CONCRÉTIONS DE L’ÉTAIN
Les mines primordiales de l’étain se trouvent dans une rochequartzeuse très-dure, où ce métal s’est incorporé après avoir été réduit en chaux par le feu primitif; les cristaux d’étain sont des mines secondaires produites par la décomposition des premières : l’eau , en agissant sur ces mines formées par le feu, en a détaché, divisé les parties métalliques qui se sont ensuite réunies en assez grand \olume, et ont pris, par leur affinité, des formes régulièi-es comme les autres cristaux pioduits par l’intermède de l’eau. Ces cristaux, uniquement formés de la chaux d’étain primitive plus ou moins pure, ne recèlent aucun autre métal, et sont seulement imprégnés d’arsenic qui s’y trouve presque toujours intimement mêlé, sans néanmoins en avoir altéré la substance. Ainsi cette chaux d’étain, cristallisée ou non, n’est point minéralisée, et l’on ne connait aucune minéralisation ou concrétion secondaire de l’étain
même morceau. On la trouve en différentes contrées, comme dans le Tyrol et autres lieux où se trouvent des mines de cuivre, d'argent, etc.; et aussi en Hongrie, en Transylvanie, etc.; quelquefois on trouve de la malachite et de lu pierre arménienne dans le mémo morceau. Pour faire durer la couleur que l’on tire de la pierre arménienne, les peintres ne se servent pas d'huile de lin, mais de pétrole; et lorsque sa couleur est hclle et scinhiahie à celle de l’outremer, l’once ne se vend cependant qu’un derai-thaler ou un lhaler. Bocce de Boot, p. 20-4 et 2!l!i. (Voyez, pour la manière de tirer la couleur de celte pierre, le meme auteur, j). 29(1.)
(t) La pierre arménienne est un jaspe dont la couleur bleue, souvent mêlée de taches vertes et blanches, est I clïel de I azur de cuivre, plus ou moins altéré, qui s’y trouve interposé; ouire que la couleur bleue de ce jaspe est rarement aussi belle que celle du lapis-lazuli , les taches vertes dont elle est mêlée, et que l’azur de cuivre produit en passant à l’état de malachite, suffisent pour empocher do confondre ces deux pierres : quant aux taches blanches, elles indiquent les parties de ce quartz où la matière coloi'anlc ne s’est point insinuée. Lettres de Jf. Demeste, tome I , p. Mi'2.
DES MINÉK VUX.
que quelques stalactites qui se foriuciitde la tlécoiiiposilion des cristaux, et qui se déposent en niasses informes dans les petites cavités de ces mines : ces stalactites d’étain sont souvent mêlées de fer, et ressemblent assez aux hématites; et il me semble qu’on ne doit regarder que comme une déconqiosition plus |)arfaitenient achevée l’étain natif dont parle M. Ilomé de Lisic (1) ; car on ne peut attribuer sa formation qu’à l’action de l’eau, qui aura pu donner un peu de ductilité à cette chaux d’étain plus épurée qu’elle ne l’était dans les cristaux dont elle provient.
CÜNCKÉTIONS DU PLOMB.
Le plomb n’existe pas plus que l’étain en état métallique dans le sein de la terre; tous deux, parce qu’il ne faut qu’une médiocre chaleur pour les fondre, ont été réduits en chaux par la violence du feu primitif, en sorte que les mines |)rimordialcs du plomb sont des pyrites que l’on nomme galènes, et dont la substance n’est (jue la chaux de ce métal unie aux principes du soufre : ces galènes affectent de préférence la forme cubique; ou les trouve quehpiefois isolées, et plus souvent groupées dans la roche quartzeuse; leur surface est ordinairement lisse, et leur texture est composée de lames ou de petits grains très-seri-és.
Le iircmier degré de décomposition dans ces galènes ou pyrites de plomb s’annonce, comme dans les pyrites cuivreuses, par les couleurs d’iris qu’elles prennent à leur superficie; et lorsque leur décomposition est i)lus avancée, elles perdent ces belles couleurs avec leur dureté, et prennent les différentes formes sous lestpiellcs se présentent les mines de i)lomb de seconde formation, telles que la mine de plomb blanche, qui est sujette à de grandes variétés de forme et de couleur; car les vapeurs souterraines, et surtout celle du foie de soufre, changent le blanc de cette mine en brun et en noir.
La mine de plomb verte est aussi de seconde formation; elle serait
(1) On a trouve nouvellement, dans les mines de Cornouailles, quelques morceaux dans lesquels on voit une sorte d’étain qu’on doit regarder comme imtif, et qui est accompagné d’une mine d’etain blanche, solide, colorée dans sa cassure, comme ccriaincs mines de cuivre. Cet étain natif , loin de présenter aucune trace de firsion , a l’apparcnec extérieure de la molybdène, sans néanmoins lacber les doigts comme cette substance; il .se brise si facilement qu’au premier coup d’œil on le croirait prive de la métallcitc : mais les molécules qu’on en dctaclic, battues sur le tas d’acier, s’approchent et s’unissent en petites lames blancllcs, brillantes et flexibles, qui ne diftèrent alors en rien de l’étain le plus pur ; il n’est pas sous forme cristalline déterminée , non plus qu’aucun autre étain natif, s’il en existe. Cristallographie, pur M. Ilomé de Lisle, tome III, p. 407 cl suivantes.
HISTOIRE NATURELLE
miiine toute seinhlaLle à la mine Llaiiche, si elle n’était pas teinte par un cuivre dissous qui lui donne sa couleur verte, Entin la mine de plomb rouge est encore de formation secondaire. Cette belle mine u’etait pas connue avant M. Lehmann, qui m’en adressa, en 1766, la description imprimée : elle a été trouvée en Sibérie, à quelque distance de Catherinebourg; elle se présente en cristallisations bien distinctes, et parait être colorée par le fer.
Au reste, les galènes ou mines primordiales du plomb sont souvent mêlées d’une certaines quantité d’argent j et lorsque celle quantité est assez considérable pour qu’on puisse l’extraire avec prolit, on donne à CCS mines de plomb le beau nom de mines d’argent. Les galènes se trouvent aussi très-souvent en masses informes et mêlées d’autres matières minérales et terreuses, qui servent aux minéralisations secondaires de ces mines en aidant à leur décomposition.