PRODUITS VOLCANIQUES
Nous avons parlé en plusieurs endroits de cet ouvrage des basaltes et des différentes laves produites par le feu des volcans; mais nous n’avons |)as fait mention des différentes substances qu’on est assez surpris de ti'ouver <lans l’intérieur de ces masses vitrifiées par la violence du feu ; ce sont des cailloux (1), des agates, des byacintbes, des ebrysolithes , des grenats, etc., qui tous ont conservé leur forme, et souvent leur couleur. Quelques observateurs ont jjensé que ces pierres renfermées dans des laves , même les plus dures , ne pouvaient être que des stalactites de ces mêmes laves, qui s’étaient formées dans leurs petites cavités intérieures longtemps après leur refroidissement, en sorte qu’elles en
(t) Il e.sl à propos de remai'qiicr qne dans lieaucoiip de caillons volcaniques du Vicentiu, du Véronais, etc., il se trouve au milieu de la lave et delà cendre, ditrerenles espèces de cailloux qui font feu avec l’acier, tels que des jaspes, des pierres à fusil, des agates rouges, noires, blanches, verdâtres, et de plusieurs autres couleurs. M. Arduini a décrit séparément, dans le Giornalia d’Ilalia , des liyaeintlies, des chrysolilhes et des jnelre obsidiane qu’on trouve •’i Lconedo. On voit encore dans les collines du Vicentin, qui sont formées de cendres volcaniques, des cailloux de la nature des calcédoines ou des opales {opali enhijdri), qui contiennent de l’eau. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, traduites par M. le baron de Uiélricb, p. 72 et 7.5.
HISTOIRE NATURELLE
tiraient immédiatement leur origine et leur substance (1) ; mais ces pierres bien examinées et comparées ont été reconnues pour de vrais cailloux, cristaux, agates, hyacinthes, chrysolithcs et grenats, qui tous étaient formés précédemment, et qui ont seulement été saisis par la lave en fusion lorsqu’elle roulait sur la surface de la terre, ou qu’elle coulait dans les fentes des rochers hérissés de ces cristaux; elle les a pour ainsi dire ramassés en passant, et ils se sont trouvés enveloppés plutôt qu’interposés dans la substance de ces laves, dès le temps qu’elles étaient en fusion.
M. Faujas de Saint-Fond nous a donné une bonne description Irèsdélaillée des chrysolithcs qu’il a trouvées dans les basaltes et laves des anciens volcans du Vivarais (2). 11 ne s’est pas trompé sur leur nature.
(t) Lettres sur la Minéralogie, par M. Fcrber, traduites par M. le baron de Diétrich, p. 81, 82, 218 et suiv.
(2) « J’appelle cette pierre chrysoUtlw des volcans , parce qu’elle se trouve abondamment « dans les laves et dans certains basaltes ; elle est en grains irréguliers ou en petits frag-
« ments, qui ont la couleur, la dureté et les autres caractères de la véritable chrysolithe
O La chrysolithe des volcans est en général plus pesante que le basalte, elle donne des étinu celles lors(|u’on la frappe avec le briquet. On en trouve dans les basaltes de Maillas, non « loin de Saint-Jean-le-Noir, dont les grains sont si adhérents, qu’ils paraissent ne former O qu’un seul et même corps. J’en ai fait scier et polir des morceaux qui pèsent quatre livres; « ils sont d’une grande dureté, et ont pris un poli assez vif, mais un peu étonné, à cause de O leur contexture formée par la réunion d’uue multitude de grains, qui, quoique fortement U liés, ne font pas cependant un ensemble , un tout parfait.
« Cette substance est des plus réfractaires; le feu des volcans ne lui a occasionné aucun « changement sensible; j’ai des laves du cratère de MontbruI, réduites en scories, qui conu tiennent de la chrysolithe qui n’a souffert aucune altération.
« On trouve, dans le basalte de Maillas, la chrysolithe en fragments irréguliers ou en noyaux a arrondis; il y en a des morceaux qui pèsent jusqu’à huit ou dix livres ; plusieurs paraissent U avoir été usés et arrondis par l'eau avant d’avoir etc pris dans les laves.
« J’ai delà chrysolithe en table d’un pouce d’épaisseur sur quatre pouces de longueur et B deux pouces de largeur; elle se trouve dans une belle lave poreuse bleue du cratère de < MontbruI.
