OPALE
De toutes les pierres chatoyantes, l’opale est la plus belle ; cependant n’a ni la dureté ni l’éclat des vraies pierres précieuses; mais la lumière qui la pénètre s’anime des plus agréables couleurs, et semble promener en rellets ondoyants; et l’œil est encore moins ébloui que flatté de l’effet suave de scs beautés. Pline s'arrête avec complaisance à l'^s peindre : « C’est dit-il, le feu de l’escarboucle, le poiiiqire de l’anié- “ Ihyslc, le vert éclatant de l’émeraude, brillant ensemble, et tantôt " séparés, tantôt unis par le plus admirable mélange (2). » Ce n’est pas lout encore : le bleu et l’orangé viennent sous certains asjjecls se joindre '* ues couleurs, et toutes prennent plus de fi’aîcheur du fond blanc et
d) Feld-spalh, 26460; aventurinc dcmi-traiisi>arcnlc, 2C667; aventurine opaque, 26426. table de M. Brissuii.
(2) « Est in iis caibunculi teuuior ignis, est amelliysti fulgens purpura et sinaragdi virens et cuuela pariter iticrcdibili niixtura lucentia. « Lib. XXXII, cap, Vi.
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Mi
luisant sur lequel elles jouent, et dont elles ne semblent sortir que pour y rentrer et jouer de nouveau.
Ces reflets colores sont produits par le brisement des rayons de lumière mille fois réfléebis, rompus et renvoyés de tous les petits plans des lames dont l’opale est composée; ils sont en même temps réfractés au sortir de la pierre, sous des angles divers el relatifs à la position des lames qui les renvoient; el ce (|ui prouve que ces couleurs mobiles et fugitives, qui suivent l’œil el dépendent de l’angle qu’il fait avec la lumière, ne sont que des iris ou spectres colorés, c’est qu’en cassant la pierre elle n’oiïre plus dans sa fracture ces mêmes couleurs dont le jeu v arié lient à sa structure intérieure, et s’accroît i)ar la forme arrondie qu’on lui donne à l’extérieur. L’opale est donc une pierre irisée dans toutes scs parties; elle est en même temps la plus légère des |)iei-rcs cbatoyantes, et de près d’un cinquième moins dense que le feld-spatli, qui de tous les verres primitifs est le moins pesant (1); elle n’a aussi que peu de dureté (:2) : il faut donc que les petites lames dont l’opale est conq)Osèe, soient [icu adhérentes, el assez séparées les unes des autres, pour que sa densité el sa dureté en soient diminuées dans cette proportion de plus d’un cinquième relativement aux autres matières vitreuses.
Une opale d’un grand volume, dans toutes les parties de laquelle les couleurs brillent et jouent avec autant de feu que de variété (3), est une j)roduclion si rare, (|u’elle n’a plus qu’un prix d’estime qu'on peut porter très-haut. Pline nous dit qu’.Antoine proscrivit un sénateur auquel appartenait une très-belle opale qu’il av ait refusé de lui céder ; sur quoi le naturaliste lomain s’écrie avec une éloiiueutc indignation ; IC De quoi s’étonner ici davantage, de la cupidité farouche du tyran qui Il proscrit pour une bague, ou de l’inconcevable passion de l’homme Il qui tient plus à sa bague ipTà sa vie (4)? »
On peut encore juger de l’estime que faisaient les anciens de l’opale, par la scrupuleuse attention avec laquelle ils en ont remarqué les défauts, el par le soin ([u’ils ont pris d’en caractéiâser les belles v'ariétés (o). L’opale en offre beaucoup, non-seulement par les différences du
(1) La pesanteur spccifiiiue de l’opale est de 21140 , et celle du feld-spath le plus léger de 24Ü78. Table de M. Brissou.
(2) L’o[iale est si tendre que, pour la polir, on ne peut, suivant Boëce, employer ni l’éniei il ni la potée, et qu’on ne doit se servir que do tripoli étendu sur une roue de bois.
(ô) Les plus grandes , dit Pline , no passent pas la grosseur d’une aveline, « nucis .avellaïue Il luagnitudinc. » Lib. XXXVII, eap. vi.
(4) « .Sed mira Antouii feritas atque luxuria proplcr gemmam proscribentis , nec minor « Xonii contumacia proscriplioucm .siiam amantis. " Idem, ibid.
