‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 117 sur 133 · ARTICLE · texte numérisé non relu

ARTICLE

DE LA KATUllE ET DE LA FORMATION DE L AIMANT.

L'aiinanl n’ost qu’un minéral ferrugineux qui a subi l’aclion du feu, el ensuilc a rceu, par l’clectrieilc générale du globe Icrrcslre, son iiiagnétisuie parliculier. L’aimant primordial est une mine de fer eu rocbe vitreuse, ipii ne dilfére des autres mines do fer produites (lar le feu primitif, ipi’en ce qu’elk; attire puissamment les autres matières ferrU’ giaeuses, qui ont de même subi l’aclion du feu. C.es mines de l’aimant jirimordial sont moins fusibles que les autres mines prinutives de fer; elles apiirocbent de la nature du régule de ce mêlai, et c’est par celte raison (pi’elles sont plus difficiles à fondre. L’aimant iirimordial a donc soulfert une plus violente nu ])lus longue impression du feu primilif que les aulrcs mines de fer; et il a en mémo temps acquis la vertu magnéli()ue par raclion de la force, (|ui, dès le commencement, a produit l’électricité du globe.

(’et aimant de première formation a communiqué sa vertu aux matières ferrugineuses ([ui rcnvironnaicut; il a même formé de nouveaux aimauts, par le mélange de ces débris avec d’autres matières; et ces aimants de seconde formation ne sont aussi ipie des minéraux ferrugineux, provenants des détriments du fer en état métallicpie. et (|ui sont devenus magnéti(|ucs par la seule exposition à l’action de l’électricité générale. Et, comme le fer qui demeure longtemps dans la même situation acquiert foules les propriétés du véritable aimant, on peut dire que l’aimaut elle fer ne sont au fond que la même substance, qui peut également lirendre du magnélisme à l’exclusion de toutes les autres matières minérales, pui.sque cette meme pi'opriélé magnétique ne se Irouvedans aucun autre métal, ni dans aucune autre matière vitreuse ou calcaire. L’aimant de première formalion est une fonte ou régule de fer, mêlée d’une matière vitreuse, pareille à celle des autres mines primordiales de fer : mais, dans les aimants de seconde formation, il s’en trouve dont la malicre pierreuse est calcaire ou mélangée d’autres subslances bétérogènes. Ces aimauts secondaii es varient plus que les premiers, par la couleur, la pesanteur, et par la quantité de force magnétique.

Mais cette matière vitreuse ou calcaire des différentes pierres d’aimant n’est nullement susceptible de magnétisme, et ce n’est qu’aux parties ferrugineuses contenues dans ces pierres qu’on doit attribuer cette propriété ; et dans toute pierre d’aimant, vilreuse ou calcaire, la force magnétique est d'autant plus grande ipie la pierre contient plus

mSTÜIUE NATURELLE

de parties ferrugineuses sous leinènie volume, en sorte ([ue les meilleurs aimants sont ceux qui sont les plus pesants. C’est par cette raison qu’on peut donner au fer, et mieux encore à l’acier, comme ])Ius pesant que le fer, une force magnétique encore plus grande ([ue celle de la pierre d aimant, parce que l’acier ne contient que peu ou point de particules terreuses, et qu’il est presque uniquement compose de particules ferrugineuses réunies enseuiLle sous le plus petit volume, c’est-à-dire d’aussi près qu’il est possible.

Ce qui démontre l’aflinité générale entre le magnétisine et toutes les mines de fer qui ont subi l’action du feu primitif, c’est que toutes ces mines sont atlirables à l’aimant, (|ue réciproipiemenl elles attirent, au lieu que les mines de fer en rouille, en ocre et en grains, formées postérieurement par rinterinéde de l’eau, ont perdu cette pro|)riélé magnétique, et ne la reprennent (|u’aprés avoir subi de nouveau l’action du feu. Il en est de même de tous nos fers cl de nos aciers; c’est parce qu ils ont, comme les mines primitives, subi l’action d’un feu violent qu ils sont atlirables à 1 aimant. Ils ont donc, coniuic les mines primordiales de fer, un magnétisme passif que l’on peut rendre actif, soit i)ar le contact de I aimant, soit |)ar la simple exposition à l’impression de l’électricité générale.

Pour bien entendre comment s’est opérée la formation des premiers aimants, il sulfit de considérer que toute matière ferrugineuse qui a subi 1 action du feu, et qui demeure quekjue temi)S exposée à l’air dans la mémo situation, acquiert le magnétisme et devient un véritable aimant ; ainsi, dès les premiers temps de rétablissement des mines primordiales de ter, toutes les parties extérieures de ces masses, qui étaient exposées à l’air et qui sont demeurées dans la mémo situation, auront reçu la vertu magnétique par la cause générale qui produit le magnélisme du globe, tandis que toutes les parties de ces mêmes mines qui n’étaient pas exposées à l’action de l’atmosplière n’ont point acquis cette vertu magnétique ; il s’est donc formé dés lors, cl il peut encore se former des aimants sur les sommets et les faces découvertes des mines de fer, et dans toutes les parties de ces mines qui sont exposées à l’action de Tatmosphcrc.

Ainsi, les mines d’aimant ne sont que des mines de fer qui se sont aimantées par l’action de l’électricité générale ; elles ne sont pas à beaucoup près en aussi grandes masses que celles de fer, parce qu’il n’y a que les parties découvertes de ces mines qui aient pu recevoir la vertu magnétique : les mines d airnaul ne doivent donc se trouver, et ne se trouvent en effet (pie dans les parties les plus extérieures de ces mines primordiales de fer, et jamais à de grandes profondeurs, à moins que ces mines iraient été excavées, ou qu’elles ne soient voisines de quclques cavernes, dans lesquelles les inlluences de Tatmosiihére auraient pu produire le même effet que sur les sommets ou sur les faces découvertes du eus mines primitives.

Maintenant on ne peut donlcr que le magnétisme général du globe ne forme deux courants, dont l’un se porte de l’équateur au nord, et l’autre en sens contraire de l’équateur au sud : la direction de ces courants est sujette à variations, tant pour les lieux que pour le temps; et ces variations proviennent des inflexions du courant de la force magnétique, qui suit le gisement des matières ferrugineuses, et qui change à mesure qu’elles se découvrent à l’air ou qu’elles s’enfouissent par l’affaissement des cavernes, par l'effet des volcans, des tremblements de terre, ou de quelque autre cause qui change leur exposition : elles acquiérent donc ou perdent la vertu magnétique par ce changement de position, et dès lors la direction de cette force doit varier, et tendre vers ces mines ferrugineuses nouvellement découvertes, en s’éloignant de celles qui se sont enfoncées.

Les variations dans la direction de l’aimant démontrent que les pôles magnétiques ne sont pas les mêmes (juc les pôles du globe, quoique en général la direction de la force qui produit le magnétisme tende de l’équateur aux deux pôles terrestres. Les matières ferrugineuses, qui seules peuvent recevoir du courant de celte force les propriétés de l’aimant, forment des pôles particuliers selon le gisement local, et la quantité plus ou moins grande des mines d’aimant et de fer.

L'aimant primordial n’a pas acquis au même instant son attraction et sa direction; car le fer reçoit d’abord la force attractive, et ne prend des pôles (|u’en plus ou moins de temps, suivant sa position et selon la proportion de scs dimensions. 11 parait donc que, dès le temps de l’établissement et de la formation des premières mines de fer par le feu primitif, les parties exposées à l’action de l’atmosphère ont reçu d’abord la force attractive et ont pris ensuite des pôles fixes, et acquis la puissance de se dii-iger vers les parties polaires du globe. Ces premiers aimants ont certainement conservé ces forces attractives et directives, quoiqu’elles agissent sans cesse au dehors, ce qui semblerait devoir les épuiser; mais au contraire elles se communi(iuent de l’aimant au fer, sans souffrir aucune perte ni diminution.

Plusieurs physiciens, qui ont traité de la nature de l’aimant, se sont persuadé qu’il circulait dans l’aimant une matière qui en sortait incessamment après y être entrée, et en avoir pénétré la substance. Le célèbre géomètre Euler, et plusieurs autres (1), voulant expliquer mécani-

(1) Je voudrais excepter de ce nombre Daniel Bernouilli, homme d’un esprit excellent : « Je « me sens, dit-il , de la répugnance à eroire que la nature ail forme cette matière cannelée et « ces conduits magnétiques, qui ont été imaginés par quelques physiciens, uniquement pour « nous donner le spectacle des différents jeux de l’aimant... » Néanmoins c« grand mathématicien rapporte , comme les autres , à des causes mécaniques les effets de l’aimant ; ses hypothèses sont seulement plus générales et moins multipliées. Voyez les pièces qui ont remporté le prix de l’Académie dos Sciences, année 1740.

