TOURMALINE
Cette pierre était |)eu connue av.ant la publication d’une lettre que M. le duc de tVoya-Caraffa m’a fait l’iionncur de m’écrire de Naples, et (pTil a fait ensuite imprimer à Paris en 17o9. Il expose dans cette lettre les obscrN'ations et les expériences (ju’il a faites sur deux de ces pierres
mais non pour les dénaturer entièrement. I,e.s angles des cristaux ont conservé leur ti ancliant, les laces leur poli , et le (piartz ou feld- spath sa hianelieur et sa solidité. Lettres du docteur Demeste, tome I, p. il(J,
(1 ) Cristallographie, par M. liomé de Lisic, tome II , p. 2S2.
(2) lourmalinc on tire-cendre ; cette pierre est ainsi dénommée, parce qu’elle a la propriété d attirer les cendres et autres corps légers, sans cti'c frottée, mais seulement ehaurt'écjsa foi inc est la môme que celle de certains schorls, tels que les péridots et les éinei audes du Brésil; elle ne dilfèrc, en cllet, des schorls, que par son électricité qui est plus forte et plus constante que dans toutes les autres pierres de ce même genre.
HISTOIRE NATURELLE
(lii’il avait reçues de Ceylan : leur i)rincij)ale [jropriélé est de devenir électriques sans frottement et par la simple chaleur (1) j cette électricité que le feu leur communique se manifeste par attraction sur l’une des faces de cette pierre, et par répulsion sur la face opposée, comme dans les corps électriques par le frottement dont rélcctricité s’exerce en plus et en moins, et agit positivement el négalivenienl sur dilférentes faces. jMais cette faculté de devenir électricpic sans frottement et par la simple chaleur, qu'on a regardée comme une propriété singulière et meme unique, parce qu’elle n’a encore été distinctement observée (jue sur la lüurmaline, doit se trouver plus ou moins dans toutes les pierres (jui ont la même origine j et d’ailleurs, la chaleur ne produit-elle pas un frottement extérieur et même intérieur dans les corps qu’elle pénèlre, et réciproquement toute friction produit de la chaleur? 11 n’y a donc rien de merveilleux ni de surprenant dans cette communication de l’électricité par l’action du feu.
Toutes les pierres transparentes sont suscej)tibles de dcvtmir élccti i- <|nes; elles j)erdent leur électiicité avec leur transparence, et la tourmaline cllc-nicme subit le inèine changement, et perd aussi son électricité lors(|u’elle est troj) chaulfée.
Comme la tourmaline est de la môme essence que les schorls, je suis persuadé qu’en faisant chauffer divers schorls, il s’en trouvera qui s’électriseront par ce moyen. Il faut un assez grand degré de chaleur pour que la tourmaline reçoive toute la force électrique qu’elle peut comporter, et l’on ne risque rien en la tenant pour quelques instants sur les charbons ardents ; mais lorsqu’on lui donne un feu trop violent, elle se fond comme le schorl (2), auquel elle ressemble aussi par sa forme de cristallisation. Enfin elle est de même densité et d’une égale dureté (3). L’on ne peut guère douter, d’après tons ces caractères communs, (|u’clle ne soit un produit de ce verre primitif. M. le docteur l)eineste le présumait avec raison, et je crois qu’il est le premier qui ait rangé cette pierre parmi les schorls (4).
(1) Pline parle (livre XXXVll, n“20) irmic pierre violette ou brune [iimki), qui, éeliaunee par le frottement entre les (doigts, on simplement chaulfée aux rayons du soleil , acquiert la piopricté d’altirer les corps légers. X’esl-ce point là la lonrinaline?
(2) M. Uittman a observé que la tourmaline se fondait eu un verre bbinebàtre , et qu’en y ajoutant du borax et du spath fusible, elle se fondait entièrement, mais que les acides minéraux, même les plus forts , ne semblaient pas l’attaquer; et, comme les mêmes phénomènes se manifestent dans la zéolilhe et le basalte , il a conelu (|uc la tourmaline en était une espece et la vertu électrique qu’il avait remarquée à une espèce de zéolitlic, couleur de ponceau , le fortifia dans ce sentiment.. .Mais toutes ecs recherches no découvrent pas encore les vrais principes de la tourmaline. .Tournoi de Physique, sup.plément au mois de juillet 17X2.
(.'>) Ini pesanteur spécifi(]ue de la tourmaline de Cc) lan est de oüiiil ; celle de la tourmaline du Brésil de oOXfiô, et celle du sebori cristallisé de 50t)2(i.
