DU COBALT
De tous les minéraux métalliques, le cobalt est peut-être celui dont la nature est la plus masquée, les caractères les plus ambigus et l’essence la moins pure. Les mines de cobalt, très-différentes entre elles, n’offrent d’abord aucun caractère commun, et ce n’est qu’en les Iravail-
(1) Histoire Naturelle d’Espagne, chapitre de la IMatinc.
HISTOIRE NATURELLE
lanl au feu qu’on peut les reconnaître par un effet très-remarquable, unique, et qui consiste à donner aux émaux une belle couleur bleue. Ce n’est aussi que pour obtenir ce beau bleu (|ue l’on recherche le cobalt; il n’a aucune autre propriété dont on puisse faire un usage utile, si ce n’est peut-être en l’alliant avec d’autres minéraux métalliques (1). Scs mines sont assez rares et toujours chargées d’une grande quantité de matières étrangères; la plupart contiennent plus d’arsenic que de cobalt ; et dans toutes le fer est si inliraemenl lié au cobalt, qu’on ne peut Ten séparer. Le bismuth se Irouvc aussi assez souvent interposé dans la substance de ces mines; on y a reconnu de l’or, de l’argent, du cuivre, et (]uelqucfois tonies ces matières et d’autres encore s’y trouvent mêlées ensemble, sans compter les pyrites qui sont aussi souvent intimement unies à la substance du cobalt. Le nombre de ces variétés est donc si grand, non-seulement dans les différentes mines de cobalt, mais aussi dans une seule et même mine, que les nomenclateurs en minéralogie ont cru devoir en faire plusieurs espèces, et meme en séparer absolument un autre minéral qui n’était pas connu avant le travail des mines de cobalt; ils ont donné le nom de nickel (2) à cette substance qui diffère en effet du cobalt, quoiqu’elle ne se trouve qu’avec lui. Tous deux peuvent se réduire en un régule dont les propriétés sont assez différentes pour qu’on puisse les regarder comme deux différentes sortes de minéraux métalliques.
Le régule de cobalt n’affecte guère do figure régulière (3), et n’a pas de forme déterminée ; ce régule est très-pesant, d’une couleur grise assez brillante, d’un tissu serré, d’une substance compacte et d’un grain fin ; sa surface prend en peu de temps par l’impression de l’air une teinte rosacée ou couleur de (leur de pêcher; il est assez dur et n’est point du tout ductile ; sa densité est néanmoins plus grande que celle de l’étain, du fer cl du cuivre ; elle est à très-peu près égale à la densité de l’acier (4). Ce régule du cobalt et celui du nickel sont après le bismuth les plus pesantes des matières aux<|ueIIeson a donné le nom de denii-mclaux , et l’on aurait certainement mis le bismuth, le cobalt et le nickel au rang
(1) M. Baiimc dit, diius sa Cliiniio expérimentale , avoir fait entrer le coljall dans un alliage pour des robinets de fontaine , (;uc cet alliage pouvait se mouler parfaitement et zi était sujet à aucune espèce de rouille.
(2) Cronstedt a doiznc le nom de Nickd à cette substance , parce qu’elle sc tiouvc dans les mines de Cobalt qizc les .Vllemands izomment hipfer-iiichel. M. Bergmann observe que, quoiqu’on trouve fréquemment du cobalt natif , il est toujoni-s uni an for , à l’ai scnic et au ni. kel. Optvscules chimiques , tome II, dissertation 24.
(3) 5f. l’abbé Jlongez assure néanmoizis avoir obloitu nu régule de cobalt ezi cristaux composes de faisceaux régiilici'S. Journal de l'hjsique, 1781.
(4) La pes.antcnr spzicifiqize du régule de cobalt est de 7811!) ; celle du l’égule de nickel , de 78070 ; et la pesanteur spéciliquc de l’aeior éezoui et trempé est de 78180 ; celle du fer forgé n’est que de 77880.
des mélanx s’ils avaient en de la ductilité : ce n’est qu’à cause de sa trèsgrande densité que l’on a placé le mercure avec les mélaux, et parce qu’on a en luèiue temps supposé que sa Iluiditc pouvait être considérée comme rexlréme de la ductilité.
