‹ Œuvres completes de Bourdaloue Sermons pour le Careme. Tome secondChapitre 24 sur 43 · SUR LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

SUR LA PROVIDENCE

Cum sublevasset oculos Jésus , et vidisset quia multitudo maxitna yenit ad eum, dixit ad Philippum : Unde ememu: panes, ut manducent hi? Hoc autem dicebat tentans eums ipse enim sciebat quid esset facturus.

Jésus-Christ levant les yeux , et -noyant qu’une grande foule de peuple venoit à lui , dit à Philippe : D’où pourronsnous acheter assez de pain , pour donner à manger à tout ce peuple ? Or il disoit ceci pour l’éprouver ; car il savoit bien ce qu’il allait faire. Saint Jean,chap. 6.

Sire ,

Si ce qu’a dit saint Augustin est vrai, que les miracles sont la voix de Dieu , et qu’autant de fois qu’il fait paroître ces signes visibles de sa toutepuissance , son intention est de nous parler, de

nous instruire , et de nous découvrir quelque importante vérité; il est aisé de reconnoître ce que le Sauveur du monde a voulu nous faire entendre parce grand miracle de la multiplication des pains. Car que voyons-nous dans ce miracle , et que nous représente notre évangile? tout un peuple , qui s’abandonne à la conduite de Jésus-Christ ; des milliers d’hommes . qui , sans provision , sans subsistance , quittent leurs maisons pour le suivre ; un Dieu touché de compassion pour eux , un Dieu qui pourvoit lui-même à leurs besoins, un Dieu qui lui-même leur distribue ses dons libéralement, amplement, magnifiquement ; et cette nombreuse multitude enfin nourrie et rassasiée au milieu d’une solitude : tout cela 11e nous prêche-t-il pas hautement la providence divine , et l’obligation indispensable de nous reposer sur ses soins et de nous confier en elle ? Jnterrogemus , ce sont les paroles de saint Augustin, ipsa Christi miracula : habent enim, si intelligantur , linguam suam. ' Interrogeons les miracles de Jésus-Christ, écoutons-les, et rendons-nous y attentifs. Car , comme Jésus-Christ est substantiellement le Verbe de Dieu , il n’y a rien dans lui qui ne parle , et ses actions mêmes ont pour nous leur langage et leur expression. Or ce que nous dit en particulier le miracle de ces pains si promptement et si abondamment multi-

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pliés , c’est qu’il y a une providence qui gouverne le inonde ; une providence à laquelle nous devons tous nous soumettre , non pas comme le reste des créatures, par une soumission de nécessité, mais comme des créatures raisonnables, par un libre consentement dé notre volonté. Voilà , mes Frères, la voix de Dieu, et ce qu’elle nous apprend. Cependant , quelque intelligible et quelque éclatante que soit cette voix, il y a encore des hommes qui ne veulent pas l’entendre. 11 y en a qui , pour l’avoir entendue , n’en sont pas plus dociles ni plus soumis. Et c’est pour cela que je joins à cette voix du miracle de Jésus-Christ , celle de la prédication, qui , fortifiée et soutenue parla grâce intérieure que le Saint-Esprit répandra dans nos cœurs, y produira, comme je l’espère, tout le fruit que j’attends de ce discours. Adressons-nous à Marie, et disons-lui : Ave , Maria.

Deux choses, selon saint Augustin, sont capables de toucher l’homme et de faire impression sur son cœur, le devoir et l’intérêt; le devoir, parce qu’il est raisonnable; et l’Intérêt, parce qu’il s’aime luimême. Voilà les deux ressorts qui le font communément agir. Mais il faut, ajoute saint Augustin, que ces deux ressorts soient remués tout à la fois, pour avoir dans le cœur de l’homme un plein effet. Car le devoir sans l’intérêt est foible et languissant.

298 DIMANCHE DE LA IV* SEMAINE, et l’intérêt sans le devoir est bas et honteux. L’un et l’autre joints ensemble, ont une vertu presque infaillible , et une efficace à laquelle il est comme impossible de résister. J’entreprends aujourd’hui, Chrétiens, de vous inspirer une parfaite soumission à la providencede Dieu ; j’entreprends de vous représenter l’indispensable obligation que nous avons tous, de nous attacher à cette providence souveraine, de nous confier en elle, de nous conformer à ses ordres, et d’en faire la règle de notre vie. Or, ' pour vous y engager, je veux vous faire voir le désordre et le malheur de l’homme, lorsqu’il refuse à Dieu cette soumission : le désordre de l’homme par rapport à son devoir, et le malheur de l’homme par rapport à son intérêt : son désordre inséparable de son malheur, puisqu’il en est évidemment et infailliblement la source : son malheur inséparable de son désordre , puisque , selon les lois de Dieu , il en est, comme vous verrez, la juste punition. En deux mots , rien de plus criminel que l’homme du siècle qui ne veut pas se soumettre à la providence; c’est la première partie. Rien de plus malheureux que l’homme du siècle qui 11e veut pas se conformer à la conduite de la providence; c’est la seconde. Mais aussi, par deux conséquences toutes contraires, rien de plus sage que l’homme chrétien qui prend pour règle de toutes ses actions la foi de la providence : rien de plus heureux que

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l’homme chrétien, qui fait consister tout son appui dans la foi delà providence. Deux vérités édifiantes et touchantes , qui vont partager ce discours.

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