‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 31 sur 133 · TOPAZE ET RUBIS DU BRÉSIL · texte numérisé non relu

TOPAZE ET RUBIS DU BRÉSIL

Il se trouve au Brésil des pierres transparentes d’un rouge clair, et d’autres d’un jaune très-foncé, aux(iuels on a donné les noms de rubis topazes, fiuoi(|u’ellcs ne rcsscnd)lent que par la couleur aux rubis et lopazes d’Orient; car leur nature et leur origine sont toutes différentes : ces pien-es du Brésil sont des cristaux viti'eux provenant du scliorl ‘^'ïquel ils ressemblent par leur forme de cristallisation (5); elles se cassent D'ansversalement comme les autres schorls, leur texture est semblable, ^1 l'on ne peut douter ((u’elles ne tirent leur origine de ce verre primitif,

C) l’Iino, liv. XXXVIl, cliap. S.

(2) La pesantcui' spécifique du béryl ou aigue-iuarine orientale est de ooiS!) , tandis que de raigue-marinc occidentale n’est que de 2722!!. Tables de 51. Brisson.

La topaze du Brésil est en prismes striés ou cannelés à l’extérieur comme ceux de l’émeraiide du même pays, et ces prismes sont ordinairement surmontés d’une pyramide à l’cxtré- ’*'dé qui pointe en avant au sortir du rocher auquel leur base est adhérente; cette structure “usiante, mais le nombre de leurs faces latérales varie presque autant que celles des '‘«1res schorls.

HISTOIRE NATURELLE

puisqu’elles se trouvent, connue les autres eristaux, implantées dans les rochers vitreux. Ces topazes et rubis du Brésil diffèroiit essentiellement des vraies topazes cl des vrais rubis, non-seulement par ce caractère extérieur de la forme, niais encore par toutes les propriétés essentielles, la densité, la dureté, riiomogénéilé et la fusibilité, La pesanteur spécifique de ces pierres du Brésil (1) est fort au-dessous de celle de ces pierres d’Orient : leur dureté, quoique un peu plus grande que celle du cristal de roche, n’approche pas de celle de ces pierres précieuses; celles-ci n’ont, comme je l’ai dit, qu’une simple et forte réfraction , au lieu que ces pierres du Brésil donnent une double et plus faible réfraction. Enfin elles sont fusibles à un feu violent, tandis que le diamant et les vraies pierres précieuses sont combustibles, et ne se réduisent point en verre.

La couleur des topazes du Brésil est d'un jaune foncé mêlé d’un peu de rouge; ces topazes n’ont ni l’éclat ni la belle couleur d’or de la vraie topaze orientale; elles en diffèrent aussi beaucoup par toutes les propriétés essentielles, et se rapprochent en tout du péridot, à l’exception de la couleur, car elles n’ont pas la moindre nuance de vert. Elles sont exactement de la même pesanteur spécifique que les pierres auxquelles on a donné le nom de i-ubis du Brésil (2) : aussi la plupart de ces prétendus rubis ne sont-ils que des topazes chauffées (3); il ne faut, pour leur donner la couleur du rubis-balais, que les exposer à un feu assez fort pour les faire rougir par degrés; elles y deviennent couleur de rose, et même pourprées : mais il est très-aisé de distinguer les rubis naturels et factices du Brésil des vrais rubis, tant par leur moindre poids

(1) La pesanteur spécifique du rubis d’orient est de Æ2858, et celle du rubis du Brésil n’est que de 3fi31 1 . La pesanteur spécifique de la topa/.e d’orient est de 40106, et celle de la topaze du Brésil n’est que de 35363. Tables de M. Brissoii.

(2) La pesanteur spécifique du rubis du Brésil est de 35311, et celle de la topaze du Brésil est de 35365. Idem.

(3) Ou sait depuis longtemps que les pierres précieuses orientales peuvent souffrir une très-forte action du feu sans que leur couleur soit altérée, et qu’au contraire les orcideulales y perdent en très-peu de temps la leur, et dcvicunenl semblables à du cristal si elles sont transparentes, ou d’un blanc mat si elles sont opaques ; mais on ignorait que la topaze du Brésil ne pouvait être comprise dans aucun de ces deux genres dont nous venons de parler ; elle a la singulière propriété de quitter an feu sa couleur jaune et d’y devenir d’une couleur de rose semblable à celui du rubis-balais, et d’autant plus vif que le jaune de la pierre était plus sale et plus foncé. Le procédé est des plus simples; il ne s’agit que de placer la topaze dans un petit creuset rempli de cendres, et pousser le feu par degrés jusqu’à faire rougir le creuset, et après l’avoir entretenu quelque temps dans cet étal, de le laisser s’eteindre ; quand le toutscra refroidi, on la trouvera convertie on un véritable rubis-balais; nous disons convertie, car il n’est pas possible d’apercevoir la moindre différence entre le rubis-balais naturel et ceux-ci. C’est ce qui avait porté plusieurs joailliers qui savaient ce secret, à en taire un mystère, et c’est à M. Dumelle , orfèvre, qui l’a communiqué à M. Guettard , que l’Académie eu doit la connaissancoi Histoire do l’Académie des Sciences, auncc 1747, page 53.