Les minières de cobalt s’annoncent par des efllorescences à la surface du terrain; ces efflorescences sont ordinairement rougeâtres et assez souvent disposées en étoiles ou en rayons divergents qui quelquefois se croisent. Nous donnerons ici l’indication du petit nombre de ces mines que nos observateurs ont reconnues en France et dans les Pyrénées aux confins de l’Espagne : mais c’est dans la Saxe et dans quelques axitres provinces de l’Allemagne qu’on a commencé à travailler, et que l’on travaille encore avec succès et profit les mines de cobalt ; et ce sont les minéralogistes allemands qui nous ont donné le plus de lumières sur les ])ropriélés de ce minéral et sur la manière dont on doit le ti’aitcr.
Le premier et le plus sûr des indices extérieurs (1) ([ui peuvent annoncer une mine procliaine de cobalt est donc une efflorescence minérale, couleur de rose, de structure radiée, à laquelle on a donné le nom de //cnrs de cobalt; quebpicfois cette matière n’est point eu forme de fleurs rouges, mais en poudre et d’une couleur plus pâle. Mais le signe le plus certain et par lequel on pourra reconnaître le véritable cobalt est la teri'e bleue (jui l’accompagne quelquefois; et au défaut de cet indice, ce sera la coulmir bleue qu’il donne lorsqu’il est réduit en verre; car, si la mine (|ui parait élrc de cobalt se convertit en verre noir, ce ne sera que de la pyrite; si le verre est d’une couleur rousse, ce sera de la mine de cuivre, au lieu que la mine de cobalt donnera toujours un verre bleu de saphir : c’est probablement par cette ressemblance à la couleur du saphir qu’on a donné à ce verre bleu de cobalt le nom de saphre ou salfre. Au reste, on a aussi ai>pelé saffre la chaux de cobalt, qui est en poudre rougeâtre et qui ne provient que de la calcination de la mine de cobalt ; le saffre qui est dans le commerce est toujours mêlé de sable (juarlzeux qu’on ajoute en fraude pour en augmenter la quantité, et ce saffre ou chaux rougeâtre de cobalt donne aussi par la fusion le même bleu que le verre de cobalt, et c'est à ce verre bleu de saffre «pie l’on donne le nom de snialt.
Pour obtenir ce verre avec sa belle couleur, on lait griller la mine de cobalt dans un fourneau où la flamme est réverbérée sur la matière minérale réduite en poudre ou du moins concassée : ce fourneau doit être surmonté de cheminées tortueuses dans lesquelles les vapeurs qui s’élèvent puissent être retenues en s’attacliant à leurs parois; ces vapeurs s’y condensent en effet et s’y accumulent en grande quantité sous la forme d’une poudi'c blanchàire que l’on détache en la raclant : celte poudre est de l’arsenic dont les mines de cobalt sont toujours
(1) Transactions pliilosoi)lii<]iies, u« 590, novembre 1720.
inSTOIRK NATURELLE.
mêlées; elles en fournissent en si grande quantité par la simple torréfaction, que tout l’arsenic blanc qui est dans le commerce vient des fourneaux où l’on grille des mines de cobalt; et c’est le premier produit qu’on en lire.
La matière calcinée qui reste dans le fourneau, après l’entière sublimation des vapeurs arsenicales, est une chaux trop réfractaire pour être fondue seule; il faut y ajouter du sable vitresciblo, ou du quartz qu’on aura fait aupai'avant torréfier pour les pulvériser; sur une partie de chaux de cobalt, on met ordinairement deux ou trois parties de cette poudre vitreuse, à laquelle on ajoute une partie de salin pour accélérer la fusion; ce mélange se met dans de grands creusets placés dans le fourneau, et pendant les dix ou douze heures de feu qui sont nécessaires pour la vitrification, on remue souvent la matière pour en rendre le mélange plus égal et plus intime; et lorsqu’elle est entièrement et parfaitement fondue, on la prend tout ardente et liquide avec des cuillers de fer, et on la jette dans un cuvier plein d'eau, où se refroidissant subitement elle u’acquiert pas autant de dureté qu’à l’air, et devient plus aisée à pulvériser, elle forme néanmoins des masses solides qu’il faut broyer sous les pilons d’un bocard, et faire ensuite passer sous une meule pour la réduire enfin en poudre très-fine et bien lavée, qui est alors du plus beau bleu d’azur, et toute préparée pour entrer dans les émaux.
