DE LA PLATINE
Il n’y a pas un deini-sicclc qu’on connaît la platine en Europe, et jamais on n’en a trouvé dans aucune région de l’ancien continent : deux petits endroits dans le Nouveau-lMonde, l’un dans les mines d’or de Sanla-Fé, à la Nouvelle-Grenade, l’autre dans celle de Choco, province du Pérou, sont jusqu’ici les seuls lieux d’où l’on ail tiré celle niatiéi e métallique, que nous ne connaissons qu’en grenailles mêlées de sablon magnétique, de paillettes d’or, et souvent de petits cristaux de quartz, de topaze, de rubis, et quelquefois de petites gouttes de mercure. J'ai vu et examiné de très-près cinq ou six sortes de platine que je m’étais procurées par diverses jiersonnes et en différents temps; toutes ces sortes étaient mêlées de sablon magnétique et de paillettes d’or : dans quelques-unes il y avait de petits cristaux de quartz, de topaze, etc., en plus ou moins grande quantité; mais je n'ai vu de petites gouttes de mercure que dans l’une de ces sortes de platine (1). Il se pourrait donc que cet état de grenaille, sous lequel nous connaissons la platine, ne fût point son état naturel, et l’on pourrait croire (lu’clle a été concassée dans les moulins où l'on broie les minerais d’or et d’argent, et que les goulleletles de mercure qui s’y trouvent quelquefois ne viennent que de l’amalgame qu’on emploie au traitement de ces mines ; nous ne sommes donc pas cerlains que cette forme de grenaille soit sa forme native, d’autant qu’il paraît, par le témoignage de quelques voyageurs, qu'ils indiquent la platine comme une pierre métallique très-dure, intraitable, dont néanmoins les naturels du pays avaient, avant les Espagnols, fait des bacbes et autres instruments tranchants (2); ce (pii suppose nécessairement qu’ils la trouvaient en grandes masses, ou qu’ils avaient l’art de la fondre sans doute avec l’addition de queUpie autre métal ; car par elle-même la platine est encore moins fusible que la mine
(1) M. Lcw'is et M. le comte de Milly ont tous deux reconnu des globules de mercure dans la platine qu’ils ont examinée. M. Bcrgmann dit de même qu’il n’a point traite de platine dans laquelle il n’en ait trouvé. Opuscules, tome II, page 183.
(2) Dans le gouvernement du Marannon, les habitants assuraient que dans le canton des
mines d’or ils tiraient souvent, d’un lieu nommé Picari, une autre sorte de métal plus dur que l’or, mais blanc, dont ils avaient fait anciennement des haches et des couteaux, et que ces outils s’émoussant facilement, ils avaient cessé d’eu faire. Histoire générale des Voyages, tome XIV, page 20 M. Ulloa, dans son Voyage imprimé à Madrid en 1748, dit expressé-
ment qu’au Pérou, dans le bailliage de Choco, il sc trouve des mines d’or que l’on a été obligé d’abandonner à cause de la platine dont le minerai est entremêlé ; que cette platine est une pierre {Piedra}^ si dure qu’on ne peut la briser sur l’enclume, ni la calciner, ni par conséquent eu tirer le minerai qu’elle renferme, sans un travail infini.
HISTOIRE NATURELLE
de fer qu’ils n’avaient pas pu fondre. I.es Espagnols ont aussi fait différents petits ouvrages avec la platine alliée avec d’autres métaux. Personne en Europe ne la connait donc dans son état de nature, et j’ai attendu vainement, pendant nombre d’années, quelques morceaux de platine en masse, que j’avais demandés à tous mes correspondants en Amérique. M. Howles, auquel le gouvernement d’Espagne parait avoir donné sa confiance au sujet de ce minéral, n’en a pas abusé ; car tout ce qu’il nous en dit no nous apprend que ce (pic nous savions déjà.
Nous ne savons donc l ien, ou du moins rien au juste de ce que l’Histoire naturelle pourrait nous apprendre au sujet de la platine, sinon qu’elle se trouve en deux endroits de l’Amérique méridionale, dans les mines d’or, et jusqu’ici nulle part ailleurs : ce seul fait, quoique dénué de toutes scs circonstances, suffit, à mon avis, pour démontrer que la platine est une matière accidentelle plutôt que naturelle; car toute substance produite par les voies ordinaires de la nature est généralement répandue au moins dans les climats (pii jouissent de la même température : les animaux, les vi’gétaux, les minéraux sont également soumis à cette règle universelle. Cette seule considération aurait du suspendre Tempressement des chimistes, qui, sui' le simple examen decettegrenaille, lieut-êlre artificielle et certainement accidentelle, n'ont pas hésité d'en faire un nouveau métal, et de placer cette matière nouvelle non-seulement au rang des anciens métaux, mais de la vanter comme un troisième métal aussi parfait (pie l’or eU’argent, sans faire réflexionque les métaux se trouvent répandus dans toutes les parties du globe; (pic la platine si c’était un métal serait répandue de même ; que dès lors on ne devait la i cgarder que comme une production accidentelle, entièrement dépendante des circonstances locales des deux endroits où elle sc trouve.
Cette considération quoiipie majeure, n’est pas la seule (pii me lasse nier que la platine soit un vrai métal. .l’ai démontré par des observations exactes (1) qu’elle est toujours attirable à l’aimant; la chimie a fait de vains efi'orts pour en séparer le fer dont sa substance est intimement pénétrée; la platine n’est donc jias un métal simple et iiarfait, comme l’or et l’argent, puisqu’elle est toujours alliée de fer. De plus, tous les métaux, et surtout ceux qu’on appelle parfaits, sont très-ductiles; tous les alliages au contraire sont aigres ; or la platine est plus aigre que la plupart des alliages, et même après plusieurs fontes et dissolutions, elle n'acipiiei'l jamais autant de ductilité (pic le zinc ou le bismuth, ipii cependant ne sont que des demi-métaux, tous plus aigres que les métaux.
Mais cet alliage où le fer nous est démontré par l'action de l’aimant, étant d’une densité approchante de celle de l’or, j’ai cru être fondé a présumer que la platine n’est qu’un mélange accidentel de ces deux
(I ) Voyea dau;, le prcniicc voliinie, pa;;e oSlI, le Vléiiioire ijuiapuur litre ; Ob&ervatioub sur la l’ialiiie.
