DEUXIÈME PARTIE
Quelque obscure que soit notre foi, si nous la regardons en elle-même et dans ses mystères , elle a cependant, selon la pensée de tous les théologiens, une espèce d’évidence dans ses motifs; je veux dire que ce quelle nous révèle est au moins évidemment croyable , par la qualité des motifs qui nous obligent à le croire, Or il m’a toujours paru , et il me paroît encore qu’un de ces motifs les plus puissans et les plus convaincans , est de voir ce que la grâce opère quelquefois en certaines
âmes , que Dieu , comme dit le grand Apôtre , a prédestinées pour en faire des vases de miséricorde. Ceci, mes chers Auditeurs, vous édifiera et vous consolera. Quand les magiciens de Pharaon virent les étonnans prodiges que faisoit Moïse dans toute l’Egypte , par le seul attouchement de cette baguette mystérieuse qui leur donna tant de terreur, ils confessèrent enfin que le doigt de Dieu étoit là ; c’est-à-dire, qu’ils y reconnurent le caractère d’une vertu divine, dont ce législateur et ce prophète étoit l’instrument : El dixerunt malefici ad Pharaonem : Digitus Dei est hic. ' Et moi, Chrétiens, quand je n’envisagerois que la conversion de cette femme samaritaine, telle qu’elle est rapportée dans l’Evangile , je conclurois sans hésiter, qu’il y a un principe surnaturel qui agit en nous ; que Dieu a de secrets ressorts pour remuer nos cœurs, et les tourner comme il lui plaît ; que nous recevons du ciel des impressions qui ne peuvent venir que de la grâce; et que, parles divines opérations de cette grâce, notreliberté, sans rien perdre de son indifférence et de ses droits , estparfaitement soumise à l’empire de Dieu.
Or, en quoi consiste le miracle de cette conversion? Le voici, par rapport aux deux puissances de l’âme à qui la grâce intérieure est immédiatement communiquée; savoir, l’entendement et la
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volonté; ou si vous voulez , l’esprit et le cœur. Miracle de la grâce dans la victoire qu’elle remporte sur l’esprit de la Samaritaine : miracle de la grâce dans le changement quelle fait du cœur de la Samaritaine ; miracle, dis-je , opéré d’une façon toute miraculeuse, et avec des circonstances qui ne permettent pas de douter que ce ne soit l’ouvrage de la main toute-puissante de Dieu : Digitus Dei est hic. Écoutez-moi , Chrétiens , et suppléez , par une attention toute nouvelle, à la nécessité où je me trouve d’abréger en peu de paroles ce qui demanderoit un discours entier.
Miracle de la grâce et de sa force dans la victoire qu’elle remporte sur l’esprit de la Samaritaine. Suivez le texte sacré, et vous en allez convenir. C’étoit tout ensemble une infidèle et une hérétique, puisque, selon la remarque d’Origène, les Samaritains étoient dans le fond idolâtres, et adoroient les fausses divinités de leurs ancêtres , et que néanmoins ils ne laissoient pas de pratiquer au même temps une espèce de judaïsme, mais de judaïsme corrompu parleurs opinions particulières : ce qui les divisoit, et, par un schisme déclaré , les séparoit du reste des Juifs : Non enirn coutunturJudæi Samarilanis. ' C’étoit une hérétique vaine et suffisante, opiniâtre et indocile, préoccupée de sou erreur, et déterminée à la soutenir ; qui se pi-
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quoit de raisonner, et dctre subtile en matière de religion : car tout cela paroît dans l’entretien que Jésus-Christ eut avec elle. Or vous savez l’extrême difficulté , pour ne pas dire l’impossibilité morale de réduire un esprit, encore plus l’esprit d’une femme, quand elle est de ce caractère. Vous savez combien il est rare devoir une femme entêtée d’une hérésie (je dis entêtée; car persuadée par raison , à peine le fut-elle jamais), se mettre en état de reconnoître la vérité, la chercher de bonne foi, et s’y soumettre. Soit que , par une malheureuse fatalité, l’hérésie ait cela de propre, de rendre les cœurs inflexibles et de les endurcir; soit que Dieu, par une punition due à ce péché, qui de tous les péchés est dans un sens le plus grief et le plus punissable, ait coutume de répandre dans les esprits d’épaisses ténèbres, qui les aveuglent toujours de- plus en plus, et que saint Augustin appelle pour cela , pœnales cæcitates : ' encore une fois vous savez combien ce retour de l’hérésie à la foi, de l’orgueil de l’une à l’humilité de l’autre, demande d’efforts, et combien, dans l’ordre même de la grâce, il approche du miracle. Cependant c’est ce que la grâce opère aujourd’hui, mais par une vertu qui ne peut être que la vertu du Très- Haut. Jésus-Christ convertit cette femme : de Samaritaine qu’elle étoit , il la ramène premièrement