Comme les mines de cobalt sont fort mélangées et très-différentes les unes des autres, et que même l’on donne vulgairement le nom de cobalt à toute mine mêlée de matières nuisibles (1), et surtout d’arsenic, on est forcé de les essayer pour les reconnaître, et s’assurer si elles contiennent en effet le vrai cobalt qui donne au verre le beau bleu. Il faut dans ces essais rendre les scories fort fluides et très-nettes, pour juger de l’intensité de la couleur bleue que fournit la mine convertie d’abord en chaux et ensuite en verre; on doit donc commencer par la giiller et calciner, pour la mettre dans l’état de chaux. Il se trouve, à la vérilé, quelques morceaux de minerai où le cobalt est assez pur pour n’avoir pas besoin d’être grillé, et qui donnent leur bleu sans cette préparation ; mais ces morceaux sont très-rares, et communément le minerai de cobalt se trouve mêlé d’une i)lus ou moins grande quantité d’arsenic qu’il faut enlever par la sublimation. Celte opération, quoique trèssimple, demande cependant quelques attentions; car il arrive assez souvent que par un feu de grillage trop fort le minerai du cobalt perd
(1) La langue allemande a même attaché au mot de cobalt ou cobalt l’idée d’un esprit souterrain, malfaisant et malin qui se plaît à effrayer et à tourmenter les mineurs ; et comme le minerai de cobalt, à raison de l’arsenic qu’il contient, ronge les pieds et les mains des ouvriers qui le travaillent , on a appelé en général cobalto les mines dont rarseiiic fait la partie dominante. Mémoire sur le Cobalt, par M. Saur, dans ceux des Savants étrangers, tome 1.
DES MfNÉRAtJX.
SI
quelques nuances de sa belle couleur bleue ; et de même il arrive que ce minerai ne peut acquérir cette couleur, s’il n’a pas été assez grillé pour l’exalter; et ce point précis est diflicile à saisir. Les unes de ces mines exigent beaucoup plus de temps et de feu que les autres : ce ne l)eut donc être que par des essais réitérés et faits avec soin, que l’on peut s’assurer à peu jirès de la manière dont on doit traiter en grand telle ou telle mine parliculière (1).
Dans quelques-unes, on trouve une assez forte quantité d’argent, et même d’or, pour mériter un ti avail particulier par lequel on en extrait ces métaux. Il faut pour cela ne calciner d’abord la mine de cobalt qu’à un feu modéré ; s’il était violent, l'arsenic qui s’en dégagerait brusquc; ment emporterait avec lui une partie de l’argent et de l’or, lequel ne s’y trouve qu’allie avec l’argent (2).
(1) On pèse deux quintaux qu’on réduit en poudre grossière ; on les met dans un test à rôtir, sous la moufle du fourneau ; on leur donne le degré de chaleur modéré dans le commence ment , et de demi-heure en demi-heure on relire le test pour refroidir la matière et la mettre en poudre plus fine , ce que l’on répète trois et quatre fois , ou jusqu’.à ce qu’elle ne rende plus aucune odeur d’arsenic.
Le caillou qu’il faut joindre ô cette matière pour en achever l’essai doit être aussi calciné. On choisit le silex qui devient blanc par la calcination , et qui ne prend point de couleur tannée. On peut lui substituer un quartz bien cristallin ou un sable bien lavé, qu’il faut aussi calciner. On divise en deux parties égales le cobalt calciné ; à une de ces parties on joint deux quintaux de cailloux ou de sable, et six quintaux de potasse. .Vprès avoir mêlé le tout ensemble, on le met dans un creuset d’essai , que l’on place sur l’aire de la forge devant le soufflet; aussitôt que le charbon dont on a rempli le foyer formé avec des briques est affaissé, et que le creuset est rouge, on peut rommencer à souffler, parce qu’on ne risque rien par rapport au soulèvement du flux. Dès qu’on a soufflé près d’une heure, on peut prendre, avec un fil de fer froid , un essai de la matière en fusion , et si l’on trouve que les scories soient tenaces et qu’elles filent, l’essai estachevé... on le laisse encore ou feu pendant quelques minutes. Quand on a cassé le creuset, on prend ces scories , on les broie et on les lave avec soin pour voir la couleur qu’elles donnent.
