‹ Œuvres completes de Bourdaloue Sermons pour le Careme. Tome secondChapitre 2 sur 43 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il étoit difficile que saint Jérôme , malgré toute son autorité , évitât la censure des riches du siècle, quand il a dit généralement, et sans nulle modification, que tout homme riche est, ou injuste dans sa personne, ou héritier de l’injustice et de l’iniquité d’autrui : Omnis dives aut iniquus est , aut heres iniqui. ’ Cette proposition a paru dure et odieuse ; quelques-uns même l’ont condamnée comme indiscrète et fausse; mais je doute qu’en la condamnant, ils l’eussent approfondie avec des lumières aussi pures et un sens aussi solide et aussi exact que ce Père dont un des caractères particuliers a été la science et l’usage du monde. Or, plus on entre dans le secret et dans la connoissance du monde , plus on demeure persuadé que ce saint docteur a dû parler de la sorte , et qu’en effet il y a peu de riches innocens , peu dont la conscience doive être tranquille , peu qui soient exempts de la malédiction où il semble que cette proposition les enveloppe. J’en appelle à votre expérience. Parcourez les maisons et les familles distinguées par les richesses et par l’abondance des biens ; je dis celles qui se piquent le plus detre honorablement établies, celles où il paroît d’ailleurs de la probité,

» Hieron.

RICHESSES

et même delà religion; si vous remontez jusqu’à la source d’où cette opulence est venue, à peine en trouverez-vous où l’on ne découvre, dans l’origine et dans le principe, des choses qui font trembler.

Sans autre recherche que de ce qui a été ou de ce qui est même encore d’une notoriété publique , à peine en pourriez-vous marquer où l’on ne vous fasse voir une succession d’injustice, aussi-bien que d’héritage; c’est-à-dire où la mauvaise foi d’un père n’ait été, par exemple, le fondement de la fortune d’un fils, où la friponnerie de l’un n’ait servi à enrichir l’autre, où la violence de celui-ci n’ait fait l’élévation de celui-là ; et vous reconnoîtrez avec frayeur, que tel qui passe aujourd’hui pour homme équitable et droit , et pour possesseur légitime de ce que ses ancêtres lui ont transmis , n’est pas moins chargé devant Dieu de leurs iniquités et de leurs crimes , qu’il est avantageusement pourvu , selon le monde, de leurs revenus et de leurs trésors. Omnis dives aut iniquus est, aul heres iniqui.

Je sais., chrétiens, quelles conséquences s’ensuivent de là ; je sais quels troubles et quels scrupules je répandrois dans les consciences de tout ce qu’il y a de riches qui m’écoutent, si je les obligeois à creuser le fond de cet abîme, et à se faire parties contre eux-mêmes , pour examiner jusqu’où va , sur ce point, leur obligation ; ou plutôt, je sais de quelles erreurs la plupart des riches se

laissent préoccuper , faussement convaincus que, de quelque manière qu’aient été autrefois acquis les biens qu’ils possèdent aujourd’hui , ce n’estpoint à eux à faire le procès à la mémoire de leurs pères ; que d’exiger des enfans une telle discussion , c’est renverser l’ordre de la société; que les péchés, s’il y en a eu, sont personnels, et que, malgré les doutes les plus violens qui pourroient leur rendre suspecte la conduite de ceux à qui ils ont succédé, la bonne foi leur tient lieu d’une prescription sur laquelle ils ont droit de se reposer. Erreurs insoutenables dans les maximes de la vraie religion , et qui serv ent néanmoins de prétextes à tant de riches du monde pour étouffer tous leurs remords. Mais malheur à eux, si , prévenus d’une aveugle cupidité qui les séduit, ils risquent, dans un sujet si important, les intérêts de leur salut! et malheur à moi , si , par une lâche complaisance , et pour ne pas troubler leur fausse paix , je dissimule ici des vérités , quoique amères et fâcheuses , qui les doivent sauver!