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à la pureté du culte juif, et puis il en fait une parfaite chrétienne. Après l’avoir fait renoncer aux superstitions de ses pères et au schisme où elle a été élevée ; après lui avoir fait condamner les erreurs qu’elle soutenoit avec tant d’obstination et tant de zèle, il lui fait connoître ce qu’il est et pourquoi il est venu, le sujet et la fin de sa mission, sa qualité de Christ et de Sauveur, sa divinité même : mystères naturellement incroyables, et qu’elle ne pouvoit découvrir qu’à la faveur des plus pures lumières de la grâce qu’il lui communique. Non-seulement il lui révèle ces points si importans et si sublimes, mais il les lui persuade, mais il les lui fait goûter. Quoiqu’elle eût refusé d’abord de traiter avec lui , elle l’écoute enfin avec docilité et avec respect : quoique tout ce qui venoit des Juifs lui fût odieux, elle veut bien, tout Juif qu’il est, le reconnoître et l’adorer comme auteur de son salut : quoiqu’elle ne vît en lui que les apparences d’un homme , elle proteste et croit fermement qu’il est le Christ, vrai Fils de Dieu. Ne fautil pas confesser qu’une telle conversion fut l’œuvre du Seigneur, et s’écrier avec David : Hæc mutatio dexterœ excelsi!'
Mais en changeant l’esprit de cette Samaritaine, la grâce n’agit pas moins puissamment dans son cœur. Car outre qu’elle étoit hérétique et obstinée * r». 78.
284 VENDREDI DE IA III" SEMAINE, dans sa fausse créance, elle étoit impudique et libertine dans ses mœurs. Péchés, dit saint Chysostôme, qui malgré leur opposition ne laissent pas d’avoir comme une espèce d’affinité , puisque l’hérésie , à proprement parler , n’est autre chose qu’une corruption de l’esprit , comme l’adultère et l’impudicité est une rébellion de la chair. Or Dieu, ajoute saint Chrysostôme , vengeur de l’un et de l’autre, punit et confond souvent l’un par l’autre, en permettant que ces révoltes de l’esprit contre la vérité soient communément suivies des plus honteux déréglemens de la sensualité. Et en effet, nous voyons ces âmes si présomptueuses et si fières sur ce qui concerne la religion , n’être pas ordinairement les plus fermes dans leur devoir ni les plus inébranlables dans la tentation. Telle étoit cette pécheresse de Samarie avec sa prétendue science et sa vaine subtilité. Elle vivoit dans un concubinage public, dans un concubinage auquel elle s’étoit abandonnée , et dont elle avoit contracté même une longue habitude : Quinque enim viros habuisti ; et nunc quem /tabes , non est tuus vir. ' Or s’il y a une maladie difficile à guérir, c’est celle-là : s’il y a un démon capable de résister à Dieu et à sa grâce , il est évident que c’est cet esprit impur. Mais en cela même la grâce de Jésus- Christ trouve la matière de son triomphe. Cette
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pécheresse , cette prostituée , cette femme esclave des plus sales passions est enfin purifiée et sanctifiée. Il semble que Jésus-Christ lui ait donné un autre cœur; qu’après lui avoir arraché ce cœur charnel et corrompu d’où procédoient tant de désordres, il ait créé en elle un cœur nouveau, un cœur épuré non-seulement de toutes les souillures du péché , mais de toutes les affections de la terre. Ce n’est plus cette Samaritaine scandaleuse , qui s’étoit fait un front pour le crime, et qui servoit aux âmes de démon pour les perdre. C’est une créature toute nouvelle en Jésus-Christ, Nova in Christo creatura;' une âme transformée en Dieu, et qui ne respire plus que l’amour de son Dieu; qui n’a plus rien que de chaste dans ses pensées , que de modeste dans ses paroles , que de réglé dans ses actions; qui par sa conduite exemplaire est désormais un modèle de vertu , et qui va répandre partout l’odeur de sa sainteté. Quel prodige, mes chers Auditeurs, et ne devons-nous pas toujours reprendre avec le Prophète : Hœc mutatio dexteræ excelsi?