iiiélaux (l'è.s-iiiliinc'iiicul unis; les ossais (ju’oii a l'ails depuis ce leiiips 1)011 !• tâcher (le séparer le fer de la platine et de détruire son luagnélisine ne m’ont pas fait changer d’opinion. La platine la plus pure, celle entre autres (]ui a été si bien travaillée par M. le baron de Sickengen (1), et qui ne donne aucun signe de magnélisine, devient néanmoins attirable à l’aimant dès qu’elle est comminuée et réduite (m très-petites parties; la prfiscnce du fer est donc constante dans ce minéral , et la présence d une matière aussi dense (lue l’or y est (igalement et évidemment aussi constante; et quelle peut être celte matière dense, si ce n’est pas de l’or? Il est vrai que jusqu’ici l’on n’a pu tirer de la platine, par aucun moyen, l’or, ni même le fer qu’elle contient, et (pic poui- qu’il y eût sur l’essence de ce minéral démonstration complète, il faudrait en avoir tiré et séparé le fer et l’or, comme on sépare ces métaux après les avoir alliés; mais ne devons-nous pas considérer, et ne l’ai-je pas dit, que le fer n’étant point ici dans son état ordinaire, et ne s’étant uni à l’or (lu’après avoir perdu prescpie toutes ses propriétés, à l’exception de sa densité et de son magnétisme, il se pourrait que l’or s’y trouvât de même dénué de sa ductilité, et qu’il n’eùt conservé, comme le fer, que sa seule densité? et dfîs lors ces deux métaux qui composent la platine sont tous deux dans un état inaccessible à notre art, (jui ne peut agir sur eux, ni même nous les faire reconnaître en nous les ])résentant dans leur état ordinaire. Et n’est-ce pas par cette raison que nous ne pouvons tirer ni le fer ni l’or de la platine, ni par conscxpicnt séparer ces métaux, quoi(|u’clle soit composée de tous deux? Le fer en effet n’y est pas dans son état ordinaire, mais tel qu’on le voit dans le sablon ferrugineux qui accompagne toujours la platine; ce sablon, quoique très-magnétique, est infusible, inattaquable à la rouille, insoluble dans les acides; il a peidu toutes les propriétés par lesquelles nous pouvions l’attaquer; il ne lui est resté que sa densité cl son magnétisme, propi'iétés par lesquelles nous ne pouvons m'anmoins le méconnaître. Pourquoi l’or que nous ne pouvons de même tirer de la platine, mais que nous y reconnaissons aussi évidemment par sa densité, n’aurait-il pas éprouvé comme le fer un changement qui lui aurait (Hé sa ductilité et sa fusibilité? L’un est possible comme l'autre; et ces productions d’accidents, quoique rares, ne peuvent-elles passe trouver dans la nature?
(i I t.a plalinc, mêini; la plus cpui’cc, coiitituil toujours tlu fer. VI. le comte de Vlilly, jiar une lettre daa-c du 18 novemliic 1781, me nian|un « (pi’avanl oiil.lié pendant trois à (juatre « ans un moiecau do plalim’ puriliée par M. le baron de Sickeufçen. et ipt il avait laissée dans <> de l’eaii-forle la plus pure pend.ml tout ce temps, il .s’y ('•lait rouilUi, et (|ur l’ny au t relire'-, “ il avait étendu la li<|ueiu' ([ui restait dans le vase dans un peu d'caii distillée, et qu’y ayant " ajouté de l’alcali plilogistiqiic, il avait obtenu sur-lc-cliamp un précipite très-abondant, ce “ qui prouve indubitablement que la platine la plus pure cl que M. de Sickengen assure êlie “ dépouillée de tout fer, eu (.onliciil encore, cl que par eonséqucnl le fer entre dans sa eom- “ Jiosition. e
llurrox, lom. iv.
su IIISTOIHE NATCRELLE
l.c for eu clul de parfaite ductilité est presque iufusible, et ce pourrait être cette propriété du fer qui rend l’or dans la platine très-réfractaire. Nous pouvons aussi légitinieinent supposer que le feu violent dun volcan, ayant converti une mine de fer en mâchefer et en sablon ferrugineux magnétique, et tel qu'il se trouve avec la platine, ce feu aura en même temps, et par le môme excès de force, détruit dans l’or tonte ductilité : car cette qualité n’est pas essentielle, ni môme inhérente à ce métal, puisque la j)lus petite quantité d’étain ou d’arsenic la lui enlève. Et d’ailleurs, sait-on ce (lue pourrait i)roduire sur ce métal un feu i)lus v iolent qu’aucun de nos feux connus? Pouvons-nous dire si dans ce feu de volcan, qui n’a laissé au fer (pic son magnélisme et à l’or sa densité, il n’y aura pas eu des fumées arsenicales qui auront blanchi 1 or et lui auront ôté toute sa ductilité, et si cet alliage du fer et de l'or, imbus de la vapeur d'arsenic, ne s’est pas fait par un feu supérieur à celui de notre art? Devons-nous donc être sui pris de ne pouvoir rompre leur union? et doit-on faire un métal nouveau, propre et particulier, une substance simple, d’une matière qui est évidemment mixte, d’un composé formé par accident en deux seuls lieux de la terre, d’un composé qui présente à la fois la densité de, l’or et le magnélisme du fer, d’une substance, en un mot, qui a tous les caractères d'un alliage, et aucun de ceux d’un métal pur?
.Mais comme les alliages faits par la nature sont encore du ressort de rilisioire naturelle, nous croyons devoir, comme nous l’avons fait pour les métaux, donner ici les principales propriétés de la platine : ipioique très-dense, elle est très-peu ductile, prescpie infusible sans addition, si fixe au feu qu’elle n’y perd rien ou presque rien de son poids , inaltérable et résistante à l’action des éléments humides, indissoluble, comme l’or, dans tous les acides simples (1), et se laissant dissoudre comme lui par la double puissance des acides nitreux et marin réunis.
(t) Nota. M. Titlet, l’un de nos plus savants académiciens, et très-exact observateur, a reconnu que, quoique la platine soit indissoluble en elle-même par les acides simples, elle se dissout néanmoins par l’acide nitreux pur, lorsqu’elle est alliée avec de l’argent et de l’or. Voici la note qu’il a bien voulu me communiquer à ce sujet: u J’ai annoncé dans les Mémoires « de l’Académie des Sciences, année 17/9, que la platine, soit brute, soit rendue ductile par « les procédés connus, est dissoluble dans l’acide nitreux pur, lorsqu elle est alliée avec une « certaine quantité d’or et d’argent. Afin que cet alliage soit complet, il faut le faire par le « moyen de lu coupelle, et en employant une quantité convenable de plomb. On traite alors, « pur la voie du départ, le bouton compose des Irois metau.x, comme un mélange simple d or 0 et d’argent; la dissolution de l’argent et de la platine est complète, la liqueur est transpa- « rente, et il ne reste que l’or au fond du matras, soit dans un état de division si on a mis « beaucoup d’argent, soit eu forme de cornet bien conservé si on n’a mis que trois ou quatre * parties d’argent égales à celles do l’or. 11 est vrai que si on emploie trop de platine dans » cette opération, l’or mêlé avec elle la défend un peu des attaques de l’acide nitreux, et il en » conserve quelques parties. Il faut un mélange parfait des trois métaux pour que l’opération a roussisse complètement; s’il se trouve quelques parties dans l’alliage où il n’y ait pas assez
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L’or niclé avec le plomb le rend aigre, la platine produit le même effet J mais on a prétendu ((u’elle ne se séparait pas en entier du plomb comme l’or, dans la coupelle, au plus grand feu de nos fourneaux; dés lors le plomb adhère plus fortement à la platine que l’or dont il se sépare en entier, ou presque en entier (1). On peut même reconnaître, par l’augmentation de son poids, la quantité de plomb qu’elle a saisi et qu’elle retient si puissamment, que l’opération de la coupelle ne peut l’en séparer; cette quantité, selon M. Schœffer, est de deux ou trois pour cent; cet habile chimiste, qui le premier a travaillé la platine, dit avec raison qu’au miroir ardent, c’est-à-dire à un feu supérieur à celui de nos fourneaux, on vient à bout d’en séparer tout le plomb et de la rendre pure; elle ne diffère donc ici de l’or qu’en ce qii’étanl plus diflicile à foudre, elle se coupelle aussi plus difficilement.
