SUR LA PROVIDENCE
Sujet. Jésus-Christ levant les yeux , et voyant qu’une grande foule de peuple venoit à lui, dit à Philippe : D’où pourrons-nous acheter assez de pain , pour donner à manger à tout ce peuple ? Or il disoit ceci pour l'éprouver : car il savoit bien ce qu’il alloit faire.
Ce miracle de la multiplication des pains nous apprend qu’il y a une providence qui gouverne le monde, et à laquelle nous devons nous soumettre. Vérité fondamentale de notre religion qui fera la matière de ce discours. P. 29 5 , 296 , 297.
Division. Le devoir et l’intérêt nous engagent à recon-noître une providence et à nous y soumettre. Voyons donc elle désordre de l’homme, et son malheur, lorsqu’il refuse à Dieu cette soumission. Le désordre de l’homme, par rapport à son devoir; le malheur de l’homme, par rapport à son intérêt. En deux mots, rien de plus criminel que 'homme du siècle, qui ne veut pas se soumettre à la providence : première partie. Rien de plus malheureux que l’homme du siècle, qui ne veut pas se conformer à la conduite de la providence : deuxième partie. P. 297 , 298.
Première partie. Rien de plus criminel que Phomme du siècle qui ne veut pas se soumettre i la providence. Car
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il renonce à cette divine providence, l'nu par un esprit d’infidélité, parce qu’il ne la reconnoît pas et qu’il ne la croit pas; a° ou par une simple révolte de cœur, parce qu’en la reconnoissant même et en la croyant, il ne veut pas lui rendre la soumission qui lui est due. P. 299.
t" Est-ce par un esprit d’infidélité , et parce qu’il ne croit pas la providence ? Mais quel désordre ? car il ne connoit donc plus de Dieu ; affreuse impiété! ou bien il se fait un Dieu monstrueux, qui n’a nul soin de ses créatures ; qui n’est ni juste, ni bon, ni sage, puisqu’il ne peut rien Être de tout cela sans providence : autre supposition non moins impie, et qui réduit le mondain infidèle à être plus que païen, puisqu’Â peine il s'est trouvé quelques sectes païennes qui aient nié la providence. Ce n’est pas assez : il se rend incrédule et insensé contre sa raison même. Comment cela ?
le voici. Quand il voit un état bien réglé , il conclut qu’il y a un maître qui le gouverne; et il ne veut pas ainsi raisonner à l’égard du monde entier. Ajoutez qu’il n’y a point d’homme qui dans sa vie ne puisse remarquer certaines conjonctures où il s’est trouvé, certains périls d’où il est échappé , certains évéBemens heureux ou malheureux, qui sont pour lui autant de preuves personnelles d’une providence. Or cela est vrai surtout de ceux qui font quelque figure dans le monde, et qui entrent plus dans les intrigues du monde. Toutefois ce sont ceux-là même qui ont moins de foi à la providence, et qui semblent plus la méconnoître. Leur aveuglement va encore plus loin : car ils ne veulent pas rendre librement et chrétiennement à la providence un aveu qu’ils lui rendent souvent par nécessité, ou plutôt par emportement de chagrin et de désespoir. Ce mondain qui oublie Dieu dans la prospérité , est le premier à murmurer contre la providence quand il lui survient une disgrâce.
DES SERMONS
Voici quelque chose encore de plus surprenant : c’est que souvent le libertin veut douter de la providence par les raisons même qui prouvent invinciblement une providence. Car il fonde ses doutes sur ce qu’il voit le monde rempli de désordres: mais pourquoi sont-ce des désordres, répond saint Chrysostôme , sinon parce qu’ils sont contre l’ordre ? et qu’est-ce que cet ordre auquel ils répugnent, sinon la providence ? Désordres dont les hommes se scandalisent ; et de ce que les hommes s’en scandalisent , n’est-cc pas un témoignage authentique de la providence, qui ne permet pas que ces choses soient autorisées, et qui veut pour cela que parmi les hommes elles aient toujours passé , et qu’elles passent toujours dans la suite pour scandaleuses ? Si les hommes ne se scandalisoient de rien , l’iniquité prévaudroit; et afin qu’elle ne prévale pas , la providence fait qu’on se scandalise du vice et qu’on aime la vertu. P. 3oo, 3oi , 3oa , 3o3, 3o4, 3o5, 5o6.
3° Est-ce par une simple révolte de edeur que le mondain s’élève contre la providence: en sorte que la croyant même, il refuse de se soumettre^ elle? autre désordre encore moins soutenable. Car quelle témérité ! croire une providence qui préside au gouvernemènt du monde , et ne vouloir pas se régler par elle et agir de concert avec elle. Tel est néanmoins le désordre du monde. On croit une providence, et l’on vit comme si l’on n’en croyoit pas. En effet, si l’on se conduisoit parla foi de la providence, on neseroitni passionné , ni emporté, ni vain , ni inquiet , ni Ger , ni jaloux, ni ingrat envers Dieu, ni injuste envers les hommes. Et pourquoi est-on tout cela? parce qu’on se retire des voies de la providence. P. 306,307, 5o8.
Mais en sortant des voies de cette sage providence, quelles voies prend-on ? Ou bien l’on ne vit plus qu’au hasard, et
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l’on suit en aveugle le cours de la fortune; ou bien l’on entreprend de se gouverner selon les vues de la prudence humaine. Or 1 un et l’autre est également injurieux à Dieu. N’avoir plus d’autre principe de sa conduite que le cours de la fortune , c’est tomber dans l'idolâtrie des païensr-Idolâlric que les sages usines du paganisme condain noient. Idolâtrie que Dieu reprochoit aux Israélites. Idolâtrie si commune au milieu même du christianisme, surtout à la cour. .D’ailleurs, entreprendre de se conduire parla prudence humaine , c’est orgueil, c’est compter sur soi-même, c’est ne vouloir dépendre que de soi-même; et ce qui est d’une conséquence infinie, c’est se charger devant Dieu de toutes les suites fâcheuses qui peuvent arriver, et en prendre sur soi tout le crime. Mais quand j’ai recours à Dieu, et qu’après avoir mûrement délibéré selon l’esprit de ma religion, je viens à conclure, je puis alors avoir cette confiance, ou que je conclus sûrement , ou que si je manque , Dieu suppléera à mon défaut. Voilà pourquoi le plus sage des hommes. Salomon , fuisoit à Dieu cette excellente prière : Donnezmoi, Seigneur, cette sagesse qui est assise avec vous sur votre trône , afin quelle travaille avec moi , et qu’elle me fasse connoître ce qui vous est agréable. P. 3og , 3io , 3n , 3ia, 3 13, 3i4, 3i5.