Mais si la grâce de Jésus-Christ fait un miracle dans la conversion de cette femme, la manière miraculeuse dont elle le fait , montre encore bien quelle est sa force et sa puissance. Car n’est-il pas étonnant , Chrétiens, que deux changemens si pro-
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digieux ne coûtent au Sauveur du monde qu’un moment? Quand Dieu agit selon les lois et le cours ordinaire de sa providence, il garde , ou du moins il paraît garder des mesures; et dans l’ordre surnaturel, aussi-bien que dans l’ordre naturel, il s’accommode à notre foiblesse. Car il ne fait pas les saints dans un instant; il les sanctifie peu à peu , et par des progrès quelquefois insensibles il les conduit de degré en degré jusqu’au terme d’une sainteté consommée. Mais quand il agit souverainement et en Dieu , il ne s’assujettit point de la sorte. 11 ne prépare point le sujet qui doit servir de fond à son action. Une parole qu’il profère , fait sortir des millions d’êtres du néant, étend les deux, affermit la terre, donne à ce vaste univers toute sa perfection: Dixit , et facta sunt.' Ainsi le Fils de Dieu ne dit qu’une parole à la Samaritaine : Ego sum , * oui, c’est moi, moi qui suis ce Messie que vous attendez ; et tout à coup la voilà convaincue , la voilà touchée , la voilà pénétrée des plus saints , mais des plus vifs et des plus tendres sentimens. Parole, reprend saint Augustin, plus efficace que celle même dont Dieu créa le monde ; parole, qui par une seconde création, mais bien plus admirable que la première, réforma dans le cœur de cette femme l’ouvrage de Dieu que le péché y avoit détruit. Je dis création plus admirable que
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la première, puisque dans la première le néant sur lequel Dieu travaille , obéit sans contradiction à sa parole; au lieu que dans celle-ci Dieu travailloit sur le néant du péché , qui tout néant qu’il est , est capable comme péché de lui résister. Mais encore par quelle marque sensible le Fils de Dieu s’autorisa-t-il dans l’esprit de la Samaritaine, et par où trouva-t-il une si facile et si prompte créance? Le vit-elle en ce moment-là commander aux tempêtes et à la mer, guérir les aveuglesnés, ressusciter les morts de quatre jours? Ah, Chrétiens , voici la merveille qui surpasse toutes les autres. Le monde converti sans miracles , et sans miracles devenu chrétien, si l’on vouloit ainsi le supposer, ce seroit, disoit saint Augustin, le plus grand de tous les miracles ; ce seroit le miracle des miracles, et le plus convaincant pour un païen qui ne. croiroit pas les autres miracles. Or nous le voyons, mes chers Auditeurs, ce miracle des miracles, accompli dans cette Samaritaine. Les pharisiens et les docteurs de la loi voyoient tous les jours les miracles de Jésus-Christ; ils en étoient les témoins oculaires ; ils parloient à Lazare qu’il avoit publiquement ressuscité , aux malades qu’il avoit guéris, et cependant par une obstination inflexible ils persistoient dans leur incrédulité. Mais celle-ci sans miracles , non-seulement croit en lui, mais s’attache à lui, se donne à lui,
renonce à tout pour lui. D’où vient cela? de là toute-puissance de la grâce, qui n’a besoin que d’elle-mème pour triompher du cœur de l’homme. Ce n’est pas tout. Quand le Fils de Dieu convertissoit les autres pécheurs , ce n’étoit qu 'après leur avoir donné pour sa personne , par quelque signalé bienfait, un fonds de confiance et d’estime. Pour sauver leurs âmes, il commençoit par guérir leurs corps; et par condescendance à leur foiblesse, il les engageoit à croire ce qu’il étoit , en leur faisant éprouver dans leurs besoins ce qu’il pouvoit. Mais parce qu’il a résolu de faire paroître dans cette pécheresse de Samarie toute la force de la grâce , il la convertit purement, je veux dire sans autre attrait, sans autre engagement d’intérêt que celui de sa conversion même. Elle ne croit point en lui comme la femme cananéenne, parce qu’il a délivré sa fille du démon, ni comme l’hémorroïsse parce qu’il lui a rendu la santé : mais elle croit en lui pour lui seul; elle s’attache à lui sans autre vue que l’avantage d’être à lui, et de ne vivre que pour lui. C’est là que je reconnois le caractère d’une grâce victorieuse et toute-puissante : Hœc mutatio dexterœ excelsi.
