‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 112 sur 133 · POUZZOLANE · texte numérisé non relu

POUZZOLANE

Personne n’a fait autant de recherches que M. Faujas de Saint-Fond stir les pouzzolanes (1). On ne connaissait avant lui, ou du moins on ne

(1) La pouzzolane est un eiment naturel formé par les scories et par les laves des volcans... Les Romains s’en sont beaucoup servis pour les aqueducs, pour les conserves d’eau, et généralement pour tous les ouvrages exposés à une humidité habituelle. La pouzzolane, mêlée dans les proportions requises avec de la bonne chaux, prend corps dans l’eau, et y forme un mortier si adhérent et si intimement lié, qu’il peut braver impunément l’action des flots, sans éprouver la moindre altération.

Il y a plusieurs variétés dans la pouzzolane ;

1» La pouzzolane grnvelcu5e,compacle, pouzzolane basaltique; la lave compacte, le basalte, réduits eu petits éclats , en l'ragmculs graveleux , soit par la nature , soit par l’art , en les pulvérisant à l’aido de moulins semblables h ceux dont les Hollandais font usage pour piler um^ lave plus tendre, connue sous le nom île Iras ou pierre d’dwdernocft, peuvent foui'iiir une pouzzolane excellente et propre à être employée dans l’eau et hors de l’eau;

2" Pouzzolane poreuse formée par des laves spongieuses , friables, réduites en poussière ou en petits grains irréguliers. C’est la pouzzolane ordinaire, si abondante dans les environs de Baies, de Pouzzoles, de .\aplcs , do Rome , et dans plusieurs parties du Vivarais, etc. Le principe ferrugineux de ces laves ayant éprouvé différentes modifications, a produit des variétés dans les couleurs de cette terre volcanique; il en existe do la rouge , de la noire, de la rougeâtre, delà grise, de la brune, de la violâtre , etc... Toutes, étant mélangées avec la chaux, ont la propriété d’acquérir une grande dureté dans l’eau. Cette pouzzolane poreuse se trouve ordinairement en grands massifs, disposés quelquefois en manière de courants, dans le voisinage

HTSTOIRE NATURELLE

ffiisail nsago rjiie de celles d’Italie, cl il a trouvé dans les anciens volcans du Vivarais des pouzzolanes de la mênie nature, et qui ont à peu près les niê ni es qualités que celles de l’Italie : on doit même présumer qu’on en trouvera de semblable aux environs de la plupart des volcans agissants ou éteints; car ce n’est pas seulement à Pouzzoles, d’ou lui vient son nom, qu’il y a de la pouzzolane, puisqu’il s’en trouve dans presque tous les terrains volcanisés de Sicile, de Najiles et de la campagne de Rome. Ce produit des feux souterrains peut se trouver dans toutes les régions où les volcans agissent ou ont agi ; car on connaît assez anciennement les pouzzolanes de l'Amérique méridionale : celles de la Guadeloupe et de la Martinique ont été reconnues en 1G96 (1). Mais c’est à

des cratères ou de certaines bouches à feu moins considérables ; l’on en voit (|ui est naturellement réduite eu poussière, mais il s’en présente le plus souvent en grandes masses scorifiées qui ont une certaine adhérence , et que l’on est obligé de rompre avec des marteaux.... Il faut chercher ces pouzzolanes dans les parties où sont les laves poreuses, c’est-à-dire dans le voisinage des volcans;

5o l’ouzzolane argileuse, rougeâtre, ou d’un rouge vif, ou d’un gris jaunâtre, affectant même souvent d’autres coidenrs, d’une pâte serrée et compacte, mais tendre et terreuse, renfermant souvent des grains ou de petits cristaux de scboi l uoir intact, quelquefois de chrysolithc volcanique friable.

Cette pouzzolane, quoique happant la langue, et ressemblant à une espèce de bol ou d’argile, est admirable pour la construction ou le revclcincnt des bassins, et, en général, pour tous les ouvrages continuellement exposés à l’eau. Cette pouzzolane n’est point une argile, quoiqu’elle lui ressemble , mais c'est un vrai détriment des basaltes et des laves , car on y trouve souvent des morceaux qui sont inoilié ha.snite et moitié lave nrgilcu.se; elle contient un peu de fer en étal métallique, car elle fait mouvoir l’aiguille aimantée... On en exploite une très-riche mine dans le Vivarais j

4" Pouzzolane mélangée d’un grand nombre de matières volcaniques, et d’une certaine quantité de substances calcaires, qui, loin d’en diminuer la bonté, la rendent, au contraire, plus propre à former un ciment des plus solides , qui fait une forte prise dans l’eau, et qui résiste très-bien à toutes les intempéries de l’air lorsqu’on l’emploie dans la construction des terrasses;

S» Pouzzolane, dont l’origine est duc à de véritables pierres ponces, réduites en poussière on en li agmenls. Le ciment fait par celle matière est excellent, surtout lorsqu’elle est réduite en fragments plutôt qu’en poussière. Celle variété est rare dans les volcans étcinlsdela France ; elle est plus commune dans ceux de l’Italie et de la Sicile, aux îles de Lipari et de Volcano. Minéralogie des Volcans, par Al. Faujas de Saint-Fond, in-8®, chap. XVIll, p. 3(1!) et suiv.