\ôi

que par leur fausse couleur, leur double réfraction et la faiblesse de leur éclat.

Ce cbangeiiient de jaune en rouge est une exaltation de couleur que le feu produit dans presque toutes les pierres teintes d’un jaune foncé. Nous avons dit, à l’arliclc des marbres, qu’en les cbanlfanl fortement lorstiu’on les polit, on fait changer tonies leurs taclics janties en un rouge plus ou moins clair. La topaze du Brésil oITre ce même changement du jaune eu rouge, et de iM. de Fonlanieu, l’un de nos académiciens, observe qu’on connait en Bohème un verre fusible d’un jaune à peu prés semblable à celui de la topaze du Brésil, (jui, lorsqu on le fait chauffei-, prend une couleur ronge plusou moins foncée, selon ledegréde feu qu’on lui fait subir (1). Au reste, la topaze du Brésil, soit qu’elle ait conservé sa couleur jaune naturelle, ou quelle soit devenue louge pai l’action du feu, se distingue toujours aisément de la vraie topaze et du rubis-balais par les caractères que nous \enons d’indi(iuer : nous sommes donc bien fondés à les séi)arer des vraies pierres précieuses, et à les mettre au nombre des stalactites du schorl, d’autant que leur densité les en rapproche plus que d’aucun autre verre primitif (2).

.le présume, avec l’un de nos plus savants chimistes, M, Sage, que le rubis sur lequel on a fait à Florence des expériences au miroir ardent n’était qu’un rubis du Brésil, puisqu’il est entré en fusion, et s’est ramolli au point de recevoir sur sa surface l’impression d'un cachet , et qu’en même temps sa substance fondue adhérait aux parois du creuset : cette fusibilité provient du schorl qui constitue l’essence de tontes ces pierresduBrésiI(5); jedisde toutes ces pierres, parce qu’indépendamment

(1) Art d’imiter les pierres précieuses; Paris, 1778, page 28.

(2) La pesanteur spécifique du sehorl vert ou olivâtre est de 3^S20, et celle du rubis du Brésil pe 3>i3H.

(.3) C’est aussi le sentiment d’un de nos meilleurs observateurs ( M. Borné de Lislc, dont l’ouvrage vient de me tomber entre les mains). Los topazes brutes, dit-il, qui nous arrivent du Brésil, ne conservent ordinairement qu’une seule de leurs pyramides, l’autre cxlrcmile esl ordinairement terminée par une surface plane rbomboïdale (pii est l’endroit de la cassure qui se fait aisément et Iransvcr-saleuicnt. On y distingue facilement le tissu lamelleux de ces crisCaux. La position de leurs lames est perpendiculaire à l’axe du prisme, et conséquemment dans une direction contraire aux stries de la surface qui sont toujours parallèles à l’axe de ce même prisme. Souvent les deux pyramides maiiipient, mais c’est toujours par des ruptures aceidciilelles. L’extérieur de ces cristaux présente des cannelures parallèles à l’axe.

La topaze, le rubis et le saphir du Brésil ont beaucoup de rapport avec les sehoi Is et es tourmalines par leur contexture, leur cannelure, et par la variation dans les plans du prisme et des pyraiTiitlcs, qui rend souvent leur cristallisation îndeterminee.

La topaze du Brésil a rarement la belle couleur jonquille de la topaze d’Orient,mais elle est Souvent il’un jaune pâle et inêiiic enticrcincnt blanclïe.

Celle dont la couleur très-foncée tire sur l’hyacintlio est la plus propre a convertir par le feu eu rubis du Brésil, mais il y a aussi des rubis du Brésil iialureU, souvent avec une legore '■eiule de jaune) que les Portugais appellent lopaîes roitgesi

HISTOIRE NATURELLE

des émeraudes , sapliirs , rubis et topazes dont nous venons de parler, il se trouve encore au Brésil des pierres blanclies transparentes qui sont de la même essence que les rouges, les jaunes, les bleues et les vertes.

Page 1