IllSTOJliE NATURELLE

qiieiiient les pliéiioinèues magnétiques, ont aloplé l’Iiypollièse de Descartes, qui suppose dans la substance de l’aimant des conduits et des pores si éli oits, qu’ils ne sont perméables qu’à cette matière magnétique, selon eux, plus subtile que toute autre matière subtile; et, selon eux encore, ces pores de l'aimant et du fer sont garnis de pciiles soupapes, de filets ou de poils mobiles, (jui tantôt obéissent, et tantôt s’opposent au courant de cette matière si subtile. Ils se sont efforcés de faire cadrer les pliénoinènes du magnétisme, avec ces suppositions peu naturelles et |)Ius que précaires, sans faire attention que leur opinion n’est londee que sur la lausse idée <pi’il est possible d’expli(jucr mécaniquement tous les elfcts des forces de la nature. Euler a meme cru pouvoir démontrer la cause de rallraclion universelle, par l’action du meme fluide, qui, selon lui, produit le magnélisme. Celle prétention, quoûjue vaine et mal conçue, n’a pas laissé d(' pi'cvaloir dans l’esprit de quelques |)liysiciens; et cependaut, si l'on considère sans pri'jugé la nature et ses effets, et si l’on réfléchit sur les forces <raltraclion et d’impulsion (|ui l’animent, on rcconnaifra que leurs causes ne peuvent ni s’expliquer, ni même se concevoir jjar celte mécani(iuc malériellc, ((ui n’admet (|ue cecpii tombe sous nos sens, et rejetle, en (pielque sorte, ce (pii n’est aperçu que par l’esprit ; et de lait, l’action de la pesanteur ou de l’attraction peut-elle se rapporter a des ellets mécani(|ues, et s’expliquer j)ar des causes secondaires, puis(|ue celle altraclion est uuc force générale, une propriété primilive, et un atlribut essentiel de toute matière? fS'e suflil-il pas de savoir (|ue toute matière s’attire, et que celte force s exerce, non-seulement dans toutes les parties de la niasse du globe terrestre, mais setend inèine de|)uis le soleil jusqu’aux coi'ps les plus éloignés dans notre univers, pour être convaincu que la cause de cette attraction ne peut nous être connue, puis(|uc son ellet étant universel, et s exerçant généralement dans toute malière, cette cause ne nous otfre aucune dillérencc, aucun point de comparaison, ni jiar conséquent aucun indice de connaissance, aucun moven d’explication? En sc souvenant donc que nous ne poin ons rien juger que par conqiaraison, nous verrons clairement qu’il est non-seulement vain, mais absurde de vouloir rechercher et explicpicr la cause d’un efl'et général et commun à toute matière, lot que I altraclion univei’Selle, et qu’on doit sc borner à regarder cet eflcl general comme une vraie cause à la(|uclle on doit ra|)porter les autres forces, en comjiarant leurs différents effets ; et si nous comparons l’allraclion magnéticpie à latliaclion universelle, nous verrons (pi’cllcs iliffèrenl frcs-essonliellcment. L’aimant est, comme toute autre matière, sujet aux lois de l’allraction générale, et en même tenqis il semble posséder une force atiraclive particulière, et qui ne s’exerce ipie sur le 1er ou sur un autre aimant : oi', nous avons démontré qui; celte lorce, qui nous (tarait alti'aclivc, n’est dans le l'éel (ju’une force iiiqtulsive, dont la cause et les ellets sont tout différents de ceux de l’allraclion universelle.

JjES MINEUAUX.

Dans le syslènic adopté par la plupart «les pliysiciens, on suppose un grand tourlnllon de matière magnétique, circulant autour du globe terrestre, et de petits tourbillons de celle même matière, qui non-seulement circule d’un pôle à l’autre de chaque aimant, mais entre dans leurs substances, et en sort pour y rentrer. Dans la pbysitiue de Descaries, tout était tourbillon, tout s’expliquait par des mouvements circulaires et des impulsions tourbillonnantes : mais ces tourbillons, (|ui rem|)lissaicnt l’univers, ont dis|)aru ; il ne reste que ceux de la matière magnétique dans la tète de ces physiciens. Cependant l’existence de ces loui'billons magnétiques est aussi peu fondée que celle des tourbillons planétaires; et on peut démontrer, par plusieurs faits (f), que la force magnétique ne se meuli)as en tourbillon autour du globe terrestre non plus (in’aulour de l’aimant.

La vertu magnéli(ine, que l’aimant possède éminemment, peut de même appartenir au fer, puisque l’aimant la lui communique par le simple contact, cl (pic même le fer l'acquiert sans ce secours, lorsqu’il est exposé aux impressions de l'atmosplière : le fer de^'ienl alors un véritable aimant, s’il reste longtemps dans la meme situation; de plus il s’aimante assez fortemetil par la percussion, par le frottement de la lime, ou seulement en le |)liant et repliant plusieurs fois ; mais ces derniers moyens ne donnent au fei' (pi’un magnétisme passager, et ce métal ne conserve la vertu magnétique (|ue quand il l'a empruntée de l’aimant, ou bien acquise juir une exposition à l’action de l’électricité générale pendant un temps assez long pour prendre des pôles fixes dans une direction déterminée.

Lorsque le fer, tenu longtemps dans la meme situation, acquiert de lui-même la vertu magnétique, qu’il la conserve, et qu’il peut même la communiquer à d’auli’cs fers, comme le fait l'aimant, doit-on se rofuser à croire que, dans les mines primiti\es, les parties qui se sont trouvées

(I ) l.’iin dp nos s.nvanls aoadpmlcicns , SI. lo Slomiinr , qui s’est neoiijié des phénojntMies de l’aimant, a l'ail |dnsieiirs es|»érienees poui' démouti’er le peu de fondement de eclte liypollièse des (ouiliillnns autour de l’aimant. 11 a mis sue un caetoji deux aimants, dont les pôles de difTércnls noms claicnl voisifis; en ec eas , .selon le système commun , les deux toiii'liillons magnétiques doivent être iciinis en un seul , et par conséquent il ne devrait .se former siii- la limaille du carton que deux vides répondant aux deux jiôlcs , mais le fait est qu'il .se foinic toujours quatre vides, ce f[ui démoiilre que les deux tourbillons tic sont pas confondus, cl que la matière magoétitpic tic passe pas d’uii aimant à l’autre... cl cerlaiucmeut s’il y a un tourbillon, il s’étend bien à deux ou trois ligues de la pierre. Opciidant que l’on aimanlo une aiguille de boussole, eu la faisant couler à l’ordimiire sur la pierre, et, eu même temps en lui faisant louclicr les deux boulons de rarmure, on en la tenant éloignée de ces boulons de ileiix ou trois ligues sculciuciit, elle prendra , dans les deux cas , deux (lircclious diamétralement opposées, tout le reste ayant été parfaitement égal ; la même extrémité de l’aiguille qui se tournerait au nord se tournera au sud, etc. Histoire de l’Académie des Scicuces, année 1733, p. la et II).

tLFKU.X, tolll. IV. il)

HISTOiliE NATURELLE

exposées à ces mêmes impressions de ratmosplicrc ne soienl pas celles qui ont acquis la vertu magnétique, et que par conséquent toutes les pierres d’aimant qui ne forment que de petits blocs en comparaison des montagnes et des autres masses des mines primordiales de fer, étaient aussi les seules parties exposées à celte action extérieure, qui leur a donné les propriétés magnétiques? Rien ne s’oppose à celte vue ou plutôt à ce fait; car la pierre d’aimant est certainement une matière ferrugineuse, moins fusible à la vérité ([ue la plupart des autres mines de fer; et cette dernière propriété indique seulement qu’il a fallu peutêtre le concours de deux circonstanées pour la production de ces aimants primitifs, dont la première a été la situation et l’exposition constanle à l’impression du magnétisme général ; et la seconde, une qualité différente dans la matière ferrugineuse qui compose la substance de l’aimant. Car la mine d’aimant n’est plus difficile à fondre que les autres mines de fer en roche, que par cette dificrence de qualité. L’aimant primordial approche, comme nous l’avons dit, de la nature du régule de fer, qui est bien moins fusible que sa mine. Ainsi, cet aimant primitif est une mine de fer, qui, ayant subi une plus forte action du feu que les autres mines, est devenue moins fusible; et en effet les mines d’aimant ne se trouvent pas, comme les aulrcs mines de fer, par grandes masses continues, mais par petits blocs placés à la surface de ces mêmes mines, où le feu priùiitif, animé par l’air, était plus actif que dans leur intérieur.

Ces blocs d’aimant sont plus ou moins gros, et communément séparés les uns des autres; chacun a sa sphère particulière d'attraction et ses pôles , et puisque le fer peut acquérir de lui-même toutes ces propriétés dans les mêmes circonstances, ne doit-on pas en conclure que, dans les mines primordiales de fer, les parties qui étaient exposées au feu plus vif que l’air excitait à la surface du globe en incadescence, auront subi une plus violente action de ce feu, et se seront en même temps divisées, fendues, séparées, et qu’elles auront acquis d’elles-mêmes cette puissance magnétique, qui ne diminue ni ne s’épuise, et demeure toujours la même, parce qu’elle dépend d’une cause extérieure, toujours subsistante et toujours agissante?

La formation des premiers aimants me paraît donc bien démontrée; mais la cause première du magnétisme en général n’en était pas mieux connue. Pour deviner ou même soupçonner quelles peuvent être la la cause, ou les causes d’un effet particulier de la nature, tel que le magnétisme, il fallait aupara\ ant considérer les phénomènes en exposant tous les faits acquis par l’expérience et l’observation. Il fallait les comparer entre eux, et avec d’autres faits analogues, afin de pouvoir tirer du résultat de ces comparaisons les lumières qui devaient nous giiidcr dans la recherche des causes inconnues et cachées : c’est la seule route que l’on doive prendre et suivre, puisque ce n’est que sur des faits bien avérés, bien entendus, qu’on peut établir des raisonnements

DES MINEUAUX.

solides ; et plus ces faits serotit multipliés, plus il deviendra possible d’en tirer des inductions plausibles, et de les réunir pour en faire la base d’une théorie bien fondée, telle que nous paraît être celle que j’ai présentée dans le premier cliapitre de ce traité.

