AGATES
Parmi les pierres demi-transpareiiles, les agates, les cornalines et les sardoines tiennent le premier rang ; ce sont, comme les cristaux, des stalactites quartzcuscs, mais dans lesquelles le suc vitreux n’a pas élé assez pur, ou assez libre pour se cristalliser et prendre une entière transparence. La densité de ces pierres (l), leur durée, leur résistance au feu et à l’action des acides, sont à très-peu près les mêmes que celtes du quartz et du cristal de roche : la très-petite dilféreuce qui se trouve en moins dans leur pesanteur spécilique, relativement à celle du cristal, peut provenir de ce que leurs parties constituantes n’étant pas aussi pures, n’ont pu se rapprocher d’aussi près : mais le fond de leur substance est de la meme essence que celle du quartz ; ces pierres en ont toutes les propriétés, et même la demi-transparence, en sorte qu’elles ne diffèrent des quartz de seconde foi nialion que par les couleurs dont elles sont imprégnées, et qui proviennent de la dissolution de quelque matière métallique qui s’est mêlée avec le suc quartzeux : mais loin d’en auguientcr la masse par un mélange intime, cette matière étrangère ne fait qu’en étendre le volume on empêchant les parties quartzeuses de se rapprocher autant qu’elles se rapprochent dans les cristaux.
Les agates n’affectent pas autant que les cailloux la forme globuleuse; elles se trouvent ordinairement en petits lits horizontaux ou Inclinés, toujours assez peu épais et diversement colorés : et l’on ne peut douter (jiie ces lits ne soient foi-mès par la stillation des eaux; car on a observé <lans plusieurs agates des gouttes d’eau très-sensibles (2); d’ailleurs.
(1) Pesanteur spécifique du quaitz . 26fi0 Pesanteur spécifique de la cornaline
— du cristal de loclie d’fiu- veinée 2(i2ô'f
rope ......
lie la cornaline onyx .
— tle l’agate orientale .
de la cornaline herhori-
— lie l’agate nuée. . . .
séc
— de l’agate ponctuée . .
de la cornaline en stalac-
— de l’agate tachée . . .
tite
— de r.igale veinée . . .
de la sardoine ....
— de l’agate onyx. . . .
de la .sardoine pâle . .
— de l’agate herhorisée . .
de la sardoine ponctuco.
— de l’agate mousseuse. .
de la sardoine veinée. .
— de l’agate jaspée . . .
de la sardoine onyx . .
— de la cornaline. . . .
de la sardoine herhorisée.
— de la cornaline pâle . .
de la sardoine noirâtre .
— de la cornaline ponctuée.
V^oyez
la Table de M. lîri.ssoii.
(2) A Constantinople, M. randiassadeur me fit voir des manches de couteauï d’agalc, dont rnn avait dedans une eau qui jouait, et qui resseinhlait à un ver noir qui se serait remué. Voyages de Monconys ; Lyon, IB'fii, p. 38(1, première partie. — .le conjecture, dit M. de Bondaroy, que dans les agates la surface cxtéi ieure s’étant durcie la première, l’eau pétrifiante
DES minedaun:.
elles ont les mêmes caractères que tous les autres sédiments de la stillation des eaux, ün donne le nom tX’onyx à celles qui inésenlent différentes couleurs en couches ou zones hien distinctes : dans les autres les couches sont moins apparentes, et les couleurs sont plus hrouillees, même dans chaque couche, et il n’y a aucune agate, si ce n’est en petit volume, dont la couleur soit uniforme et la même dans toute son épaisseur ; ce qui prouve que la matière dont les agates sont formées n’est pas simple, et que le quartz qui domine dans leur composition est mêle de parties terreuses ou métalliques qui s’opi)Osent à la cristallisation et donnent à ces pierres les diverses couleurs et les teintes variées ([u’elles nous présentent à la surface et dans l’intérieur de leur masse.