Deuxième partie. Rien de plus malheureux que l’homme du siècle, qui ne veut pas se conformer à la conduite de la providence. Car alors, 1” il demeure sans conduite; 3° en quittant Dieu , il oblige Dieu pareillement à le quitter; 3° il se prive par-là de la plus douce , ou plutôt de l’unique consolation qu’il peut avoir en certaines adversités ; 4” ne voulant pas dépendre de Dieu par une soumission libre et volontaire , il en dépend malgré lui par une soumission forcée. P. 3i5,3i6, 317. 1 îj rtjjrïj
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i° Il demeure sans conduite, je dis sans une conduite sûre et droite. Car il ne lui reste que l’un de ces deûx partis , ou de n’avoir plus d’autre ressource que lui même, ou de mettre son appui dans les hommes. Or, des deux côtés sa condition est également déplorable. D’être réduit à n’avoir plus d’autre ressource que lui-même , qu’y a-t-il de plus terrible ? Si dans une affaire capitale, où il s’agiroit de ma vie, tont autre conseil que le mien me manquoit, je me croirois perdu. Et quel fonds l’homme peut-il faire sur lui- même, aussi aveugle, aussi inconstant qu’il est, aussi sujet à ses caprices et aussi esclave de ses passions ? Je sais qu'il a une raison dont il peut s’aider; mais cette raison-là même bornée à ses foiblcs lumières, n’est-clle pas plus propre à le tourmenter par mille réflexions chagrinantes , qu’à le soutenir ? P. 3r7,3i8, 319,320.
Que fera- t-il donc ? mettra-t-il sa confiance dans les hommes? mais est-il un esclavage plus honteux et plus dur que de dépendre des hommes ?A quels dédains, à quels changcmens , à quels revers n’est-on pas exposé ? n’est-ce pas ce qu’éprouvent sans cesse, auprès des princes de la terre , ces adorateurs de la faveur ? y en a-t-il un seul qui ne convienne que sa condition a mille dégoûts, mille déboires, mille mortifications inévitables, et que c’est une perpétuelle captivité ? P. 321, 322, 323, 3a4.
2“ En quittant Dieu, le mondain oblige Dieu pareillement à le quitter. Car Dieu a son tour; et quand il entend cet homme rebuté et désolé, plaindre son sort, il lui répond avec ces paroles du Deutéronome : Ubi suntdii eorurn , in quibus habebant Jiducieuh ? Surgant et opitulenlur vobis : Oû sont ces dieux dont vous vous teniei si Sûrs ? qu’ils viennent maintenant vous secourir. P. 324.
3° De là nulle consolation pour un homme ainsi aban-
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donné de Dieu , après qu’il a lui-même abandonné Dieu. Il y a des afflictions dans la vie, où l’on ne peut recevoir de la part du inonde aucun soulagement. Or , un chrétien soumis à la providence trouve alors dans sa soumission son soutien ; au lieu que l’impie frappé du coup qui l’atterre , fait en quelque sorte le personnage d’un réprouvé, blasphémant contre le ciel, trouvant tout odieux, se désespérant , et dans son désespoir, goûtant toute l’amertume de la douleur. P. 3a5, 326.
4' Que dis-je ! et le mondain, tout rebelle qu’il est, n’estil pas encore sous la domination de la providence ? Oui ; mais d’une providence de justice et de rigueur, qui se fait sentir à lui par des vengeances, tantôt secrètes et tantôt éclatantes, tantôt par des prospérités dont il est enivré, et tantôt par des adversités dont il est accablé. Ainsi Dieu at-il traité un Pharaon , un Nabuchodonosor, un Antiochus, et bien d’autres. Si donc nous avons quelque égard à notre devoir et à notre intérêt, soumettons-nous à notre Dieu et à sa providence. Demandons-lui que sa volonté s’accomplisse en nous, et sur la terre, et dans le çiel. P. 337, 3a8,-
Sujet. Or les disciples.se souvinrent de ce qui est écrit: Le zèle de votre maison me dévore.
Puisqu’il s’agissoit de la maison de Dieu , il ne faut pas s’étonner que le Sauveur du monde marquât tant de zèle
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contre les profanateurs du temple de Jérusalem. C’est à ce premier temple que nos églises ont succédé ; et ce qui les distingue particulièrement , c’est l'adorable sacrifice que nous y offrons. Sacrifice de la messe , dont je veux , autant qu’il est possible, vous faire connoître dans ce discours l’excellence et le prix, afin de vous apprendre par-là môme avec quel esprit vous y devex assister. P. 32q, 33o, 33i.
Division. Sacrifice delà messe, sacrifice souverainement respectable, pourquoi? parce que c’est à Dieu qu’il est offert; première partie : parce que c’est un Dieu qui y est offert ; deuxième partie. P. 33 1 , 33a.
Preikif.be partie. Sacriéce de la messe, sacrifice souverainement respectable, parce que c’est à Dieu qu’il est offert. Y assister, c’est assister, 1“ à la plus grande action du christianisme ; 2° à une action dont la fin immédiate est d’honorer Dieu ; 3° à une action qui , prise dans son fonds , consiste surtout à humilier la créature devant Dieu ; 4* à une action qui , désormais , est l’unique par où ce culte d’adoration, je dis d’une adoration suprême, puisse être extérieurement et authentiquement rendu à 'Dieu; 5° c’est y assister en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le respect et la révérence due à Dieu. P. 33a, 333.
1° C’est, assister à la plus grande action du christianisme. D’où vient que dans les anciennes liturgies le sacrifice est appelé action par excellence, et c’est ainsi que nous l’appelons encore aujourd’hui. Toutefois, nous nous y présentons comme si c’étoit l’action la moins sérieuse, et qui pût être plus impunément négligée. P. 333, 334, 335.
2° C’est assister à une action dont la fin immédiate est d’honorer Dieu. Chaque action de piété a sa fin particulière, et la fin particulière du sacrifice est l’honneur de Dieu. Dans tous les autres devoirs on peut presque dire que
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l’homme agit plutôt pour lui-même et -pour son intérêt, que pour l’intérêt de Dieu : car si je prie , par exemple , c’est pour m’attirer les grâces de Dieu. Mais quand je vais au sacrifice, qu’est - ce que j'envisage? d honorer Dieu. Que scroit-ce donc de faire servir à le déshonorer , ce qui doit spécialement servir à le glorifier? P. 555 , 556.
5" C'est assister A une action qui, prise dans son fond , consiste surtout A humilier la créature devant Dieu. Car, qu’est-ce que le sacrifice? une protestation que nous faisons A Dieu de notre dépendance et de notre néant. L’oraison, en élevant nos esprits A Dieu, nous élève au-dessus de nousmêmes ; mais le sacrifice nous rabaisse au-dessous de nousmêmes en nous anéantissant devant Dieu. Comme donc je ne pui9 mieux m'humilier devant Dieu qu’en lui offrant le sacrifice , aussi ne puis-je autrement avoir part au sacrifice qu’en m’humiliant devant Dieu. Delà, quel désordre lorsque des chrétiens viennent au sacrifice du vrai Dieu , non-seulement sans cette humilité religieuse, mais avec tout l’orgueil du libertinage et tout le faste du monde? P. 55?, 338, 53g, 54o.
4" C’est assister à une action qui, désormais, est l’unique par où ce culte d’adoration , je dis d’une adoration suprême, puisse être extérieurement et authentiquement rendu A Dieu. Dans toutes les autres actions, je ne fais point cette protestation publique et solennelle de ma dépendance et de mon néant. Le seul sacrifice e9t l'aveu juridique de ce que je suis , et de ce que je dois A Dieu. Mais par un renversement bien déplorable, quel sujet ne donnons-nous pa9 aux païens et aux infidèles de nous faire la même demande que lesennemis du Seigneur faisoient A David: Ubiest Deus tuus ? Où est votre Dieu? P. 34o, 34», 34a.
