‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 108 sur 133 · DES BASALTES, DES LAVES, ET DES LAITIERS VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

DES BASALTES, DES LAVES, ET DES LAITIERS VOLCANIQUES

Comme M.Faiijas de Saint-Fond est de tous les naturalistes celui qui a observé avec le plus d’attention et de discernement les différents produits volcaniques, nous ne pouvons mieux faire que de donner ici par extrait les principaux résultats de ces observations. « Le basalte, dit-il, K se présente sous la forme d’une pierre plus ou moins noire, dure, <1 compacte, pesante, attirable à l’aimant, susceptible de recevoir le Il poli, fusible pai' elle-même sans addition, donnant plus ou moins d’é- >1 tincelles avec le briquet, et ne faisant aucune effervescence avec les <1 acides.

« Il y a des basaltes de forme régulière en prisme, depuis le triangle « jusqu’à l’octogone, qui forment des colonnes articulées ou non arli- 11 culées, et il y en a d’autres en forme irrégulière. On en voit de gran- II des masses en tables, en murs plus ou moins inclinés, en rochers <1 plus ou moins pointus, et quel(|U2fois isolés, eu remparts escarpés, « et en blocs ou fragments raboteux et irréguliers. Les basaltes à cinq, « six et sept faces, se trouvent plus communément que ceux à trois. Il quatre ou huit faces, ils sont tous de forme prismatique, et la graa- •1 deur de ces prismes varie prodigieusement; car il y en a qui n'ont <1 que quatre à cinq lignes de diamètre sur un pouce et demi ou deux Il pouces de longueur, tandis que d’autres ont plusieurs pouces de dia- II mètre sur une longueur de plusieurs pieds.

■I La couleur des basaltes est communément noire; mais il y en a « d’un noir d’ébène, d’autres d’un noir bleuâtre, et d’autres plutôt gris Il que noirs; d’autres verdâtres, d’autres rougeâtres ou d'un jaune « d'ocre. Les différents degrés d'altération de la matière ferrugineuse •I qu'ils contiennent leur donnent ces différentes couleurs; mais en gé- II néral , lorsqu'ils sont déconq)osés , leur poudre est d’un gris blan- « châtre.

Il II y a de grandes masses de basalte en tables ou lits horizontaux. Il Ces tables sont de différentes épaisseurs : les unes ont plusieurs Il pieds, et d’autres seulement quelques pouces d’épais; il y en a même Il d’assez minces pour qu’on puisse s’en servir à couvrir les maisons. Il C’est des tables les plus épaisses que les Egyptiens , et après eux les Il Romains, ont fait des statues dans lesquelles on remarque particii- II liérement celles de basalte verdâtre (1).

Il Les laves diffèrent des basaltes par plusicui’s caractères, et parti-

al) Mincralogie des volcans, par Al. Faiijas de Saint-Fond. Paris, in-8'‘, cliap, 1, iO etll.

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M culièrement en ce qu’elles n’ont pas la forine prismatique; et ou doit U les distinguer en laves conq)actes et en laves poreuses. La plupart <i contiennent des inalières étrangères, telles (juc des quartz, des cris- « taux de feld-spath, de scliorl, de mica, ainsi que des zéolithes, des U granits, des clirysolitties, dont quel(jucs-unes sont, comme les ba- « saltcs , susceptibles de poli. Elles contiennent aussi du grès, du Il tripoli, des pierres à rasoir, des marbres et autres matières cal- « caires.

« Le granit qui se trouve dans les laves poreuses a subi quelquefois Il une si violente action du feu , qu’il se trouve converti en un émail blanc.

Il II y a des basaltes et des laves qui sont évidemment changés en Il terre argileuse, dans laquelle il se trouve quelquefois des chrysoli- II thés (pli ont perdu leur brillant et leur dureté, et qui commencent « elles-mêmes à se convertir en argile.

Il On trouve de même dans les laves, des grenats décolorés et qui « commencent à se décomposer quoiqu’ils aient encore la cassure vi- « treuse et qu’ils aient conservé leur forme ; d’autres sont très-friables Il et approchent de l’argile blanche.

Il Les hyacinthes accompagnent souvent les grenats dans ces mêmes Il laves, et ipiehpiefois on y rencontre des géodes de calcédoine qui « contiennent de l’eau, et d’autres agates ou calcédoines sans eau, des Il silex ou pierres à fusil, et des jaspes de diverses couleurs : entin on Il a rencontré dans les laves d’Expailly, près du Puy en Velay, des sait phirs qui semblent être de la même nature que les saphirs d’Orient. Il On trouve aussi dans les laves du fer cristallisé en octaèdre, du fer Il en mine spéculaire, en hématite, etc.