Mais comme les faits particuliers qu'il nous reste à exposer sont aussi nombreux que singidiers, ((u’ils paraissent quelquefois opposés ou contraires, nous commencerons par les phénomènes qui ont rai)port à l’alti-action ou à la répulsion de l’aimant, et ensuite nous exposerons ceux qui nous indiquent sa dircclion avec ses variations, tant en déclinaison qu’en inclinaison. Chacune de ces grandes propriétés de l’aimant doit être considérée en particulier, et d’aulaut plus attentivement, qu’elles paraissent moins dépendantes les unes des autres , et qu’en ne les jugeant que par les apparences, leurs effets sembleraient provenir de causes différentes.

Au reste, si nous recherchons le temps où l’aimant et ses propriétés ont commencé d’être connus, ainsi que les lieux où ce minéral se trouvait anciennement, nous verrons, par le témoignage de Théophraste, que l’aimant était rare chez les Grecs, qui ne lui connaissaient d’autre propriété (juc celle d’attirer le fer : mais du temps de Pline, c’est-à-dire trois siècles après, l’aimant était devenu plus commun; et aujourd’hui il s’en trouve plusieurs mines dans les terres voisines de la Grèce, ainsi qu’en Italie, cl particulièrcmenl à l’ile d’Elbe. On doit donc présumer que la plupart des mines de ces contrées ont acquis, depuis le temps de Théophraste, leur vertu magnétique à mesure qu’elles ont été découvertes, soit par des effets de nature, soit par le travail des hommes ou par le feu des volcans.

On trouve de même des mines d’aimant dans presque toutes les parties du monde, et surtout dans les pays du nord, où il y a beaucoup plus de mines primordiales de fer que dans les autres régions de la terre. iVous avons donné ci-devant la description dés mines aimantées de Sibérie, et l’on sait que l’aimant est si commun en Suède et en iVorwége, qu’on en fait un commerce assez considérable (I). Les voyageurs nous assurent qu’en Asie il y a de bous aimants au Bengale, à Siam (2),

(1) La pierre d’aimant est en si grande quantité en Norwègc et en Suède, qu’on l’envoie par tonneaux hors du pays, Pontoppidam , Journal étranger, mois de septembre 178S , page 215.

(2) Il y a deux mines d’aimant dans le royaume de Siam Ces mines sont dans une nwii-

tagne à laquelle elles paraissent eomme attacliécs ; elles semblent être divisées en deux roches, (jui apparemment sont réunies sous terre; la grande, qui s’étend d’orient eu occident, peut avoir vingt-quatre ou vingt-cinq pas geométi iques de longueur, et quatre ou cinq de largeur. Dans sa plus grande hauteur, elle a ncul' ou dix pieds. La petite qui est au nord de la grande, dont elle n’est éloignée ([ue de sept ou huit pieds, a trois toises de long, peu de hauteur et de largeur ; elle est d’un aimant bien plus vif que l’autre. Elle attirait avee une force extraordinaire les instruments Je fer dont on se servait. On ne pouvait en détacher aucun morceau, parce que les instruments de fer, qui étaient fort mal trempés, étaient aussitôt rehoulés. On

HISTOIHE NATURELLE

a la Chine (4) el aux îles Pliilippines (2); ils font aussi luention de ceux de l’Afrique (3) et de l’ Amérique (4).

ARTICLE IIL

DE l’attraction ET DE LA RÉPULSION DE l’AIMANT.

Le mouvement du magnétisme semble être composé de deux forces, l'une attractive et l’autre directive. Un aimant, de quelque figure qu’il soit, attire le fer de tous côtés et dans fous les points de sa surface; et plus les pierres d’aimant sont grosses, moins elles ont de force attractive, relativement à leur volume; elles en ont d’autant plus qu’elles sont plus pesantes, et toutes ont beaucoup moins de puissance d’attraction quand elles sont nues que (piand elles sont armées de fer ou d’acier. La force directive, au contraire, se manpie mieux, et avec plus d’énergie, sur les aimants nus que sur ceux qui sont armés.

Quelques savants physiciens cl entre autres Taylor et Musschembroëck, ont essayé de déterminer, par des expériences, l’étendue <le la sphère d’attraction de l’aimant et l'intensité de cette action à différentes distances; ils ont observé qu’avec de bons aimants celle force attractive était sensible jusqu’à treize ou quatorze pieds de distance; et, sans doute, elle s’étend encore plus loin. Ils ont aussi reconnu que rien ne pouvait intercepter l’action de celte foi'ce, en sorte qu’un aimant renfermé dans une boite agit toujours à la même distance. Ces faits suffisent

s’attacha à la grande, dont on eut peine de rom|)re quelques morceaux qui avaient delà saillie, et qui donnaient de la prise au marteau. On ne laissa pa.s que d’en tirer quelques bonnes pierres ; les pôles de la mine, autant qu’on en peut juger par les morceaux de fer qu’on y appliqua, regardaient le midi et le seplciitrion ; car on n’a pu rien reconnaître par la boussole, l’aiguille s’ulVolant sitôt qu’on l’en approchait. Histoire générale des Voyages, tome IX, pages 200 et 241».

(1) Il y a peu de provinces dans la Chine où l’on ne trouve des pierres d’aimant. On en apporte aussi du Japon à la Chine, mais on les emploie parliculièrement aux usages de la médecine ; elles se vendent au poids, et les plus chères ne se vendent jamais plus de huit sous l’onec. Idem, tome VI, page 8!).

(2) On trouve beaucoup d’aimant à Mindanao Voyage de ,Af. le Gentil aux Inde's. Paris,

1781, tome 11, page 56.

(3) On trouve dans le Itamhouk, en .Afrique, d’exccllenles pierres d’aimant, dont on a envoyé plusieurs morceaux en France. Histoire générale des Voyages, tome II, page Ml.

{i) On fit voirà Gcinclli-Caréri, dans un cabinet de raretés, au Mexique, unepierred’aimant de la grosseur d’une pomme ordinaire, qui enlevait dix livres de fer. Idem, tome XI, page oLfi. Le corrégiment de Copiapo, au Chili, produit (|uantité do |)icrres d'aimant. Idem, tome XIII, page U4.

pour qu’on puisse conocvoir qu’en plaçant et eaehant des aimants et du fer en différents endroits, même assez éloignés, on peut |»roduire des effets qui paraissent merveilleux , parce (pUils s’opèrent à quelque distance, sans action apparente d’aucune matière intermédiaire, ni d’aucun mouvement communiqué.

Les anciens n’ont connu que cette première propriété de l’aimant; ils savaient que le fer, de queUiue côté qu’on le présente, est toujours attiré par l’aimant; ils n’ignoraient pas que deux aimants présentes l’un à l’autre s’attirent ou se repoussent. Les physiciens modernes ont démontré que celte attraction et celte répulsion entre deux aimants sont égales, et que la plus forte attraction se fait lorsqu’on présente directement les pôles de différents noms, c’est-à-dire, le pôle austral d’un aimant, au pôle boréal d’un autre aimant; et que de même la répulsion est la plus forte, quand on présente l'un à l’autre les pôles de même nom. Ensuite ils ont cherché la loi de celte attraction et de celte l'épulsion ; et ils ont reconnu qu’au lieu d’étre comme la loi de l’attraction universelle, en raison inverse du carré de la distance, cette attraction et cette répulsion magnétique ne décroissent pas même autant que la distance augmente (1) : mais, lorsqu’ils ont voulu graduer l’échelle de cette loi, ils y ont trouvé tant d’inconstance et de si grandes variations, qu’ils n’ont pu déterminer aucun ra])|)ort fixe, aucune proportion suivie entre les degrés de puissance de celte force attractive, et les effets qu’elle produit à difl’ércnles distances; tout ce qu’ils ont pu conclure d’un nombre infini d’expériences, c’est que la force attractive de l’aimant décroît proportionnellement plus dans les grandes que dans les petites distances.

Nous venons de dire que les aimants ne sont pas tous d’égale force à beaucoup près; que plus les pierres d’aimant sont grosses, moins elles ont de force attractive, relativement à leur volume, cl qu’elles en ont d’autant plus qu’elles sont plus pesantes, à volume égal ; mais nous devons ajouter que les aimants les plus puissants ne sont pas toujours les plus généreux, en sorte que quelquefois ces aimants plus puissants ne communi(|uent pas au fer autant de leur vertu attractive que des aimants pins faibles et moins riches, mais en même temps moins avares de leur propriété.

La sphère d’activité des aimants faibles est moins étendue que celle des aimants forts; et, comme nous l’avons dit, la force attractive des

(1) Muschcmbroëck, Disscrliilio de Magnete, pages 16 el suiv. Pour connaître la loi de cette allraction, ce physicien s’est servi d’aimants de forme ronde, et, par une balance très-mobile, il a mesuré l’effet de cette force à toutes distances, depuis une demi-ligne jusqu’à plusieurs pouces; en comparant les résultats d’un très-grand nombre d’expériences, il a vu que cette force attractive des aimants sphériques, non-seulement ne diminuait pas comme celle de l’attraction universelle, eu raison inverse du carré de la distance, mais que lu diminution de cette i'orcc magnétique n’est pas inèinc en raison inverse de la simple distance.

HISTOIRE NATURELLE

uns et des autres décroît beaucoup plus dans les grandes que dans les petites distances : mais, dans le point de contact, cette force, dont l’action est très-inégale à toutes les distances dans les différents aimants, produit alors un effet moins inégal dans l’aimant faible et dans l’aimant fort, de sorte qu’il faut employer des poids moins inégaux pour séparer les aimants forts et les aimants faibles, lorsqu’ils sont unis au fer ou à l’aimant par un contact immédiat.

Le fer attire l’aimant autant qu’il en est attiré : tous deux, lorsqu’ils sont en liberté, font la moitié du chemin pour s’approcher ou se joindre. L’action et la réaction sont ici parfaitement égales : mais un aimant attire le fer de quelque côté qu’on le présente, au lieu qu’il n’attire un autre aimant que dans un sens, et qu’il le repousse dans le sens opposé.

