‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 42 sur 133 · CALCÉDOINE · texte numérisé non relu

CALCÉDOINE

La calcédoine est encore une agate, mais moins belle (pie la cornaline, la sardoine et la prase ; elle est aussi moins transparente, et sa eouleur est indécise, laiteuse et bleuâtre : cette pierre est donc fort audessous, non-seulement des cornalines et des sardoines, mais même des agates qui ne sont point laiteuses, et dont la demi-transparence est nette; aussi donue-t-on le nom de calcédoine à toute agate dont la pâte est nuageuse et blanchâtre.

Les calcédoines en petites masses, grosses comme des lentilles où des pois, sont très-communes et se trouvent en immense quantité : j’en ai vu

modeler sa statue, n’accordait qu’au seul l'yrgotclc l’honneur de graver son effigie. Voyez Pline, liv. XXXVII, n» i-

(t) « Lycophtalmos quatuor est colorum ex rutile et sanguineo, in medio nigrum candide « cingitur, ut luporutn oculi, illis per omnia similis. — Trioplitalmos très liominis siraul O oculos exprimens. Plin., Illi. XXXVII, n- 7t et 72. — Ilorminodes ex argiimento viridi- « tatis in candida gemma vel nigra et aliquando pallida, ambiente circule aurei coloris appcllalur. >1 Pline, n« 60.

(2) On trouve des onyx dans l’Yémen ; ou voit beaucoup de ces pierres dans les chemins, enlrc Tas et le mont Sumara ; Ayeseba, la femme bien-aimcc de Mahomet, avait un collier de ces pieries peu estimées aujourd’hui. Description de l’Arabie, par M, Xiebuhr, page 126.

par milliers dans des mines de 1er en grains j elles y étaient elles-mêmes en petits grains arrondis qui paraissaient avoir été usés par lefrottement dans leur transport par le mouvement des eaux : la plupart n’étaient donc que des débris de masses plus grandes; car on trouve communément les calcédoines en stalactites d’un assez grand volume, tantôt inainelounées, et tantôt en lames aplaties ; elles forment souvent la base des onyx, dans lesquels on voit le lit de calcédoine surmonté d'un lit de cornaline ou de sardoine. Les calcédoines sont aussi quelquefois ondées ou i)onctuées de rouge ou d’orangé, et se rapprochent par là des cornalines et des sardoincs ; mais les onyx les plus estimés, et dont on fait les plus beaux camées, sont ceux qui, sur un lit d’agate purement blanche, portent un ou plusieurs lits de couleur rouge, orangée, bleue, brune ou noire, de couleurs en un mot dont les couches différentes tranchent vivement et nettement l’épaisseur de la pierre. Ordinairement la calcédoine est laiteuse, blanche ou bleuâtre dans toute sa substance. On en trouve de cette sorte de très-gros et grands morceaux, qui paraissent avoir fait partie de couches épaisses et assez étendues : les plus beaux échantillons que nous en connaissions ont été trouvés aux îles de Feroë, et l’on peut en voir un de six à sept pouces d’épaisseur au Cabinet du Roi. On distingue dans ce morceau des couches d’un blanc aussi mat et aussi opaque (jue de l’émail blanc, et d’autres ((ui prennent une demi-transparence bleuâtre. Dans d’autres morceaux, cette pâle bleuâtre ofli e des rellets et un chatoiement qui font ressembler ces calcédoines à des girasols (1) et les rapprochent de l’opale, laquelle semble parlicipci- en effet de la nature de la calcédoine, ainsi que nous l’avons dit à son article.

Au reste, les calcédoines mélangées de pâte d’agate commune, ou les agates mêlées de calcédoine , sont beaucoup plus communes que les calcédoines pures; de même que les agates, sardoines et cornalines pures, sont infiniment plus rares que les agates mêlées et brouillées de ces diverses pâtes colorées; car la substance vitreuse étant la même dans toutes les agates, et les jjarties métalliques ou terreuses colorantes ayant pu s’v mélanger de mille et mille manières, il n’est point étonnant que la nature ait produit avec tant de variété les agates mêlées de diverses couleurs, tamlis que les agates d'une seule couleur pure sans mélange, et d’une belle transparence, sont assez rares et toujours en très-petit volume.

(1) Celle espece de Calcédoine bleuâtre cl à rctlcls parail désiguée dans la notice suivante : « On tire de la raonlagne de Tougas des agates de différentes espèces , et quelques-unes d ex- « Iraordinairenient belles , d’une couleur bleuâtre, assez semblables au saphir : on eu tire n aussi des cornalines et des jaspes. Celte montagne est à l’extrémité septentrionale de la U orande province d’Osju au Japon, vis-à-vis du pays de Yeço. » Histoire Naturelle du Japon, par Kæmpfer ; La Haye, 1720, tome I, p. !)ü.

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PIERRE HYDROPHANE.