En mêlant pai'ties égales de [ilaline et de cuivre, on les fond |)resque aussi facilement que le cuivre seul, et cet alliage esta peu près aussi fusible que celui de l'or et du cuivre. Elle se fond un peu moins facilement avec l’argent; il en faut trois parties sur une de platine, et l’alliage qui résulte de cette fonte est aigre et dur. On peut en retirer l’argent jiar l’acide nitreux, et avoir ainsi la platine sans mélange, mais néanmoins avec ((uelque ])erte. Elle peut de même se fondre avec les autres métaux ; et ce qui est très-remarquable, c’est que le mélange d’une trèspetite (|uantilé d’arsenic, comme d’une vingtième ou d’une vingt-fpiatrième partie , suffit pour la faire fondre presque aussi aisément que nous fondons le cuivre ; il n’est pas même nécessaire d’ajouter desfon-
« d’argent pour que la dissolution ait lieu, la platine résiste, comme l’or, à l’acide, et reste « avec lui dans le précipité; mais si on ne met dans l’alliage qu’un douzième de platine, ou « encore mieux, un viiigl-qualrièmc de l’or qu’on emploie, alors ou parvient à dissoudre le « total do la platine, et l’or mis eu expérience ne conserve exactement que son poids. Il n’en « est pas ainsi d’iin alliage dans lei|uel il n’entre que de l’argent et de la platine ; la dissolu- « lion n’ea est proprement une que pour l’argent; la liqueur reste Iroidile et noirâtre, mal- « gré une longue et forte éhullitiou ; il sefait unprécipilé noirctabondant au fond du iiialras,
qui n’est t|ue de la platine réduite en poudre et subdivisée en nue inlinité de particules, » comme elle l’était dans l’argent avant qu’il fut dissous. Cependaiil si on laisse reposer la « liqueur pendant quelques jours, elle s’éclaircit cl devient d’une couleur brune, qu’elle doit « sans doute à quelques parties de la platine qu’elle a dissoutes, ou qu’elle tient en suspen- « sion. Il parait donc que dans cette opération, c’est a la présence seule de l’or qu’est duc lu « dissolution réelle et assez prompte de la platine par l’acide nitreux pur; que l’argent ne cou- « tribuc qu’iudircctemcnl ii cette dissolution; qu’il la facilité à la vérité, mais que sans l’or V il ne sert qu’à procurer une division mécanique de la platine, et encore cette division n a- » t-ellc lieu que parce que l’argent dissous lui-méme ne peut plus conserver la platine sub- “ divisée avec laquelle il faisait corps. »
(1) » L’or le plus pur ne sc sépare jamais parfaitement du plomb dans la coupelle; si vous “ faites passer un gros d’or Un à la coupelle dans une quantité quelconque de plomb, le bou- “ tou d’or, quelque brillant qu’il soit, pèsera toujours un peu plus d’un gros. » Remarque communiquée par M. Tillet.
52 HISTOIRE NATURELLE
liants à l’arscnic, comme lorsqu’on le fond avec le fer ou le cuivre; il suffit seul pour opérer très-promptement la fusion de la platine, qui cependant n’en devient que plus aigre et plus cassante. Enfin lorsqu’on la mêle avec l’or, il n’y a pas moyen de les séparer sans intermède, parce que la platine et l’or sont également fixes au feu; et ceci prouve encore que la nature de la platine tient de très-près à celle de l’or. Ils se fondent ensemble assez aisément; leur union est toujours intime et constante; et de même qu’on remarque des surfaces dorées dans la platine qui nous vient en grenailles, on voit aussi des filets ou de petites veines d’or dans la platine fondue. Quelques chimistes prétendent même que Pur est un dissolvant de ta platine, parce qu’en effet si l’on ajoute de l'or a l'eau régale, la dissolution de la platine se lait beaucoup plus promptement et plus complètement; et ceci, joint à ce que nous avons dit de sa dissolution par l’acide nitreux, est encore une preuve et un effet de la grande affinité de la platine avec l’or. On a trouvé néanmoins le moyen de séparer l’or de la platine, en mêlant cet alliage avec l'argent (1); et ce moyen est assez sûr pour qu’on ne doive plus craindre de voir le titre de l’or altéré [lar le mélange de la iilatine.
L’or est précipité de sa dissolution par le vitriol de fer, et la platine ne l’est pas; ceci fournit un moyen de séparer l’or de la iilatiue, s’il s y trouvait artificiellement allié; mais cet intermède ne peut rien sur leur alliage naturel. Le mercure qui s’amalgame si puissamment avec l’or ne s’unit point avec la platine; ceci fournit un second moyen de reconnaître l’or falsifié par le mélange de la platine; il ne faut que réduire 1 alliage en poudre, et la présenter au mercure qui s’emparera de toutes les jiarticules d’or, et ne s’attachera point à celles de la platine.
(1) » Lorsqu’on a môle de l’or avee de la platine il y a un moyen sûr de les séparer, celui c. du départ, en ajoutant an mélange trois fois autant d'argent ou environ (|u’il y a d’or:
» l’acide nitrenx dissout l’argent et la platine, et l’or tout entier en est sépare ; on verse ensuite « de l’aeidc marin sur la liqueur cliargée de l’argent et de la platine, snr-le-cliamp on a un „ précipité de l’argent seul ; et comme on a formé par-là une eau régale, la platine n’en est .. que mieux maintenue dans la liqueur qui surnage rargent précipité. Pour olitenir onsuile « la platine, on fait évaporer sur un bain de sable la liqueur qui la contient, et on traite le. ré- « sidu par le flux noir, en y ajoutant de la ehaux de cuivre propre à rassembler ces particules Il de platine ; ou lamine après cela le bouton de cuivre qu’on a retiré de I opération, et on le , fait dissoudre à froid dans de l’esprit de nitre affaibli; la platine se préciiùte au fond du .< matras, et apres un recuit, elle s’annonce avec scs caractères métalliques, mais avec nn dé- » chet de moitié ou environ, sur la quantité de platine qu’on a employée. Voilà le procédé que » j’ai suivi et par lequel on voit que je u’ai rien pu perdre par un défaut de soins ; après des « opérations réitérées, on parvient à réduire la platine à peu de grains, et enfin à la perdre tt totalement. Ces expériences annoncent que la platine .se décomposé et n’est pas un métal U simple; la matière noire et ferrugineuse se montre à ebaque operation, et se trouve melée i. avec celle qui a conservé l’état métallique; cette matière noirâtre qui n’a pu reprendre ses c. caractères métalliques, est fort légère et ne se précipite ipi’avec peine; on ne croirait jamaig qu’elle eût apiiartoiiu à un métal aussi pesant que la platine : quatre ou cim[ grains de cette .c ma déco osée ont le volume d’une noisette. « Note de M. Tillet.