La limaille de fer est attirée plus puissamment par l’aimant que la poudre même de la pierre d’aimant, parce qu’il y a plus de parties ferrugineuses dans le fer forgé que dans cette pierre, qui néanmoins agit de plus loin sur le fer aimanté qu’elle ne peut agir sur du fer non aimanté ; car le fer n’a par lui-même aucune force attractive : deux blocs de ce métal, mis l’un auprès de l’autre, ne s’attirent pas plus que deux masses de toute autre matière; mais, dès que l’un ou l’autre, ou tous deux, ont reçu la vertu magnétique, ils produisent les mêmes elfets et présentent les mêmes phénomènes que la pierre d’aimant, qui n’est en effet qu’une masse ferrugineuse aimantée par la cause générale du magnétisme. Le fer ne prend aucune augmenlation de poids par l’imprégnation de la vertu magnétique; la plus grosse masse de fer ne pèse pas un grain de plus, quelque fortement (ju’elle soit aimantée : le fer ne reçoit donc aucune matière réelle par cette communication, puisque toute matière est pesante sans même en excepter celle du feu (1). Cependant le feu violent agit sur l’aimant et sur le fer aimanté; il diminue beaucoup, ou plutôt il suspend leur force magnétique lorsqu’ils sont échauffés jusqu’à l’incandescence, et ils ne reprennent cette vertu qu’à mesure qu’ils se refroidissent. Une chaleur égale à celle du plomb fondu (2) ne suffit pas pour produire cet effet : et d’ailleurs le feu, quelque violent qu’il soit, laisse toujours à l’aimant et au fer aimanté quelque portion de leurs forces; car, dans l’état de la plus grande incandescence, ils donnent encore des signes sensibles, quoique faibles, de

(1) Voyez, dans cette Histoire naturelle, article de la Pesanteur du feu.

(2) Pour faire des aimants d’un volume considérable , les ouvriers joignent ensemble plusieurs petits morceaux d’aim.int qu’ils réunissent, en les appliquant d’abord les uns contre les autres, et les plongeant ensuite dans du plomb ou de l’ctain fondu, La chaleur communiquée par CCS métaux fondus à cette masse d’aimant n’en diminue pas la force, et il faut un bien plus grand degré de chaleur, et même un feu très-violent, pour opérer cette diminution nu suspension de force de l’aimant et du fer aimanté. Muschcmbroëck, page 73.

leur niagnélisitie. M. Épimis a même éprouvé que des aimants naturels portés à l’état d’incandescence, refroidis ensuite, et placés entre deux grandes barres d’acier fortement aimantées, acquéraient un magnétisme plus fort (d); et, par la comparaison de ses expériences, il parait que plus un aimant est vigoureux par sa nature, mieux il reçoit et conserve ce surcroît de forces.

L’action du feu ne fait donc que diminuer ou suspendre la vertu magnétique, et concourt même quelquefois à l’augmenter : cependant, la

(1) » Le premier aimant que j’ai soumis à l’expérience, dit M. Epinus , était un parallélipic< pède régulier; il était noirâtre, sans éclat métallique, très-homogène , très-compacte, et tel O que sont communément les aimants de mauvaise qualité. 11 n’avait presque pas de force,

O car il pesait nu deux onces H, avec son armure trois onces |î, et n’élevait que quatre onces. « Je l’ai dépouillé de son armure, je l’ai placé entre deux grandes liarrcs d’acier fortement « aimantées, suivant la manière que j’ai décrite, et, après une demi-heure, j’ai trouvé que sa .< vertu était augmentée, et que rejoint à son armure, il pouvait élever 12 onces je l’ai O exposé au feu libre des eharlions, je l’ai laissé dans une forte incandescence pendant une « demi-heure ; j’ai trouvé après son refroidissement, qu’il avait perdu presque toute la force « magnétique qu’il possédait. Je l’ai placé pendant un quart d’heure entre les deux barres « aimantées dont j’ai déjà parlé, et j’ai trouvé que, garni de son armure, il élevait déjà plus <1 de dix-huit onces ; il a donc, après son incandescenee, obtenu par le moyen des harres » aimantées, dans un court espace de temps, une force beaucoup plus considérable que celle » qu’il avait acquise, pendant un temps plus long, avant d’être exposé au feu. 11 est donc U évident (|uc l’aptitude de cet aimant à recevoir le magnétisme, a été augmentée par mon a procédé dans le rapport de trente-sept à vingt-sept, ce qui revient à peu près à celui de sept » à cinq.

Cl Un antre aimant qui pesait nii quatre onces |, et cinq onces javec son armure, présenu lait aussi une matière uniforme et compacte; mais il paraissait plus riche en métal que le O premier aimant ; lorsqu’il était revêtu de son armure, il portait six onces J; placé une demici heure entre les aimants artificiels, avant d’être exposé à l’action du feu il ne put pas porter Cl au-delà de vingt-deux onces J; tenu en incandescence au milieu des charbons pcmlaiit une O demi-heure, cl ensuite refroidi, il avait perdu presque toute sa force; mais placé pendant Cl un quart d’heure au milieu des aimants artificiels , il éleva facilement lrcnlc-.scpt onces Cl et son aptitude à recevoir la vertu magnétique se trouva augmentée dans le rapport d’envi- « ron huit à cinq. Il parait donc que la méthode que je décris produit des effets d’autant plus Cl grands, que les aimants sont plus généreux, avant d’être présentés au feu. J’ai vu aussi, par Il le moyen du dernier aimant dont je viens de parler, que l’augmentation do force obtenue U par ma méthode était assez durable, et ne se dissipait pas facilement; car ce second aimant Cl n’avait encore rien perdu de sa vigueur au bout de six mois, n

M. Épinus croit qu'on pourrait augmenter encore plus la vigueur des aimants par la cémentation, qui leur donnerait plus de qualité que la simple torréfaction au fou nu. 11 propose de tailler en parallélipipèdes les aimants tirés immédiatement de la mine, en leur donnant le plus de longueur qu’il se pourra, pour les cémenter au feu et les plonger ensuite dans l’eau froide ; après quoi, il propose de les placer entre deux on plusieurs barres d’acier aimantées, et de les frotter avec deux aimants artificiels, suivant la méthode du double contact. Il faudra aussi les armer après avoir choisi pour pôles les points les plus éloignés l’un de l’autre. Ces aimants présenteront alors la plus grande force magnétique qu’ils puissent comporter. Épinus, no» 3o9, 560 et 362.

HISTOIRE NATL'RELLE

percussion, (|iii prodiiil loiijours tie la clialeiir lorsqirdle est réitérée, semble ilélriiire celte force en entier; car, si loii frappe fortement, et par plusieurs coups successifs, une lame de fer aimantée, elle perdra sa vertu magnétique, tandis qu’en frappant de même une semblable lame non aimantée, celle-ci ac(|uerra, par celle percussion, d’autant plus de force magnéti(|ue que les coups seront plus forts et plus réitérés : mais il faut remar(|uer que la percussion, ainsi que l’action du feu, qui semble détruire la vertu magnétique, ne font que la ebaiiger ou la chasser, pour en substituer une autre, puisqu’elles snflisent jionr aimanter le fer qui ne l'est pas; elles ôtent donc au fer aimanté la force communiquée par l’aimant, et en même temps y portent et lui substituent une nouvelle force magnétique, qui devient Irés-sensible lorsque la percussion est continuée; le fer perd la première, et acquiert la seconde qui est souvent plus faible et moins durable : il ari i\'e ici le même elfet à peu prés que quand on passe sur un aimant faible du fer aimanlé par un aimant fort; ce fer perd la grande force maguéliiiue (jui lui axait été communiquée pai- l’aimant fort, et il accjuiert eu même lenq)s la petite force (|ue peut lui donner l'aimant faible.

Si l'on met dans un vase de la limaille de fer et qu’on la comprime assez poni'en faire une niasse compacle, à laquelle on donnera la vertu magnétique, en l'appliiiiiant ou la frottant contre l’aimant, elle la recevra comme toute autre inaliére ferrugineuse; mais cette même limaille de fer comprimée, qui a reçu la vertu uiagnéli(|uc, perdra celte vertu dés qu'elle ne lera plus niasse, et qu’elle sera réduite au même état |)ulverulenl où elle était avant d’avoir été comprimée. 11 suffit donc de changer la situation respective des parties eonstiluaules de l;i niasse Ijour faire évanouir la vertu magnétique; chacune des particules de limaille doit être considérée comme une pelile aiguille aimantée, qui dès lors a sa dii'eclion et ses pôles. En changeant donc la situation respective lies particules, leurs torces altractix es et directives seront changées et déli uites les unes par les autres. Ceci doit s’appliijuer à l’effet de la percussion, qui, produisant un changement de situation dans les parties du 1er aimanlé, fait évanouir sa force inagnéliqne. Cela nous démontre aussi la cause d’un phénomène qui a paru singulier, et assez difficile à expliipicr.