Enfin le miracle de la grâce , c’est qu’en sanctifiant cette femme, elle sanctifia tout le pays de Samarie, et quelle la rendit capable de communiquer aux Samaritains le don de la foi. De péche-
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resse qu’elle étoit , dit saint Grégoire pape , elle se trouve miraculeusement transformée en apôtre : Quæ advenerat peccatrix , revertitur prœdicatrix. ' Avant que les apôtres aient paru , elle va annoncer Jésus-Christ à ceux qui ne le connoissent pas ; et sans déroger à la dignité de saint Pierre ni à celle des autres apôtres, on peut dire que la première apôtre du christianisme, c’est la Samaritaine. En effet, son zèle la presse de telle sorte qu’elle ne peut s’arrêter un moment : elle laisse le vaisseau qu’elle avoit apporté avec elle , elle ne pense plus à puiser de l’eau, elle quitte Jésus- Christ pour Jésus-Christ même , elle rentre dans la ville, elle invite tout le monde à le venir voir et à l’écouter; aimant mieux aller travailler pour sa gloire, que de goûter plus long-temps les douceurs de son entretien, et ressentant déjà ces saintes ardeurs et ces divins empressemens de l’esprit de foi, qui n’est jamais content de connoître Dieu, s’il ne le fait encore connoître autant qu’il le peut et qu’il le doit.
De tout ceci, quelle conclusion? Ah! Chrétiens, ne disons donc plus dans l’état de notre péché, que nous sommes foibles, et que notre foiblesse est un obstacle insurmontable à notre conversion : mais disons avec l’Apôtre, que si nous sommes foibles par nous-mêmes , nous sommes tout-
' Greg.
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puissans avec la grâce et par la grâce : Omnia possum in eo, qui me confortât. ' Défions-nous de nous-mêmes , mais espérons tout de Dieu. Je sais que pour vous dégager de l’esclavage où le péché vous tient asservis, que pour vous interdire ce commerce, que pour renoncer à cet attachement, que pour étouffer cette inclination , que pour vaincre le monde, il y a des efforts à faire et de grands efforts; qu’il y a des combats à livrer et de rudes combats : mais prenez confiance, puisque Dieu vous répond de sa grâce , dès que vous la demanderez de bonne foi, et qu’il vous assure que sa grâce vous suffit : Sufficit tibi gratia mea. * C’est dans notre infirmité même qu’elle fait éclater toute sa vertu ; et votre retour à Dieu , un retour prompt , un retour parfait, ne sera pas un plus grand miracle pour elle , que le changement merVeilleux de cette pécheresse de l’Evangile : Nam virtus in infrmitate perficilur . 3 Ce n’est pas assez: et voici, mes chers Auditeurs, le point de morale par où je finis. Si Dieu par sa miséricorde vous a tirés de l’abîme, et s’il vous a fait sentir l’impression de sa grâce, imitez le zèle de cette Samaritaine. Elle n’étoit pas plus capable que vous d’annoncer l’Évangile de l’Homme-Dieu : elle n’avoit point de caractère particulier , qui l’y obligeât plus que vous : pourquoi ne le ferez-vous pas comme elle?
■ Philip .'4-- — * a- Cor. la. — 1 Ibid.