Ces différences entre l’or cl la platine sont peu considérables en comparaison des rapports de nature que ces deux substances ont l’une avec l’aiilrc. La platine ne s’est trouvée (jue dans des mines d’or, et seulement dans deux endroits i)articuliers, et quoique tirée de la même mine, sa substance n’est pas toujours la meme ; car en essayant sous le marteau plusieurs grains de platine, telle qu’on nous 1 envoie, J ai reconnu que (juebiues-uns de ces grains s’étendaient assez facilement, tandis que d’autres se brisaient sous une percussion égale : cela seul suflirait pour faire voir que ce n’est j)oint un métal natif et d’une nature univoque, mais un mélange équivoque, qui se trouve plus ou moins aigre selon la quantité et la (|ualilé de matières alliées.
Quoique la j)laline soit Idanche a peu près comme 1 argent, sa dissolution est jaune, et même plus jaune que celle de l’or; cette couleur augmente encore à mesure que la dissolution se sature, et devientà la fois tout à fait rouge. (A'ite dernière couleur ne provient-elle pas du fer toujours uni à la platine (1)? En faisant évaporer lentement cette dissolution, on obtient un sel cristallisé, semblable au sel dor ; la dissolution noircit de même la peau, et laisse aussi précipiter la platine, comme l’or, par l’éther et j)ar les autres huiles éthérées; enfin son sel reprend, comme celui de l’or, sou état métallique, sans addition ni secours.
Le produit d(i la dissolution de la platine j)arait différer de 1 or dissous, en ce que le précipité de |)laline, fait par 1 alcali volatil, ne devient pas fulminant comme l’or; mais aussi peut-être que si l’on joignait une petite quantité de fer à la dissolution d’or, le précipité ne serait pas fulminant, .le préisume de même t|ue c’est par une cause semblable que le précipité de la platine ])ar l’étain ne se colore pas de pourpre comme celui de l’or; et dans le vrai, ces différences sont si légères en comparaison des grands et vrais rapports que la |)laline a constamment avec l'or, qu’elles ne suffisent pas à beaucoiq) près pour faire un métal à part et indépendant, d’une matière qui n’est très-vraisemblablement qu’altérée par le mélange du fer et de quelques vapeurs arsenicales : car, quoique notre art ne puisse rendre a ces deux métaux altérés leur première essence, il ne faut pas conclure de son impuissance à 1 impossibilité; ce serait prétendre que la nature n’a pu faire ce que nous no pouvons défaire, et nous devrions plutôt nous attacher à l’imiter qu’à la contredire.
(I) U plaliuc se dissout dans l’eau létjale, qui doit être composée de parties égales d’acide nitreux et d’acide marin. II en faut environ seize parties poui' une partie de platine, et il fout
qu’elle soit «idée de la chaleur ha dissolution prend une couleur jaune qui passe au rouge
brun foncé : il reste au fond du vaisseau des matières étrangères qui étaient mêlées à la platine, et particulièrement du solde magnéti(pie. La dissolution de la platine fournit par le refroidissement de petits cristaux opaques de couleur jaune et d’une saveur âcre; ces cristaux se fondent imparfaitement au feu , l’acide se dissipe, et il reste une chaux grise obscure. Éléments de Chimie, par M. de âlorvotiu, Ionie 11, pages 26(i et 2(17.
HISTOIRE NATURELLE
Aucun acide simple, ni même le sublime corrosif ni le soufre n’agissent pas plus sur la platine que sur l'or; mais le foie de soufre les dissout également : toutes les substances métalliques la précipitent comme l’or, et son précipité conserve de même sa couleur et son brillant métallique; elle s’allie, comme l’or, avec tous les métaux cl les demi-métaux.
La différence la plus sensible qu’il y ait entre les propriétés secondaires de l’or et de la platine, c’est la facilité avec laquelle il s’amalgame avec le mercure, et la résistance que la platine oppose à cette union. H me semble que c’est par le fer et par l’arsenic, dont la platine est intimement pénétrée, que l’or aura perdu son attraction avec le mercure qui, comme l’on sait, ne peut s’amalgamer avec le fer, et encore moins avec l’arsenic. Je suis donc persuadé qu’on pourra toujours donner la raison de toutes ces différences, en convenant avec moi que la platine est un or dénaturé par le mélange intime du fer et d’une vapeur d’arsenic.
La platine mêlée en parties égales avec l’or exige un feu violent pour se fondre ; l’alliage est blanchâtre, dur, aigre et cassant; néanmoins en le faisant recuire, il s’étend un peu sous le marteau. Si on met quatre parties d’or sur une de platine, il ne faut pas un si grand degré de feu pour les fondre : l’alliage conserve à peu près la couleur de l’or; et l’on a observé qu’en général l'argent blanchit l’or beaucoup plus que la platine. Cet alliage de quatre parties d’or sur une de platine peut s’étendre en lames minces sous le marteau.
Pour fondre la platine et l'argent mêlés en parties égales, il faut un feu très-violent, et cet alliage est moins brillant et plus dur que l’argent pur; il n’a que peu de ductilité; sa substance est grenue, les grains en sont assez gros, et paraissent mal liés; et lors méiue que l’on met sept ou huit parties d’argent sur une de platine, le grain de l’alliage est toujours grossier : on peut par ce mélange faire cristalliser très-aisément l'argent en fusion (1); ce qui démontre le peu d’affinité de ce métal avec la platine, puisqu’il ne contracte avec elle qu’une union imparfaite.
Il n’en est pas de même du mélange de la platine avec le cuivre ; c’est de tous les métaux celui avec lequel elle se fond le plus facilement : mêlés à parties égales, l’alliage en est dur et cassant ; mais si l’on ne met qu’une huitième ou une neuvième partie de platine, l’alliage est d’une plus belle couleur que celle du cuivre; il est aussi plus dur, et peut
(1) O Les cristallisations constantes de l’argent où il est entré de la platine semblent indi- « quel- réellement le pevi d’aflinitc qu'il y a entre ces deux métaux ; il paraît qile l’argent tend c> à se séparer de la platine. On a infailliblement des cristallisations d’argent bien prononcées « en fondant huit parties d’argent pur avec une partie de platine et en les passant à la coiiu pelle. .l’ai remis, pour le Cabinet du lloi, des boutons de deux gros ainsi ci islallisés à leur U surface; la loupe la moins forte d’un microscope fait distinguer nettement les petites pyraa mules de l’argent. » Remarque communiquée par M. Tillet,
DES MINÉllAUX.
recevoir un plus beau poli; il résiste beaucoup mieux à l’iiupression des éléments luimides ; il ne donne (pie peu ou point de vert-de-gris, et il est assez ductile pour être travaillé à peu près comme le cuivre ordinaire. On pourrait donc, en alliant le cuivre et la platine dans celle proporlion, essayer d’en faire des vases de cuisine, qui pourraient se passer d’étamage, et qui n’auraient aucune des mauvaises qualités du cuiM*e, de l’étain et du plomb.
La platine, mêlée avec quatre ou cinq fois autant de fonte de fei, donne un alliage plus dur que celte fonte, et encore moins sujet à la rouille : il prend un beau poli; mais il est trop aigre i)Our pouvoir être mis en œuvre comme l’alliage du cuivre. !M. Lewis, auquel on doit ces observ'ations, dit aussi que la platine se fond avec l étain en toutes proportions, depuis parties égales jusqu’à vingt-quatre parties détain sur une de platine, et que ces alliages sont d’autant plus durs et plus aigres que la platine est en plus grande quantité, en sorte qu’il ne parait pas qu’on puisse les travailler. Il en est de même des alliages avec le plomb, qui même exigent un feu plus violent que ceux avec 1 étain. Gel habile chimiste a encore observé que le [>louib et 1 argent ont tant de peine à s’unir avec la platine qu’il tombe toujours une bonne partie de la platine au fond du creuse^ dans sa fusion av'cc ces deux métaux, qui de tous ont par conséquent le moins d’aftinilé avec ce minéral.
