C HISTOIRE NATURELLE
nia.Qtnclisnic n ivsl {(ii’uii efft*! do collo force oloclnV(iio qui s’oiend do Icqiialcur aux. polos, c’o.sl que L's harrcs d(! loroii d’acier, placées <]ans la direclion de ce grand conranl, aci|uièroiil, a\ ec le loiiips, une \ erlii niagMeti(jue plus ou moins sensible, (|u’elles ii’oblienncnl (|u’avec poiiu', cl quelles ne l'cçoivenl niêiiie en aucune manièie, loi'squ'ellcs sont situées dans un plan trop éloigiu; de la direclion, lanl en déclinaison qu’en inclinaison, du grand conranl élecirique. Ce courant général, qui pari de l’équalour pour sc rendre aux pôles, est souvent Iroublé par des courants parlicniiors déj)endanls de causes locales cl accidenlellcs. Lorsque, jiar exemple, le Iluide électri(|uc a été accumulé par diverses circonslances, dans certaines j)orlions de rinlérieur du globe, il sc porte avec plus ou moins de violence, de ces parties où il abonde, vers les endroils ou il manque. Il produit ainsi les foudres soutei*raines, des commolions plus ou moins fortes, des treml)lemcnts de terre plus ou moins étendus.
H se forme alors, non-scidement dans l’intérieur , mais même à la surface des lcriains remués par ces secousses, un courant électri(|ue (jui suit la même direclion que la commotion souterraine, et cette force accidentelle se manil'esle par la vertu magnétique (lue reçoivent des barres de fer oti d’acier, placées dans le même sens que ce courani passager et local. L’aclion de celle force parliculiérc peut cire non-seulement égale, mais même supérieure à celle de l’électricité générale (pii va de l’écpialeur aux pôles. Si l’on place en effet des barres de fer. les unes dans le sens du courani général de l’équaleur aux pôles, et les autres dans la direclion du courant particulier, dépendant de l’acciiiniilation du Iluide
électri(pic dans l’iidérieur du globe, cl (|ui produit le trenddemenl de
terre, ce dernier courani, <lonl l’eirel est cependant instantané et ne doit guère durer plus longtemps que les foudres sonlerraincs (|ui les produi- .senl, donne la vertu magnélique aux bari es (jui se trouvent dans sa direclion, (piebjtie angle (ju elles fassent avec le méridien magnétique, tandis que des barres enlicremenl senddables, et situées depuis un trèslong tenqis dans le sens de ce méridien, ne présentent aucun signe de la plus faible aimantation (1). Ce dernier fait, qui est important, dé-
(I) Cc‘8 fails ont i‘lc mis hors de doute par des cxpéi ienecs ipii ont été faites p.ar M. de Rozièi e, capitaine au c orps royal du génie. .l’ai place, dit cet lialnle pliy.sicien . le tijnil- » let t7Si, dans mon caldnet,deux bari es d’acier lirut, telles (|ne les reçoivent les marchands a couteliers pour leur travail , chacune de deux pieds de longueur, de dix lignes de largeur et O de trois lignes d’i'pai.sseur, sur des cordons de soie, suspendus de inanicre qu’elles fussent « horizontales et ('doignées de six pieds de Ions les corps eiiviroiinants, rune dans la direc lion a de l’est à l’ocicsi, et l’antre clans le méridien niagnétif[cie ; m’étant assuré, acant d’isoler ces <c harros, comme à l’ordiiiaire, (|ci’clle.s n’avaieiit aucune vérin magnétique, et désirant savoir Cl s’il serait possible, ac ee le lemps et les in nréclés simples que je viens de désigner, de la leur <■ faire aec|ucrii-, j’ac , pour cet ellot, répété, chaque jour , lc?s expériences iic'>eessaires pour « nc’en assurer, sans eu avoir l ieu déeoiiverl de nouveau, cpie le l;i oelohic l7Sf, jourreimif- « qualile,dans leiiiiel je fus singulic'nimieiit étonné en léiléraiU li*s expérieiiecs que j’avais
inonf ro le rapport iinniédial <lu niagnélisine et de l’électricité, et prouve en inèinc temps que le fluide électrique est non-seulement la cause de la plupart des tremhlemenls de terre, mais qu'il produit aussi l'aimautation de tontes les matières ferrugineuses sur les(juellcs il exerce son action.