5“ C'est y assister en toutes les manières qui peuvent
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nous inspirer le respect et la référence due à Dieu , i° comme témoins ; honneur que l’Église ne fait qu’aux fidèles : mais au lieu de nous occuper de Dieu qui nous est présent et & qui nous sommes présens, nous ne nous occupons que de Tains objets, ou qui repaissent notre curiosité, ou qui servent d’amusement à notre oisiveté, a" Comme ministres: car nous offrons tous le sacrifice avec le prêtre , sans être néanmoins revêtus du même caractère que le prêtre : fonction si sainte, que quelques-uns même ont conclu de là , qu’un pécheur ne pouvoit assister au sacrifice de la messe dans l'état de son péché. Conséquence erronée que je rejette : mais m’en tenant au principe sur quoi elle est établie , ne dois-je pas conclure, que puisque nous assistons au sacrifice en qualité de ministres, tant de crimes que l’on y commet , sont autant de profanations ? Qui le croiroit qu’un chrétien choisi de Dieu pour lui offrir un sacrifice tout divin , voulût faire du temple même un lieu déplaisir et du plus infijire plaisir? Désordre que Tertullien , et après lui saint Jérôme et saint Chfysostôme , reprochoient à leurs siècles, mais qui maintenant est plus commun qu’il ne l’a jamais été. 3“ Comme victimes : et en effet , puisque nous ne faisons avec Jésus-Christ qu’un même corps , il s’ensuit , dit saint Thomas, que nous sommes immolés avec lui. Par conséquent , nous devons nous mettre dans l’état de ces anciennes victimes qu’on sacrifioit au Seigneur. Elles étoient liées , elles étoient privées de l’usage des sens, elles étoient brûlées parle feu. Ainsi, il faut que la religion nous lie et nous tienne respectueusement appliqués au sacrifice, 11 faut qu’elle nous couvre les yeux et qu’elle les ferme à tous les objets de la terre. Il faut qu’elle nous consume par le feu de la charité. P. 342, 343, 344, 345, 346, 34?, ■ 3485 34g.
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Mais n’est-il pas surprenant , comme l’a remarqué Picdc la Mirande, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde, il n’y ait eu que la religion du vrai Dieu dont les temples et les sacrifices aient été profanés par ses propres sujets ? La raison de cette différence est que l’ennemi de notre salut ne va point tenter les païens ni les troubler dans leurs sacrifices , parce que ce sont de faux sacrifices : au lieu qu’il emploie toutes ses forces à nous détourner du sacrifice de nos autels, parce que c’est un sacrifice également glorieux à Dieu et salutaire pour nous. P. 35o , 35 1.
Deuxième pabtie. Sacrifice de la messe , sacrifice souverainement respectable, parce que c’est un Dieu qui y est offert. Quand nous aurions vécu sous l’ancienne loi, et que nous n’aurions point eu d’autres Sacrifices que ces sacrifices imparfaits dont Dieu avoit établi l’usage par le ministère de Moïse, il faudroittoujoursy assister avec crainte et avec tremblement. Aussi avec quelle révérence Dieu vouloit-il que les Juifs entrassent dans le sanctuaire pour lui offrir leurs sacrifices et le sang des animaux , et avec quel zèle et quelle fidélité ce peuple , d’ailleurs si indocile , s’acquittoit-il de ce devoir? Qu’eussent -ils donc pensé, et qu’eussent-ils fait, s’ils eussent eu comme nous à offrir le sacrifice d’un Dieu; et que devons-nous penser, que devonsnous faire nous-mêmes? Sur cela, je me contente de trois considérations. P. 35i, 35a, 353, 354.
Première considération. Quand je vais au sacrifice que célèbre l’Église, je vais au sacrifice de la mort d’un Dieu; à un sacrifice dont réellement et sansfigure la victime est le Dieu même que j’adore. Si donc par de sensibles outrages j’ose encore lui insulter comme les Juifs qui lecruçifièrent, ne suisje pas digne de ses plus rigoureuses vengeances ? P. 354-
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Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s’immole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? pour nous apprendre et pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire, à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu’il le demande. Car pour cela, dit saint Thomas, il a fallu un sujet d’un prix infini, et offert d'une manière infinie. Mais tandis que Jésus-Christ, dans cet état de victime , honore son père , Ego honorijico patrem ,- il semble que nous prenions à tâche de détruire par nos scandales tout l’honneur qu’il lui rend par sesanéantissemens. Faisons par proportion ce qu’il fait, si nous voulons par proportion glorifier Dieu comme il le glorifie. P. 355 , 356,357,358.
Troisième considération. Que fait encore Jésus -Christ dans ce sacrifice? non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause , et il offre le prix de leur rédemption : Ego pro eis sanctijico me ipsum. Or, reprend saint Bernard, si je voyois le fils unique d’un prince de la terre mourir pour moi , m’arrêterois-je, tandis qu’il meurt, â de vains amusemens? Et lorsque le fils unique de Dieu se' sacrifie pour mes intérêts, serai-je assez insensé pour faire un jeu du sacrifice même de mon Sauveur? Pensée touchante que saint Jean de Jérusalem exprimoit en des termes moins figurés, mais non moins énergiques ni moins pressans. De là, jugeons quels sentimens nous doivent occuper dans ce sacrifice d’expiation. Ne sont-ce pas ceux d’un pécheur contrit et d’un pécheur reconnoissant ? P. 358,35g, 36o, 36 1.
Je n’ai en finissant ce discours qu’un seul raisonnement à vous opposer. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion , ou vous ne le croyez pas.
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Si vous le croyez, comment osez- vous profaner cet adorable sacrifice , et en cela même n’êtes-vous pas plus criminels que les Juifs et que les hérétiques? Si vous ne le croyez pas, pourquoi y assistez -vous ? Que dis-je ? et veux-je vous en éloigner? non, Chrétiens : allons-y, niais pour y honorer Dieu , poury édifier l'Église, et pour nous y sanctifier nousmêmes. P. 36a, 563, 364.
Scjbt. Lorsque Jésus passoit , il vil un homme qui étoit aveugle dès sa naissance.
C’est dans ce miracle que s’accomplit ce jugement adorable dont parloit le Fils de Dieu, lorsqu’il disoit : Je suis venu dans le monde ; et le jugement que j'y dois exercer, est que ceux qui ne voient pas verront , et que ceux qui voient cesseront de voir. Car comme Moïse partagea autrefois tellement l’Égypte, que tout ce qui étoit habité par les Égyptiens se trouva couvert de ténèbres, tandis que les Israélites jouissoient d’un jour pur et serein; ainsi au même temps que Jésus-Christ éclaire l’aveugle-né , il aveugle les pharisiens qui étoient les sages et lesspirituels du judaïsme. Jugement qui se renouvelle encore tous les jours parmi nous. Mais sans m’arrêter à ce qu’il a de favorable pour les uns sur qui Dieu répand sa lumière, je veux seulement vous le représenter dans ce discours , par ce qu’il a de terrible et d’effrayant pour les autres que Dieu frappe d’un aveuglement intérieur qui va jusqu’à l’âme, et qui la tient
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plongée dans les plus grossières et les plus funestes erreurs. P. 365, 366, 367, 368.