Le bismuth, comme le plomb, ne s’allie qii imparfaitement avec la i)latinc, et l’alliage qui en résulte est cassant au point dètie friable : mais de la même manière que dans les métaux le cuivre est celui avec Icciuel la platine s’unit le plus facilement, il se trouve que des demi-métaux c’est le zinc avec le le(]uel elle s’unit aussi le plus parlailemenl. Cet alliage de la platine et du zinc ne change point de couleur, et icssemblc au zinc pur; il est seulement plus ou moins bleuâtre, selon la proportion plus ou moins grande de la platine dans le mélange : il ne se ternit point à l’air; mais il est plus aigre que le zinc (pii, comme l’on sait, s’étend sous le marteau. Ainsi, cet alliage de la platine et du zinc, quoique facile, n’offre aucun objet d’utilité. Mais si l’on mêle cpiatre parties de laiton ou cuivre jaune avec une partie de platine, l’union parait s’en faire d’une manière intime : la substance de l’alliage est compacte et fort dure; le grain en est trcs-lin et très-serré, et il prend un poli vif qui ne se ternit point à l’air. Sans être bien ductile, cet alliage peut néanmoins s’étendre assez sous le marteau, pour iiouvoir s’en servir à faire des miroirs de télescopes, et d’autres petits ouvrages dont le poli doit résister aux impressions de l’air.
J’ai cru pouvoir avancer, il y a quelques années (1), et je croîs pouvoir soutenir encore aujourd’hui, que la iilatine n’est point un métal pur, mais seulement un alliage d’or et de fer, produit accidentellement
(1) Supplcmcuts, lomel, pages 589 et suiv.
HTSTOTRE NATURELLE
cl par des eirconslanees locales. Comme Ions nos eliimisles, d'après 3IM. Scliœffer et Lewis, avaient sur cela pris leur parti, qu’ils en avaient parlé comme d’un nouveau métal parfait, ils ont clierelié des raisons contre mon opinion, cl ces raisons m’ont paru se l•éduire à une seule objection que Je tacherai de ne pas laisser sans réponse : « Si la pla- « tinc, dit un de nos plus habiles chimistes (1), était un alliage d’or et <1 de fer, elle devrait reprendre les propriétés de l’or à proportion qu’on « détruirait et qu’on lui enlèverait une plus grande quantité de son •I fer ; et il arrive précisément le contraire; loin d’acquérir la couleur « jaune, elle n’en devient (pie plus blanche, et les propriétés par les- « quelles elle diffère de l’or n’en sont que plus mari(uécs. » 11 est trèsvrai que si l’on mêle de l’or avec du fer dans leur étal ordinaire, on pourra toujours les séparer en quehpie dose qu’ils soient alliés, et qu’à mesure qu’on détruira et enlèvera le fer, l’alliage reprendra la couleur de l’or, et que ce dernier métal reprendra lui-même toutes ses propriétés dés que le fer en sei a séiiaré; mais n’ai-je pas dit et répété que le fer, qui sc trouve si intimement uni à la platine, n’csl pas du fer dans son état ordinaire de métal ; qu’il est au contraire, comme lesahlon ferrugineux, qui se trouve mêlé avec la platine, presque entièrement dépouillé (le scs lu’opriétés métalliques, puisqu’il est presque infusihie, qu’il résiste à la rouille, aux acides, et qu’il 'ne lui reste que la propriété d’être attirahle à l’aimant? Dès lors l’objection tombe, puisque le feu ne peut rien sur cette sorte de fer; tous les ingrédients, toutes les combinaisons chimiques, ne peuvent ni l’altérer ni le changer, ni lui ôter sa qualité magnétique, ni même le séparer en entier de la platine avec laquelle il reste constamment et intimement uni; et (pioique la platine conserve sa blancheur et ne prenne point la couleur de l’or, après toutes les épreuves qu’on lui a fait subir, cela n’en ]irouve que mieux que l’art ne peut altérer sa nature. Sa substance est blanche et doit l’èti e en effet en la supposant, comme je le fais, composée d’or dénaturé par l’arsenic, qui lui donne cette couleur blanche, et qui, quoique très-volatil, peut néanmoins y être Irès-lixement uni, et même plus intimement qu’il ne l’est dans le cuivre dont on sait qu’il est très-difficile de le séparer.
Plus j’ai combiné les observations générales et les faits particuliers sur la nature de la platine, plus je me suis persuadé que ce n’est qu’un mélange accidentel d’or imbu de vapeurs arsenicales, et d’un fer brûlé autant qu’il est possible, au(|uel le feu a par conséquent eidevé toutes ses propriétéîs métalliques, à rcxceplion de son magnétisme; je crois même que les physiciens qui réfléchiront sans préjugé sur tous li^s faits que je viens d’exposer seront de mon avis, et que les chimistes ne s’obstineront pas à regarder comme un métal pur et parfait une matière
(2) M. Ma(‘((iicr.
qui cs( évidemment alliée avec d’autres substances métalliques. Cependant voyons encore de plus pi ès les raisons sur lesquelles ils voudraient fonder leur opinion.
En recherchant les différences de l’or et de la platine jusque dans leur décomposition, on a observé : 1° que la dissolution de la platine dans l’eau régale ne teint pas la peau, les os, les marbres et pierres calcaires en couleur pourpre, comme le fait la dissolution de l’or, et que la platine ne se précipite pas en poudre couleur de pourpre, comme l’or précipité par l'étain : mais ceci doit-il nous surprendre, puisque la platine est blanche et que l’or est jaune? 2" L’esprit-de-vin et les autres huiles essentielles, ainsi que le \itriol de fer, précipitent l’or et ne précq)ilent pas la j)latine; mais il me semble que cela doit arriver puisque la platine est mêlée de fer a^ ec lequel le vitriol martial et les builes essentielles ont plus d’aflinité qu’avec l’eau régale, et qu’en ayant moins avec l’or elles le laissent se dégager de sa dissolution; 3" Le précipité de la platine par l’alcali volatil ne devient i)as fulminant comme celui de l’or : cela ne doit pas encore nous étonner ; car cette précipitation produite par l’alcali est plus qu’imparfaite, attendu que la dissolution reste toujours colorée et chargée de platine, qui dans le vrai est plutôt calcinée que dissoute dans l’eau régale : elle ne peut donc pas, comme l’or dissous et précipité, saisir l'air que fournit l’alcali volatil, ni par conséquent devenir fulminante ; 4° La platine traitée à la coupelle, soit par le plomb, le bismuth ou l’antimoine, ne fait point l’éclair comme l’or, et semble retenir une portion de ces matières ; mais cela ne doit-il pas nécessairement arriver, j)uisque sa fusion n’est pas |)arfaitc, et qu’un mélange avec une matière déjà mélangée, ne peut produire une substance pure, telle que celle de l’or quand il fait l’éclair? Ainsi toutes ces différences, loin de prouver que la platine est un métal simple et différent de l’or, semblent démontrer au contraii'e (pie c’est un or dénaturé par l’alliage intime d’une matière ferrugineuse également dénaturée; et si notre art ne peut rendre à ces métaux leur première forme, il ne faut pas en conclure que la substance de la platine ne soit pas composée d’or et de fei‘, puisque la présence du fer y est démontrée par l’aimant, et celle de l’or par la balance.