Si l’on met une pierre d’aimant au-dessus d'une quantité de limaille de fer que l'on agitera sur un carton, cette limaille s’arrangera en formant plusieurs courbes séparées les unes des autres, et (|ui laissent deux vides aux endroits (|ui corres|»ondent aux pôles de la pierre : on croirait <|ue ces vides sont occasionnés par une répulsion qui ne se fait que dans ces deux endroits, tandis ijuc l’attraction s’exerce sur la limaille dans tous les autres points; mais lorsqu'on présenle l'aimant sur la limaille de 1er. sans la secouer, ce sont, au contraire, les pôles de la pierre ipii toujours s en chargent le plus. Ces deux elfets opposés senibleraicid, au premier coup (l'ieil, indiipier (|ue la force maguéti(|ue est

tanlüt très-aclivp, et tantôt absolument inactive aux pôles de l’aimant : cependant il est très-certain et même nécessaire que ces deux effets, qui semblent être contraires, proviennent de la même cause; et comme rien ne trouble relTetde celle cause dans l’un des cas, et qu’il est troublé dans l’autre par les secousses qu’on donne à la limaille, on doit en inférer que la diflérence ne dépend que du mouvement donné à chaque particule de la limaille.

En général, ces particules étant autant de petites aiguilles, (pii ont reçu de l’aimant les forces attractives et directives presque en même tenq)s et dans le même sens, elles doivent perdre ces forces et cbanger de direction, dés que, par le mouvement qu’on leur imprime, leur situation est changée. La limaille sera par conséquent attirée, et s’amoncellera lorsque les pôles austraux de ces ijelites aiguilles seront disposés dans le sens du pôle boréal de l’aimant, et cette même limaille formera des vides lorsque les pôles boréaux des particules seront dans le sens du pôle boréal de l’aimant, parce (|ue, dans tout aimant ou fer aimanté, les jmles de différents noms s’attirent, et ceux du même nom se repoussent.

Il peut arriver cependant (jiielquefois, lors(|u’on présente un aimant vigoureux à un aimant faible, que les |)ôles de même nom s attirent au lieu de se repousser : mais ils ont cessé d’èti-e semblables lorsqu’ils tendent l’un vers l’autre; l’aimant fort détruit par sa puissance la vertu magnétique de l’aimant faible, et lui en communique une nouvelle qui change scs pôles. On peut expliquer, par cette même raison, plusieurs l)liénomènes analogues à cet effet, et particulièrement celui ([ue M. Epinus a observé le premier, et que nous citons, par extrait, dans la note ci dessous (1).

(1) Que l’on tienne verlicalenieiit un aimant au-dessus d’une table, sur laquelle on aura placé une petite aiguille d’acier ii une eerlaine distance du point au-dessus duquel l’aiinant sera suspendu ; l’aiguille tendra vers l’aimant, et son extrémité la plus voisine de l’aimant s’élèvera au-dessus de la surface de la table : si l’on frappe légèrement la table par-dessous, l’aiguillo SC soulèvera eu entier, et lors(iu’cllc sera retombée , elle se trouvera plus près du point correspondant au-dessous de l'aimant ; son extrémité s’élevant davantage formera, a^eo la table, un angle moins aigu, et à force de petits coups réitérés, elle parviendra précisément au-dessous de l’aimant et se tiendra perpendiculaire. Si, au contraire, on place l’aimant aiidessoiis de la table, ce sera l’extrémité de l’aiguille la plus éloignée de l'aimant qui s élèvera à l’aiguille, mise en mouvement par de légères secousses, se trouvera toujours, apres être retombée, à une plus grande distance du point correspondant au-dessus de l’aimant ; son extrémité .s’élèvera moins au-dessus de la table, et formera un angle plus aigu. L’aiguille acquiert la vertu magnétique par la pioximité de l’aimant. L’extrémité de l'aiguille opposée à c*!l aimant prend un pôle contraire au pôle de l’aimant dont elle est voisine, elle doit donc être attirée pendant que l’autre extrémité sera repoussée. Ainsi l'aiguille prendra successivement une posiiion où l’tiucde ses extrémités .sera le plus près, et l’autre le plus loin possible de l’aimant; elle doit donc tendre à se diriger parallèlement à une ligue droite que l’on pourrait tirer de son centre de gravité à l’aimant; lorsque l’aiguille s’élève pour obéir à la petite secousse, la

HISTOIRE NATURELLE

Nous devons ajouter à ces faits un autre fait qui démontre également que la résidence fixe ainsi que la direction décidée de la force magnétique, ne dépendent dans le fer et l’aimant que de la situation constante de leurs parties dans le sens où elles ont reçu celte force : le fer n’acquiert de lui-même la vertu magnétique, et l’aimant ne la communique au fer que dans une seule et même direction ; car si l’on aimante un fil de fer selon sa longueur, et qu’ensuite on le plie de manière qu’il forme des angles et crochets, il perd dès lors sa force magnétiquCj parce que la direction n’est pas la même, et que la situation des parties a été changée dans les plis qui forment ces crochets ; les pôles des diverses parties du fer se trouvent alors situés les uns relativement aux autres, de manière à diminuer ou détruire mutuellement leur vertu , au lieu de la conserver ou l’accroître : et non-seulement la force magnétique se perd dans ces parties angulaires, mais même elle ne subsiste plus dans les autres parties du fil de fer qui n’ont point été pliées; car le déplacement des pôles et le changement de direction occasionnés par les plis, suffisent pour faire perdre cette force au fil de fer dans toute son étendue.

Mais si l’on passe un fil de fer par la filière dans le même sens qu’il a été aimanté, il conservera sa vertu magnétique, quoique les parties constiluanlesaient changé do position ens’éloignant les unes desautres, et que toutes aient concouru plus ou moins à l’allongement de ce fil de fer par leur déplacement; preuve évidente que la force magnétique subsiste ou s’évanouit, selon que la direction se conserve la même, lorsque le déplacement se fait dans le même sens, ou que cette direction devient dilTérente lorsque le déplacement se fait dans un sens opposé.

On peut considérer un morceau de fer ou d’acier comme une masse de limaille dont les parliculcs sont seulement plus rapprochées, et réunies de plus près que dans le bloc de limaille comprimée ; aussi faut-il un violent mouvement tel que celui d’une fiexion forcée ou d’une forte percussion, pour détruire la force magnétique dans le fer et l’acier, par le changement de la situation respective de leurs i)arties ; au lieu qu’en donnant un coup assez léger sur la masse de la limaille comprimée, on fait évanouir à l’instant la force magnétique, parce que

tendance que nous venons de reconnaître lui donne, pendant qu’elle est en l’air, une nouvelle position relativement à l’aimant, et s’il est suspendu au-dessus de la table, cette nouvelle position est telle, que l’aiguille en retombant se trouve plus près du point correspondant audessous de l'aimant; si, au contraire l’aimant est au-dessous de la table, la nouvelle position donnée à l’aiguille, pendant qu’elle est encore en l’air, fait nécessairement qu’après être tombée, elle se trouve plus éloignée du point au-dessous duquel l’aimant a été placé. Il est inutile de dire que si l’on remplace la petite aiguille par de la limaille de fer, l’on voit les mêmes effets produits dans toutes les particules qui composent la limaille. Extrait de la seconde des dissertations que M. Épinus a publiées à la suite de son Essai sur la théorie de l’Electricité et du Magnétisme.

DES MINÉRAUX. 4ri8

ce coup suffit pour changer la situalion respective de toutes les particules de la limaille.

Si l’on ne passe qu’une seule fois une lame de fer ou d’acier sur l’aimant, elle ne reçoit que très-peu de force magnétique, par ce premier frottement ; mais en le réitérant quinze ou vingt fois, toujours dans le même sens, le fer ou l’acicr prendront presque toute la force magnétique qu’ils peuvent comporter, et on ne leur en donnerait pas davantage en continuant plus longtemps les mêmes frottements : mais si, après avoir aimanté une pièce de fer ou d’acier dans un sens, on la passe sur l’aimant dans le sens ojjposè, clic perd la plus grande partie de la vertu qu’elle avait acquise, et peut même la perdre tout à fait, en réitérant les frottements dans ce sens contraire. Ce sont ces phénomènes qui ont fait imaginer à quelques physiciens que la force magnétique rend mobiles les particules dont le fer est composé. Au reste, si l’on ne fait que poser le fer ou l’acier sur l’aimanl, sans les presser l’un contre l’autre, ou les appliquer fortement, en les passant dans le même sens, ils ne reçoivent que peu de vertu magnétique, et ce ne sera qu’en les tenant réunis plusieurs heures de suite, qu’ils en acquerront davantage, et cependant toujours moins qu’en les frottant danslc même sens, lentement et fol lement, un grand nombre de fois sur l’aimant.

Le feu, la percussion et la flexion, suspendent ou détruisent cgalenu’ut la force magnétique, parce que ces trois causes changent également la situation respective des parties constituantes du fer et de l’aimant. Ce n’est même que par ce seul changement de la situation respective de leurs parties, que le feu peut agir sur la force magnéti!|ue ; car on s’est assuré que cette force passe de l’aimant au fer, à travers la flamme, sans diminution ni changement de direction : ainsi, ce n’est pas sur la force même que se porte l’action du feu, mais sur les parties intégrantes de l’aimant ou du fer, dont le feu change la position; et lorsque, par le refroidissement, cette position des parties se rétablit telle qu’elle était avant l’incandescence, la force magnétique reparaît, et devient quelquefois plus puissante qu’elle ne l’était auparavant.

Un aimant artificiel et homogène, tel qu’un barreau d’acier fortement aimanté, exerce sa force allracli\e dans tous les points de sa surface, mais fort inégalement : car si l’on projette de la limaille de fer sur cet aimant, il n’y aura presque aucun point de sa superficie qui ne retienne quelques particules de cette limaille, surtout si elle est réduite en poudre très-fine ; les pôles et les angles de ce barreau seront les parties qui s’en chargeront le plus, et les faces n’en retiendront qu’une bien moindre quantité. La position des particules de limaille sera aussi fort différente; on les verra perpendiculaires sur les parties polaires de l’aimant, et elles seront inclinées plus ou moins vers ces mêmes pôles, dans toutes les autres parties de sa surface.