Division. Point de matière sur laquelle l’Écriture se soit expliquée en des termes plus différens que sur l’aveuglement spirituel. Mais pour accorder ensemble tous ces textes de l’Écriture, je distingue avec saint Thomas, trois sortes d’aveuglemens : un aveuglement qui de lui-même est péché, un aveuglement qui est la cause du péché , et un aveuglement qui est l'effet du péché. Sur quoi je dis, que l’aveuglement qui de lui-même est péché, est de tous les péchés le plus pernicieux et le plus contraire au salut : première partie. Que l’aveuglement qui est cause du péché, est communément, pour servir de prétexte au péché, l’excuse la plus frivole et la moins recevable : deuxième partie. Enfin, que l'aveuglement qui est l’effet du péché, est la peine la plus terrible dont Dieu dans cette vie puisse punir le pécheur : troisième partie. P. 368 , 369, 3^0.
Première partie. Aveuglement péché , c’est-à-dire, qui de lui-même est criminel , pourquoi ? parce qu’il est volontaire et affecté. Tel est l’aveuglement des libertins et des prétendus athées, qui dans eux-mêmes et dans les seules vues naturelles ont des lumières plus que suffisantes pour connoître Dieu , et par conséquent 11e peuvent cesser de croire en lui, que parce qu’ils ne veulent pas s’assujettir à lui, et qu’à force de l'offenser ils parviennent enfin à l’oublier et ensuite à le méconnoître. Excellente idée que Tertullien do nnoit autrefois de l’athéisme. Tel est l’aveuglement de certains hérétiques de mauvaise foi, qui ne demeurent dans leur hérésie , que parce qu'ils sont déterminés à n’en revenir jamais. Tel est l’aveuglement des sensuels et des voluptueux, qui pour goûter avec moins de trouble leurs infâmes plaisirs, ne veulent pas même entendre parler des
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vérités éternelles. Tel est l’aveuglement de certains esprits pleins d’eux-mêmes , qui par un effet pitoyable de leur orgueil, ne peuvent supporter la vérité, dès que la vérité les humilie ; qui non - seulement ne veulent pas voir leurs défauts, quoique grossiers , mais veulent même qu’on leur applaudisse jusque dans leurs foiblesses. Tel est l’aveuglement d’une inûnité de chrétiens qui ne veulent pas s’éclaircir sur certains laits, sur certains doutes, sur certains troubles de conscience , parce qu’ils sentent bien qu’ils ne sont pas dans la disposition d’aocomplir des devoirs A quoi cet éclaircissement leur feroit voir qu’ils sont obligés : Noluit intelligere ut bene ageret. P. 3yo , 3;i , 5ya, 3?5, 3?4, 3?5, 3;6, 377, 378.
Or j’ai dit, et il est vrai , que de tous les péchés dont l’homme est capable, il n’y en a point de plus pernicieux ni de plus contraire au salut. 1° Parce que cet aveuglement volontaire exclut la première de toutes les grâces . qui est la lumière divine; et par l’exclusion de cette première grâce, arrête toutes les autres grâces que Dieu tenoit en réserve dans les trésors de sa miséricorde , et par où il vouloit nous conduire et nous attacher à lui. a' Parce que cet aveuglement volontaire nous Ote non-seulement la lumière, mais le désir d’avoir, la lumière. 3° Parce que cet aveuglement nous donne même une volonté tout opposée , et nous fait fuir la lumière sans laquelle néanmoins nous ne pouvons parvenir au salut. P. 378, 379 , 38o , 38 1 , 38a.
Ce péché donc met Dieu lui-même dans une espèce d’impuissance de nous sauver, et l’oblige à nous dire , quoique dans un autre sens, ce que Jésus-Christ dit à l’aveugle de Jéricho : Quid tibi vis Jaciarn ? Que veux-tu , pécheur, que je fasse pour toi ? Que 4e te sauve sans grâce ? cela ne se peut. Que je te donne des grâces sans lumières? il n’y
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en eut jamais de la sorte. Que par des lumières forcées , je te sauve malgré toi Pce n’est point l’ordre de ma providence. Que par un miracle spécial je change les lois de cette providence? ma" justice s’y. oppose, et ma miséricorde même ne l’exige pas. P. 38a.
Je sais que Dieu malgré nous peut nous éclairer : mais il est toujours vrai que quand nous haïssons, quand nous fuyons cette lumière , nous formons tout l’obstacle à. notre salut, qu’une créature de sa part y peut former. Et voilà pourquoi je voudrois que tous ceux qui m’écoutent, fissent tous les jours à Dieu cette prière que faisoit David : Révéla oculos meos : Seigneur, éclairez-moi , et ouviez-moi les yeux. Si je vous demande votre lumière, ce n’est point pour me rendre plus habile dans les affaires du monde ; mais pour n’ignorer rien dans ma condition de toutes vos volontés et de toutes mes obligations : Da rnihi inlellectum, ut sciam justificationes tuas. P. 383 , 384 > 385.
Deuxième partie. Aveuglement cause du péché. Ainsi les Juifs crucifièrent Jésus-Christ, parce qu’ils 11e le connoissoient pas. Aveuglement très-ordinaire dans le christianisme. Combien tous les jours commet-on de péchés contre la justice, contre la charité , contre la pureté, sans savoir, et parce qu’on ne sait pas que ce sont des péchés? Or, on demande si cet aveuglement qui est la cause du péché, peut toujours devant Dieu nous tenir lieu d’excuse et nous justifier?mais si cela étoit, pourquoi David auroit-il demandé à Dieu qu’il oubliât ses ignorances passées? Je vais plus loin, et je soutiens que non-seulement notre ignorance n’est pas toujours une légitime excuse , mais qu’elle ne l’est presque jamais pour la plupart des chrétiens , parce que dans le siècle où nous vivons il y a trop de lumière pour pouvoir s’autoriser de ce prétexte. Si je ne vous avois pas parlé. Carême, ii. 35
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disoit le Fils de Dieu aux Juifs , votre incrédulité seroit excusable ; mais maintenant que vous m’avez entendu, vous n’avez plus d’excuse dans votre péché. Appliquez-vous ce reproche. Combien avez-vous de prédicateurs et de maîtres pour vous instruire ? P. 386 , 38? , 388 , 38g , 3go, 3gi.