B La chrysolithe des volcans est composée d’un assemblage de grains sablonneux, plus ou B moins fins, plus ou moins adhérents, raboteux, irréguliers, quelquefois en espèce do croûte a ou petites écailles graveleuses , mais le plus souvent en fragments anguleux , qui s’engrc- B nent les uns dans les autres; la couleur de ces grains est variée, les uns sont d’un vert B d’herbe tendre, d’autres d’un vert tirant sur le jaune, couleur de la véritable chrysolithe ; B quelqUes-Uns sont d’un jaune du topaze ; certains d’une couleur noire luisante, semblable B à celle du schorl ; de sorte que dans l’instant on croit y reconnaître cette substance ; mais B en prenant au soleil le vrai jour de ces grains noirs, et en les examinant dans tous les sens, B on s’aitcrçoit que cette couleur n’est duc qu’à un vert noirâtre, qui produit cette teinte B sombre cl foncée.
B II y a des chrysolithcs qui paraissent d’un jaune rougeâtre ocreux à l’extérieur ; cet acci- * dent est dû à l’altération occasionnée dans les grains jaunâtres, qui se décomposent en partie O et se couvrent d’une espèce de rouille ferrugineuse.
« On trouve des chrysolithcs moins variées dans leurs grains et dans leur couleur ; on voit
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( f les a reconnues pour de vrais chrysoHlhes dont les unes , dit-il , <> sont d’un vert clair tirant sur le jaune, couleur de la véritable cliry- « solitlie; quelques-unes d’un jaune de topaze, certaines d’une couleur « noire luisante comme le schori, de sorte que dans l’instant ou croit y reconnaître cette substance; mais en prenant au soleil le vrai jour de « ces grains noirs, et en les examinant dans tous les sens, on s’aperçoit « que cette couleur n’est qu’un vert noirâtre qui produit celte teinte <1 sombre et foncée. » En effet, celte substance vitreuse n’est point du scliori, mais du cristal de roche teint comme tous les autres cristaux et clirysolillics vertes ou jaunâtres, lesquelles étant très-réfractaires au feu n’ont point été altérées par la clialeur de la lave en fusion , tandis que les grenats et les scliorls qui sont fusibles ont souvent été dénaturés par celte meme chaleur. Ces scliorls ont perdu par l’action du feu volcanique, non-seulement leur couleur , mais une portion considérable de leur substance; les grenats en particulier qui ont été volcanisés, sont blancs, et ne pèsent spécifiquement que 24084, tandis que le grenat dans son état naturel pèse 41888. Le feu des laves en fusion peut donc altérer, et peut-être fondre les scliorls, les grenats et les feld-spallis ; mais les cristaux quarizeux, de quelque couleur qu’ils soient, résistent à ce degré de feu; et ce sont ces cristaux colorés cl trouvés dans les basaltes (1) et les laves, auxquels on a donné les noms de chrysolithes, A' améthystes, de topazes et d’hyacinthes des volcans.
O non loin de Vais, un basalte très-dur, qui en contient de gros noyaux très-sains et très-vice Ircux, presque tous d’un vert tendre, légèrement nuances de jaune : on y remarque sculeu ment quelques grains un peu plus lonccs qui se rapprochent du noir.
U C’est auprès du village de Colombier on Vivarais, que l’on trouve la chrysolithe en grosses « masses ; on en voit des morceaux qui pcsonl jusqu’à trente livres, elle est à très-gros grains, O qui varient dans leur couleur.
« Cette pierre, malgré son extrême dureté, a éprouvé le sort de certaines laves qui s'atten- 0 drissent, se décomposent, et passent à l’état argileux, .soit à l’aide des fumées acides siilfu- « reuscs qui se sont émanées en abondance de certains volcans, soit par d’autres cfiuses « cachées qui enlèvent et détruisent l’adhésion et la dureté des corps les plus durs; on voit, » non loin du volcan éteint de Chonavart en Vivarais, une lave compacte qui s’est décom- « posée, et a passé à l’état d’argile de couleur fauve, qui contient des noyaux de chrysolithe « dont les grains ont conservé leur forme et leur couleur, mais qui ont perdu leur coup d’œil » vitreux, et qui s’exfolient et se réduisent eu poussière sous les doigts, tandis que dans la « même matière volcanique argileuse, ou voit encore des portions de lave poreuse grise, qui « n’ont pas perdu leur couleur, et qui ne sont que légèrement altérées. « Recherches sur les volcans éteints, par M. Faujas de Saint-Fond, p. 2d7 et suivantes.
(1) La teinte violette de ces cristaux est souvent très-légère; ily en a de verdâtres auxquels on pourrait donner le nom de chrysoHlhes... i'ax vu un morceau provenant des éruptions du Vésuve, lequel, outre un grand nombre d’hyacinthes volcaniques d’un brun noirâtre, contient aussi des prismes hc.\aèdres tronqués net aux deux extrémités; ce sont des améthystes basaltiques décolorées par l’action du feu ; elles sont blanches, presque opaques, et même étonnées; il y en a une qui est tronquée de manière à former un prisme à douze pans irréguliers. Lettres du docteur Demeste au docteur Bernard, tome I, p. 428 et 429.
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