Rien n’arrête la verlu magnétique : un aimant placé dans l’air ou dans le vide, plongé dans l’eau, dans l’huile, dans le mercure ou dans

HISTOIRE NATURELLE

tout autre fluide, agit toujours également; renfermé dans une boîte de bois, de pierre, de plomb, decuivreoude tout autre métal, à l’exception du fer, son action est encore la même : l’interposition des corps les j)lus solides (1) ne lui porte aucune atteinte, et ne fait pas obstacle à la transmission de sa force; elle n’est affaiblie que par le fer interposé, qui, acquérant par cette position la vertu magnétique, peut augmenter contrebalancer ou détruire celle qui existait déjà, suivant que les directions de ces deux forces particulières coïncident ou divergent.

Mais, quoi(iue les corps interposés ne diminuent pas l’ctcndue de la splière active de Taimant sur le fer, ils ne laissent pas de diminuer beaucoup l’intensité de la force attractive, lorsqu'ils empêchent leur contact. Si l’on intiîrpose enh'e le fer qu’on veut unir à l’aimant un coj’ps aussi mince que l’on voudra, seulement une feuille de papier, l'aimant ne pourra soutenir qu’une très-petite masse de fer, en comparaison de celle qu’il aurait soutenue, si le fer lui avait été immédiatement appliqué : cette différence d’effet provient de ce que l’intensité de la force est sans comparaison beaucoup plus grande au point de contact, et qu’eu mettant obstacle à l’union immédiate du fer avec l’aimant, par un corps intermédiaire, on lui ôte la plus grande partie de sa force, en ne lui laissant que celle qu’il exercerait au delà de son point de contact. Mais cet effet, qui est si sensible à ce point, devient nul, ou du moins insensible à toute autre distance; car les corps interposés à un pied, un pouce et même une ligne de l’aimant, ne paraissent faire aucun obstacle à l’exercice de son attraction.

Le fer, réduit en rouille, cesse d’être attirable à l’aimant; la rouille est une dissolution du fer par l’humidité de l’air, ou, pour mieux dire, par l’action de Tacide aérien, qui, comme nous l’avons dit, a produit tous les autres acides : aussi agissent-ils tous sur le fer, et à peu prés de la même manière; car tous le dissolvent, lui ôtent la propriété d’être attiré par l’aimant; mais il reprend cette même propriété lorsqu’on fait exhaler ces acides par le moyen du feu. Cette propriété n’est donc pas détruite en entier dans la rouille, et dans les autres dissolutions du fer (2), puisqu'elle se rétablit dés que le dissolvant en est séparé.

L’action du feu produit dans le fer un effet tout contraire à celui de

(1) Un bloc de plomb, d’un pied d’cpaisseui', interposé entre l’aiinanl et le fer, n’en diminue pas la force attractive. Musschcmbrocck, p. 59.

(2) En faisant dissoudre la limaille de fer dans les acides vitrioliqnes ou nitreux, elle cesse d'être attirable à l’aimant ; cependant on ne peut pas dire qu’elle perd entièrement la vertu mai^nétique; il en est de même du vitriol de fer, dont l’attiactioii est à la vérité tres-petile, mais non pas nulle, comme le dit l’Émery (Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1700) . 'Il faut, pour s'en apercevoir, le présenter à une très-longue aiguille aimantée; la dissolution séparant les parties de fer fait le même clfct que le mouvement de secousse , qu’on donne à la limaille, en disposant ses parties en différents sens, et c’est ce qui détruit la vertu magnétique, Museheinbroëck, p. 125.

DES MlNElîAEX.

rinipressioii des acides ou de riiuinidité de l’air; le feu le rend d’aulant plus attirable à l’aimant, qu’il a élé plus violemment cliaulTI'é. Ce sabloii ferrugineux (i) dont nous avons parlé, et qui est toujours mêlé avec la platine, est plus attirable à raimanl (lue la limaille de fer, parce qu’il a subi une plus forte action du feu, et la limaille de fer chauffée jusqu’au blanc, devient aussi plus attirable qu’elle ne l’élait auparavant; on peut même dire qu’elle devient tout à fait magnélique en eerlaines circonstances, puisque les petites écailles de fer qui se séparent de la loupe en incadescence frappée par le marteau présentent les mêmes phénomènès (jue l’aimant. Elles s’attirent, se repoussent et se dirigent, coinine le font les aiguilles aimantées. On obtient le même effet, en faisant sublimer le fer par le moyen du feu (2) ; et les volcans donnent par sublimation des matières ferrugineuses qui ont du magnétisme et des pôles, comme les fers sublimés et chauffés.

On augmente prodigieusement la force attractive de l’aimant , en la réuni.s.sant avec la force directive au moyen d’une armure de fer ou d’acier; car cette armure fait converger les directions, en sorte qu’il ne reste à l’aimant armé (|u’une portion des forces directives, qu’il avait étant nu, et que ce même aimant nu, <|ui, par ses j)arlies polaires, ne pouvait soulenii’ (ju’uu certain poids de fer, en soutiendra dix, (juinze et vingt fois davantage, s’il est bien armé; et plus le |)oids qu’il soutiendra, étant nu, sera petit, plus raugmentalion du poids qu’il pourra porter, étant armé, sera grande. Les forces directives de l’aimant se réuuissenl donc avec sa force attractive; et toutes se portant sur l’armure, y ])roduiscnt une intensité de force bien plus grande sans que l’aimant en soit plus épuisé. Cela seul prouverait que la force magnétique ne réside |)as dans l’aimant, mais (ju’elle est déterminée vers le fer et l’aimant par une cause extérieure dont l’effet peut augmenter ou diminuer, selon que les matières ferrugineuses lui sont présentées d’une manière plus ou moins avantageuse : la force attractive n’augmente ici que par sa réunion avec la force dii'ectivc, et l’armure ne fait que réunir ces deux forces sans leur donner plus d’extension; car, ([iiohiue l’atlraction, dans l’aimant armé, agisse beaucoup plus puissamment sur le fer (ju’elle retient plus forlcmenl, elle ne s’étend pas plus loin que celle de l’aimant nu.

Celte plus forte attraction, produite par la réunion des forces allrac-

(I) JliischenilirnPfk cl quoUiuos physiciens ont douté que ce .subloii fût rcellcmcul du Ier, parce qu’à l’exception de son altiaelion par l’aimant, il p,arait avoir perdu toutes ses autres piopriélé.s métalliques ; mais sa ileiisité démontre qu’il est ferrugineux ; car , selon .Muscheinlirocefc lui mémo, ha pesanteur spcoiiiquc de ec sahlon était à celle du sahic comme Kil à 71, ce qui est à peu [ires le rap[)oil du poids spécilique de lu fonte de fer au poids du grès ou du rnaibie blanc.

(i) L.vpéricuees fuites i)ar M.M. de l’Arbre et Quinquet, et tunimuniquées à M. le comte d« Biitlon, en I78ti.

IlLSTOIRE NATLKELLE

lives el direclives de l’aiiuaut, paraît s’exercer en raison des surfaces : par exemple si la surface plane du pied de l’armure contre laquelle on applique le fer est de trente-six lignes carrées, la force d’attraction sera quatre fois plus grande ipie sur une surface de neuf lignes carrées : autre preu\ e que la cause de l’attraction magnétique est extérieure, et ne pénétre pas la masse de l’aimant, puisqu’elle n’agit qu’en raison des surfaces, au lieu que celle de l'altraclion uni\erselle, agissant toujours en raison des masses , est une force qui réside dans toute matière. D’ailleurs toute force dont les directions sont différentes , et qui ne tend pas directement du centre à la circonférence, ne peut pas être regardée comme une force intérieure proportionnelle à la masse, et n’est en effet qu’une action extérieure (pii ne peut se mesurer que par sa proportion avec la surface (1).

Les deux pôles d’un aimant se nuisant réciproquement par leur action contraire, lorsqu’ils sont trop voisins l’un de l’autre, la position de l’armure et la figure de l’aimant doivent également iniluer sur sa force, et c’est par celte raison que des aimants faibles gagnent quelquefois davantage à être armés que des aimants [)lus forts. Celte action contraire de deux pôles trop rapprochés sert à exi)liquer pourquoi deux barres aimantées qui se louchent n’attirent pas un morceau de fer avec autant do force, que lorsqu’elles sont à une certaine distance l’une de l’autre (2).

Les pieds de l’armure doivent être placés sur les pôles de la pierre pour réunir le plus de force : ces pôles ne sont pas des points mathématiques, ils ont une certaine étendue, et l’on reconnait aisément les parties polaires d’un aimant en ce qu’elles retiennent le fer avec une grande énergie, et l’attirent avec plus de puissance que toutes les autres parties de la surface de ce même aimant ne peuvent le retenir ou l’attirer. Les meilleurs aimants sont ceux dont les pôles sont les plus décidés, c’est-à-dire ceux dans lesquels cette inégalité de force est la plus grande. Les plus mauvais aimants sont ceux dont les pôles sont plus indécis, c’est-à-dire ceux qui ont plusieurs pôles et qui attirent le fer à peu près également dans tous les points de leur surface ; el le défaut de ces aimants vient de ce qu’ils sont composés de plusieurs pièces mal situées , relativement les unes aux autres ; car , en les divisant en plusieurs parties, chacun de ces fragments n’aura que deux pôles bien décidés et fort actifs.