A\ant que la platine fût connue en Europe, les Espagnols, et même les Américains, l’avaient fondue en la mêlant avec des métaux, et particulièrement avec le cuivre et l’arsenic; ils en avaient fait différents petits ouvrages qu’ils donnaieni à plus bas prix que de pareils ouvrages en argent : mais avec quelque métal qu’on jmissc allier la platine, elle en détruit ou du moins diminue toujours la ductilité; elle les rend tous aigres et cassants; ce qui semble prouver qu’elle contient une petite quantité d’arsenic, dont on sait qu’il ne fauttpi’un grain pour produire cet effet sur une masse considérable de métal. D’ailleurs il parait que dans ces alliages de la platine avec les métaux la combinaison des substances ne se fait pas d’une manière intime ; c’((st plutôt une agréga-
58 HISTOIfiE NATURELLE
tion qu'une union parfaite et cela seul suffit pour produire l’aigreur de ces alliages,
M. de Morveau, aussi savant physicien qu'habile chimiste, dit avec raison que la densité de la platine (I) n’est pas constante: qu’elle varie inénie suivant les dilïérents procédés ([u’on emploie pour la fondre, ({uoiqu’elle n’y prenne certainement aucun alliage (2). Ce fait ne démontre-t-il pas deux choses? la première, que la densité est ici d’autant moindre que la fusion est plus imparfaite, et qu’elle serait peut-être égale à celle de l’or si l’on pouvait réduire la platine en fonte parfaite; c’est ce que nous avons lâché de faire en en faisant passer quelques livres à liavers les charbons dans un fourneau d’aspiration (3); la
(1) Selon M. Brissoii, la plaliuc en grenaille no pèse que mille quatre-vingt-douze livres deux onces le pied cube, tandis que la platine fondue et écrouie pèse mille quatre ccut vingttrois livres neuf onces, ce qui surpasse la densité de l’or battu et écroui, qui ne pèse que mille trois cent cinquante-cinq livres cinq onces. Si cette détcnninalion est exacte, on doit en inférer que la platine fondue est susceptible d’une plus grande compression que l’or.
(2) Eléments de Cbimie, tome I, page lit).
(3) » Il est impossible do fondre la platine ou or blanc dans un creuset, sans addition. Il « résiste à un feu aussi vif, et même plus fort que celui qui fond les meilleurs creusets,.. Il « fondrait beaucoup plus aisément sur les cbarbons, sans creuset; mais on ne peut le traiter « ainsi, quand on n’en a pas une livre, et j’étais dans ce cas. Le plilogistique des charbons ne « contribue en aucune manière à la fusion de ce métal ; mais leur chaleur animée par le souf- « net de forge est beaucoup plus forte que celle du creuset. » Description de l’or blanc, etc., par M. Schmfîer, Journal étranger, mois de novembre 17ü7. — J’ai pensé sur cela comme M. Scliœlfer, cl j’ai cru que je viendrais à bout de fondre parfaitement la platine en la faisant passer à travers les charbons ardents, et en assez grande quantité pour pouvoir la recueillir en fonte; M. do .Morveau a bien voulu conduire celte opération en ma prc.scnce ; pour cela nous avons fait construire, au mois d’aoiit dernier 1781, une esjiècc de haut fouineau de treize pieds huit pouces de hauteur totale divisée en quatre |iarties égales, savoir : la partie inférieure, de lorme cylindrique de vingt pouces de haut sur vingt pouces de diamètre, formée de trois dalles de pierre calcaire posées sur une pierre de même nature, rieusée légèrement en fond de chaudière ; ce cylindre était |)crcé vers le bas de trois ouvertures disposées aux sommets d’un triangle équilatéral inscrit; ebacunc de ces ouvertures était de huit pouces de longueur sur dix de hauteur, et défendue à rcxtéricur par des murs en brique, à la manière des gardes-tirants des fours à poi'celainc.
La seconde partie du fourneau , formée de dalles de même pierre , était en cône de douze pouces de hauteur, ayant au bas vingt pouces de diamètre et neuf pouces au-dessus ; les dalles de ces deux parties étaient enti'otenues [lar des cercles de fei’.
La troisième partie, formant un tuyau de neuf pouces de diamètre et de cinq pieds do long, fut eonstruite en briques.
Un tuyau de tôle de neuf pouces de diamètre et six pieds de hauteur, placé sûr le tujmu de briques, formait la quatrième et dernière partie du fourneau; on avait pratiqué une porte vers le bas pour la commodité du chargement.
Ce fourneau ainsi construit , on mit le feu vers les quatre heures du soir : il tira d’abord assez bien; mais ayant été chargé de charbon jusqu’aux deux tiers du tuyau de briques, le feu s’éteignit, et on eut assez de peine à le rallumer et à faire descendre les charbons qui s’engorgeaient; l’humidité eut sans doute aussi quelque part à cet effet; ce ne fut qu’à minuit que le tirage se rétablit ; on l’cnlrelint jusqu’à huit heures du ipatin en chargeant do char-
seconde, c’est que cet alliage de fer et d’or, produit par un accident de nature, n’est pas, comme les métaux, d’une densité constante, niais d’une densité variable, et réellement différente suivant les circonstances; en sorte que telle platine est plus ou moins pesante que telle autre, tandis que dans tout vrai métal la densité est égale dans toutes les parties de sa substance.
bon H ta hauteur de cinq pieds seulement , et bouchant alternativement un dés tisards pour augmenter ractivitc dos deux autres.
Alors on jeta dans ce fourneau treize onces de platine mclce avec quatre livres de verre de bouteille pulvérisé et tamisé, et ou continua de charger de charbon à la même hauteur de cinq pieds au-dessus du fond.
Deux heures après on ajouta même quantité de platine et de verre pilé.
On aperçut vers le midi quelques scories à l’ouverture des lisards; elles étaient d’un verre grossier, tenace, pâteux, et présentaient à leur snrfatc des grains de platine non attaqués ; on fit rejeter dans le fourneau tontes celles que l’on put tirer.
On essaya de boucher .â la fois deux lisards, et l’élévation de la flamme fil voir que le tirage en était réellement augincuté; mais les cendres qui s’amoncelaient au fond, arrêtant le tirage on prit le parti défaire jouer un très-gros soulllet en introduisant la husedaits un des tisards, les autres bouchés, et pour lors on enleva le tuyau do tôle cjni devenait inutile.
On reconnut vers les cinq heures du soir que les cendres étaient diminuées; les scories , mieux fondues, contenaient une infinité de petits globules de platine; mais il ne fut pas possible d’iditenir un laitier assez fluide pour permettre la réunion des petits culots métalliques; on arrêta le feu à minuit.