Quoi qu’il en soit , chrétiens , c’est un oracle prononcé par le Saint-Esprit , et vérifié par l’expérience de tous les siècles , que quiconque veut devenir riche , tombe dans les pièges du démon , et s’engage en mille désirs non-seulement vains , mais pernicieux , qui le précipitent enfin dans l’abîme de la perdition et de la damnation éternelle : Qui

RICHESSES. 9

voluntdivitesfieri, incidunt in tcnlationem, et in laqueum diaboli, et desideria multa inulilia, et nociva , quœ mergunt homines in interitum.' Ainsi l’a déclaré le grand Apôtre dans sa première Épitre à Timothée. Sur quoi saint Ch rysostôme examinant en particulier quels sont ces désire , et raisonnant selon les principes de la morale et de la foi, observe que cetle destinée malheureuse , et ce caractère d’injustice et de réprobation attaché aux richesses de la terre , vient de trois désordres dont il est rare de se préserver dans le soin d’acquérir. Appliquezvous , s’il vous plaît, aux réflexions de ce Père; elles sont également sensibles et instructives. Car on veut être riche à quelque prix que ce soit; on veut être riche, sans se prescrire de bornes , et on veut être riche en peu de temps : trois désirs capables de pervertir les saints ; trois sources empoisonnées de toutes les injustices dont le monde est rempli. Une simple exposition va vous en faire connoître les funestes conséquences , et vous en découvrir la malignité.

On veut être riche ; voilà la fin qu’on se propose, et à laquelle on est absolument déterminé. Des moyens , on en délibérera dans la suite ; mais le capital est d’avoir, dit-on, de quoi se pousser dans le monde , de quoi faire quelque figure dans le monde, de quoi maintenir son rang dans le monde.

de quoi vivre à son aise dans le inonde ; et c’est ce que l’on envisage comme lé terme de ses désirs. On voudroit bien y parvenir par des voies honnêtes , et avoir encore , s’il étoit possible , l’approbation publique; mais, au défaut de ces voies honnêtes, on est secrètement disposé à en prendre d’autres , et à ne rien excepter pour venir à bout de ses prétentions. O cives , cives ! quœrenda pecunia primum est. Virtus post nummos. ' C’est ce que disoit le satirique de Rome, reprochant à ses concitoyens la dépravation de leurs mœurs; et pourquoi, reprend saint Augustin, n’écouteronsnous pas ces sages du paganisme , quand il s’agit de régler les nôtres? O âmes vénales et intéressées , s’écrioit ce païen, voici l’indigne leçon que vous fait continuellement votre avarice , et que vous n’avez, pas honte de suivre! La vertu aprèsle bien, mais le bien avant toutes choses. Quand nous en aurons , dites-vous , nous penserons à l’étude de la sagesse ; mais préférablement à la sagesse, il faut travailler à s’enrichir; sans cela, la sagesse même est méprisée et passe pour folie. C’est ainsi que vous raisonnez, ettoute votre philosophie se réduità cette damnable conclusion : Rem , si possis, recte ; si non , q uocumque modo, rem .* Faisons notre fortune, augmentons nos revenus, amassons dubien ; du bien, si nousle pouvons, légitimement; sinon, dubien à quelque

* Horat. — * Ibid.

RICHESSES

condition que ce puisse être , et, aux dépens de tout le reste, du bien. Ainsi leur faisoit-il remarquer la corruption de leurs cœurs ; et ma douleur est que ces paroles, prises dans toute leur énergie, conviennent encore aujourd’hui à un million de chrétiens qui semblent n’avoir point d’autre religion que celle-là : Rem , si possis, recte ; si non , quocumque modo, rem. On ne laisse pas de sentir une répugnance secrète à se servir de moyens honteux ; mais , avec cette répugnance que l’honneur inspire, et dont on ne se peut défaire , on a encore plus d’âpreté et plus d’avidité ; et il arrive ce qu’ajoute saint Chrysostôme , que le désir de la fin l’emporte sur l’injustice des moyens : Si non , quocumque modo j rem.