Si elle est trop intense, on refait un autre essai avec le second quintal de cobalt qu’on a rôti, et l’on y ajoute trois quintaux de cailloux ou de sable. Si la couleur des scories de ce second essai est encore trop foncée, ou répète ces essais jusqu’à ce qu’on ait trouve la juste proportion du sable et la couleur qu’on veut ax'oir. C’est par ce moyen qu ou juge de la bonté du cobalt : car s’il colore beaucoup de sable ou de cailloux calcinés, il rend par conséquent beaucoup de couleur, et son prix augmente. Schlutter, Traité de la fonte des mines, tome I, pages 251) et 250.
(2) On met quatre quintaux de cobalt dans un vaisseau plat sons la moufle; on I agite, sans discontinuer, pendant la calcination ; et quand il ne rend plus d’odeur d’arsenic, on le pèse pour connaître ce qu’il a perdu de son poids; ce déchet va ordinairement à vingt-cinq nu vingt-six pour cent; on fait srorificr ce qui reste avec neuf quintaux de plomb grcnaillé dont on connaît la richesse en argent; et lorsque les scories sont bien fluides , on verse le lotit dans le creux demi-sphérique d’une planche de cuivre rouge qu’on a frollcc de craie. Les scories étant refroidies , on les détache avec le marteau du culot de plomb , que l’on met à la coupelle; on connaît par le bouton d’argent qui reste sur la coupelle, et dont on a soustrait l’argent des neuf quintaux de plomb, si ce cobalt mérite d’être traité pour fin. Il convient
HISTOIRE NATURELLE
Mais CCS mines de cobalt qui contiennent une assez grande quantité de cet argent mêlé d'or, pour mériter d’être ainsi travaillées, sont trèsrares, en comparaison de celles qui ne sont mêlées que d’arsenic, de fer et de bismulli ; et avant de faire des essais qui ne laissent pas d’être coùlcux, il faut lâcher de reconnaitre les vraies mines de cobalt, et de les distinguer de celles qui ne sont que des minerais d’arseuic, de fer, etc.; et si l’on ne peut s’eu lier à celle connaissance d’ins|»ection, il ne faut faire que des essais en petit (I), sur lesquels néanmoins on ne peut pas absolument compter; car dans la même mine de cobalt, certaines pallies du minéral sont souvent très-différentes les unes des autres, et ne contiennent quelquefois (|u’une si petite ({uantité de cobalt (|u’ün ue peut en faire usage ('2).
aussi (le faire le déliai t de ce boulon de coupelle, parce qii’ordiiinircinenl l’aigeiit qu’on trouve dans le cobalt recèle un peu d’or. SchliiUcr, Traité de la fonte des mines, tome I, page 237.
(I) Pour éviter la dépense des essais en grand, il faut prendre une portion du cobalt que l’un veut essayer. On le pulvérise en poudre (rès-fme; ensuite on le met dans un creuset
large d’ouverture que l’on met dans un fourneau Il faut que le feu soit assez fort pour
tenir toujours le creuset d’un ronge obscui’ ; mais dès que la matière paraît rouge, on l'agile
de deux minutes en deux minutes Entre chaque agitation on souille dans le milieu du
creuset à petits coups serrés avec uii soufflet à main, comme on souffle sur l’antimoine qu’on emploie à purilier l’or C'est le moyen le plus prompt de chasser la fumée blanelie arse-
nicale, surtout lorsqu’on n’a pas dessein d’essayer dans la suite ce cobalt pour le fin ; car sans le soufflet, l’arsenic serait fort longtemps à s’évaporer. Quand il reste un peu de matière volatile dans le creuset, le cobalt qu’on y a mis parait s’éteindre, et devient obscur; mais il faut continuer à l’agiter jusqu’à ce qu’il ne répande plus de fumée blanche ni d’odeur d’ail;
alors la calcination est finie Une once de cobalt ainsi calciné se trouve réduite à environ
cinq gros
On met deux gros de ce cobalt calciné dans un petit matras; on y verse une once d'eau-
forte, et environ trois gros d’eau commune; on place le matras sur des cendres tics-cbaudes
l’eau-forte se chargera de la partie colorante , si ce minéral en contient, et prendra en une heure ou deux de digestion, une couleur cramoisi sale; c’est la couleur que lui donne toujours le cobalt propre à faire l’azur, surtout s’il tient du bismuth. S’il ne roiiticnt pas de parties colorantes, elle restera blanche; s’il tient du cuivre, elle prendra une couleur verte...
