceux qui se trouvèrent là dirent à Pierre : Assurément vous êtes de ces gens-là : car vous êtes aussi de Galilée. Mais il se mit à faire des imprécations , et à dire avec serment : Je ne connais point cet homme-là dont vous me parliez. — C'est ainsi que l'on renonce encore Jésus-Christ jusque dans le christianisme,
DIVISION
Jésus-Christ renoncé par les mauvais chrëiions , Ire partie; les mauvais chrétiens renonces par Jésus- Christ , 2e partie. Deux vérités affligeantes , que le reniement de saint Pierre nous donne lieu de considérer.