Il II y a des laves poreuses qui sont si légères qu’elles se soutiennent Il sur l’eau , et d’autres qui, quoique poreuses, sont fort iiesantes : la Il lave plus légère (pie l'eau est assez rare (1). »

Après les basaltes et les laves, se présentent les laitiers des volcans : ce sont des verres ou des espèces d’émaux qui peuvent être imités par l’art; car en tenant les laves à un feu capable de les fondre, on en obtient bientôt un verre noir, luisant et tranchant dans sa cassure : on vient même, dit M. Faujas, de tirer parti en France du basalte, en le convertissant eu verre. L’on a établi dans les environs de Montpellier une verrerie où l’on fait, avec ce basalte fondu, de très-bonnes bouteilles.

Nous avons déjà dit (pi’on appelle pierre de galliuace, au Pérou, le laitier noir des volcans; ce nom est tiré de celui de l’oiseau gallinazo, dont le plumage est d’un beau noir : on trouve de ce laitier ou verre noir, non-seulement dans les volcans des Cordillères en Amérique, mais

(t) Minéralogie des volcans, pai' M. Faujas de Saint-Fond. Paris, in-8“, chap. l.") et ii.

HISTOIRE NATURELLE

en Europe, clans ceux de Lipari, de Volcano, de même c|u’au Vésuve et en Islande, où il est en grande abondance.

Le laitier blanc des volcans est bien plus rare cjue le noir. M. Faujas en a seulement trouvé cjnelcjucs morceaux dans le volcan éteint du Couerou en Vivarais, et en dernier lieu à Stalïa, l’une des iles Hébrides; et d’autres observateurs en ont rencontré dans les matières volcanicpies en Allemagne près de Saxenliausen, aussi bien qu’en Islande et dans les îles Féroé. Ce veire blanc est transparent, et le noir le devient lorsqu’il est réduit à une petite épaisseur; et quand les éléments humides ont agi pendant longtemps sur ces verres, ils s’irisent connues nos verres factices, ce cjui les rend chatoyants (1).

M. de Troïl dit qu’indépendamnient du ^erre noir (fausse agate d’Islande), on trouve aussi en Islande des verres blancs et transparents, et d’autres d’un assez beau bleu, qui sont les plus rares de tous. 11 ajoute qu’il y en a qui ressemblent, par leur couleur verdâtre et par leur pâle grossière, à notre verre à bouteilles (i2).

Ces laitiers dos volcans, et surtout le laitier noir, sont compactes, homogènes, et assez durs pour donner des étincelles avec l’acier ; on peut les tailler et leur donner un beau poli, et l’on en fait d’excellentes pierres de touche en les dégrossissant, sans leur donner le dernier poli (3).

Lorsque les laves et les basaltes sont réduits en débris et remaniés par le feu du volcan, ils forment avec les nouvelles laves des blocs qu’on peut appeler poudingues volcaniques : il y en a de plus ou moins durs; et si les fragments qui composent ces poudingues sont do forme irrégulière, on peut les appeler des brèches volcaniques. M. Faujas a observé que l’église cathédrale du Puy en Velay a été construite d’une pierre dont le fond est une brèche volcanique noire dans un ciment jaunâtre (4),

Les unes de ces brèches volcaniques ont été formées par la seule action du feu sur les anciennes laves; d’autres ont été produites par l’intermède de l’eau, et dans des éruptions que M. Faujas appelle éruptions boueuses ou aqueuses : elles sont souvent mélangées de |)lusieurs matières Irès-dilïérenles, de jas[)e rouge, de schoid noir, de granit rose et gris, de pierre à fusil, de spath et pierre ailcaire , et même de substances végétales réduites en une sorte de charbon.

Toutes ces matières volcaniques, basaltes, laves et laitiers, étant en grande partie d’une essence vitreuse, se décomposent par l’impression des éléments humides, et même par la seule action do l’acide aérien.

(1) Minéralogie des Volcans, par M. Faujas de Saint-Fond ; Paris, in-8", chap. 16.

(2) Lettres sur ITsIando, page 337.

(3) Cette matière a été indiquée par Pline, sous le nom de lapis lydius.

(i) Minéralogie des Volcans, chap. 16.

DES MFNÉRAUX.

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Les matières autrefois volcaniques, maintenant argileuses , dit M. Ferber, moites comme de la cire, ou endurcies et pierreuses, sont blanches pour la plupart j mais on en trouve aussi de rouges, de grises cendrées, de bleuàties et de noires : on rencontre des laves argileuses dans presque tous les volcans agissants et éteints; et cette altération des laves peut s’opérer de plusieurs manières. 11 y a de ces laves altérées par l’acide sulfureux du feu des volcans, qui sont presque aussi rouges que le minium ; il y en a d’autres d’un ronge pâle, d’un rouge pourpre, de jaunes, de brunes, de grises, de verdâtres, etc.

M. Faujas divise les produits volcaniques altérés :

En laves compactes ou poreuses qui ont perdu simplement leur dureté en conservant leurs parties constituantes, à l’exception du phlogistique du fer qui a disparu ;

Et en laves amollies et décolorées par les acides qui ont formé, en se combinant avec les diverses matières qui constituent ces mêmes laves , différents produits salins ou minéraux, dont l’origine nous serait inconnue si nous n’avions pas la facilité de suivre la nature dans cette opération.