Pour tirer la matière bleue du smalt, prenez cent grains de ce cobalt calciné, deux cents grains de Sable bien laie, deux cents grains de sel de soude purifié, et vingt à vingt-cinq grains de borax c.ilciné. Après a\oir bien mêlé ces matières dans un petit creuset d’essai bien bouché, mettez ce creuset sur l’air d'une forge, ou encore mieux dans un petit fourneau de fonte carré Faites agir le soufflet pendant une bonne demi-heure. Il ii’y aura aucune effer-
vescence si le cobalt a été bien calciné; laissez ce creuset un demi-quart d heure dans le leu après la parfaite fusion, sans souffler, pour donner le temps à la matière vitrifiée de se rasseoir: retirez le creuset et mettez le refroidir à l’air; casscz-le quand il sera froid, vous trouverez toute la matière vitrifiée en un verre bien-foncé si ce cobalt a donné une couleur rouge l’eaii-forle, ouau moins une couleur de feuille-morte. Idem, page 238.
(2) Une manière courte d’éprouver si une mine de cobalt fournira de beau bleu, c’est de fondre dans un creuset avec deux ou trois fois son poids de borax, qui deviendra d’un beau bleu si le cobalt est de bonne qualité. Voyez l’Encyclopédie, article Cobalt.
La suhsiancp du cohall o.<;l plus fixe au f(‘u que relie des dcmi-ruétau.v même que celle du fer cl des autres mélaux imparfaits : aussi vient-on à bout de les séparer du cobalt en les sublimant et en les volatilisant par des feux de grillage réitérés, [.a fixité de cette substance approche de la lixilé de l’or et de l’argent ; car le régule de cobalt n’entre pas dans les pores de la coupelle, en sorte que si l’on expose à l’action du feu sur une coupelle un mélange de plomb et do cobalt, le j)lomb seul pénètre les pores de la coupelle en se vitrifiant, tandis que le cobalt réduit en scories reste sur la coupelle ou est rejeté sur les bords : ces scories de cobalt étant ensuite fondues avec des matières vitreuses, donnent le bleu qu’on nomme saffrv; et lorsqu'on les mêle à parties égales avec l’alcali et le sable vitrescible, elles donnent l’émail bleu qu’on appelle smetU.
f,e régule de cobalt peut s’allier avec la plupart des substauces métalliques j il s’unit intimement avec l’or et le cuivre, qu’il rend aigres et cassants : on ne l’allie que difficilement avec l'argent (1), le plomb, et même avec l’arsenic, quoicpie ce sel métallique se trouve toujours mêlé par sa nature dans la mine de cobalt. Il en est de même du bismuth, qui se refuse à toute union avec le régide de cobalt; et <pioiqu’on trouve souvent le bismuth mêlé dans les mines de cobalt, il ne lui est point uni d’une manière intime, mais simplement interposé dans la mine de cobalt sans le pénétrer; et au contraire, loi'sque le cobalt est une fois joint au soufre par l’intermède des alcalis, son union avec le bismuth est si intime, qu’on ne peut les séparer que par les acides, tandis qu’en même temps le cobalt ne contracte avec le soufi-e qu’une très-légère union, et qu’on peut toujours les sé|)arer l’un de l’autre par un sinqjle feu de torréfaction qui enlève le soufi'e et le réduit en vapeurs.
Le mercure qui mouille si bien l'or et l’argent ne peut s’attacher au cobalt ni s’y mêler parla tiituration aidée même de la chaleur : ainsi la fixité du régule de cobalt, qui est presque égale à celle de ces mélaux, n’influe point sur son attraction mutuelle avec le mercure.