(1) Je ne connaissais point la pouzzolane la première fois que j’allai à la Guadeloupc,eii lliiKi, et je ne pensais seulement pas que le ciment ou terre ronge que l’on trouve en quelques lieux de celte île fût cette pouzzolane dont ou fait tant de cas en Europe ; j’en avais fait employer à quelques réparations que j’avais fuit faireau canal de notre moulin, et j’avais admiré sa bonté; mais ayant fait venir de France quelques livres, et entre autres Vitruve, commenté par M. Perrault , je connus, par la description qu’il fait de la pouzzolane d’Italie, que ce qu’on appelait ciment ou terre rottge, à la Guadeloupe, était la véritable pouzzolane... On lu trouve, pour l’ordinaire, aux îles , par veines d’un pied et demi à deux pieds d’épaisseur; après quoi on rencontre de la tcri e franche, épaisse d’environ un pied, et ensuite une autre épaisseur de ciment ou pouzzolane; nous en .avons en deux ou trois endroits de notre habitation : il y en a

M. Ozi, de Clermonf-PerraiKi, et ensuite à MM. Giiettard, Desmarest et Pasmnot , qu’on doit la connaissance de celles qui se trouvent en Auvergne; et enfin à M. Faujas de Saint-Fond, la découverte et l’usage de celles du Velay et du Vivarais, découverte d’autant plus intéressante, que ces pouzzolanes du Vivarais pouvant être conduites par le Rhône jusqu’à la mer, i)ourront, sinon remplacer, du moins suppléer à celles que l’on tire d’Italie, pour toutes les constructions maritimes et autres qu’on veut défendre contre l’action des éléments humides.

Les pouzzolanes ne sont cependant pas absolument les memes dans tous les lieux; elles vai'ient, tant pour la qualité (|uo par la couleur : il s’en trouve de la rouge et de la grise en Vivarais, et celle-ci fait un mortier plus dur et ])lus durable que celui de la première.

Toutes les pouzzolanes proviennent également de la première décomposition des la\es et basaltes, qui, comme nous l’avons dil, se réduisent ultérieurement en terre argileuse, ainsi (|ue toutes les autres matières vitreuses, par la longue impression des éléments humides; mais avant d’arriver àcc dernier degré de décomposition, lesbasaltcsetles laves, qui loujourscontiennentuneassczgrande quantité de fer pour être Irès-altirahles à l’aimant, se brisent en poudre viti-cuse mêlée de particules fcri'ugineuses, et la pouzzolane n’est au Ire chose que celte poudre : elle est d’autant meilleure pour faii-c des ciments que le fer y est en plus grande quantité, et que les parties vitreuses .sont plus éloignées de l’état argileux.

Ainsi, la i)ouzzolanc n’est qu’une espèce de verre ferrugineux réduit en poudre. Il est très-possible de composer une. matière de même nature, en broyant et pulvérisant les crasses (jui s’écoulent du foyer des aflineries où l'on traite le 1er; j’ai souvent employé ce ciment ferrugineux avec succès, et je le crois équivalent à la meilleure pouzzolane : mais il est vrai qu’il serait difficile de s’en procurer une (juantité suffisante pour faire do grandes constructions. Les Hollandais compo.sent

piioope .iiippcs du bourg do la Basso-Torre , et ou beaucoup d’autres lieux; et si ou voulait sc doiiucr la peine de cherolicr, ou en trouverait eucoro davantage.

La première expérience que je lis poui' n)’a.ssurcr de la vérité lut <l’en faire du mortier tiercé, dont je lis une masse de sept à huit pouces eu carré, que je mis dans une cuve que je lis remplir d’<^au douce, de manière que l’eau la surpassait de seiil à huit pouces; celte masse, bien loin dcsedi.ssoudre,fileorps, sc sécha, et en moins de trois fois vingt-quatre heures, elle deriut dure comme une pierre : je fis la meme chose dons l’eau salée avec le même succès; enlin, une troisième expérience <|ue je lis fut do mêler des pieri'cs de dilfércntes espèces dans ce mortier,d’en faire un cube, et de mettre le tout dans l’eau ; elles liront un corps très-bon, qui sécha à merveille, et qu’on ne pouvait ronqirc deux ou trois jours après qu’à force de marteau.

J’en ai découvert une veine assez considérable au mouillage de la Martinique , au-dessous et un peu à côté de la batterie de Saint-Nicolas : la couleur était un peu plus claire et le grain plus fin; pour tout le reste, c’était la meme chose. J’en ai employé une quantité considérable, après m’être assuré de sa qualité par les mêmes épreuves (|uc j’avais employées pour connaîti e celle de la Guadeloupe. Nouvemtx Voyages aux îles de l’Amérique. Paris , 1722 , tome V , p. SBC et suiv.

HISTOIRE naturelle

line sorlo, de pouzzolane qu’ils nonnnenl Iran, en hrojanl des laves de volcans sons les pilons d’nn Rocard : la poudre (pii en provient est tamisée au moyen d’un crible qui est mis en mouvement par l’élévation des pilous ; et le tras (ombe dans de grandes caisses pratiquées au-dessous de l’entablenent des |)ilons : ils s’eu servent avec succès dans leurs constructions maritimes.

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