Mais enfin , direz-vous, malgré cette abondance de lumières on ignore cent choses essentielles au salut, surtout à l’égard de certains devoirs. Mais à cela je réponds ce que répondit l’aveugle-ué aux pharisiens, qui lui disoient qu’ils ne connoissoicnt pas Jésus -Christ : In hoc mirabile est quia vos nescitis unde sit, et aperuit oculos meos : 11 est étonnant que vous ne sachiez pas d’où il est , et qu’il m’ait rendu la vue. Ainsi, Chrétiens , est-il bien surprenant que nous péchions tous les jours par ignorance, et que Dieu ait si abondamment pourvu à notre instruction : In hoc mirabile est. Ils ont Moïse et les prophètes, dit Abraham au mauvais riche qui lui demandoitqüc quelqu’un des morts allât instruire ses frères : Habent Moysem etprophetas. Voilà ce que Dieu dit de nous-mêmes, ou nous dit à nous-mêmes pour notre condamnation. Quand nous péchons alors par ignorance , notre péché est inexcusable : pourquoi ? parce que nous agissons, ou contre nos propres lumières,'- ou du moins contre nos doutes. Contre nos propres lumières : car il nous reste toujours dans notre ignorance même certaines lumières confuses qui nous suffiraient pour éviter le péché, si nous voulions nous en servir, et qui ne nous deviennent inutiles que faute de réflexion. Contre nos doutes : car quand même nous n’aurions pas assez de lumières pour juger, nous en avons souvent assez pour douter. F. 3ga, 3g3, 3g4> 3g5.
Souvenons-nous que la première de toutes les obligations est de savoir. Examinons-nous sur ce principe; et ne nous
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l’appliquons pas seulement à nous-mêmes , mais étendonsle sur tous ceux dont Dieu nous a chargés. Vous avez des enfans , vous avez des domestiques : leur ignorance ne les excusera pas ; mais elle vous excusera encore moins qu’eux. Car s’ils sont obligés de s’instruire, vous êtes obligés de pourvoir à ce qu’ils le soient. P. 5g5, 3g6 , 397.
Troisième PARTiE.Aveuglement effet du péché. 11 est constant que Dieu aveugle quelquefois les hommes, et quand l’aveuglement des hommes entre dans l’ordre des décrets divins, il est de la foi que c'est un effet du péché , parce que c’est une des peines dont Dieu punit le péché, selon cette parole d’Isaïe : Excœcavit Deus oculos eorum. De savoir de quelle manière s'accomplit une telle punition, c’est ce que je n’entreprends pas d’examiner. A prendre les termes de l’Écriture dans toute leur rigueur, on diroit que Dieu, par une action réelle et positive, opère cet aveuglement intérieur : mais à les prendre dans la vérité , il faut dire avec saint Augustin que si Dieu nous aveugle, c’est par voie de privation, en retirant ses lumières, et non d’action , en nous imprimant l’erreur. Il y a plus, et j’ajoute après ce même saint docteur, que Dieu jamais ne nous prive absolument de toutes les lumières de sa grâce ; mais seulement de certaines lumières de laveur et de choix, avec lesquelles on agiroit, et sans lesquelles on n’agit point. P. 398,599,400,40 1.
Or, je prétends que cet aveuglemeut est le châtiment de Dieu le plus rigoureux. Aussi le prophète Isaïe n’en demandoit point d’autre pour venger Dieu des infidélités de son peuple : Excasca cor populi hujus. Ce qui le rend si terrible , c’est que l’aveuglement est un mal pur, sans aucun mélange de bien. Tous les autres maux de la vie peuvent être, si nous le voulons, des moyens de salut, ou comme peines médicinales, ou comme peines salisfacloires,
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ou comme peines méritoires. Mais l’aveuglement est un mal stérile, qui ne nous sert ni de remède, ni de pénitence, ni de mérite. En quoi ce châtiment ressemble â celui des réprouvés. P. 4°a , 4°3, 404, 4®5.
Après cela, conclut saint Augustin , dites que Dieu dès cette vie ne punit pas spécialement les pécheurs et les libertins. Si ce Dieu vengeur n’a pas encore exercé sur vous cette justice si sévère , c’est qu’il a usé envers vous de miséricorde. Mais qui sait s’il est résolu d’attendre davantage? Qui ne tremblera pas dans la pensée qu’il y a un péché que Dieu a marqué comme le dernier terme de sa grâce , je dis de sa grâce efficace et victorieuse ? Quel est- il ce péché ? je n’en sais rien. Mais ce que je sais, ô mon Dieu , c’est que je ne dois rien oublier pour prévenir le malheur dont vous me menacez. P. 406 , l\oy » 4°8-
Sr jet. Lorsque Jésus- Christ étoit près de la porte de la ville , on portoit en terre un mort , fils unique d'une femme veuve ; et cette femme étoit accompagnée d’une grande quantité de personnes de la ville. Jésus- Christ l’ayant vue, il en fut louché , et il lui dit : Ne pleurez point.
Il y avoit lé sans doute de quoi toucher le Sauveur des hommes : mais après tout, dit saint Chrysostôme , un autre objet le touchoit encore bien plus sensiblement ; et ce fut surtout le malheur de ce jeune homme surpris par un accident imprévu et mort sans préparation. Or, n’est-ce pas ainsi
DES SERMONS
que meurent tous les jours tant de chrétiens, je veux dire , sans avoir pensé à la mort, sans s’être disposés à la mort? Il est donc d’une extrême conséquence de vous apprendre à prévenir un dangers! affreux, et c’est pour cela que je viens vous entretenir de la préparation à la mort. P. 409, 4>o, 4n.
Division. Saint Chrysostôme fait particulièrement consister l’exercice de la préparation à la mort en trois choses ; savoir : la persuasion de la mort , la vigilance contre la mort, et la science pratique de la mort. Nous craignons de mourir; et cependant quelque certaine et quelque prochaine même que soit la mort, nous ne gommes presque jamais persuadés qu’il faut mourir. Première partie. Nous craignons de mourir ; et cependant quelque incertaine d’ailleurs que soit la mort , nous prenons aussi peu de précaution que si nous étions pleinement instruits et du temps et de l’état où nous devons mourir. Deuxième partie. Enfin nous craignons de mourir ; et cependant malgré l’expérience journalière et si sensible que nous avons de la mort , nous n’apprenons jamais dans l’usage de la vie à mourir. Troisième partie. Ces trois points demandent à être éclaircis : je vais m’expliquer. P. 41 > » 412-
Première partie. Persuasion de la mort. Il est difficile que je me prépare à une chose dont je ne suis pas encore persuadé ; et quand elle doit avoir des suites aussi irréparables et aussi terribles que celles de la mort , il n’est pas moins difficile, si j’en suis fortement persuadé, que je ne m’applique pas de tout mon pouvoir à m’y disposer. Or, .rien ou presque rien , dont nous soyons moins persuadés que de la mort. Voici ma pensée. Nous savons bien en général que nous mourrons un jour; mais nous nous consolons dans l’espérance que ce ne sera pas encore sitôt.
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que ce ne sera pas encore de cette maladie, que ce ne sera ni aujourd’hui ni demain. Cependant observez avec moi, que ce qui nous dispose à une bonne mort, n’est pas de savoir en spéculation qu’il faut mourir; mais d’être actuellement touché de ce sentiment intérieur, je mourrai et mon heure approche ; je mourrai , et ce sera dans quelquesunes de ces années que je me promets en vain; je mourrai, et ce sera dans l’âge et de la manière que j’aurai le moins prévu. P. l\\i , /ji3, ,ji j.
