PREMIÈRE PARTIE
Jésiis-Clirist renoncé par les mauvais chrétiens. Faiblesse de Pierre, qui, malgré toutes les proteslations qu'il avait faites au Fils de Dieu , d'une fidélité inviolable, le méconnut dans l'occasion et le renonça. Ainsi le renoncent tant de mauvais chréiiens.
Renoncement le plus universel. Car on le renonce en tout. C'est-à-dire , dans sa vie et ses exemples ; on ne veut point s'y conformer. Dans sa mort et dans sa croix : c'esl souvent pour nous , tout à la fois , et une fo-
lie et un scandale. Dans son Evangile et sa morale : on suit la morale du monde préférablement à la sienne.
Dans ses sacrements , et surtout dans celui de son corps : on le déshonore par mille immodesties, par mille abominations , par un délaissement presque total. Dans ses disciples et ses sectateurs : on les méprise et on en raille.
Renoncement le plus criminel. — Pierre fut d'autant plus coupable en renonçant Jésus-Christ, qu'il était un de ses apôtres ; et ce qui nous rend plus criminels quand nous renonçons ce Dieu sauveur, c'est la qualité de chrétiens dont nous sommes revêtus. Nous tombons alors dans une contradiction où ne tombent ni les infidèles mêmes , ni les hérétiques.
SECONDE PARTIE
Les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ . Il n'en fut pas ainsi de Pierre , parce que sa pénitence répara son péché. Mais comme les mauvais chrétiens ajoutent à leur péché l'impénitence , ils verront s'accomplir à leur égard cette terrible menace de l'Evangile , où il est dit du Fils de Dieu, qu'il sera la ruine de plusieurs, même en Israël.
Dès sa vie mortelle , il a commencé chrétiens : pourquoi ? 1 o parce qu'iig
à contredire et à renoncer le monde auront été les plus rebelles ; 2" parce
et les partisans du monde; mais qu'ils auront été les plus ingrats; 3»
e'est dans son jugement dernier qu'il parce qu'ils auront eu plus de part
les renoncera avec plus d'éclat. aux avantages de sa loi. Voilà ce que
Or, entre ses ennemis qu'il réprou- nous ne pouvons prévenir avec trop
vera , il n'y en aura point qu'il traite de soin, plus rigoureusement que les mauvais
Et pbst pusillum , rursits qui astabant dicehanl Pelro : Veré ex illis et : nam et GalUœus es. llle autemcœpit anathcuatizare, et jurare: Quianescio kommem istum quem dicitis.
Quelque temps après, ceux qui se trouvèrent là dirent à Pierre ; Assurément vous êtes de ces gens-lii; car vous êtes aussi de Galilée. Mais il se mit à fyire des imprécations, et à dire avec serment : Je ne connais point cet homme-là dont vous me parlez. (S. M/vrc, cb. 14.)
N'ÉTAIT-CE donc pas assez pour le Sauveur du monde qu'un de ses apôtres l'eût trahi et vendu, et fallait-il que, dans son affliction, il eût encore la douleur de voir le prince même des Apôtres le renoncer, et d'entendre celui qu'il destinait à être un
i"our le souverain pasteur des fidèles, le charger d'anathèmes et le )lasphémer? Providence de mon Dieu! vous le permîtes ainsi, selon les décrets éternels de cette justice impénétrable dont nous devons adorer les jugements, sans entreprendre d'en découvrir le fond et de les examiner. Quoi qu'il en soit, cette colonne, sur laquelle devait porter le saint édifice de l'Eglise, fut ébranlée; Pierre tomba, et nous donna tout à la fois dans sa chute , et un exemple seiLsible de la fragilité humaine, et une triste image de ce qui se passe tous les jours parmi nous. Car au milieu du christianisme, combien de chrétiens renoncent tout de nouveau Jésus-Christ; mais avec cette différence bien essentielle et bien funeste pour nous, que Pierre ne renonça son maître que dans une rencontre, et que par une prompte pénitence il prévint les suites malheureuse? de son infidélité; au lieu que nous renonçons ce Dieu sauveur habituellement, constamment, et que par là nous nous exposons à être renonces nousmêmes? Eu deux mots, qui comprennent tout le sujet de cet entretien , Jésus-Glirist renoncé par les mauvais chrétiens, ce sera la première partie; et les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ, ce sera la seconde. Deux vérités affligeantes que je prends ici occasion de traiter, et qui pourront vous engager à faire un retour salutaire sur vous-mêmes. Commençons.