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En qualité de chrétiens, nous devons tous par un engagement indispensable chacun dans l’étendue^ de notre condition, participer au ministère apostolique ; et il n’y a point de fidèle , de quelque profession qu’il soit, qui ne doive au moins par ses œuvres, par ses exemples, par l'édification de sa vie, par ses charitables conseils, prêcher Jésus-Christ. Un père le doit prêcher à ses enfans , et se souvenir qu’il est leur premier apôtre; que c’est à lui, comme père , de leur inspirer la religion , de leur en don-* nerla première teinture, d’employer tous ses soins à la conserver dans leurs âmes, et que sans cela il ne mérite pas le nom de père , beaucoup moins celui de père chrétien. Un maître le doit prêcher à ses domestiques, persuadé qu’il est pire qu’un infidèle s’il néglige un devoir si nécessaire, et que c’est, comme le dit l’Apôtre en termes exprès, renoncer sa foi que de laisser dans sa maison des hommes qui ignorent la loi de Dieu et qui ne la pratiquent pas : Deum negavit , et est infideli deterior. ' Mais les pécheurs convertis sont ceux entre tous les autres, qui doivent être plus touchés de cet important devoir. Pourquoi ? parce qu’ils y sont obligés, et par titre de reconnoissance , et par titre de justice, et par charité envers le prochain , et par intérêt pour eux-mêmes : parce qu’ils ne peuvent autrement réparer le scandale de
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leur vie passée, ni rendre à Dieu ce qu’ils lui doivent pour tribut de leur conversion. Si donc parmi ceux qui m’écoutent, il y en avoit quelqu’un de ce caractère, c’est-à-dire, autrefois libertin et dans le désordre, mais maintenant changé par la grâce, et résolu à vivre en chrétien: voilà, lui dirois-je, mon cher Frère, le modèle que Dieu vous met aujourd’hui devant les yeux : le zèle de la Samaritaine convertie. Ramenez comme elle à Jésus-Christ autant de pécheurs que votre exemple est capable d’en attirer , mais surtout ceux qui furent les complices de vos désordres. Dites-leur avec David , ce roi pénitent : V enile , audite , et narrabo , omnes qui timetis Deum , quanta fecit anima, meæ. ' O vous qui craignez Dieu, ou plutôt qui par sa loi avez été instruits à le craindre, venez, écoutez, et je vous raconterai ce que peut faire la miséricorde du Seigneur, et ce qu’elle fait. Il ne vous en faudra point d’autre preuve que mon exemple , et je vous dirai ce que cette infinie miséricorde a fait pour moi. J’étois dans les mêmes engagemens que vous , dans les memes erreurs que vous, dans les mêmes excès que vous : mais la grâce de mon Dieu a rompu les liens qui m’attachoient , a dissipé les nuages qui m’aveugloient , a éteint les passions qui m’emportoient. Je prenois aussi-bien que vous pour folie tout ce que l’on me disoit des
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vérités éternelles : mais la grâce de mon Dieu m’a détrompé, et m’a convaincu moi-même de ma propre folie. Je croyois comme vous que ce changement étoit impossible, que jamais je ne pourrois me résoudre à sortir de mes habitudes criminelles, que jamais je ne pourrois soutenir une vie plus retirée et plus réglée, que ce seroit. un état triste , ennuyeux , insupportable : mais par la grâce de mon Dieu toutes les difficultés se sont aplanies , j’ai triomphé de la nature et de l’habitude , je me suis arraché au monde et à ses enchantemens ; au lieu du trouble et de l’ennui que je craignois, j’ai trouvé le calme et la joie. Et que ne puis-je vous ouvrir mon cœur! que ne puisje vous faire connoître et vous faire sentir ce qu’il sent, depuis que le péché n’y domine plus, et qu’il commence à jouir d’une sainte liberté ! V enite , audite, et narrabo quanta fecil animæ meœ.
Ah! Chrétiens, que ne peut pas pour la gloire de Dieu une âme bien convertie, et de quelle efficace est son témoignage en faveur de la vertu ? La Samaritaine convertit seule presque tout un pays ; et combien de pécheurs par leur pénitence gagneroient des villes entières , et en’réformeroient les abus? Inspirez-nous ce zèle, Seigneur, inspirez-le à tous mes auditeurs. Répandez sur eux votre esprit ; et que touchés de cet esprit de douceur, soutenus de cet esprit de force, ils rentrent
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dans vos voies , et y fassent rentrer par leurs exemples ceux qu’ils en ont retirés par leurs scandales : en sorte que nous puissions tous parvenir un jour à la même gloire, où nous conduise , etc.
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