‹ Œuvres completes de Bourdaloue Sermons pour le Careme. Tome secondChapitre 5 sur 43 · SUR L’ENFER · texte numérisé non relu

SUR L’ENFER

Mortuus est autem et divcs , et sepultus est in inferno.

Or le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l’enfer. Saint Luc , chap. 16.

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C’est le triste sort d’un riche du monde, dont il étoit parlé dans l’Evangile d’hier, et je ne fais pas difficulté de le reprendre aujourd’hui, ce même Evangile, pour en tirer un des plus terribles, mais des plus importans sujets que puissent traiter les prédicateurs dans la chaire de vérité. Il mourut ce riche, ce mondain, comblé de biens dans la vie, et comblé même d’honneurs après la mort : car il est à croire qu’on lui fit de magnifiques funé-

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railles , qu’on porta son corps en pompe et en cérémonie, qu’on lui érigea un superbe mausolée; et peut-être, tout pécheur qu’il avoit été , se trouva-t-il encore des orateurs pour faire publiquement son éloge, et pour lui donner la gloire des plus grandes vertus. Mais le malheur pour lui, et le souverain malheur, c’est qu’au meme temps que les hommes l’honoroient sur la terre, ou lui rendoit ailleurs justice; et que son âme, portée devant le tribunal de Dieu, y reçut l’arrêt de sa condamnation, et fut tout à coup comme ensevelie dans l’enfer. Affreuse image de ce qui n’arrive que trop communément aux riches et aux grands du siècle! Mortuus est autem et dires , et sepultus est in inferno. ' Que ne puis-je, Chrétiens, en vous représentant toute l’horreur de cette damnation éternelle, vous apprendre à la craindre et à l’éviter! Prêcher l’enfer à la cour, c’est un devoir du ministère évangélique; et à Dieu ne plaise que par une fausse prudence , ou par un lâche assujettissement au goût dépravé de ses auditeurs, le prédicateur passe une matière si essentielle, et ce point fondamental de notre religion ! Mais aussi doit-il prendre garde en l’annonçant , à qui il l’annonce , et à qui il parle. Aux peuples, cette vérité peut être proposée sous des figures sensibles : étangs de feu, gouffres embrasés, spectres hideux , grincemens de dents. Mais

' Luc. 16.

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à vous, mes chers Auditeurs, qui, quoique mondains et charnels, êtes dans un autre sens les spirituels et le£ sages du monde, elle doit être expliquée dans la simplicité de la foi; en sorte qu’on vous en donne une intelligence exacte, et capable de vous édifier. C’est ce que je vais faire dans ce discours, après que nous aurons salué Marie. Ave, Maria.

C’étoit une question que Dieu faisoit autrefois à Job, si jamais les portes de la mort lui avoient été ouvertes, et s’il avoit vu ces prisons ténébreuses, où les âmes criminelles doivent éternellement subir les rigoureux chdtimens de sa justice : Numquid apertœ sunt ti bi portœmortis , et ostia tenebrosavidisti?' Peut-être ce saint homihe, tout éclairé qu’il étoit, ne put-fl répondre à cette demande : car l’Ecriture nous apprend que Jésus-Christ seul devoit ouvrir ces portes de l’enfer et de la mort; et c’est ainsi qu’il s’en est déclaré lui-même dans l’Apocalypse, en nous disant qu’il a dans les mains les cléfs de la mort et de l’enfer : Ego habeo claves niortis et inférai. 1 Mais depuis que cet Homme-Dieu nous a apporté ces clefs mystérieuses, depuis qu’il nous a fait l’ouverture de ces lieux de ténèbres, et que, par les divins oracles de son Evangile, il nous a révélé tout ce qui se passe dans la triste demeure

■ Job. 38. — * Apoc. î.

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des damnés, il ne tient qu’à nous d’en avoir une connoissanee parfaite. Si donc maintenant Dieu nous demandoit à nous-mêmes : Numr/uid aperltz sunt tibi porta mortis , et ostia lenebrosa vidisti ? avez-vous vu cet abîme où je tiens les impies enfermés , pour exercer sur eux toutes mes vengeances? ÎNous serions inexcusables de ne lui pas répondre : Oui , Seigneur , je l’ai vu , je l’ai considéré, j’en ai fait le sujet de mes plus sérieuses réflexions, et j’en ai tiré toutes les lumières qui peuvent servir à la conduite de ma vie. C’est ce que je veux encore aujourd’hui, Chrétiens, vous remettre devant les yeux, pour l’édification de vos âmes. Je veux vous faire voir ce que c’est que l’enfer, en quoi consistent les tourmens de l’enfer, quelles sont les propriétés essentielles des tournions de l’enfer; et parce que ce sujet est infini , je me borne à la pensée du pape Innocent m, dans son excellent Traité du mépris du monde , où il nous dit que les réprouvés souffrent en trois manières différentes; savoir, par le souvenir du passé , par la douleur du présent, et par le désespoir d’obtenir jamais grâce dans l’avenir. II is verrais tripliciter lacerans; a/fliget memoria , torquebit anguslia , sera turbabit pœnitenlia. ' Le souvenir du passé les déchire, la douleur du présent les accable, la vue de l’avenir les désespère. En trois mots, voici le partage de ce

■ Innocent , p»p.

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discours. Etat malheureux du réprouvé, que le passé déchire par les plus mortels regrets, que le présent accable par la plus cruelle douleur, que l’avenir désole par le plus affreux désespoir. Estil un sujet plus digne de votre attention?

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