Jtasseiublant donc tous les rapports entre les phénomènes, toutcis les convenances entre les |)rincipaux effets du magnétisme et de rélectricilé, il me semble qu’on ne peut pas se r(ifuser à croire qu’ils sont ])roduits par une seule et même cause, et je suis persuadé que si on réfléchit sur la théorie que je viens d’exposer, on eu reconnaîtra clairement d’identité. Simplifier les causes, et généraliser les effets, doit être
U faites précéclemnieiit, cl iiiêiiie ledit jour, entre liuit et neuf licurcs du matin, de voir la barre U placée dans la direction de l’est à l'ouest, attirer Irès-scnsiblcmenl par scs deux bouts la Il môme limaille de fer que j’avais depuis Ion};lenips cni|ilnyce sans succès ; voulant alors « m'assurer (dus particulièrement de ce plicnomèiie, j’essayai de lui présenter de fines aiguilles O d’aeicr, que j’avais vérifiées n’avoir aucune des propriétés de l’aimant; elles furent, ainsi Il que la limaille, attirées visiblement ; je répétai la ebusc plusieurs fois de suite, en changeant (I lesaiguilles; malgré cela, j’obtins conslainincnt le même résultat, et je parvins enfin à en faire Il porter de très-légères par le bout de la barre tourné du eêlc de l’ouest; le bout opposé me U parut un peu moins fort; mais la dilTércncc était si petite, qu’il fallait apporter la pins Il erandc attention pour s’en apercevoir. Depuis cette époque, cette barre a constamment i. conservé la vertu magnétique, qu’elle possède encore aujourd'hui. (! octobre 1780, au même U degré d’intensité; ce dont je juge par le poids qu’elle soutient, etc., etc.
i. Il est néees.sairc de faire observer que le bout de la barre loiirné vers l’ouest formait et Il forme encore nnjourd’bui le pôle boréal, et celui opposé le pôle austral, ce qui est parl'aitc- « ment démontré ]iar les pointes ipi'lls attirent des aiguilles de mes boussoles. Mais ce (pi’il est » surtout e.s.sentiol de faire remarquer, c’est que la barre placée dons la direction du méridien a magnétique, est absolument dans le même état (|ue le premier jour où elle a été mise en U expérience, c’est-û-dire qu’elle n’a pas donné jusqu’à présent le plus léger signe qu’elle fut » devenue magnétique; ecs deu.v barres n’ont point été déplacées depuis le premier jour Il qu’elles ont été mises en expérience.
B Le lîi octobre f78i, à midi et quelques minutes, j’étais occupé à écrire dans mon cabinet, B situé au deuxième étage, ayant deux fenêtres du côté de l’ouest, qui étaient ouvertes, ainsi B qu’une porte placée à l’est ; ce qui formait dans mon c.abinet un courant d’air. Le vent était B nord , et l’air presque calme; le baromètre à vingt-sept pouces ipiatrc lignes et demie ; le B tbormomètre à dix degrés au-dessus du tertne de la congélation , le ciel serein , lorsque a j’entendis un bruit sourd, as.sez semblable à celui d’une voiture fortement chargée, roulant B sur le pavé ; an même instant, le plancher supérieur de mon eahinet et celui de ma chambre B eraquèi'cnt avec violence, et je me sentis balancer deux on trois fois sur ma chaise assez B rndenient. .le puis certifier, par la manière dont j’étais placé, et d’après le mouvement B d’oscillation que j’ai éprouvé, que les secousses de ce tremblement de terre ont duré envin ron trois à quatre .secondes, et qu'elles suivaient la direction de l’est à l’ouest; ce qui d’ail- « leurs m’a été confirmé p tr deux autres faits qui se sont passés .sous mes yeux. Il est bon U d’observer que les dertiiers jours qui ont précédé celui du tremldcmciit de terre, ont été Il beaux, le vent étant au nord; que le lendemain dudit jour, il y eut un brouillard tiès- II eonsidérablc , ipii fut le dernier de l'automne; il dura plusieurs heures de la nialiuéc 0 après (|iioi le Icnqts redevint serein, et cunlimia ainsi pendant plusieurs jours, a Kxirait d’une lellrc de M. de Uozière à M, le comte de Bnlfoii, du li décembre 178(5.
HISTOIRE NATURELLE
le but du physicien ; et c’est aussi tout ce que peut le génie aidé de l’expérience, et guidé par les observations.