Que fait donc l’ennemi de notre salut ? Il ne nous persuade pas que nous ne mourrons jamais : mais il nous persuade que nous ne mourrons ni cette semaine, ni ce mois, ni cette année : Nequaquam moriemini. Il semble que nous soyons même en cela d’intelligence avec lui. Car non-seulement nous ne sommes jamais bien persuadés de la mort dans le sens que je l’entends; mais nous ne voulons pas l’être , et nous éloignons toutes les pensées qui ponrroient nous servir à l’être. De là vient , remarque saint Chrysostôme, que la plupart des hommes meurent sans croire mourir , et presque toujours avec une assurance présomptueuse de ne pas mourir. De là vient, que ceux-là mêmes à qui constamment et visiblement dans l’état, dans l’âge où ils sont, il reste moins de jours à vivre, sont toutefois ceux qui travaillent plus pour la vie. Delà vient, que les grands du monde ne savent jamais où ils en sont, quand ils sont presque au moment de la mort; et cela, parce qu’on est prévenu qu’ils ne le veulent pas savoir, et que chacun conspire à les tromper. Ni confesseur, ni médecin n’osent entreprendre de porter une parole qui contristeroit le mourant: ou si l’on se déclare enfin, ce n’est qu’en prenant de vaines précautions, et en usant de détours. Ce ne fut point ainsi que le prophète parla au roi Ëzéchias. Vous mourrez , lui
DES SERMONS
dit-il : Morieris tu. Mais où trouve-t-on maintenant des prophètes qui s’expliquent avec cette sainte liberté? Je ne m’étonne point que dans des accidens subits et inopinés, on meurt sans être persuadé qu’on va mourir : mais que des mourans à qui Dieu laisse tout le temps , et toute la connoissance nécessaire , meurent sans être instruits de la nécessité actuelle et de la proximité de la mort ; et que ce défaut de persuasion les fasse mourir sans préparation , c’est sur quoi je ne puis assez gémir. P. 4,5, 4*6» 4*7»
Quel remède ? trois maximes de saint Grégoire pape : i° Penser souvent à la mort. 2“ Avoirun ami sincère et droit, qui vienne de bonne heure nous avertir dans le danger. Mais où le chercherons-nous cet ami? parmi les ministres de Jésus-Christ. 3° S’affermir contre la crainte de la mort, parce que c’est la crainte immodérée de la mort, qui nous en rend la pensée si odieuse et la persuasion si difficile. La combattre celtç crainte, par les armes de la foi, par les motifs de l’espérance chrétienne, parles saintes ardeurs de la charité divine. P. 422, 4a3, 4a4 » 4a5.
Deuxième partie. Vigilance contre la mort. Toute incertaine qu’est la mort et qu’elle sera toujours dans ses circonstances, je puis faire en sorte qu’elle ne me surprenne jamais : comment cela? en veillant sur moi-même : Viçilatc. C’est ce qui fit la différence des vierges sages et des vierges folles. P. 425 , 426, 427.
Or, c’est ici que nous devons adorer la providence de notre Dieu, qui nous cache, et l’heure et le lieu, et le genre de notre mort, pour nous obliger à nous tenir toujours en garde et à sanctifier toute notre vie. Être un moment hors de cette disposition , je veux dire , hors de cette vigilance chrétienne , c’est agir contre tous les principes de la sagesse.
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parce que c’est commettre à un seul moment l’éternité tout entière. P. 427 , 4*8.
Mais il s’ensuit donc que la plupart des hommes , et même des plus clairvoyans et des plus sages dans l’opinion commune, ne sont néanmoins que des aveugles et des insensés ? la conséquence n’est que trop juste. Où est aujourd’hui, selon l’expression de Jésus-Christ, le serviteur pnident et fidèle, qui veille pour être toujours en disposition de recevoir le maître qu’il attend , et dont il craint d’être surpris? Est-ce veiller que de remettre au temps de la mort, à s’acquitter de certains devoirs d’une obligation indispensable ? par exemple, à payer des dettes , à faire des restitutions, à satisfaire des domestiques, à discuter des articles embarrassons , à voir un ennemi, et à se réconcilier avec lui? Est-ce veiller que de pratiquer si peu de bonnes œuvres; que de commettre si aisément le péché, et d’y demeurer habituellement ? P. 428, 4*9 ? 43o.
Craignons la mort , mais que cette crainte nous serve de défense contre la mort même. On n’attend pas à équiper un vaisseau , quand il est en pleine mer, battu des flots et de la tempête: n’attendons donc pas ù nous disposer quand aux approches de la mort , nos sens seront troublés, et que nous en aurons perdu l’usage. Jésus-Christ ne nous dit pas de nous préparer alors , mais d’être prêts : Estote parati. D’où je tire cette terrible conclusion , qu’il y a un temps où l’on peut se préparer à la mort et être réprouvé de Dieu. P. 43o, 43 • , 432.
Tenons-nous donc prêts, et toujours prêts. Il est vrai que Dieu nous a donné des pasteurs qui veillent sur nous c mais après tout nous sommes nos premiers pasteurs , et en bien des rencontres nos uniques pasteurs. Mais quelle est la pratique de cette vigilance si nécessaire? 1“ Se tenir toujours
DES SERMONS
dans l’état où l’on voudroit mourir : du moins n’être jamais dans un état où l’on auroit horreur de mourir. Suivant cette règle , si je vous demandois : Êtes-vous prêts ? qu’auriezvous à me répondre ? c’est ce que vous devez vous demander à vous-mêmes. a° Faire toutes ses actions en vue de la mort, c’est-à-dire, agir en tout comme l’on voudra l’avoir fait à la mort. 5° Rentrer en soi-même pour se bien connoître soi-même ; et ce que j’appelle se bien connoître, c’est connoitre toutes ses obligations, tout le bien qu’on doit pratiquer, et qu’on ne pratique pas, tout le mal qu’on doit éviter, et qu’on n’évite pas, les dangers de sa condition et les moyens qu’on doit prendre pour s’en préserver. C’est ainsi que notre crainte devient notre plus ferme appui , parce qu’elle sert à exciter notre vigilance : Posuisti Jirmamenturn ejusformidinem. P. 433, 434, 435,' 436 , 43 7- Troisième partie. Science pratique de la mort. Il y a un apprentissage pour la mort, et nous pouvons dès la vie même apprendre à mourir. Les saints sont morts en saints, parce qu’ils possédoient excellemment cette science. Sur quoi voici trois vérités qui nous regardent aussi-bien qu’eux, et que nous devons tous nous appliquer à nous-mêmes. i° Nous mourons tous les jours, il nous est donc aisé d’apprendre à mourir; a” toutes les créatures qui nous environnent nous forment à mourir : notre ignorance est donc sans excuse , si nous ne savons pas mourir ; 3" la vie chrétienne où Dieu nous a appelés, est une continuelle pratique de la mort ; nous sommes donc bien coupables de n’être pas plus versés dans l’art de mourir. P. 437, 438,
1° Nous mourons tous les jours. L’arrêt de mort porté contre le premier homme, s’exécuta, selon la remarque de saint Irénée , dès le moment de sa désobéissance. Car dès
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cc moment il devint sujet à toutes sortes d’infirmités , et son corps commença à déchoir et par conséquent à mourir. Or , c’est' ainsi que chaque jour nous mourons. Les païens mêmes l’ont bien reconnu , et saint Paul l’a dit encore plus expressément : Quotiilie morior. Il est vrai, ajoute saint Augustin , que nos jeux sont comme enchantés par la vue des choses présentes : mais le remède est de bien comprendre que ce corps qui nous paroît vivant, est en effet un corps qui se détruit et un corps mourant : Vides viventem ; cogita morientem. P. 44°, 44 •• a° Toutes les créatures qui nous environnent, nous forment à mourir. Comment? en nous quittant, en se séparant de nous, en cessant d’être à nous; ce qui déjà est comme une mort anticipée. P. 44 1 > 442 > 443.