Nous avons dit que si l’on aimante un fll de fer, en le frottant longi-

(1) M. Daniel Benioullli a trouvé, par plusieurs expériences, que la force attractive des aimants artificiels de la figure cubi(|ue croissait comme lu surface et non pas comme la masse de ces aimants. Lettre de M. Daniel Bernouilli à M. Trembley, publiée dans le premier volume du Voyage deJI. de Suus (3) Voyc* l’ouvrage de M. Épinus, u“ 24S.

ludinalcmcnt dans le même sens, il perdra la vertu magnélicjue en le pliant en crochet, ou le courbant et le contournant en anneau, et cela parce que la force magné' iquc ne s’étant déterminée vers ce fil de fer que par un frottement dans le sens longitudinal , elle cesse de se diriger vers ce même fer, dès que ce sens est changé ou interrompu; et, lorsqu’il devient directement opposé, cette force produit nécessairement un effet contraire au premier : elle repousse au lieu d’altircr, et se dirige vers l’autre pôle.

La répulsion dans l’aimant n’est donc que l’effet d’une attraction en sens contraire, et qu’on oj)pose à elle-même; toutes deu.\ ne parlent pas du corps de l’aimant, mais proviennent et sont des effets d’une force extérieure qui agit sur l’aimant en deux sens oi)posés; et dans tout aimant comme dans le globe terrestre, la force magnétique forme deux courants en sens contraire, qui parlent tous deux de l’équateur en se dirigeant aux deux pôles.

Maison doit observer qu’il y a une inégalité de force entre les deux courants maguéliques du globe, dont l’hémisphère boréal, offrant à sa surface beaucoup |)lus de leires que d’eau, et étant par conséquent moins froid que l’hémisphère austral, ne doit pas déterminer ce courant avec autant de puissance, eu sorte qnc ce courant magnétique boréal a moins d’intensité de force que le courant de riiémisphèrc austral, dans lequel la quantité des eaux et des glaces étant beaucoup plus grande que dans le boréal , la condensation des émanations terrestres provenant des régions de l’éciuatcur doit être aussi plus rapide et plus grande ; cette même inégalité sc reconnaît dans les aimants. M. de Bruno a fait, à ce sujet, quelques expériences, dont nous citons la plus décisive dans la note ci-dessous (1). Descaries avait dit auparavant que le coté de l'aimant qui tend vers le nord peut soutenir plus de fer dans nos régions septentrionales que le côté opposé (2), et ce fait a été confirmé par Rohault, et aujourd’hui par les expériences de M. de Bruno. Le pôle boréal est donc le plus fort de tous les aimants, tandis que c’est au contraire le pôle le i)lus faible sur le globe terrestre; et c’est précisément ce qui détermine les pôles boréaux des aimants à sc porter vers le nord, comme vers un pôle dont la quantité de force est différente de celle qu’ils ont reçue.

Lorsqu’on présente deux aimants l’un à l’autre, et que l’on oppose les pôles de même nom, il est nécessaire qu’ils se repoussent, parce que

(t) U Je posai un grand barreau magnétique sur une table de marbre blanc , je plaçai une « aiguille aimantée en équilibre sur son pivot, au point qui séparait le grand barreau en deux « parties égales. Le pôle austral s’inclina vers le pôle boréal du grand barreau. J'approchai « insensiblement cette aiguille vers le pôle austi-al du grand barreau , jusqu'à ce qu’enlin je « m’aperçus que la petite aiguille était dans une situation parfaitement horizontale. » Recherches sur la direction du fluide magnétique, p. 116.

(2) Principes de la philosophie de Desearles, article XXIX, des Propriétés de l’Aimant.

4()ü IIISTOIHE NATURELLE

la force iiiagncli(|ue , (pii se poiie de réf|ualcur du premier aiinaiil à son j)ôle , agit dans une direction contraire el diainélraleinenl opposée à la force magnétique , qui se porte en sens contraire dans le second aimant. Ces deux forces sont de même nature, leur quantité est égale, et par conséquent ces deux forces égales et opposées doiveiil produire une répulsion, tandis qu’elitîs n’offrent qu’une attraction, si les deux aimants sont présentés l’un à l’autre par les pôles des différents noms, puiscpie alors les deux forces magnétiques, au lieu d’être égales, différent par leur nature et par leur quantité. Ceci seul suffirait pour démontrer que la force maguéli(|ue ne circule pas en tourbillon autour de l’aimant, mais se porte seulement de son équateur à ses pôles en deux sens opposés.

Cette répulsion, qu’exercent l’un contre l’autre les pôles de même nom, sert à rendre raison d’un phénomène qui d’abord a surpris les yeux de quelques physiciens. Si l'on soutient deux aiguilles aimantées, l’une au-dessus de l’autre, et si on leur cominuniciuc le plus léger mouxement, elles ne se fixent point dans la direction du méridien magnétique, mais elles s’en éloignent également des deux côtés, l’une à droite el l’autre à gauche de la ligne de leui- direction naturelle.

Or, cet écarleiucnt provient de l’action répulsive de leurs pôles semblables; el, ce (|ui le ])rouve, c'est (|u’i’i mesure qu’on fait descendre l’aiguille supérieure, pour rajjprocher de l’inférieure, l’angle de leur écartement dex ienl plus gi'atid , tandis qu’au conti’aire il devient ])lus petit à mesùre qu’on fait remonter cette même aiguille supérieure audessus de l’inférieure; et lorsque les aiguilles sont assez éloignées l’une de l’autre pour n’ôtre. plus soumises à leur iniluence mutuelle, elles reprennent alors leur vraie direction, el n’obéis.senl plus qu'à la force du magnétisme général. Cet effet, dont la cause est assez évidente, n’a pas laissé d’induire en erreur ceux (jui l’ont observé les i)remiers; ils ont imaginé(|u’on pourrait, par ce moyen, construire des boussoles, dont l’une des aiguiles indiquerait le pôle terrestre, tandis que l’autre .se dirigerait vers le |)ôle magnétique, en sorte (|uc la liremiére maniiuTait le vrai nord, el la .seconde, la déclinaison de l’aimant : mais le peu de fondement de celte prétention est sutfisamment démontré jiar l’angle que forment les deux aiguilles, et «pii augmente ou diminue par l’in- Jluence mutuelle de leurs pôles, en les rapprochant ou les éloignaul l’un de l’autre.

Ou déterminera plus puissamment, plus promptement celle force extérieure du magnétisme général \ers le for, en le tenant dans la direction du méridien magnétique de ehaoue lieu, el l’on a observé qu’en mellanl dans celle situation des verges de fer, les unes en incandescence el les autres froides, les premières reçoivent la vertu magtjétique bien plus tôt el eu bien plus grande mesure (I) que les dernières.

I) .Nous do\oiis t«itciidaul obseï vci que le Ici' piciid, à ta vérité, plus do foi ce niagnéUi|uo

Ce fait ajoute encore aux preuves que j’ai données de la formation des mines d’aimant par le feu primitif.

Il faut une certaine proportion dans les dimensions du fer, pour qu’il puisse s’aimanter pronqttemcnt de lui-inéme, et par la seule action du magnétisme général ; cependant tous les fers étant posés dans une situation perpendiculaire à l'horizon, prendront dans nos climats quelque portion de vertu magnélique. M, le chevalier de Lanianon , ayant examiné les fers employés dans tous les vaisseaux qu’il a vus dans le j>ort de Brest, en 1785, a trouvé que toiis ceux qui étaient placés verticalement avaient acquis la vertu magnétique (I). Il faut seulement un assez long lemps pour que cet effet se manifeste dans les fers qui sont gros et courts, moins de temps pour ceux qui sont épais et longs, et beaucoup moins pour ceux qui sont longs et menus (2), Ces derniers s’aimantent en quelques minutes, et il faut des mois et des années pour les autres. De quelque manière même que le fer ait reçu la vertu magnéli(|ue, il parait que jusqu’à un certain point, et toutes choses égales, la force qu'il aetiuiert est en raison de sa longueur (.)); les barreaux de fer qui sont aux fenêtres des anciens éditices ont souvent acquis, avec le temps, une assez grande force magnéti(|ue pour pouvoir, comme de véritables aimants, attirer et repousser d’une manière sensible l’aiguille aimantée à |)lusicurs pieds de distance.

Mais celte communication du magnétisme au 1er s’opère tics-inégalement suiNant les différents climats; on s’est assuré par robservation que, dans toutes les contrées des zones tempérées et froides, le fer tenu verticalement acquiert plus promplement et en plus grande mesure la \ertu magnélique que dans les régions qui sont sous la zone torride, dans les(|uclles même il ne prend souvent (|ue j>ch ou jioiiit de vertu magnélique dans celle position verticale.

Nous avons dit que les aimants ont proportionnellement d’autant plus de force qu’ils sont en petit volume. Une pierre d’aimant, dont le volume excède vingt-sept ou trente pouces cubiques, peut à peine porter un poids égal à celui de sa masse, tandis que, dans les petites pierres d’aimant d’un ou deux i)ouccs eubiques, il s’en trouve qui portent

dai)S l’clat (t’incandcacciicc, mais qu’il iic la conserve pas en même quanlltô après son refroiilisscmcnl; un fer, tant qu’il est rouge , attire l'aiguille aiiiiantcc jilus fortement et la lait mouvoir de plus loin que quand il est refroidi.

(1) Lettre de M. te elicvalier de I.amanon à M. le comte de BulTon , datée de Madère , 1783.

(2) « Prenez, dit MnsclienibroëeW , une verge de sis pieds de longueur et il’iin cinquième « de pouce de diainèlcc j tenez-la pecpendieulairemcnt à riiorizon , elle s’aimantera en une « minute de temps, et altirera par sou cxlremitc inférieure le pôle austral de raiguillc aiu maniée, cl repoussera par celle mciuc extrémité le pôle boréal, Si vous renversez la vci ge, a vous verrez dans moins d'une minute que l'c.vlrémilc supérieure , devenue l’infcricurc , » altirera le pôle austral qu’elle repoussait auparavant. » Uissert. do .Vlagnete, p. 260.