Celte pierre^ se trouvant ordinairement autonr de la calcédoine, doit êti’e placée immédiatement après ellcj tontes deux font corps ensemble dans le même bloc, et cependant différent ITine de l’antre par des caractères essentiels : les naturalistes modernes ont nommé celte pierre ocmlus mundi, et ils me paraissent s’ètrc méjn’is lorsqu’ils l’ont mise au nombre des agates ou calcédoines; car cette pierre hydrophane n’a point de transparence, elle est opaque et moins dure que l’agate, et elle en diffère par la propriété particulière de devenir transparante et même diaphane, lorsqu’on la laisse tremper pendant ([uelque temps dans l’eau : nous lui donnons par cette raison le nom de pierre hydrophane. Cette propriété, qui suppose rimbibiliou intime et prompte de l’eau dans la substance de la pierre, prouve en même temps que celle substance est d’une autre texture que celle des agates, dont aucune ne s’imbibe d’eau. Enfin, ce qui démontre plus évidemment combien la structure ou la composition de celte pierre hydrophane diffère de celle des agates ou calcédoines, c’est la grande différence qui se trouve dans le rapport de leurs densités (1) : celle de l’hydrophane n’est que d’environ 23000, tandis que celle des agates et calcédoines est de 26 à 27000. 11 est vrai que la substance de toutes deux est quartzeuse; mais la texture de l’hydrophane est poreuse comme une éponge, et celle des agates et calcédoines est solide et pleine : on ne doit dont regarder cette pierre hydrophane et poreuse que comme un agrégat de particules ou grains quartzeux qui ne se touchent que par des points, et laissent entre eux des interstices continus qui font la fonction des tuyaux capillaires, et attirent l’eau jusque dans l’intérieur et au centre de la pierre; car sa transparence s’étend et augmente à mesure qu’on la laisse plus longtemps plongée dans l’eau : elle ne devient même entièrement diaphane qu’aprês un assez long séjour, soit dans l’eau pure, soit dans toute autre liqueur, car le vin, le vinaigre, l’esprit-de-vin, et même les acides minéraux, produisent sur cette ])ierre le même effet que l’eau ; ils la rendent transparente sans la dissoudre ni l’entamer ; ils n’en dérangent pas la texture, et ne font qu’en remplir les pores dont ensuite ils s’exhalent par le seul dessèchement; elle acquiert donc ou perd du poids à mesure que le liquide la pénètre ou l’abandonne en s’exhalant, et l’on a observé que les liquides aidés de la chaleur, la pénètrent plutôt que les liquides froids.

(1) La pesanteur spécifique de l’agate est de 23001 , et celle de la pierre ocuH.t mnvili ou hydrophane, n’est que de 22930. Voyez la T.ihlo de M. lîrissnii.

Celle pierre, qui n’élait pas connue des anciens, n’avail pas encore de nom dans le siècle dernier : il est dit dans les Epliémérides d’Allemagne, année 1672, qu’un lapidaire, qui avait trois de ces pierres, en fil présent d’une au consul de Marienbourg, et la lui donna comme une pierre précieuse qui n’avait point de nom ; l’une de ces pierres, ajoute le relateur, était encore dans sa gangue de quartz : celle qui fut donnée au consul de Marienbourg n’etait cpie de la grosseur d’un pois et d’une couleur de cendre; elle était opaque, et lorsqu’elle fut plongée dans l’eau, elle commença au bout de six minutes à paraître diaphane par les bords; elle devint d’un jaune d’ambre ; elle passa ensuite du jaune à la couleur d’amétbyste, au noir, au blanc, et enfin elle prit une couleur obscure, nébuleuse et comme enfumée ; tirée de l’eau, elle revient à son premier état d’opacité, après s’èlre colorée successivement et dans un ordre inverse des mêmes teintes qu’elle avait prises auparavant dans l’eau (1). Je dois remarquer qu’on n’a pas vu cette succession de couleurs sur les pierres qui ont été observées depuis ; elles ne prennent qu’une couleür et la conservent tant qu’elles sont imbibées d’eau.

M. Gerhard, savant académicien de Berlin, a fait beaucoup d’observations sur cette pierre bydrophane (2) ; il dit avec raison qu’elle forme l’écorce qui environne les opales et les calcédoines d’Islande et de Feroë, et qu’on la trouve également en Silésie, où elle constitue l’écorce brunâtre et jaunâtre de la clirysoprase. D’après les expériences chimiques que M. Gerhard a faites sur cette pierre, il croit qu’elle est composée de deux tiers d’alun sur un tiers de terre vitrifiableet de matière grasse (5), Mais ce savant auteur ue nous dit pas quelle est cette matière grasse ; on peut lui demander si c’est de la graisse, de l’huile ou de l’eau mère de sel? et ces deux tiers d’alun sont-ils de l’alun pur, ou seulement de la terre alumineuse? Quoi qu’il en soit, il nous apprend qu'il a fait la découverte d’une pierre en Silésie qui présente les mêmes phénomènes que celle-ci ; « Cette pierre, dit-il, est faiblement transparente : mais plongée Il dans l’eau, elle le devient complètement; il lui faut seulement plus « de temps pour acquérir toute sa transparence « De plus, par

(1) Collection académique. Partie étrangère, tome III, p. IG7.