(f) La tourmaline est aussi rangée avec les sclioi Is ; en s’échaiilfant elle s’électrise d’un coté pusilivcmenl, tandis que de l’a •« côté elle s’électrise négutivement, comme l’a observé
Toutes les lourniaiines sont à (lenii-traiisparentes; les jaunes et les rougeâtres le sont plus (jiie les brunes (ît les noires ; loutes reçoivent un assez beau poli. Leur substance, leur cassure vitreuse, et leur texture laniclleuse comme celle du schorl, achèvent de prouver qu’elles sont de la nature de ce verre primitif.
L’iledc Ceylan, d’où sont venues les premières tourmalines, n’est pas la seule région qui les produise : on en a trouvé au Drésil, et même en Europe, particulièrement dans le comté de Tyrol ; les tourmalines du lîrésil sont communément vertes ou bleuâtres. M. Gerhard leur ayant fait subir diirérentcs épreuves, a reconnu qu’elles résistaient, comme les autres tourmalines, à l’action de tous les acides, et qu’elles conservaient la vertu cleclrique après la calcinalion par le feu : en quoi, ditil, celte pierre diffère des autres tourmalines qui perdent leur électricité par l’action du feu (1). Mais je ne puis cire de l’avis de cet habile ebimistesur l’origine des tourmalines (jii'il range avec les basaltes, et qu’il regarde comme des produits volcaniques; cette idée n’est fondée (pie sur quelques ressemblances accidentelles entre ces pierres et les basaltes : mais leur essence et leur formation sont très-dilférentes, et toutes les propriétés de ces pierres nous démontrent qu’elles proviennent du schorl ou qu’elles sont elles-mêmes des scborls.
11 parait (pie âl. Wilkes est le ju-omicr (pii ait découvert des tourmalines dans les monlagncs du Tyrol. M. Muller nous en a donné peu de temps après une description particulière (2) : ces tourmalines du Iv rol paraissent être de vrais scborls , tant par leur pesanteur spécili(pie et
M. Franklin. Sa couleur est rouge, jaunâtre ou d’un jaune noirâtre assez transparent; elle est cristallisée comme le schorl de Madagascar, en prismes à neuf pans , souvent striés , terminés par (leux pyramides trièdres obtuses, placées en sens contraire. Lettres de âl . Demeste, tome I,
in-f2,p. 291-
(1) Los pierres gemmes, ainsi ijuc la tourmaline, se distinguent par la vertu électrniuc (lui leur est propie, avec la dilVérencc pourtant (pie les premières ont besoin de friction pour c.\erccr leur faculté attractive, au lieu que la seconde ne devient électriipic qu’après avoir été mise sur do la braise, et possède, outre la faculté attractive , aussi la répulsive. Le basalte est une pierre fusible noirâtre, non électrique, qui écume beaucou)) en foiidont; et puisque les laves ont les mêmes principes (|ue la tourmaline et le basalte, on peut croire, avec plusieurs naturalistes, que ces cristaux doivent leur origine à des volcans, du moins pour la plupart. Joiirmil de Fhysique, supplément an mois de juillet 1782.
(2) La montagne nommée Oeiiur, situé'e vers rextréimté de la vallée de Zillcrtbal , a son sommet le plus élevé couvert de neige eu tout temps; c’est sur cette montagne que M. Muller dit avoir trouvé dans leur lien natal le talc , le mica à grandes lames , l’asbestc , le schorl , le schorl blende, les grenats de fer cl la tourmaline ; on descendant, il ramassa une petite pierre qui avait quelque éclat, et qu’il prit d’abord pour un beau schorl noir cristallbsé et transparent; il voulut chercher l’endroit d’où elle provenait, et il rimconlra bientôt dans les rochers .le •'ran'il, des veines de talc lin et de stéalile, qui renfermaient la pierre qu’il avait prise pour un'schorl noir; il se procura une bonne quantité de cette pierre , qui, ayant été soumise à l’action du feu, et parvenue à l’étal d’incandoRcencc, commenea à se fondre à sa surface, en
IIISTOIIŒ NATURELLE
leur fusibilité (1), que par leur forme de eristallisalioii (2); elles acquièrent la vertu électrique sans froltenient et par la simple elialeiir (3); elles ressemblent en tout à la tourmaline de Ceylan, et différenl, selon -M. Muller, de celles du Brésil; il dit : « Qu’on doit rapporter à la classe « des zéolillies les tourmalines du Tyrol comme celles de Cej lau, et que ■1 la tourmaline du Brésil semble approcher du genre des schorls, pai ce .. qu’élant mise en fusion à l’aide du cbalumeau, cette lourmaline du .. Brésil ne produit jias les mêmes effets <iuc celles du Tyrol, qui d’ail- « leurs est de couleur enfumée comme la vraie tourmaline, au lieu que celle du Brésil n’est pas de la môme couleur. » IMais le traducteur de cette lettre de M. Muller observe avec raison qu’il y a des schorls électriques qui ne jettent pas, comme la tourmaline, un éclat pbospborique lorsqu’ils entrent eu fusion : il me parait donc que ces différences indi-
prenaiit une couleur Iilnnchâtrc; un petit fragincut de cette pierre mis ensuite sur de la cendre chaude apprit à M.Midler qu’elle avait une quali té électrique, et enfin par différents essais, il découvrit que celte pierre était la vraie louriualiue.