Le fourneau ayant été ouvert après deux jours de refroidissement, on trouva sur leftnid une masse de scories grossières, formées des cendres vitrifiées cl de quelques matières étrangères portées avec le charbon; la platine y était disséminée eu globules de différentes grosseurs, quelques-uns du poids de vingt-cinq à trente grains, tous Irès-attirables .à l’aimant; on observa dans quelques parties des scories une espèce de cristallisation en rayons divergents, comme l’asbeste ou rhématitc striée. La chideur avait été si violente que, dans tout le pourtour intérieur, la pierre du fourneau était complètement calcinée de trois pouces et demi d’épaisseur et même entamée eu quelques endroits par la vitrification.
Les scories pulvérisées furent débarrassées , par un lavage eu grande eau , de toutes les parties de chaux et même d’une portion de la terre. On mil toute lu matière restante dans un très-grand creuset de plomb noii' avec une addition de six livres d’aleuli extemporané; ce creuset fut placé devant les sonlllets d’une cluiulferie; en moins de six licures, le creuset fut percé du côté du vent, et il fallut arrêter le feu, parce que la matière qui en sortait coulait au devant des soufllcts.
On reconnut le lendemain, à l’ouverture du creuset, que la masse vitreuse qui avait coulé et qui était encore attachée au creuset tenait une quantité de petits culots de platine du poids de soixante à quatre-vingts grains chacun, et qui étaient formés de globulesrefondus; ces culots étaient de meme Irès-magnétiqnes, et plusieurs présentaient a leur surface des cléments de cristalli.sation. Le reste de la platine était à peine agglutiné.
ün pulvérisa grossièrement toute la masse, et en y promenant le barreau aimanté, on en retira près de onze onces de platine, tant en globules qu’en poussière métallique ; celte expérience fut faite aux forges de llulfon, cl en même temps nous répétâmes dans mon laboratoire de Montbard l’expérience de la platine malléable; on fît dissoudre un globule de platine dans l’eau régale, on précipita la dissolution par le sel ammoniac; le précipité, mis dans un creuset au feu d’uiic petite forge, fut prompicnient revivifié, quoique sans fusion complète, il s’étendit
HISTOIRE NATURELLE
M. deMor\pan a reconnu, eonnne moi el avec moi, que la platine est en elle-même magnétique, indépendamment du sablon ferrugineux dont elle est extérieurement mêlée et quckjuefois environnée. Comme cette observation a été contredite, et que ScIiœlTer a |)rétendu qu'en faisant seulement rougir la platine elle cessait d’être attirable à l'aimant; que d’autres cliimisles en grand nombre ont dit (jiTaprcs la fonte elle était absolument insensible à l'action magnétique, nous ne pouvons nous dispenser de pi'ésenter ici le résultat des expéi'icnces, et les faits relatifs à ces assertions,
MM. Macquer et Baumé assurent avoir reconnu : « qu’en [)0ussant « à un très-grand feu pendant cinquante heures la coupellation de la >1 platine, elle avait perdu de son poids ; ce qui prouve que tout le plomb « avait passé à la coupelle avec quelque matière qu’il avait enlevée, « d'autant que cette platine passée à cette forte épreuve de coupelle I! était devenue assez ductile pour s’étendre sous le marteau (1). » Mais s'il était bien constant que la i)laline perdit de son poids à la coupellation, et qu’elle en perdit d’autant plus que le feu est plus 'violent et plus longtemps continué, cette coupellation de cinquante heures n’était encore qu’imparfaite, et n’a pas réduit la platine à son état de pureté : « On n’était pas encore parvenu , dit avec raison M. de Morveau, à « achever la coupellation de la platine, lorsque nous a\ons fait voir •c qu’il était possible de la rendre complète au moyen d’un feu de la « dernière violence. M. de Buffon a inséré dans ses Suppléments le dé- « tail de ses expériences qui ont fourni un bouton de platine pure, et « absolument privée de plomb et de tout ce qu’il aurait pu scorifier; et « il faut obser\ cr que celte platine manifesta encore un peu de sensibi- « lité à l’action du barreau aimanté lorsqu’elle fut réduite en poudre; « ce qui annonce que cette propriété lui est essentielle, puisqu’elle ne i< peut dépendre ici de l’alliage d’un fer étranger (2). » On ne doit donc
ti’cs-bien sous le marteau, et les parcelles alU'nuces et divisées dans le mortier d’agate se trouvèrent encore sensibles à l’aimant.
(t) Dictionnaire de Chimie, art. l’Iatine.
(t) Éléments de Chimie, tome I, page 219. » Il n’est pas possible, dit ailleurs M. de Jlor- « veau, de supposer que la portion de platine d’abord traitée par le nitre et ensuite par l’acide « vitriolique fût un fer etranger à la platine ellc-mcmc, puisqu’il est évident qu’il aurait été U calciné à la iircmicrc détonation, et que nous avions eu l’attention de ne soumettre à la « seconde opération que la platine qui avait reçu le brillant métallique ; cette réflexion nous « a engagés à traiter une troisième fois les cinq cents grains restants, et le résultat a été U encore plus satisfaisant. Le creuset ayant été tenu plus longtemps au feu , la platine était « comme agglutinée au-dessous de la matière saline, la lessive était plus colorée et comme O verdâtre, et la poussière noire plus abondante: l’acide vitriolique, bouilli sur ce qui était O resté sur le filtre, était sensibleincnt plus chargé, et la platine en état de métal, réduite à « trente-cinq grains, compris quelques écailles qui avaient l’apparence de fer brûlé, et qui a étaient beaucoup plus larges qu’aucun des grains de platine. Une autre circonstance bien igné de remarque, c’est que dans ces trcnlc-cinq grains ou découvrait aisément, à la seule
ÜES aUAEIlAUX.
l)as l'cgnrder la platine comme un métal pur, simj)le et itarfait, puisqu’en la pui'iliant autant qu’il est possible elle contient toujours des parties de fer qui la rendent sensible à l’aimant. M. do Morveau a fondu la platine, sans addition d’aucune matière métallique, par un fondant composé de huit parties de verre pulvérisé, d’une partie de borax calciné, et d'une deini-pai'tie de poussière de charbon. Ce fondant vitreux et salin fond également les mines de fer et celles de tous les autres iné taux (1) ; et après cette fusion, où il n’entre ni fer ni aucun autre métal, la platine broyée dans un mortier d’agate était encore attirable à l’ai niant. Ce meme habile chimiste est le premier qui soit venu à bout d’allier la [ilaline avec le fer forgé, an moyen du fondant ipie nous \c lions d’indiquer ; cet alliage du fer forgé avec la platine est d’une extrême dureté; il reçoit un très-beau poli qui ne se ternit point à l’air, et ce serait la matière la plus propre de toutes à faire des miroirs de télescope (2).
Je pourrais rapporter ici les autres expériences par lesquelles M. de iMorveau s’csl assuré que le for existe toujours dans la platine la plus purifiée. On les lira avec satisfaction dans son excellent ouvrage (3) : on y trouvera, entre antres choses utiles, l’indication d’un moyen sûr et facile de reconnaître si l’or a clé falsitié par le mélange de la platine ; il suffit pour cela de faire dissoudre dans l’eau régale une portion de cet or suspect, et d’y jeter quelques gouttes d’une dissolution de sel ammoniac; il n’y aura aucun précipité si l’or est pur, et au contraire, il se fera un précipité d’un beau jaune s’il est mêlé de platine : on doit scu lement avoir attention de ne pas étendre la di.ssolution dans beaucoup d’eau (4). C’est eu traitant le précipité de la platine par une dissolution concentrée de sel ammoniac, et en lui faisant subir un feu de la dernière violence, qu’on peut la rendre assez ductile pour s’étendre sous le marteau; mais dans cet état de plus grande pureté, lorsqu’on la
« vue , nombre de paillettes de couleur d’or, tandis qu’auparavant nous u’en avions aperçu « aucune, inèinc avec le secours do la loujie...