Or, nous sommes aujourd’hui bien assurés que le globe terrestre a une chaleur qui lui est proj)re, et qui s’exhale incessamment par des émanations perpendiculaires à sa surface; nous savons que ces émanations sont constantes, très-abondantes dans les régions voisines de l’équateur, et presque nulles dans les climats froids. IVe doivent-elles pas dès lors se porter de l’équateur aux deux pôles par des courants opposés? et comme l’hémisphère austral est plus refroidi que le boréal, (ju’il présente à sa surface une plus grande étendue de plages glacées, et qu’il est exposé pendant quelques jours de moins à l’action du soleil (1), les émanations de la chaleur, qui forment les courants électriques et magnétiques, doivent s’y porter en plus grande quantité que dans l'hémisphère boréal. Les pôles magnétiques boréaux du globe sont dès lors moins puissants que les pôles magnétiques austraux. C’est l’opposé de ce qu’on observe dans les aimants, tant naturels qu’artificiels, dont le pôle boréal est plus fort que le pôle austral, ainsi que nous le prouverons dans les articles suivants; et comme c’est un effet constant du magnétisme, que les pôles semblables se repoussent, et que les pôles différents s’attirent, il n’est point surprenant que, dans quelque hémisphère qu’on transporte l’aiguille aimantée, son pôle nord se dirige vers le pôle boréal du globe, dont il diffère par la quantité de sa force, quoiqu’il porte le même nom, et qu’égalemcnt son pôle sud se tourne toujours vers le pôle austral de la terre, dont la force diffère aussi, par sa quantité, de celle du pôle austral de l’aiguille aimantée, l/on verra donc aisément comment, par une suite de l’inégalité des deux courants électriques, l’aiguille aimantée, qui marque les déclinaisons, se tourne toujours vers le pôle nord du globe, dans quelque hémisphère qu’elle soit placée, tandis (lu’au contraire, l’aiguille qui marque l’inclinaison de l’aimant, s’incline vers le nord dans l’hémisphère boréal, et vers le pôle sud dans l’hcmisiihère austral, pour obéir à la force générale, qui va de l’équàteur aux deux pôles terrestres, en suivant la courbure du globe, de même que les particules de limaille de fer, répandues sur un aimant, s’inclinent vers Tun ou l’autre des deux pôles de cet aimant, suivant qu’elles en sont plus voisines, ou que l’un des pôles a plus de supériorité sur l’autre. Ces phénomènes, dont l’explication a toujours paru difficile, sont de nouvelles preuves de notre théorie , et montrent sa liaison avec de grands faits de l’histoire du globe.
Voilà donc les deux phénomènes de la direction des pôles, et de l’inclinaison à l’horizon, ramenés à une cause simple, dont les eflcls seraient toujoui’s les mômes, si tous les êtres organisés et toutes Ls matières brutes recevaient également les influences de cette force. Mais, dans
(1) Voyez les Époques de la Nature.
les êtres vivants, la quantité de l’électrieité qu’ils possèdent, ou qu’ils peuvent recevoir, est relative à l<'nr organisation; et il s’en trouve qui, coniine la torpille, non-seulement la reçoivent, mais semblent l’attirer, au point de former une sphère particulière d’cleciricité combinée avec la vertu magnétique; comme aussi, dans les matières brutes, le fer se fait une sphère particulière d électricité , à lafjuelle on a donné le nom de magnétisme; et s’il existait des corps aussi électriques que la torpille, et en assez grande quantité pour former de grandes masses aussi considérables que celles des mines de fer en différents endroits du globe, n’est-il pas plus que probable que le cours do l’électricité générale se llécliirait vers ces masses électriques, comme elle se lléchit vers les grandes masses ferrugineuses qui sont à la surface du globe, et (ju’elles produiraient les inflexions de cette force électrique ou magnétique, en la déterminant à se porter vers ces sphères particulières d’attraction, comme vers autant de pôles électriques plus ou moins éloignés des pôles terrestres, selon le gisement des continents et la situation de ces masses électriques?
Et, comme la situation des pôles magnétiques peut changer, et change réellement, tant par les travaux de riioinme, lesquels peuvent enfouir ou découvrir les matières ferrugineuses, que par les grands mouvements de la nature dans les tremblements de terre, et dans la production des basaltes et des laves, qui tous sont magnétiques, on ne doit pas être si fort émerveillé du mouvement de l’aiguille aimantée vers l’ouest, ou vers l’est; car sa direction doit varier et changer, selon qu’il se forme de nouvelles chaînes de basaltes et de laves , et qu’il se découvre de nouvelles mines, dont l’action favorise ou contrarie celle des mines plus anciennes.