Tous les acides minéraux attaquent ou dissolvent le cobalt à l’aide de la chaleur, et ils produisent ensemble différents sels dont quelques-uns .sont en cristaux transparents. L’alcali volatil dissout aussi la chaux du cobalt, et celte dissolution est d’un rouge-pourpre : mais eu général les couleurs, dans toutes les dissolutions du cobalt, varient non-seulement selon la différence des dissolvants, mais encore suivant le |)lus ou moins de pureté du cobalt, qui n’est presque jamais excmi)t de minéraux étrangers et surtout de fer et d’ar.senic, dont on sait qu’il nefaul qu’une
(1) Si l’on tait fondre eiisemlile deux parties de colialt avec une partie d’argent, on trouve l’argent au bas et le cobalt an-dessiis, simplement attaebés l’un à l’autre; cependant l’argent devient plus cassant, il est d’une couleur plus gri.se, et le cobalt est d’une couleur plus blanche qu’auparavant. Le régule de cobalt ne peut donc point s’unir au plomb et à l’argent en toutes proportions, mais seulement en petite quantité. Chimie métallurgique de Gellor, tome 1, page 18^.
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Irès-pelite portion pour altérer ou même changer absolument la couleur de la dissolution.
En France, on a reconnu plusieurs indices de mines de cobalt, et on n’aurait pas dû négliger ces minières : par exemple les mines d’argênt d’Almonl en Dauphiné contiennent beaucoup de mines de cobalt qu’on pourrait séparer de l’argent. i\I. de Grignon assure qu’on a jeté dans les décombres de ces mines peut-éirc plus de cobalt qu’il n’en faudrait pour fournir toute l’Europe de saffre. Le cobalt se trouve mêlé de même avec la mine d'argent rouge à Sainle-Maric-aux-Mines en Lorraine (1), et il y en a aussi dans une mine de cuivre azuré au village d’Ossenback dans les Vosges (2) ; on n’a fait aucun usage de ces mines de cobalt. M. de Gensanne dit à ce sujet que comme ce minéral devient rare, même en Allemagne, il serait avantageux pour nous de mettre en valeur une mine considérable, qui se trouve entre la Minera et Notre-Danie-de- Coralen Rousiilon (5). Il y en a une autre très-abondante et de bonne qualité, que les Espagnols ont fait exploiter avec quelques succès, elle est située dans la \ allée de Gistau (4). M. Bowles dit que cette mine n’a été découverte qu’au commencement de ce siècle (3), et qu’elle n’a encore été travaillée qu’à une petite profondeur; qu’on en a tiré annuellement cinq à six cents quintaux (6) : il ajoute (ju’en examinant cette mine de Gistau, il a reconnu différents morceaux d’un cobalt qui avait le grain plus tin et la couleur d’un gris bleu plus clair que celui de Saxe; que la plupart de ces morceaux étaient contigus à une sorte d’ardoise
(1) Les mines de Sainlc-Maric-aux-Mincs ont donné, il y a quelques années, de la mine de cobalt en si grande quantité qu’on avait fait dos dépenses nécessaires pour en fabriquer le smalt; mais cette mine de cobalt s’est appauvrie à mesura que celle d’argent a paru, de manière qu’on n’en trouve pas aujourd’bui assez pour fabriquer cette couleur. Mémoire sur le Cobalt, par M. Saur, dans ceux des Savants étrangers, tome I.
(2) . Auprès du village d’Ossenback dans les Vosges il y a une mine de cuivre azur ; le filon contient peu de raine en cuivre, mais il rend beaucoup de plomb; ce filon est un quartz noir extrêmement dur, parsemé de mine couleur de lapis, avec quantité de cobalt. Sur l’exploitation des mines, pur M. de Gensanne, Mémoires dos Savants étrangers, tome IV, pages Ul et suivantes.
(5) Cette mine est siluée auprès du ruisseau qui descend de la côte qui fait face au village de la Minera. La veine a plus de deux toises d’épaisseur, et paraît au jour sur plus d’une lieue de longueur; celte mine est de la même nature que celle de San-Giomen en Catalogne. Histoire Naturelle du Languedoc, par M. de Gensanne, tome II, page I6I.