Il en décrit plusieurs variétés de l’une et l’autre sortes; il présente dans la première de ces deux divisions des basaltes et des laves, <|ui avant conservé leur forme, leur nature et leur dureté sur une de leurs faces, sont entièrement décomposés sur l’autre, et convertis en une substance terreuse, molle au point de se laisser aisément entamer, et l’on peut suivre cette décomposition jusqu’à l’entière conversion du basalte en terre argileuse.

Il y a des basaltes devenus argileux, qui sont d’un gris plus ou moins foncé; d’autres d’une teinte jaunâtre et comme rouillés ; d’autres dont la surface est convertie en argile blanche, grise, jaunâtre, violette, rouge. Plusieurs de ces basaltes décomposés contiennent des prismes de schorl qui ne sont point altérés; ce qui prouve que les schorls résistent bien plus que les basaltes les plus durs aux causes qui produisent leur décomposition.

Ce savant naturaliste a aussi reconnu des laves décomposées en une argile verte, savonneuse, et qui exhalait une forte odeur terreuse; et enfin, il a vu de ces la ves qui renfermaient de la chrysolithe et du schorl qui n’était pas décomposé, tandis que la chrysolithe était, comme la lave, réduite en argile, ce qui semble prouver que le quartz résiste moins que le schorl à la décomposition.

Dans la seconde division, c’est-à-dire dans les laves amollies et décolorées par les acides, qui ont formé différents produits salins ou minéraux, M. Faujas présente aussi plusieurs variétés dans lesquelles il se trouve du sel alumineux, lorsque l’acide vitriolique s’unit à la terre argileuse; ce même acide produit le gypse avec la terre calcaire, le vitriol vert avec la chaux de fer, et le soufre avec la matière du feu.

HISTOIRE NATURELLE

Les variétés de cette sorte, citées par M. Faiijas (I), sont :

1“ Un basalte d’un rouge violet, ayant la cassure de la pierre cal. Caire la plus dure, fiuoi(|ue ce basalte soit une véritable lave el d’une nature très-différente de toute matière calcaire (2)j

2“ Une lave d’un blanc nuancé de rouge;

3“ Une lave dont une partie est changée en une pierre blanche tendre, tandis que l’autre partie, qui est dure, et d’un rouge foncé, a conservé toute sa chaux ferrugineuse changée en cotcothar ;

4“ Une lave décomposée, comme la précédente, avec une enveloppe de gypse blanc et demi-transparent;

S" Une lave poreuse d’un blanc jaunâtre avec des grains de sélénite : la terre argileuse qui forme cette lave se trouve convertie en véritable alun natif. L’acide vitriolique uni à la terre argileuse produit, comme nous venons de le dire, le sel alumineux et le véritable alun natif; lorsqu’il s’unit à la base du fer, il forme le vitriol vert : en s’unissant donc dans de certaines circonstances à la terre ferrugineuse des laves, il pourra produire ce vitriol, pourvu qu’il soit affaibli par les vapeurs aqueuses; el cette combinaison est assez rare, et ne se troine que dans les lieux où il y a des sources bouillantes. On en voit sur les parois de la grotte de l’ile de Volcano, où il y a une mare d’eau bouillante, sulfureuse et salée.

On trouve aussi du sel marin en grumeaux, adhérents à de la lave altérée ou à du sable vomi par les volcans : ce sel marin ne se présente pas sous forme cubique, parce qu’il n’a pas eu le temps de se cristalliser dans l’eau marine rejetée par les volcans. Il se trouve de même de l’alcali fixe blanc dans les cavités de ((uelques laves nouvelles; et comme on trouve encore du sel ammoniac dans les volcans, cela prouve que l’alcali volatil s’y trouve aussi, sans parler du soufre qui, comme l’on sait, est le premier des produits volcaniques, et qui n’est que la matière du feu saisie par l’acide vitriolique.

Quelquefois le soufre s’unit dans les volcans à la matière arsenicale, et alors de jaune il devient d’un rouge vif et brillant : mais comme nous l’avons dit, le soufre se produit aussi par la voie humide; on en a plusieurs preuves, et les beaux cristaux qu’on a trouv^és dans la soufrière de Conilla, à quatre lieues de Cadix , et qui étaient renfermés dans des géodes de spath calcaire, ne laissent aucun doute à ce sujet. Il en existe d'ailleurs de pareils dans divers autres lieux, tantôt unis à la sélénite gypseuse, tantôt à l’argile, ou renfermés dans des cailloux; nous savons meme qu’on a trouvé , il y a six ou sept ans , du soufre bien cristallisé et formé par la voie humide dans l’ancien égout du faubourg Saint-Antoine : ces cristaux de soufre étaient adhérents à des matières végétales et animales, telles que des cordages et des cuirs.

(f) Minéralogie des Volcans, cliap. i7.

(2) Minéralogie des Volcans, eliap. 19, variété XX, page 407.

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