‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 30 sur 133 · OEIL DE CHAT NOIR OU NOIRATRE · texte numérisé non relu

OEIL DE CHAT NOIR OU NOIRATRE

Nous avons rapporté au feld-spath l’œil de chat gris , 1 œil de chat jaune et l’œil de chat modoré, parce que leur densité est à très-peu près

D) La pesarileur spécifique du saphir du Brésil est de 31307 , et celle de 1 émeraude du Brésil est de SISbb. Tables de M. Brissoii.

HISTOIRE NATURELLE

la nicmc que celle de ce verre primilif; niais la pierre à laquelle on a donne le nom d'œil de chat noirâtre est beaucoup plus dense que les trois autres : sa pesanteur spécifique approche de celle du schorl violet du Dauphiné (1).

Toutes les pierres vitreuses et transparentes dont les pesanteurs spécifiques se trouvent entre vingt-cinq et vingt-huit mille, sont des stalactites du quartz et du feld-spath, desquels les densités sont aussi comprises dans les mêmes limites j et toutes les pierres vitreuses et transparentes dont les pesanteurs spécifiques sont entre trente et trentecinq mille, doivent se rapporter aux schorls desquels les densités sont aussi compriscsjentre trente et trentre-cinq mille, relativement au poids de l’eau supposée dix mille (2).

Celle manière de juger de la nature des stalactites cristallisées, et de les classer par le rapport de leur densité avec celles des matières primitives dont elles tirent leur origine, me paraît, sans comparaison, la plus distincte et la plus certaine de toutes les méthodes, et je m’étonne que jusqu’ici elle n’ait pas été saisie par les naturalistes; car la densité est le caractère le plus intime, et pour ainsi dire, le plus substantiel que puisse offrir la matière : c’est celui qui tient de plus près à son essence, cl duquel dérivent le plus immédiatement la plupart de scs propriétés secondaires. Ce caractère distinctif delà densité ou pesanteur spécifique est si bien établi dans les métaux, qu’il sert à reconnailre les proportions de leur mélange jusque dans l’alliage le plus intime : or, ce principe si sûr à l’égard des métaux, parce que nous avons rendu par notre art leur substance homogène, peut s’api)li(iuer de même aux pierres ci istallisées (|ui sont les extraits les pluspui-s et les plus homogènes des matières primitives produites par la nature.

BERYL.

La couleur du péridot est un vert mêlé de jaune : celle du béryl est un vert mêlé de bleu, et la nature de ces deux pierres nous paraît être la même. Les lapidaires ont donné au béryl le nom d'aûjue-marine orientale, et cette pierre nous a été assez bien indiquée par les anciens : « Le

(1) J.a pesanteur spécifique tlii scliori \ inlct du Dauphiné est de celle de l’œil de

elial noirâtre, de ôâiiOô. Tables de M. llrisson.

(2) Les pesanteurs spécifiques des srhorls sont : schoil cristallisé , 50920; schorl violet du Daiqdiiné, o2950; schorl S[)uthique, 5o852; schorl \crl ou olivâtre, 54529. Ibidem.

« béryl, disent-ils, vient de l’Inde, et on le trouve rarement ailleurs : " on le taille en hexaèdre et à plusieurs faces, pour donner par la ré- « flexion de la luinière plus de vivacité à sa couleur, et un plus grand « jeu à son éclat, qui sans cela est faible.

« On disliugue plusieurs sortes de béryls : les plus estimés sont ceux « dont la couleur est d’un vert de mer pur, ensuite ceux qu’on appelle « chrrjsobéryls, qui sont d’un vert un peu plus pâle avec une nuance de

" jaune doré Les défauts ordinaires à ces pierres sont les filets et

« les tacbes : la plupart ont aussi peu d’éclat; les Indiens néanmoins « en font grand cas à cause de leur grandeur (I). » 11 n’est pas rare en effet de trouver d’assez grandes pierres de cette espèce, et on les distinguera toujours de l’aigue-marine qui ne leur ressemble que par la couleur, et qui en diffère beaucoup, tant par la dureté que par la densité (2). Le béryl, comme le péridot, tire son origine des schorls, et l’aigue-marine provient du quartz; c’est ce qui met cette grande diffécence entre leurs densités : et quoique le béryl ne soit pas d’une grande dureté, il est cependant plus dur que l’aigue-marine, et il a par conséquent plus d’éclat et de jeu, surtout à la lumière du jour ; car ces deux pierres font fort peu d’effet aux lumières.

Page 1