(n) «Vitiaopali, si color iii llorem berbæ, quæ voeatur hcliotropium e.xcat, nul cristallum <1 aut grandincm : si sal intcrvcnial aut scabrilia aut puncta oculis occursanlia , nullosque Il magis India simililudiuc indiscrcta vitro adultérât. E.vpcrimcuturn in sole tantum ; lalsis Il cnim eontra radios libratis, digito ae pollice unus atque idem trauslueet eolos in se con-
jpu de la Inmiôre, mais oncore par le noml)re des iiTiaiices el la diversité des couleurs qu’elle réflccliit (1) : il y a des opales à redels faiblement colorés, où sur un fond laiteux flottent à peine quelques légères nuances (le bleu. Dans ces pierres nuageuses, laileuscs et pi-esque opaques, la pâte opaline semble s’épaissir et se rapprocher de celle de la calcédoine ; au conlraire, celte meme i>àtc s’éclaircit quelquefois de manière à n’offrir plus (jue l’apparence vitreuse et les teintes claires et lumineuses d’un feld-spatb chatoyant et coloré; et ces nuances, comméra très-bien observé Boëce, se trouvent souvent réunies et fondues dans un seul et même morceau d’opale brute. Le même auteur parle des opales noires comme des plus rares et des plus superbes par l’éclat du feu qui jaillit de leur fond sombre (2).
On trouve des opales en Hongrie (5), en yiisnie (4) et dans quelques îles de la Méditerranée (o). Les anciens tiraient celte pierre de l’Orient, d’où il en Aient encore aujourd’hui; et nos lapidaires distinguent les opales, ainsi que plusieurs autres pierres, en orientales et en occidentales : mais cette distinction n’est pas bien énoncée ; car ce n’est que sur
“ siimplus. Vrri fiilsor siibiiide variai et plus Inic itliieque spargit , cl fulgor lucis in digitos " fuiiditur. Ilauc gciiimam propler eximiam gratiam plericiuc appcllavere pæderola. Sunt et « qui privatum genus cjus faciiiiit .sangenoiupie ab Iiidis voeari diciint. Tiadiiiitur nasei el in « Ægypto cl iu Arabia cl villis.sinu in Poiito. Item in Galalia ac ïliaso et Cypru. Quippe opali “ graliiim liabet, sed molüus nitol, raro non scaber. ■> Plin., lib. XXXVll, cap. vi.
(1) On coiinail quatre sortes d’opales, la première Irès-parl'aite et qui imite naïvement Pins parle moyen de ces couleiirs-ci : le ronge, le vert, le bleu, le pourpre et le jaune, ba seconde qui , au travers d’une certaine noirceur , envoie un leu et un éclat il escarboucle , qn on sait (l ès-i nrceltrcs-pi écicusc. La troisième qui aussi au travers d’un jaune fait paraître diverses couleurs, mais peu gaies et comme amollies. Et la quatrième sorte , celle qu’on nomme fautse «Pnk, laquelle est diai.hauc et semblable aux yeux de poissons. La couleur des plus belles opales est un blanc de lait, parmi lequel il éclate du rouge , du vert , du bleu , du jaune , du oolombin et plusieurs autres couleurs diliérentes qui dedans ce blanc surprennent agréablement la vue; d’où je conclurais facilement que c’est de celle sorte que lioiicc dit en avoir vu oue de la grosseur d’une petite noix , dont il fait monter la valeur à une grande somme de tliülers...
Elle croît dans les Indes , dans l’Arabie , l’Egypte et en Cliyprc. Et à l’égard de celle de llohênic , quoiqu’elles .soient grandes, elles sont néanmoins si peu vives en couleurs , qu’elles ne sont guère estimées. Merveilles dos Indes, pur Uobertde Berquen, p. Vu et 43.
(2) Boëce de Boot dit avoir eu en sa possession une très-petite opale noire, cl en avoir vu nue autre de la grosseur d’uu gros pois cl qui rendait un feu comparable à celui du plus beau S'enat. ( Lapid. clgeuim. hist., p. 192. ) Nous avouons n’avoir pas vu et ne pas connaître nette espèce d’opale , quoique après un témoignage aussi positil on ne puisse pas, ensemble, douter de son existence.