3° La vie chrétienne où Dieu nous a appelés, est une continuelle pratique de la mort. De là ces leçons que faisoit l’Apôtre aux premiers fidèles : Mortuiestis: Vous êtes morts; Consepulti estis : Vous êtes ensevelis. Car à quoi vont toutes les maximes de la vie chrétienne? à détacher l’âme du corps, c’est-à-dire des plaisirs du corps , de la servitude et de l’esclavage du corps. P. 443, 444- Détachons-nous donc dès à présent de ce corps de péché. Vous demandez des pratiques pour bien mourir : en voici une sans laquelle j’ose dire que toutes les autres sont vaincs et chimériques. Détachez votre âme de tout ce que vous aimez hors de Dieu. Prévenez par une mortification et par un renoncement volontaire, ce que la mort fera par violence : voilà en deux mots la science de la mort. Et ne me répondez point qu’une telle vie est bien triste; car je dis, i° qu’une mort sainte dont elle est suivie , est un avantage qui ne peut être acheté trop cher ; 2° que tout compensé , la vie d’un chrétien mort au monde, est mille fois plus tran-
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quille que celle de ces mondains si vifs pour le monde. Mais vivre de la sorte , c’est vivre comme si l’on ne vivoit pas. Et n’est-ce pas aussi ce que demandoit l’Apôtre aux premiers chrétiens, et ce que je dois vous demander à vousmêmes ? Reliquum est ut qui utuntur hoc mundo , tamquam non utantur. P. 444 > 445 , 446 , 44/-
Si, jet. Ayant parlé de la sorte , il cria à haute voix : Lazare, sortez; et à l’heure meme le mort sortit du tombeau.
Pourquoi le Sauveur du monde ne ressuscita-t-il pas Lazare avec la même facilité qu’il avoit ressuscité la fille du prince de la synagogue, et le fils de la veuve deNaîtn? c’est, dit saint Augustin, que Lazare étoit déjà dans le tombeau, et qu’il y étoit depuis quatre jours. Faire revivre un mort de quatre jours , ce devoit être le chef-d’œuvre de la toute-puissance du Fils de Dieu. Or, cette figure, reprend saint Augustin , nous marque de grandes vérités touchant une autre résurrection bien plus importante , qui est la conversion de nos âmes. P. 446 , 449» 4^0.
Division. Jésus-Christ dans toutes les circonstances de ce miracle dont parle notre Evangile , a voulu nous faire voir les déplorables suites du péché, et les merveilleux effets de la grâce. Venez donc, justes, et vous apprendrez quelles démarches conduisent même les amis de Dieu à l’état de perdition. Première partie. Venez, pérheurs , et vous apprendrez par quelles voies vous pouvez parvenir à une
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solide et véritable conversion. Deuxième partie. L’un représenté dans la mort de Lazare, et l’autre dans sa résurrection. P. 45° > 45 1.
Première partie. Mort de Lazare , figure de la mort d’une âme par le péché , et de son éloignement de Dieu. L’homme, dans le cours ordinaire, ne se pervertit pas tout à coup , mais par degrés. Ainsi l’évangéliste nous représente Lazare en cinq états différens : 1” comme malade et dans la langueur : Quidam languens ; a" comme assoupi , et dans un sommeil léthargique : Dormit ; 3° comme mort : Mortuus est; 4“ comme enseveli, et même depuis quatre jours : Qua tridtianus est > 5* comme infect et sentant mauvais : Jam fetet. Juste idée d’une âme qui rient insensiblement à se Séparer de Dieu et à se corrompre. P. 45a , 453.
1° Le premier pas qui conduit à la mort, je dis à la mort de l’âme, c’est la langueur : Erat quidem languens Lazarus. Celte langueur volontaire , dont l’effet est qu’on se relâche, qu’on se rebute de ses devoirs et qu’on ne s’en acquitte que très-négligemment. Langueur injurieuse à Dieu , comme il s’en est si hautement déclaré lui-même dans l’Écriture. Car c’est pour cela que dans l’ancienne loi , il rejetoit les victimes qui paroissoient languissantes, lorsqu’on les conduisoit à l’autel. Mais langueur non moins pernicieuse à l’homme : pourquoi ? parce que c’est une espèce de maladie très-difficile à guérir; parce que les conséquences de ce mal sont d’autant plus funestes qu’on les craint moins et qu’on n’en voit pas même le péril ; parce que c’est à l’âme tiède, que le Saint-Esprit a dit ces étonnantes paroles : Utinam Jrigidus esses autcalidus ! Plût au ciel que vous fussiez, ou tout-à-fait à Dieu , ou tout-à-fait contre Dieu ! P. 453» 4^4» 455 , 456 , 457. ’ ‘
a” De la langueur on tombe dans l’assoupissement \Dor-
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mit. Quelque languissante que fût une âme dans ce premier état d’imperfection que je viens de marquer, encore n’étoit-elle pas absolument insensible à tous les mouvemens de la grâce : mais ici l’on ne sent plus rien, parce que l’assoupissement est formé. Ce qui causoit de saints remords et de saintes frayeurs , n’en cause plus. On est néanmoins encore, quant à l’essentiel , ami de Dieu ; mais on l’est comme Lazare, dont Jésus-Christ disoit : Lazarus arnicas noster dormit. Tel fut l’assoupissement de ces trois disciples qui accompagnèrent le Sauveur du monde au jardin. Quoiqu’ils les eût si fortement exhortés à se tenir sur leurs gardes et à veiller, il les trouva profondément endormis : Et invertit eos dormientes. C’est souvent une punition de Dieu : Miscuit vobis Dominus spiritual soporis. Ce malheur commence d’abord par un assoupissement assez léger; mais enfin l’on s’endort : Dormi taverunt omnes et dormierunt. Alors un prédicateur a beau déclamer, un confesseur a beau conjurer, avertir, menacer, on n’entend rien, non plus que Jonas au milieu de la tempête: Dormiebat sopore gravi. P. 457 , 458 , 45g , 460, 461.
3” Cet assoupissement conduit à la mort : Mortuus est. Car de s’imaginer que dans cet état, la vie de la grâce puisse long-temps subsister, abus et confiance présomptueuse. Mille sortes de péchés contre lesquels on n’est point en garde, achèvent d’étouffer dans une âme cette étincelle de vie qui lui restoit. Le comble de la désolation est qu’on en vient souvent là sans le savoir : Nomen habes quod vivas, et mortuus es. Combien de chrétiens réputés justes, mais séduits par la passion, ont tous les dehors d'une vie pure et innocente, et sont toutefois, comme des sépulcres blanchis, pleins de corruption et d’iniquité? P. 46 1 > 46a , 463.