Lorsque le suc vitreux qui forme les agates se trouve en liberté dans un es|)ace vide, il tombe sur te sol ou s’attache aux parois de celte cavité, et\ forme (|uel(|uefois des masses d’un assez grand volume (1) : il l)i eiid les mêmes formes (pie prennent toutes les aulres concrétioiis ou stalactites; mais lors([u il rencontre des corps ligurés et poieux, comme des os, des coquilles ou des morceaux de bois dont il j)eut pénétrer la substance, ce suc vitreux produit, comme le suc calcaire, des pétrilica-
s’csl clci)OScc iiilérieuremcnt : celle eau a presque rempli la capacilc de ces pierres; il est resté une bulle d’air qui a produit le même eiïel que dans les tubes qui servent de niveau. Une preuve que ectle bulle est de l’air qui nage dairs l’eau, c’est qu’en tournant la pierre, la bulle, plus légère que l’e.au, monte et gagne la partie la pins élevée de la pierre; si vous la letournez, la bulle, du bas où vous l’avez portée, remonte encore à la parlie supérieure de l’agate; la bulle change nn peu de l'orme dans les dilTérents mouvcmcnls qu’on lui fait éprouver; enlin, ces pierres produisent le même effet que les niveaux d’eau à bulle d’air; et je crois que een.v qui ont parlé de ce fait dans les crislaux ne l’ont pas expliqué de celte manière, faute
d’avoir été à porlée d’e.xamincr des pierres où il se rencontrait J’ai vu le même fait dans
les morceaux d’ambie; enfin, je l’ai observé dans nue partie de glace où il s’était rencontré uwe bulle que l’on pouvait faire mouvoir...
Celle eau se dépose avec le temps, et forme des cristallisations dans l’intérieur des agates ; des lors le phénomène disi)arait , et je n’ai plus trouvé d’eau dans les pierres qui n’avaient plus de bulles... Je crois devoir ajouter ici qu’au lieu de bulles d’air ou d’eau, je connais des agates qui,ilans leur intérieur, renferment des grains de sable qui .se meuvent dansccs pierres. ■Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année I77fi, p. 687 et sniv.
(1) Du côté de Finezovia et de Niesvetz en Lilhnanie , on trouve quelqu<'S agates onyx, des sai doines, des calcédoines, et une pierre qu’on pourrait peul-èire regarder comme une avenlurine. Le fond de celle pierre , dit M. Cuellard . est blanc , gris , brun , rouge ou de quelque autre couleur, cl parsemé d’une cpianlité de petites paillettes argentées ou dorées. J ai vu de toutes CCS pierres travaillées en tabatières, [loiumes de canne, poignées de sabres, lasses, soucoupes, etc.; en un mot, on fait dans les manufactures du prince Ka<lzivil, Irai ailler ceS pierres avec beaucoup de soin, cl on leur donne un très-beau poli; il est depuis peu sorti de cette manufacture nu cabaret à café, dont le plateau est d’un seul morceau d’une de ces pierres, et assez "l and pour qu’on puisse y placer six tasses avec leurs soucoupes, la carctière, et même une tbéicre, qui sont tous d’une pareille pierre; ec cabaret a été présenté au roi de l’olognc par le prince Hadzivil. .M. Guctlard, Mémoiics de l’Acadéinie des Sciences , année 176ï! , ])agc 'iiù.
IIISTüIHE NATURELLE
lions (|ui conscrveiil et présentenl, tant à rexléricin’ qu’à rinlérieur, la forme de l’os {!), de la eoquille et du bois (2).
Quoi((uc les lapidaires, et d’après eux nos naturalistes, aient avancé qu on doit distinguer les agates en onantales ou occidentales, il est néanmoins très-certain quon trouve dans l'Occident, et notamment dans I Allemagne, d aussi belles agates (jue celles qu’on dit venir d’Orient ; et de meme, il est ti‘és-sùr qii en Oi’ient la plupart des agates sont entièrement semblables à nos agales d’Euroj)e : on peut même dire (pi’on trouve de ces pierres dans toutes les i)artics du inonde^, et dans tous les terrains où le quartz et le granit dominent, au nouveau continent comme dans I ancien, et dans les contrées du nord comme dans celles du midi. Ainsi la distinction d’orientale et d’occideniale ne porte pas sui la différence du climat, mais scidement siii" celle de la netteté cl de I éclat de certaines agates |)lus belles que les autres; néanmoins l’essence de ces belles agates est la meme que celle des agales communes : car leur pesanteur spécilique et leur dureté sont aussi à j)eu près les mêmes (3).