(3) Voyage de Tavernier , tome IV, p. 41. Bocce de Boot dit que de son temps . la seule “ mine que l’on en connût en Hongrie , e//««dr<( et fut enfouie sous ses ruines. » Lapid. e
hist., p. 105.
(^) A Fi'cyberg.
(^) h’île de Tassos, appelée aujourd’hui Tassoj produit de fort Itelles opales, qui sont une üor|(> dp prceieuse. Description de l’Archipel, par Dappor j Amsterdam, l/Od, p.
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le plus ou le moins de beauté de ces pierres que portent les dominations d’orientales et d’occidentales, et non sur le climat où elles se trouvent, puisque dans nos opales d’Europe il s’en rencontre de belles parmi les communes, de mèinc qu’à Ccylan et dans les autres contrées de l’Inde on trouve beaucoiq) d’opales communes parmi les plus belles. Ainsi cette distinclion de dénominations, adoptée par les lapidaires, doit être rejetée par les naturalistes, puisqu’on pourrait la croire fondée sur une différence essentielle de climats, tandis qu’elle ne l’est que sur la différence accideulclle de l’éclat ou de la beauté.
Au reste, l’opale est certainement une pierre vitreuse de seconde formation, et qui a été produite par l’intermède de l’eau : sa gangue est une terre jaunâtre qui ne fait point d’effervescence avec les acides; les opales renferment souvent des gouttes d’eau. M. Fougeroux de Bondaroy, l’un de nos savants académiciens, a sacrifié à son inslruction quelques opales, et les a fait casser pour recueillir l’eau qu’elles renfermaient; cette eau s’est trouvée pure et limpide comme dans les cailloux creux et les enhydres (1). Il se trouve quelquefois des opales dans les pouzzolanes et dans les terres jetées par les volcans. M. Ferber en a observé, comme iM. de Bondaroy, dans les terrains volcanisés du Vicentin. (2). Ces faits suffisent pour nous démontrer que les opales sont des pierres de seconde formation, et leurs reflets chatoyants nous indiquent que c’est aux stalactites du feld-spath qu’on doit les rapporter.
Quoique plusieurs auteurs aient regardé le girasol comme une sorte d’opale , nous nous croyons fondés à le séparer, non-seulement de l’opale, mais même de toutes les autres pierres vitreuses : c’est en effet
(!) Je me suis trouvé à portée (l’olisorvcr ce fait dans des opales Celles que j’ai obser-
vées ont été tirées du mont Bcrico, dans le Vicentin, dont le terrain offre des traces de volcans dans pUisiciirs endroits. Je n'assure cependant pas que ces opales doivent leur origine à des volcans; beaucoup de ces pierres n’offrent point de bulles mobiles, et ce n’est que dans la quantité, lorsqu’on les a polies, que la bulle se voit dans quelques-unes.
Ces espèces d’agates perdent avec le temps la bulle qui fixe maintenant notre attention; on pourrait croire que celles-là avaient qtielques fentes ou qu’il s’y est formé queUpies crevasses qui, donnant issue à l’eau, empêchaient la bulle d’air de s’y mouvoir comme elle le faisait auparavant.
J’ai exposé ces opales, où l’on n’aperçoit plus le mouvement de la bulle, a une douce chaleur; je les ai laissées dans de l’eau que j’ai fait longtemps bouillir, j’ai fait chauffer une de ces opales et l’ai jetée dans l’eau sans être parvenu à faire reparaître la bulle,.. J’ai cassé une de ces opales qui avait eu une bulle et qui l’avait perdue, et j’ai observé qu’elle était creuse et qu’il y avait dans l’intérieur une jolie cristallisation, mais point d’eau et aucun conduit ni fente par lesquels cette eau aurait pu s’échapper.
J’ai rompu une seconde opale où je voyais aisément le mouvement d’une bulle, et je me suis assuré qu’elle était presque remplie d’une eau claire, limpide, et qui m’a paru insipide. Mémoires de M. l-’ougeroux de Bondaroy, dans ceux de l’ Academie des Sciences, année J77(>, pages 628 et suivantes.
(2) Lettres sur la Minéralogie, pages 24 et 2o.
Une pierre précieuse dont la dureté et la densité sont presque doubles de celles de l’opale, et égales à celles des vraies pierres précieuses (1).