4°Delà l’on s’ensevelit, pour ainsi dire, dans l’habitude :
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Qualriduanus est. On y est comme Lazare dans le tombeau. Il avoit les pieds et les mains liés, le corps enveloppé d’un suaire, serré de bandes, sous une pierre d’une énorme grosseur. Tel est l’homme du siècle plongé dans son habitude : mille engagcmens le lient, mille embarras de conscience l’enveloppent, le poids de ses crimes l’accable. Ah ! dit saint Augustin, qu’il est difficile à un homme que le péché tient asservi de la sorte , de se dégager et de se relever : Quant difficile surgit, quern tanta moles consuetudinis premit ! C’est alors qu’il faut toute la grâce de Jésus- Christ pour arracher cette âme du sein de la mort. C’est alors et en vue d’une résurrection si miraculeuse, que cet Homme-Dieu ressent les mêmes mouvemeas dont il fut agité à l’aspect du tombeau de Lazare. P. 485,
5° Enfin , après la sépulture suit l’infection, : Jam fetet. Un pécheur corrompu corrompt les autres. Car il n’est rien de plus subtil à se communiquer que l’exemple, et l’exemple que donne un homme vicieux porte avec soi une odeur de mort, et répand partout la contagion : Odor mords inmortem. P. 467 , 468
Deuxième partie. Résurrection de Lazare figure de la conversion d’une âme, et de son retour à Dieu. Voyons, i° ce qui engagea Jésus-Christù ressusciter Lazare ; a°quelie condition il exigea avant que de lui rendre la vie; 3* ce qu’il dit à Lazare, et comment Lazare obéit à sa voix; 4° ce qu’il ordonna à ses apôtres , et ce que ses apôtres exécutèrent au moment que le tombeau fut ouvert. De tout cela formons-nous une idée de la conversion parfaite et de la justification du pécheur. P. 469,470.
i° Qui doue engagea le Fils de Dieu à ressusciter Lazare ? le zèle de Marthe et de Madeleine, et l’instante prière de
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ces deux sœurs : Ecce qiiern amas injirmatur. Ce n’est pas que le Sauveur du monde, pour d’autres raisons, n’eût résolu de le ressusciter ; mais il vouloit encore être prié. Belle leçon , qui non-seulement autorise la créance catholique touchant l'intercession des saints, mais établit et confirme un autre article de notre foi touchant la communion des saints, c’est-à-dire touchant l’obligation de prier les uns pour les autres. Si saint Etienne n’eût pas prié, dit saint Fulgence, l’Église n’auroit pas saint Paul; et j’ajoute qu’elle n’auroit pas saint Augustin , si sainte Monique n’eût pleuré. C’est ainsi que Dieu se plaît à sanctifier les uns par l’entremise des autres , et combien croyez-vous qu’il y ait dans le monde d’âmes perdues , parce qu’il q’y a personne qui prie, ni qui s’intéresse pour leur salut ? line mère a du zèle pour son fils , une femme pour son mari , un ami pour son ami ; mais un zèle fondé sur le sang et sur la chair, et qui n’a en vue que des avantages temporels. De prier pour leur salut, de prier pour leur conversion, c’est à quoi l’on ne pense point. Je sais qu’il y a des péchés pour lesquels le disciple bien-aimé ne nous a pas conseillé de prier, parce que ce sont des péchés atroces, qui vont à la mort : Est peccatum ad mortem ; non pro illo dico ut rogctquis. Mais alors, dit saint Augustin, il faut recourir à l’artifice de Marthe ; il faut comme elle faire prier Jésus-Christ le grand avocat des pécheurs auprès de son Père : Sed et nunc scio , quia quœcumque poposceris à Deo , dabil tibi. P. !yj o, 47* * 472> 47^ > 4?4 > 47^» 47^- 2°Quelle condition exigea le Sauveur du monde avant que de ressusciter Lazare ? 11 commanda qu’on levât la pierre qui fermoit le tombeau. Ne pou voit-il pas ressusciter Lazare comme il devoit se ressusciter lui-même, sans que la pierre fût levée ? ou si cette pierre étoit un obstacle , ne puuvoit-
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il pas d’une parole lever tous les obstacles ? Oui , il le pouvoit; mais il voulut que les .Tuifs qui attendoient ce miracle , y contribuassent eux-mêmes. Ainsi , pécheurs, Dieu veut faire un miracle pour vous et vous convertir; mais il veut aussi que vous leviez vous-mêmes , avec sa grâce, certaines pierres de scandale. Tollite lapident : quittez ce commerce, retranchez ce luxe, renoncez à ce jeu, brûlez ce livre, fuyez ces spectacles, évitez ces occasions. Alors vous verrez la gloire de Dieu, et la vertu du Très-Haut éclater a dans votre pénitence : Videbis gloriam Dei. P.
3° Que dit Jésus-Christ à Lazare , et comment Lazare obéit-il à sa voix? Clamavit voce magna .- Lazare, veni foras. Le Fils de Dieu cria à haute voix: Lazare, sortez; et aussitôt Lazare parut , Et statim procUiL De même, reprend saint Augustin , il faut que vous sortiez des ténèbres, que vous vous produisiez, que vous découvriez le fond de votre âme aux ministres de la pénitence, et que vous vous fassiez connoître à eux par une confession sincère de vos désordres. H faut de plus, poursuit le même Père , que vous vous troubliez comme le Sauveur du monde, mais d’un trouble salutaire et chrétien. Il faut que vous frémissiez comme lui , mais en esprit et dans les vues de la foi , afin que la violence de l’habitude cède à la violence du repentir: Ut violentiœ pœnitendi cédât consuetudo peccandi. P. 4®°> 481 , 482.
4° Après cela que restera-t-il, sinon que les prêtres représentés par les apôtres, ou plutôt représentant les apôtres et Jésus-Christ même , vous délient comme Lazare : Solvile cum , et sinite abire ? Jésus-Christ ne dit pas seulement aux apôtres, déclarez-Ie délié, mais déliez-le : Solvtie ; pour nous marquer que l’absolution dans le sacrement de
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pénitence est un acte de juridiction , par où le ministre prononce, exécute, remet , justifie. P. 482 , 483.
Plaise à Dieu qu’il y ait parmi tous des pécheurs ainsi convertis, et que ce ne soit pas en vain que je vous aie dé- ♦ veloppé ce grand miracle de la résurrection des âmes ? Pourquoi ne l’espérerois-jepas ? Le bras de Dieu n’est point raccourci. Faites, Seigneur, que ce ne soit point lâ un simple souhait , mais que l’effet réponde à ma parole , ou plutôt à la vôtre : Injirtnilas heee non est ad mortem , sed pro gloria Del , ut glorijicetur Filius Dei per eam. P. 484 »
FtN DU II* VOLUME DU CARÊME.
Carême. 11. ,
foHSï 651 1(27
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