Or supposons un homme dans cette disposition : que ne fera-t-il pas, et qui l’arrêtera? quelle conscience ne sera-t-il pas en état de se former? à quelle tentation ne se trouvera-t-il pas livré? le scrupule de l’usure l’inquiétera-t-il ? le nom de confidence et de simonie l’étonnera-t-il ? manquera-t-il d’adresse pour déguiser et pour pallier le vol ? sera-t-il en peine de chercher des raisons spécieuses pour autoriser la concussion et la violence? s’il est en charge et en dignité, rougira-t-il des émolumens sordides qu’il tire et qui décrient son ministère? s’il est juge, balancera-t-il à vendre la justice? s’il est dans le négoce et dans le trafic, se fera-t-il un

crime de la fraude et du parjure? si le bien d’un pupille lui est confié, craindra-t-il de le ménager à son profit? s’il manie les deniers publics, comptera-t-il pour péculat tout ce qui s’y commet d’abus ? Non, mes chers auditeurs, rien de tout cela ne sera capable de le retenir , ni souvent même de le troubler. Du moment qu’il veut s’enrichir, il n’y aura rien qu’il n’entreprenne, rien qu’il ne présume lui être dû, rien qu’il ne se croie permis. S’il est foible et timide, il sera fourbe et trompeur; s’il est puissant et hardi, il sera dur et impitoyable. Dominé par cette passion, il n’épargnera ni le profane ni le sacré; il prendra jusque sur les autels. Le patrimoine des pauvres deviendra le sien ; et s’il lui reste encore quelque conscience , il trouvera des docteurs pour le rassurer, ou plutôt il s’en fera. Il leur cachera le fond des choses; il ne s’expliquera qu’à demi , et , par ses artifices et ses détours , il en extorquera des décisions favorables, et les rendra, malgré eux , garans de son iniquité. Que le public s’en scandalise, il aura un conseil dont il se tiendra sûr; du moins , quoi qu’on en puisse dire , il parviendra à ses fins; il veut être riche, et il le veut absolument : Rem , rem, quocumque modo , rem.

Non-seulement il le veut être , mais il le veut être sans se prescrire de bornes : autre désir aussi dangereux qu’il est déraisonnable et insensé. Car où sont aujourd’hui les riches qui, réglant leur cupi-

RICHESSES

dite par une sage modération, mettent un point à leur fortune? Où sont les riches qui, contens de ce qui suffit, et portant leurs pensées plus haut, disent : C’est assez de biens sur la terre; il faut se pourvoir de ces trésors célestes que ni le ver ni la rouille ne consume point? En vain on leur représente que se borner de la sorte, c’est la marque la plus certaine d’un esprit solide et judicieux. En vain on leur fait voir la folie d’un homme qui, n’ayant que des besoins limités, a des désirs immenses et infinis semblable à celui dont parloit encore le même auteur profane, qui, n’ayant affaire que d’un verre d’eau , voudrait le puiser dans un grand fleuve, et non pas dans une fontaine. En vain leur dit-on, avec l’Ecclésiaste, que cette ardeur d’amasser et d’accumuler n’est que vanité et affliction d’esprit; que dans la cupidité même, comme en toute autre chose, il doit y avoir une fin ; et qu’un des châtimens de Dieu les plus visibles sur les riches avares, c’est que, pour être dans l’opulence, ils n’en craignent pas moins la pauvreté, et que plus ils ont acquis, plus ils veulent acquérir. En vain leur remontre-t-on qu’entassant toujours biens sur biens, ils n’en sont dans le monde, ni plus aimés, ni plus estimés, ni plus honorés; que la mesure nécessaire une fois remplie, ils n’en vivent pas du reste plus agréablement, ni plus doucement ; et que tout l’effet de ces grandes richesses est de leur attirer l’envie, l’indignation ,

la haine publique ; tout cela ne les touche point. Brûlés d’une avare convoitise , ils se répondent secrètement que tout est nécessaire dans le monde ; que rien, à le bien prendre, ne suffit, qu’on n’en peut jamais trop avoir; que les hommes ne valent et ne sont comptés que sur le pied de ce qu’ils ont ; qu’il est doux de cueillir en pleine moisson ; qu’il ne convient qu’à une âme timide , ou à une conscience foible , de fixer ses désirs. Maximes qui les endurcissent , et dont ils se laissent tellement prévenir, que rien ne les peut détromper. Or figurezvous quelles injustices cette passion effrénée traîne après elle ; imaginez-vous de quelles vexations, de quelles oppressions , de quelles concussions elle doit être accompagnée.