Cette tourmaline est brune, couleur de fumée, ou plutôt sa transparence et sa couleur lui donnent, quant à ecs deux qualités, quelque chose d’approcliant de la colophane; et de même que les tourmalines étrangères connues jiisqn’iri , elle présente partout de petites fêlures qui ne se remaïquent cependant que lorsqu’elle est dégagée de sa matrice. Lettre sur la Tourmaline du Tyrol, par 31. Sfuller; .Tournai de Physique, mars 1780, p. 182 et suiv.
(1) La tourmaline du Tyrol, fondue h l’aide d’un chalumeau, bouillonne comme le borax, et alors ellejctfe une très-belle lueur phosphorique; elle se fond très-promptement, et, reli'oidie,cllc a la forme d’une perle blancheet demi-transparente. Lettre sur la Tourmaline du Tyrol, p.ir 31. Muller; Journal de Pliy'sique, mars 1780, p. 182 et suiv.
(2) La forme de notre tourmaline, dit 31. 31ullcr, est, en général, prismatique; au moins n’ai-jc encore trouvé que deux écliantillons qui fussent des pyramides parfaites : presque toujours les prismes sont à neuf pans , et ils ont douze faces , si on compte leur base... Les côtés des cristaux de la tourmaline sont tantôt plus larges, tantôt plus étroits, et rarement deux côtés de la meme largeur se trouvent contigus : leurs pointes , qui sont émoussées et inégales, ont, pour la plupart, une très-forte adhérence à la matière pierreuse dont ces cristaux sont enviiounes. Les côtés tics prismes ont une surface brillante... Ces pri.smes sont longs de plus de trois pouces et épais depuis deux jusqu’à cinq lignes; In pierre ollaire qui leur sert de matrice est verdâtre ou tout à fait blanche : ils y sont incorporés les uns auprès des autres en tout sens. Mais les plus épais et les plus minces se rencontrent rarement ensemble; ces prismes se dégagent sans peine de leur matrice, dans laquelle ils lai.ssent leurs empreintes, qui sont aussi brillantes que si on les avait polies... Mais tous cos prismes ont tics fêlures qui empêchent qu’on puisse SC les procurer en entier, parce qu’ils se cassent souvent dans l’endroit de ces fêlures... Les deux nouvelles sui faces de la pierre ca.ssée présentent d’une part une convexité et do l’autre une concavité, comme le verre lorsqu’on le brise. Idem, ibidcni.
(3) Pour peu qu’elle soit chaull'éc, elle manifeste sa qualité électrique, cette vertu augmente jusqu’à ce qu’elle ait acquis à peu près le degré de chaleur de l’eau bouillante; et à ce degré de chaleur, ratmos|)hère électrique s’étendait des pôles de la pierre à la distance d’environ nn pouce. Notre tourmaline, fortement grillée sous la mouille , ne perd rien de son poids ; elle conserve sa transparence et sa qU.alitéélectrique,quoiqu’on l’ail fait rougir .à plusieurs reprises, et que môme on ait poussé le feu au point de la faire fondre à la superficie. Lettre sur la tourmaline du Tyrol, par 31. àluller; Journal de Physique, mars 1780, p. 182 cl suiv.
DES MINÉHÂIJX. H'T
qnces par JVf. iMulIcr ne suffisent pas pour séparer la lourinaline du Drésil «les deux autres, et «pie toutes trois doivent «Hrc regardéc's eoinine des produits de différents scliorls «(ui peuvent varier, el varient en effet lieaueoup par tes couleurs, la densité, ta fusibilité, ainsi «jue pai la forme de cristallisation.
El ce «pii démontre CBCorc que ces tourmalines ont i»lus de rapport avec les schorls cristallisés en prismes qu’avec les zéolilbes, c’est que M. Muller ne dit pas avoir trouvé des zéolilbes dans le lieu d oiï il a tiré ses tourmalines, et que M. Jaskevich y a trouvé du scliorl vert (I).