(4) L’Espagnol qui est propriétaire de celle mine a traité de son produit avec des négociants
de Strasbourg, qui l’envoient aux fonderies de AVurtemberg Il est étonnant qu’aucun
particulier des frontières du royaume n’ait pensé jusqu’à présent à enlever aux Allemands la main-d’œuvre de la préparation de l’azur. Traité de la fonte des mines de Schiulter, tome I, pages ^ et 4!t.
(5) Histoire Naturelle d’Espagne, pages 398 et suiv.
(6) Il y a une mine dans la vallée de Gistau aux Pyrénées espagnoles, dont le cobalt s’est vendu sortant de la terre jusqu’à quarante livres le quintal, pour la fabrique d’azur de Wirtemberg. Traité de la foule des mines de Seblultcr, tome 1, page 230.
dure et luisante avec des taches de couleur de rose sèche, et qu’il n’y avait point de taches semblables sur les morceaux de cobalt (t).
C’est de la Saxe qu’on a jusqu’ici tiré la plus grande partie du saffre qui se consomme en Europe, pour les émaux, la porcelaine, les faïences, et aussi pour peindre à froid et relever par l’emiiois la blancheur des toiles. La principale mine est celle de Schneberg; elle est très-abondante et peu profonde : on assure que le produit annuel de cette mine est fort considérable. 11 n’est pas permis d’exi»orter le cobalt en nature, et c’est après l'avoir réduit en satire, qu’on le vend à un prix d’autant plus haut qu’il y a moins de concurrence dans le commerce de cette sorte de denrée, dont l’Allemagne a pour ainsi dire le privilège exclusif (2).
Cependant il se trouve des mines de cobalt en x\ngietcrre, dans le comté de Sommerset. En Suède, la mine de Tannabcrg est d’un cobalt blanc qui, selon M. Demeste, rend par quintal trente-cinq livres de cobalt, deux livres de fer, cinquante-cinq livres d’arsenic, et huit livres de soufre (3).
Nous sommes aussi prestiue assurés que le cobalt se trouve en Asie et sans doute dans toutes les parties du inonde, comme les autres matières produites par la nature ; car le très-beau bleu des porcelaines du Japon et de la Chine démontre que très-anciennement on .y a connu et travaillé ce minéral (4).
Dans les morceaux de mine de cobalt que l’on rassemble dans les cabinets, il s’en trouve de tontes couleurs et de tout mélange, et l’on ne connaît aucun cobalt pur dans sa mine; il est souvent mêlé de bismuth, et toujours ta mine contient du 1er quelquefois mélangé de zinc, de cuivre, et même d’argent tenant or; et presque toujours encore la mineest combinée avec des pyrites et beaucoup d’arsenic. De toutes ces matières, la plus difficile à séparer du cobalt est celle du fer : leur union est si intime, qu’on est obligé de volatiliser le fer en le faisant sublimer plusieurs fois par le sel ammoniac, qui l’enlève plus facilement que le cobalt; mais ce Iravail ne peut se faire en grand.
On voit des morceaux de minerai dans lesquels le cobalt est décomposé en une sorte de cériise ou de chaux. On trouve aussi quelquefois de l’argent pur en petits lilets ou en poudre palpable dans la mine de cobalt; mais le plus souvent ce métal n’y est point apparent, et d’ailleurs
(1) Histoire Naturelle il’Espagne, par M. Bnwies, page 399.
(2) On trouve beaucoup de cobalt eu Misnie, en lîoheme, dans la vallee de Joacliim-Stalb ; il y en a dans le duelié de Wirlemberg, dans le Hartz et dans plusieurs endroits de l’Allemagne.
(5) Lettres de M. Demeste, tome H, page ILL.
(4) Quelques personnes prétendent que c’est par un mélange du lapis-lazuli que les Chinois donnent à leurs porcelaines lu belle couleur bleue. M. de Bomare est dans cette opinion. Voj'cz sa Minéralogie, tome II, pages 36 et suiv. Mais je ne la crois pas fondée, carie lapis, en se vitriliant, ne conserve pas sa couleur.
IIJSTOIKE NATURELLE
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il n’y est qu'en trop pelite quantité pour qu’on puisse l’extraire a\ec profit. On connaît aussi une mine noire vitreuse de cobalt, dans laquelle ce minéral est en céruse ou en cliau.x, qui parait être minéralisée par l’action du foie de soufre, dans lequel le cobalt se dissout aisément.