De là vient que les prophètes, animés de l’Esprit de Dieu, prononçoient de si terribles anathèmes contre cette faim dévorante. Va vobis qui conjungitis donium ad domum, et agrum agro copulatis : numquid habitabitis vos soli in medio terree?' Est-il rien de plus fort et de plus éloquent que ces paroles? Malheur à vous, qui joignez maison à maison , héritage à héritage ! malheur à vous dont le voisinage pour cela mêmeest redouté, et qui des fonds les plus médiocres, par vos odieuses acquisitions , trouvez le secret de faire de grands et d’amples domaines ! prétendez-vous donc habiter seuls au milieu de la

' Isa. 5.

RICHESSES

terre? Mais pourquoi, dit un riche, ne me serat-il pas permis d’accroître mon fonds , et pourquoi payant bien ce que j’acquiers, et ne faisant tort à personne, n’aurai-je pas droit de m’étendre? Encore une fois, malheur à vous! Va vobis ! Malheur, parce que vouloir toujours s’étendre et ne nuire à personne , ce sont communément dans la pratique deux volontés contradictoires. Malheur, parce que ces accroissemens ont presque toujours été et seront presque toujours injustes , sinon envers celui dont vous achetez l’héritage, au moins envers ceux aux dépens de qui vous le payez. V a qui multiplicat non sua ! ' Malheur à l’homme qui veut sans cesse multiplier ses revenus, parce qu’en multipliant le sien, il y mêle infailliblement celui du prochain ! V a qui congregal avariliam domui sua , utsit in excelso nidusejus!2 Malheur à l’homme qui, n’écoutant que son ambition et son avarice, forme toujours de nouveaux projets, et conçoit de hautes idées pour l’agrandissement de sa maison ! Pourquoi ? Admirez l’expression du Saint-Esprit : Quia lapis de pariele clamabit ,3 parce que les pierres même dont cette maison est bâtie crieront vengeance, et que le bois employé à la construire rendra témoignage contre lui, Et lignum quod inter juncturas œdificiorum est, respondebit .4

Enfin on veut être riche en peu de temps; et

1 Habac. a. — 1 Ibid. — 1 Ibid. — * Ibid.

l6 JEUDI DE LA II* SEMAINE.

parce qu’il n’y a que certains états, que certaines conditions et certains emplois où , par des voies courtes et abrégées, on puisse le devenir, contre tous les principes et toutes les règles de la prudence chrétienne, on ambitionne ces états, on recherche ces conditions, on se procure ces emplois. S’enrichir par une longue épargne ou par un travail assidu, c’étoit l’ancienne route que l’on suivoit dans la simplicité des premiers siècles ; mais de nos jours on a découvert des chemins raccourcis et bien plus commodes. Une commission qu’on exerce, un avis qu’on donne, un parti où l’on entre, mille autres moyens que vous connoissez, voilà ce que l’empressement et l’impatience d’avoir a mis en usage. En effet, c’est par-là qu’on fait des progrès surprenans; par-là qu’on voit fructifier au centuple son talent et son industrie; par-là qu’en peu d’années, qu’en peu de mois, on se trouve comme transfiguré, et que de la poussière où l’on rampoit, on s’élève jusque sur le pinacle.