(2) Voyez les Mémoires de l’Académie de Berlin , année 1777 , et le .lournal de Physique de JI. l’abbé Rosier, mars 1778.

(5) Cette pierre est composée de deux tiers d’alun , d’un tiers de terre vitriliable et de matière grasse. L’espèce brune de Silésie contient aussi du fer ; ce nest donc ni quartz, ni caillou , mais xinc pierre grasse de l’ordre de celles xjui cxxntiennent de la terre d alun; d où l’auteur avait conelu qu’il fallait eu faire plutôt une espèce qu’un genre, attendu qu’il pouvait arriver qu’on découvrît des pierres chatoyantes parmi les [lierres grasses qui contiennent la magnésie du sel marin. Journal de Physique de M. l’abbé Hozier, mars 1778.

(G) Il y a cependant une grande différence entre ce morceau et les autres qu’on avait auparavant examinés ; il faut ,à celui-ci plusieurs jours avant qu’il devienne lran.sparcnt dans l’caii. M. r.erliard examinant cette différence , a trouvé qu’elle consiste uniquement dans une plus

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les recherches parliculièi'cs (|iie M. Gerhard a faites de ces pierres hydrophanes, il assure ea avoir vu fpii avaient jusqu’à deux pouces un quart de longueur, sur un pouce un huitième de largeur, et plus d’un |)ouce d’épaisseur [lar un bout, et il dit (ju’on les trouve dans la matière inlerealce entre les couches des calcédoines de file de Feroë.

Il est vrai (pie toutes ces pierres hydrophanes ne sont pas également susceptibles de piondre à volume égal le même degré de transparence : les unes deviennent bien plus diaphanes, ou le deviennent en bien moins de temps que les autres; il y eu a qui changent de couleur, et qui de grises deviennent jaune par rimbibilion de l’eau ; mais nous av ons vu jilusieurs de ces pierres dont les unes étaient grises, les autres rougeâtres, d’autres verdâtres, et qui ne changeaient pas sensiblement de couleur dans l’eau, où elles prenaient une assez lielle transparence. M. le docteur Titius, savant naturaliste et directeur du Cabinet d’Histoire naturelle à Dresde, m’a fait voir quelques-unes de ces pierres, et m’a confirmé le fait avancé par M. Gerhard, que l’hydrophane grise est une matière qui se trouve intercalée entre les couches de la calcédoine ; M.Daubenton, de l’Académie des Sciences, a vérifié ce fait en réduisant à une petite épaisseur quelques-unes des couches opaques grises ou blanches qui se trouvent souvent entre les couches des calcédoines. 11 y a aussi toute apparence que celte même matière sert ([uelquefois d’enveloppe, et recouvre la couche extérieure des calcédoines; car on a vu des hydrolilianes grises,(pii avaient trop d’épaisseur pour qu’on puisse les regarder comme des couches de lames intercalées dans la petite masse des calcédoines. On ])eut aussi présumer qu’en recherchant sur les cornalines, sardoines et agates colorées les couches opaques qui l(;s enveloppent ou les traversent, on trouvera des hydrophanes de diverses couleurs, roug('àtres, jaunâtres, verdâtres, semblables à celles que m'a montrées SI. Titius; et je pense que cette matière qui fait la substance des hydrophanes n’est que la portion la plus grossière du suc vitreux qui forme les agates : comme les parties de celle matière ne sont pas assez atténuées, elles ne [icuvent se réunir d’assez près pour prendre la demitransparence et la dureté de l’agate; elles forment une substance opaque, poreuse et frialile à peu près comme le grès. Ce sont en effet de petits grains quartzeux réunis plutôt que dissous, qui laissent entre eux d(îs

grande qiianlité de matière grasse ; car si l’on fait bouillir cette nouvelle espèce A'ücuIhs mundi dans dn vinaigre , cl encore mieux dans la lessive caustique, on s’apercevra qn’après cette opération , il fani beaucoup moins de temps pour qu’elle devienne transparente. Cette expérience donne licui de présumer que tontes les pierres grasses dans lesquelles la matière grasse n’est pas trop abondiintc , et qui ne sont pas trop chargées de parties martiales, pourraient produire le même effet, d’autant plus qu’il est vraisemblable que toutes les espèces qui appartiennent à cette classe doivent leur origine surtout à une terre glaise ou marneuse, dont le caractère principal est de s’imbiber fortement des principes lluides. Journal de l'Iiysiqiie de .M, l’abbé lîozier, mars 1778.

vides continus cl tortueux en tous sens, et dans lesquels la lumière s’éteint et ne peut passer que quand ils sont remplis d’eau : la transparence n’appartient donc pas a la pierre liydropliane, et ne provient uniquement que de l’eau qui fait alors une partie majeure de sa masse; et je suis persuade qu’en faisant la même épreuve sur des grès amincis, on les rendrait liydroi)lianes par leur imbibition dans l’eau. Il n’est donc j)as nécessaire derecourii' avec M. Gerhard à la supposition d’une terre mêlée de matière grasse pour rendre i*aison de la transparence que ces pierres acquièrent par leur immersion et leur séjour dans l’eau ou dans tout autre liquide transparent.

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