(ô) Épinus, U" to2.

Berro.v, tom. it.

462 HISTOIRE NATURELLE

vingt, trente et même cinquante fois leur poids. Mais, pour faire des comparaisons exactes, il faut que le fer soit de la même qualité, et que les dimensions et la figure de cliaque morceau soient semblables et égales ; car un aimant qui soutiendrait un cube de fer du poids d une livre, ne pourra soutenir un fit de fer long dun pied qui ne pèserait pas un gros ; et si les masses à soutenir ne sont pas entièrement de fer, quoique de même forme; si, par exemple, on applique à l’aimant deux masses d’égal poids et de figure semblable , dont Tune serait entièrement de fer, et dont l’autre ne serait de fer que dans la partie supérieure, et de cuivre ou d’autre matière dans la partie inférieure, celte masse composée de deux matières ne sera pas attirée ni soutenue a\ec la même force que la masse de fer continu, cl elle tiendra d’autant moins à l’aimant que la portion de fer sera plus petite, et que celle de 1 autre matière sera plus grande.

Lorsqu’on divise un gros aimant en plusieurs parties, chaque fragment, quelque petit qu’il soit, aura toujours des pôles (4). La vertu magnétique augmentera au lieu de diminuer par celte division ; ces fragments, pris séparément, porteront beaucoup plus de i)oids que quand ils étaient réunis en un seul bloc. Cependant les gros aimants, même les plus faibles, répandent en proportion leur force à de plus grandes distances que les petits aimants les plus forts; et si Ion joint ensemble [)lusicurs i)etils aimants pour n’en faire qu’une masse, la vertu de cette niasse s’étendra beaucoup plus loin que celle d’aucun des morceaux dont ce bloc est composé. Dans tous les cas, celle force agit de plus loin sur un autre aimant ou sur le fer aimanté, que sur le fer qui ne l’est

jljjg ('— )*

On peut reconnaître assez précisément les effets de l’attraction de l’aimant sur le fer, et sur le fer aimanté, par le moyen des boussoles dont l’aiguille nous oITre aussi, par son mouvement, les autres phénomènes

(1) Lorsqu’on coupouii aimanl par te milieu Je son axo, cliacune Je ses parties a constamment doux pôles, et Jovient un aimant complet. Les parlics qui étaient contiguës sous l’cqnatcur avant la section, et qui n’étaicnl rien moins (luc Jes pôles, le sont Jevenues, et môme Jes pôles Je JilVérenls noms, en sorte que chacune Je ces parlics pourrait jevenir également pôle boréal et pôle austral , suivant que la section se serait laite plus près Ju pôle austral ou du pôle boréal du grand aimant ; et la môme cliose arriverait à chacune de ces moitiés, si ou les coupait par le milieu de la même manière. Extrait de l’article xVimant dans l’Encyclopédie, par M. le Monnier, qui a traité cette matière avec autant de méthode que de justesse et de

discernement. . . , , ,

M Épinus a éprouvé que si l’on rompt en deux une barre de l’acicr le plus dur, qu on approche les deux morceaux l’un au bout de l’autre , iiu’ou les presse de manière qu’ils n’en forment qu’un seul , et qu’on aimante celte barre composée , on n’y trouvera que deux pôles ; mais si ensuite ou sépare les deux morceaux, ils onriront ebucun deux pôlcs opposés, le pôle boréal et le pôle austral demeurant chacun au bout qu’ils occupaient. N»» 103 et 104. ^

(2) U«s distances auxquelles l’aimant agit sur le fer aimanté et sur celui qui no l’est pus sunl daub lu lajfpoi l de cinq ù deux- Musclieuibiüëck, p. 117.

du magnclismegcuéi'al, La direction de l’aiguille vers les imrlies polaires du globe terrestre, sa déclinaison et son inclinaison dans les différents lieux du globe, sont les effets de ce magnétisme dont nous avons tiré le grand moyen de parcourir les mers et les terres inconnues, sans autre guide que cette aiguille qui seule peut nous conduire, lorsque l’aspect du ciel nous manque, et que tous les astres sont voilés par les nuages, les brouillards et les brumes (1).

Ces aiguilles, une fois bien aimantées, sont de véritables aimants ; elles nous en présentent tous les phénomènes, et même les démontrent d’une manière plus précise qu’on ne pourrait les reconnaitre dans les aimants mêmes : car l’aimant et le fer bien aimanté produisent les mêmes effets, et lorsqu’une petite barre d’acier a été aimantée au point de prendre toute la vertu magnétique dont elle est susceptible, c’est dès lors un aimant qui, comme le véritable aimant, peut communiquer sa force, sans en rien i)erdrc, à tous les fers et à tous les aciers qu’on lui présentera.

(1) Il faut que les aiguilles des boussoles soient faites de bon acier homogène, sans soufflures ni fêlures; leur surface doit être polie, sans inégalités ni cavités, surtout sans points saillants qui ne manqueraient pas de troubler l’elfet général du magnétisme par des effets particuliers et contraires; leur forme doit être aussi simple que leur matière est pure ; il faut seulement que CCS aiguilles diminuent, et se terminent en pointe aux deux extrémités. Ou a reconnu , après plusieurs essais , qu’une aiguille de cinq pouces et demi ou six pouces de longueur était plus précise dans scs indications de la déclinaison, que les aiguilles plus courtes ou plus longues ; le poids de cette aiguille de six pouces sera de cent cinquante ou cent soixante grains. Si elle était plus légère , elle serait moins assurée sur son pivot, et si elle était plus pesante, la résislancc, par le frottement sur ce même pivot , la rendrait moins agile, be.s aiguilles pour les boussoles d’inclinaison doivent cire un peu plus longues. On aura soin de tremper les unes et les autres , pour en rendre l’acier plus élastique , et on leur donnera la couleur bleue, pour les préserver plus longtemps de la rouille. Ce pivot ne sera ni de fer ni d’acier, mais de cuivre, ou de toute autre matière dure et susceptible de poli ; l’extrémité de de ce pivot doit être arrondie et convexe , pour entrer et s’ajuster exacicmentdans la cavité de la chappc , qui sera de la meme matière dure et polie; et si l’on enduit cette cavité d’un peu d’huile, ou mieux encore d’une petite quantité de poudre très-fine , de talc ou de molybdène , le mouvement de l’aiguille aura toute la liberté que l’on peut lui donner ou plutôt obtenir. Pour faire des aiguilles de boussoles, dit Muscliembroëck, l’acicr doit être préféré au fer, parce qu’il prend beaucoup plus de force magnétique. On a observé qu’il en recevait jusqu’à sept fois plus ; il la reçoit à la vérité plus lentement, mais il la conserve beaucoup plus longtemps que le fer. Dissertalio de Magnete, p. 2Ô0.

Les aiguilles aimantées <lc différentes longueurs ne s’arrêtent pas précisément dans la même direction, quoiqu’on leur présente un seul et même aimant . mais c’est leur différente forme qui donne lieu à cette différence ; celles qui m’ont le mieux réussi , c’est-à-dire celles dont la direction a toujours été la même, avaient les deux bouts droits et semblables. Mémoires sur les aiguilles aimantées, par M. du Fay, dans ceux de l’Académie des Sciences , année 1733. .. Suivant M. Mitchcl , la meilleure proportion des dimensions pour faire des aiguilles de boussoles, ou des lames d’acier artificielles , est six pouces de longueur , six ligues de largeur, et Un tiers de ligne d’épaisseur.

IIISTÜIKE NATURELLE

Mais ni l’aimant naturel, ni ces aimants artificiels ne comuuiniciuent pas d’abord autant de force qu’ils en ont; une lame de fer ou dacici passée sur l’aimant en reçoit une certaine mesure de vertu magnétique, qu’on estime par le poids que cette lame peut soutenir; si l’on passe une seconde lame sur la première, celle seconde lame ne recevra de même qu’une partie de la force de la première, et ne pourra soutenii quTin moindre poids; une troisième lame passée sur la seconde ne prendra de même qu’une portion de la force de celte seconde lame; et enfin dans une quatrième lame passée sur la troisième, la vertu communiquée sera presque insensible ou même nulle.

Chacune de ces lames cousci’vc néanmoins toute la vertu qu’elle a reçue, sans perle ni diminution, quoiqu’elles paraissent en faire largesse en la communiquant; car l’aimant ou le fer aimanté ne font aucune dépense réelle de celle force ; clic ne leur appartient donc pas en proi)rc et ne fait pas partie de leur substance; ils ne font que ta déterminer plus ou moins \ ers le fer qui ne l’a pas encore reçue.

Ainsi , je le répète, celle force ne réside pas en quantité réelle et matérielle dans l’aimant, puisqu’elle passe sans diminution de l’aimant au fer et du fer au fer, qu’elle se multiplie au lieu de s’évanouir, et qu'elle augmente au lieu de diminuer par celte communication; cardiaque lame de fer en acquiert sans que les autres en perdent , et la force reste évidemment la mèmedans chacune après mille cl mille communications. Celte force est donc extérieure, cl de plus elle est, pour ainsi dire, infinie relalivemenl aux petites masses de l’aimant et du for, qui ne font que la déterminer vers leur propre substance : elle existe a part, et n en existerait pas moins quand il n’y aurait point de fer ni d’aimant dans le monde; mais il est vrai (lu’elle ne produirait pas des mêmes effets, qui tous dépendent du rapport particulier que la matière ferrugineuse se trouve avoir avec l’action de celte force.

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