Or il est de foi , chrétiens , que quiconque cherche à s’enrichir promptement ne gardera pas son innocence : Qui festinat ditari , non erit innocens.' C’est le Saint-Esprit même qui l’assure; et quand il ne le diroit pas , la preuve en est évidente. Car il est incompréhensible, par exemple, qu’avec des profits et des appointemeus réglés , on fasse

1 Frov. 28.

RICHESSES. in

tout à coup des fortunes semblables â celles dont nous parlons; et que ne prenant, selon le précepte de Jean-Baptiste, que ce qui est dû, l’on arrive à une opulence dont le faite et le comble paroissent presque aussitôt que les fondemens. Il faut donc que la mauvaise foi, pour ne pas dire la fourberie , soit venue au secours, et qu’elle ait donné des ailes à la cupidité, pour lui faire prendre un vol si prompt et si rapide.

Cela va , me direz-vous , à damner bien des gens d’honneur; et moi je réponds , premièrement , qu’il faudroit d’abord examiner qui sont ces gens d’honneur, et en quel sens on les appelle gens d’honneur ; secondement, qu’il ne m’appartient pas de damner personne, mais qu’il est du devoir de mon ministère de vous développer les sacrés oracles de la parole divine. Si ce que vous appelez gens d’honneur y trouvent leur condamnation, c’est à eux à y prendre garde; mais quoi qu’il en soit, c’est une vérité incontestable : Qui festinat ditari non erit innocens : ' quand on s’empresse de s’enrichir, on n’est point sans crime, au jugement même du monde; comment le seroit-on à celui de Dieu ?

Cependant , mes chers Auditeurs , telle est l’obstination du siècle : pour être riche en peu de temps, on abandonne l’innocence , on renonce à la probité , on se dépouille même de l’humanité , on dé-

■ Prorer. »8.

CiRÈME. II. ' 2

l8 JEUDI DE LA IIe SEMAINE.

voie la substance du pauvre , on ruine la veuve et l’orphelin; et souvent, après cela, par une grossière hypocrisie , on devient , ou plutôt on se fait dévot ; comme si la dévotion et la réforme , survenant à l’injustice, sans la réparer, couvraient tout et sanctifioient tout. Faut-il s’étonner que le Fils de Dieu , envisageant tous ces désordres , ait réprouvé les richesses dans son Évangile , et qu’il ne les ait plus simplement appelées richesses, mais richesses d’iniquité , mammona iniquitatis ? ' Fautil demander pourquoi le sage, éclairé des lumières de l’Esprit de Dieu , cherchoit partout un homme juste, qui n’eût point couru après l’or et l’argent; pourquoi il le regardoit comme un hommede miracles,voulant faire son éloge, etlecanonisantdèscette vie ? Quis est hic , et laudabimus eum ; fecit enim mirabitia in vita sua. 3 Mais , reprend saint Augustin , s’il est rare de trouver un homme assez juste , pour ne s’être jamais laissé prendre à l’éclat de l’or et de l’argent , combien plus doit-il être , je ne dis pas difficile , mais impossible , qu’un homme se laisse prendre à l’éclat de l’or et de l’argent, et qu’il se maintienne dans l’état de juste ? Voulez -vous , homme-du siècle, modérer cet injuste désir? comprenez l’obligation de l’aumône. Comprenez, disje, que plus vous aurez, plus vous serez obligé de donner et de répandre ; qu’il faudra que vos

1 Luc. 16. — ■ Eccli. 3>. ✓

RICHESSES. ÎQ

aumônes croissent à proportion de vos revenus, et que c’est sùr cette proportion que vous serez, jugé. Ainsi raisonnoit saint Bernard dans une de ses lettres; car, disoit ce Père, ou vous êtes riche et vous avez du superflu, et alors ce superflu n’est pas pour vous , mais pour les pauvres ; ou vous êtes dans une fortune médiocre , et alors que vous importe de chercher ce que vous ne pouvez garder? ■Dignatio tua , aut dives est , et debet facere quod prœceptum est ; aud adhuc tenais, et non debet quœrere quod erogatura est. ' Quiconque sera bien convaincu de cette importante vérité, craindra plutôt d’acquérir des biens, qu’il ne les désirera. Acquisition des richesses, occasion d’injustice , vous l’avez vu. Possession des richesses, source d’orgueil ; c’est ce que vous allez voir dans la seconde partie.

Page 1