(1) .1 ni vu dans un cabinet a Livourne , dit M. de la Condamine , un fragment de mâchoire d’dlcphanl, pétrifié en agate, pesant près de vingt livres, .l’ai parle ailleurs d’une dent molaire (on ne sait de quel animal) du poids de deux ou trois livres, pareillement eonverlie en ag,alc. trouvée ,au Tncuman, dans l’Amérique méridionale, où il n’y a point d’éléphants. Mémoires de l’ Académie des Sciences, année 17:i7, page
(2) Ce qui m’a le plus frappé à Vienne, dans le Cabinet de l’Empereur, dit xVI. Guettard, est une quantité de morceaux de bois |)étrifiés, qui sont devenus plus ou moins agates, et qui varient par les couleurs; les uns sont bruns, d’autres blanchâtres, gris, ou autrement colorés; un de ces morceaux qui est agalifié dans le centre et jtar un bout, est encore bois par l’autre bout : on prétend même qu’il .s’enllamme dans celle jpartie : nous n’en fîmes point l’c.xpériencc, elle fut proposée. Ces bois pélriliés sont m dinairement des rondins de plus d’un demipied ou d’un |)ied de diamètre; quantité d’autres ont plusieurs pieds de longueur, et sont d’une grosseur considérable ; ils prennent tous un poli beau et brillant. Idem , année 1703, page 213. Dans les terres du duc de Saxo-Cobourg, dit M. SchepHiii, qui sont sur les frontières de la Franconie et de la Saxe, ù quelques lieues de la ville de Cobourg même, on a déterré depuis peu, a une petite profondeui-, des arbres entiers pélriliés, mais pétrifiés à un point do pcrieclion, qu en travaillant on trouve que cela fait une pierre aussi belle et aussi dure que 1 agate. Los princes de Sa.xc qui ont passé ici m’en ont donné quelques moiceaux, dont j’ai l’honneur de vous envoyer deux pour le Cabinet du Jardin royal : ils m’ont montré de belles tabatières, des conteau.x de chasse, et des boîtes de toutes sortes de couleurs, faites de ces pétrifications ; si les morceaux ne sont pas de cou, séquence , vous verrez pourtant par là mon attention à satisfaire à vos désirs. Lettres de M. Scbepflin à M. de Bulfon; Strasbourg, 27 septembre 174fi. — On a trouvé, dit IVl. Neret fils, dans une montagne, qui est auprès du village de Séry, en creusant à la .source d’une fontaine, nue très-grande quantité de bois pétrifiés qui étaient dans un sable argileux. Ces bois ne fout point eirervesccnee avec les acides; ou y distingue très-bien l’endroit qui a été recouvert par l’écorec, il est toujours conve.xe, et considérablement piqué de vers qui, après avoir sillonné entre l’écorce et le bois, traversent toute
1 épaisseur du morceau, et y sont agatisés. Journal de l’hysique; avril 1781, page ôüô.
(ô) Voyez ci-dessus la Table des pesanteurs spécifiques des divciscs agales.
DES MINÉKAEX. ISri
E’ygalc, suivant Tlicophraste, prit son nom du dcuvc Achales en Sicile, où furent trouvées les j)rennères agates : mais l’on ne tarda pas à en découvrir en di\'crscs autres contrées; et il parait que les anciens connurent les plus belles variétés de ces pierres, puisqu’ils les avaient toutes dénommées ( I), et que même dans ce nombre, il en est quelquesunes qui semblent ne se plus trouver aujourd’hui (‘2). Quant aux prétendues agates odorantes, dont parlent ces mêmes anciens (5), ne doit-on pas les rt!garder comme des bitumes concrets, de la nature du jayet, auquel on a quelquefois donné, quoique très-improprement, le nom à'aijate noire? Ce n’est pas néanmoins que ces sucs bitumineux ne puissent s’êlrc insinués, comme substance étrangère, ou même être entrés, comme parties colorantes, dans la |)âtc vitreuse des agates lors de leur concrétion. M. üutens assure, à ce sujet, que si l’on racle dans les agates herborisées les linéaments qui en forment l’herborisation, et <in’on en jette la poudre sur des charbons ardents, elle donne de la fumée a\ ecune odeur bitumineuse. El à l’égard de ces accidents, ou jeux d’herborisations, qui rendent (piclquefois les agates singulières et précieuses, on peut voir ce que nous en dirons ci-après à l’article des cailloux.