PIERRE ARMÉNIENNE
Je mets la pierre arménienne au nondtre des concrétions du cuivre, et je le S(!pare du lapis lazuli , ampiel elle ne ressemble que par la couleur : on Ta nommée pierre arménienne, parce; (|u’elle nous venait autrefois d’Arménie; mais on en a trouvé en Allemagne et dans plusieurs autres contrées de l’Europe. Elle n’est pas aussi dure que le lapis, et sa couleur bleue est mêlée de verdâtre, et quelquefois tachée de rouge. La
(t) Théorie de la Terre, histoire des Minéraux, article Cuivre.
(2) La malachite est une pierre opaque d’un vert foncé , semblable à celui de la maure d’où elle a tiré son nom : cette pierre est très-propre à faire des cachets, i’iinc, liv. XXXVIl, chap. 8.
(3) Théorie de la Terre, histoire des Minéraux, article Cuivre.
pierre arménienne se trouve dans les mines de cuivre (1), et a reçu sa Icinture par ce métal, tandis (|ue le lapis laznli a été teint par le fer.
La pierre arinéniennc diffère encore du lapis laziili en ce qu’elle est d’une couleur bleue moins intense, moins décidée et moins fixe; car cette couleur s’évanouit au feu, tandis que celle du lapis n’en souffre aucune altération : aussi c’est avec le lapis qu’on fait le beau bleu d’outremer qui entre dans les émaux; et c’est de la pierre arménienne que l’on fait l’azur ordinaire des peintres, qui perd peu à peu sa couleur et devient vert en assez peu de temps.
Dans la pierre arménienne , le grain n’est pas à beaücoup près aussi fin que dans le lapis, et elle ne peut recevoir un aussi beau poli; elle entre en fusion sans intermède, et résiste beaucoup moins que le lapis à l’action dn feu : elle y perd sa couleur, mcine avant de se fondre; enfin on peut en tirer une certaine (juanlité de cuivre. Ainsi cette pierre arménienne doit être mise au nombre des mines de ce métal (2), et même on ti ouve quelquefois de la malachite et de la pierre arménienne dans le même morceau (5). Cette pierre n’est donc pas de la nature du jaspe,
(1) M. uni SC trompe sur la nature du vrai lapis qu’il regarde, ainsi que la pierre arménienne, comme des mines de cuivre, et il paraît mémo les confondre dans la description qu’il on donne : « Le lapis laznli d’Allemagne se trouve, dit-il, non-seulement dans ce royaume, « mais aussi en Espagne, en Italie, dans des mines de différents métaux, et particuliérement >< dans celles de cuivre; la couleur qu’on en lire est sujette à changer par jdusieurs occi- » dents, et par la suite des temps elle devient verte ; quel que soit l’endroit où cette pierre U se trouve, elle a toujours la même figure et la même a|ipurenec, excepté que l’orientale est • plus dure que les autres especes; elle est toujours composée de trois substances, qui se a trouvent ipiclquefois mêlées à une quatrième, laquelle est une espèce de luarcassitc d’un U jaune brillant, qui se sublime durant la calcination, laissant une odeur de soufre comme » celle des pyrites. Les ti’ois antres substances dont elle est constamment composée sont de O beaux spaths cristallins et durs, souillés de particules de cuivre, qui leur donnent une belle a couleur bleu foncé : ce sont donc ces spaths qui en font la base, et qui sont comme mart brés ou mélangés d’une matière crislalline blanche et d’un talc jaune foliacé; mais les « écailles en sont si petites que le tout paraît en forme de poudre. • llill, p. Hl.
(2) tin ne remarque dans la pierre arménienne aucune particule de pyrites ni d’or; on la vend quelquefois pour du vrai lapis : cependant elle eu diffère en ce qu’ellé se calcine au feu, qu’elle y entre facilement en fusion, et que sa couleur s’y détruit ; la poudre bleue qu’on en retire est encore bien inférieure en beauté et en dureté à l’outremer, mais clic est la pierre colorée en bien dont on retire le plus abondamment du cuivre, et de la meilleure espèce, en ce. qu’elle est, pour ainsi dire , priiéc de fer, d’arsenic et de soulrc. C’est avec celte pierre qu’on fait le bleu de montagne artificiel des boutiques.
On s’en sert aussi en peinture et en teinture, après qu elle a été préparée sous le nom de cendre verte, pour suppléer aux vraies ocres bleues de montagnes. Sa préparation se fait comme colle de l’oulreracr. Minéralogie de Boinarc, tome I, p. 282 et suivantes.
(.“) La pierre arménienne est de couleur de bleu céleste, bien unie, friable néanmoins , ce qui la distingue du lazuli ; elle n’a point de taches d’or, et perd sa couleur au feu, et su couleur bleue lire un peu sur le vert ; elle n’a pas la dureté du lazuli, et meme sa substance paraît être «rcnuc comme du sable ; elle ressemble à la chrysocollc, elle a seulement un peu plus de (•oulcur, et on les trouve souvent ensemble, et l’on voit .souvent de l’une et de l’autre dans le
HISTOIRE NATURELLE
comme la dit un de nos savants chimistes (1), puisqu'elle est beaucotip moins dure qu’aucun jaspe, et même moins que le lapis-lazuli ; et comme elle entre en fusion d’elle-mème,je crois qu’on doit la mettre au nombre des concrétions de cuivre mêlées de parties vitreuses et de parties calcaires et formées par Tintcrmède de l’eau.
Au reste, les concrétions les plus riches du cuivre se présentent quelquefois , comme celles de l’argent, en ramifications, en végétations et en filets déliés et de métal pur; mais comme le cuivre est plus susceptible d’altération que l’argent, ces mines en filets et en cheveux sont bien plus rares que celles de l’argent et ont la même forme.