Par exemple, la déclinaison de raiguille , à Paris, était, en 1580, de onze degrés à l’est. Le pôle magnétique, c’est-à-dire les masses ferrugineuses et magnétiques qui le formaient, étaient donc situées dans le nord de l’Europe, et peut-être en Sibéi-ie : mais comme depuis cctie année 1580 l’on a commencé à défricher quelques lorrains dans l’Amérique septentrionale, et qu’on a découvert et travaillé des mines de fer en Canada, cl dans plusieurs autres parties de cette région de l’Amérique, l’aiguille s’est peu à peu portée vers l’ouest, par l’attraction de ces mines nouvelles, plus puissante que celle des anciennes; et ce mouvement progressif de l’aiguille pourrait devenir rétrograde , s’il se découvrait dans le nord de l’Europe et de l’Asie d’autres grandes masses ferrugineuses, qui, par leur e.vposition à l’air, et leur aimantation, deviendi-aient bientôt des pôles magnétiques aussi, et peut-être plus puissants que celui qui détermine aujourd’hui la déclinaison de l’aiguille vers le nord de l’Amérique, et dont l’existence est prouvée par les observations.
Parmi ces causes tout accidentelles, qui doivent faire changer la direction dcl’aimant, l’ondoitcoinpter, comme l’une des plus puissantes,
histoire naturelle
1 éruption des %olcans, cl les torrents de laves et de basaltes, dont la snbslanec est toujours luèlcc de beaucoup de fer. Ces laves et ces basaltes occupent souvent de très-grandes étendues à la surface de la terre, et doivent par conséquent influer sur la direction de l’aimant ; en SOI te qu un volcan , qui par ses éjections produit souvent de longues chaînes de collines composées de laves et de basaltes, forme, pour ainsi dire, de nouvelles mines de fei’, dont l'action doit seconder ou contrarier I etïet des autres mines sur la direction de l’aimant.
Nous poinons même assurer que ces basaltes peuvent former, non seulement de nouvelles mines de fer, mais aussi de véritables masses d aimant; car leurs colonnes ont souvent despotes bien décidés d’attraction et de répulsion. Par e.vemple, les collonnadcs de basalte des bords de la \oIane, près de Val en Vivarais, ainsi que celles de la montagne de Chenavari, près de Rochemaure, qui ont plus de douze pieds de hauteur, présentent plusieurs colonnes douées de cette vertu magnétique, laquelle peut leur avoir été communiquée par les foudres électriques, ou par le magnétisme général du globe (1).
11 en est de même des tremblements de terre, et des bouleversements que produisent leurs mouvements subits et désastreux : ce sont les foiidi es de I électricité souterraine, dont les coups frappent et soulèvent par secousses de grandes portions de terre , et dès lors toute la matière ferrugineuse qui sc trouve dans cette grande étendue devient magnétique par I action de cette foudre électrique; ce qui produit encore de nouvelles mines attirablcs à l’aimant, dans les lieux où il n existait auj)aravant (juc du fer en rouille, en ocre, et qui, dans ccd. état, n’était point magnétique.
Les grands incendies des forêts produisent aussi une quantité considérable de matière ferrugineuse et magnétique. La plus grande partie des terres du IVouveau-Montle étaient non-seulement couvertes mais encore encombrées de bois morts ou ^'ivants, auxquels on a mis le feu pour donner du jour, et rendre la terre susceptible de culture. Et c’est surtout dans l’Amérique septentionale que l’on a brûlé, et que l’on brûle encore ces immenses forêts dans une vaste étendue; et cette cause particulière peut avoir influé sur la déclinaison vers l’ouest, de l’aimant en Europe.
On ne doit donc regarder la déclinaison de l’aimant que comme un effet j)urement accidentel, et le magnétisme comme un produit particulier de l'électricité du globe. Nous allons exposer en détail tous les faits qui ont rapport aux phénomènes de l’aimant, et l’on verra qu’aucun ne démentira la vérité de cette assertion.
(1) Note comniuniqiicc par M. Faiijas île Saint-Fond.
DES iMIlNERAUX.