« A’ous avons fait digérer dans l’eau régale la poussière noire qui avait été séparée par les U lavages; clic a fourni une dissolution passablement ebargée , qui avait tous les caractères O d’une dissolution de platine , ([ui a donné sur-le-champ un beau précipité jaune pôle, par « l’addition de la dissolution de sel ammoniac, ce ipii n’arrivc pas à la dissolution de fer dans « le meme acide mixte; la liqueur prussienne saturée l’a colorée en \crl, et la fécule bleue a a été plusieurs jours à se rassembler. » éléments de Chimie, par JJ. de Jloiveau, tome II, pages Jüo et suiv.
(Ij Idem, torne I, page 227.
(2) La platine est de tous les inétaii.x le plus propre è faire les miroirs des télescopes, puis qu’elle résiste, aussi bien ([ue l’or, aux ^■ape^rs de l’air, (|u elle est compacte, fort dense, sans couleur cl plus dure (iiic l’or, que le défaut de ces deux pro|)riélés i cnd inutile pour cet usage, ücscription de l’ür blanc, par M. Scbœll'cr; Journal étranger, mois de novembre 1737.
(3) Voyez les Eléments de Chimie, tome II, p. lii et bui\ .
(i) Éléments de Chimie, tome 11, p. 201) et 314.
IIISTÜIKE NATURELLE
réduit en poudre, elle est encore attirable à l’aiinaiit. La |)latine est donc toujours mêlée de fer, et dès lors on ne doit pas la regarder comme un métal simple : celte vérité, déjà bien constatée, se confirmera encore par toutes les expériences ((u’on voudra tenter pour s’en assurer, flf. Margraff a précipité la platine par plusieurs substances métalliques; aucune de ces précipitations ne lui a donné la platine en état de métal, mais toujours sous la forme d’une poudre brune : ce fait n’est pas le moins important de tous les faits qui mettent ce minéral hors de la classe des métaux siuqdcs.
M. Lewis assure que l’arsenic dissout aisément la platine : M. de Morveau, plus exact dans scs expériences, a reconnu que cette dissolution n’était qu’imparfaite, et que l’arsenic corrodait plutôt qu’il ne dissolvait la platine; et de tous les essais qu’il a fait sur ces deux minéraux, joints ensemble, il conclut qu’il y a entre eux une très-grande affinité, « ce qui ajoute, dit-il, aux faits qui établissent déjà tant de rapports « entre la platine et le fer. » Mais ce dernier fait .ajoute aussi un degré de probabilité à mon idée sur l’existence d’une petite quantité d’arsenic dans cette substance composée de fer et d’or.
A tous ces faits qui me semblent démontrer que la platine n’est point un métal pur et simple, m.ais un mélange de fer et d or tous deux altérés, et dans Uapiel ces deux métaux sont intimement unis, je dois ajouter une observation (jui ne peut que les confirmer : il y a des mines de fer, tenant or et argent, qu’il est inqmssible même avec seize parties de plomb de réduire en scories fluides; elles sont toujours pâteuses et filantes, et par conséquent l’or et l’argent qu’elles contiennent ne peuvent s’en séparer pour se joindre au plomb. On troine en une infinité d’endroits des sables ferrugineux tenant de l’or : mais jusqu’à présent on n’a pu, par la fonte en grand, en séparer assez d’or pour payer les frais ; le fer qui se ressuscite retient l’or, ou bien l’or reste dans les scories (1). Cette union intime de l’or avec le fei- dans ces sablons ferrugineux, qui tous sont très-magnétiques et semblables au sablon de la platine, indique que cette même union peut bien être encore plus forte dans la platine où l’or a souffert, par quelques vapeurs arsenicales, une altération qui l'a privé de sa ductilité, et cette union est d’autant plus difficile à rompre, que ni l’un ni l’autre de ces mélaux n’existe dans la plaline en leur état de nature, puisque tous deux y sont dénués de la plupart de leurs [)ropriétés métalliques.
(1) Traite de la fonte des n.ines de SchliiUcr , tome I , p. 183 et IS'f. — Nota. Ou doit néanmoins observer que le procédé indiqué par M. Ilcllot , d’après Schlutter , u’est peut-être pas le meilleur qu’ou puisse employer pour tirer Tor et l’argent du fer. M. de Grignon dit qu’il faut seorifier par le soufre, rafraîchir par le plomb et coupellcr ensuite; il assure que le sieur Vatriu a tiré l’or du fer avec quelque bénéfice, et qu’il en a traité dans un an quarante milliers qui venaient des forges de M. de La Bloiize , en Niveruois et Berry , d’une veine de mine de fer qui a cessé de fournir de ce minéral aurifère.
DES MlNIiUAUX.
« Toutes les expériences que j’ai faites sur la platine, m’écrit M. Til- « let, me conduisent à ci'oire qu’elle n’csl i)oinl un métal simple, que « le fer y domine, mais qu’eile ne contient point d'or. >> Quelque confiance que j’aie aux lumières de ce savant académicien, je ne puis me persuader que la partie dense de la platine ne soit pas essentiellement de l’or, mais do l’or altéré, et auquel noire art n’a pu jusqu’à présent rendre sa première forme. îVe serait-il pas plus qu’étonnant qu'il existât en deux seuls endroits du monde une matière aussi pesante que l’or, qui ne serait pas de l’or; et (pic cette matière si dense, qu’on voudrait supposer différente de l’or, ne se trouvât néanmoins que dans des mines d’or? Je le répète, si la platine se trouvait, comme les autres métaux, dans toutes les parties du monde , si elle se trouvait en mines particulières, et dans d’autres mines que celles d’or, je pourrais penser alors avec M. Tillet qu’elle ne contient point d’or, et qu’il existe en effet une autre matière à peu prés aussi dense que l’or dont elle serait conqxisée avec un mélange de fer; et dans ce cas, on pourrait la regarder comme un septième métal, surtout si l’on pouvait parvenir à en séparer le fer : mais jusqu’à ce jour tout me semble démontrer ce que j’ai osé avancer le premier, que ce minéral n’est point un métal simple, mais seulement un alliage de fer et d’or. Il me parait même (pi’on peut prouver par un seul fait que cette substance dense de la platine n’est pas une matière particulière essentiellement différente de l’or; puisque le soufre ou sa vapeur agit sur tous les métaux, à l’exception de l’or, et que n’agissant point du tout sur la platine, on doit en conclure que la substance dense de ce minéral est de même essence que celle de l’or ; et l’on ne peut pas objecter que par la même raison la jilatine ne contienne pas du fer, sur lequel l’on sait que le soufre agit avec grande énergie, parce qu’il faut toujours se souvenir que le fer contenu dans la jilalinc n’est point dans son état métalli(pie, mais réduit en sablon magnétique, et que dans cet état le soufre ne l’attaque pas plus qu’il n’attaque l’or.
m. le baron de Sickengen, homme aussi recommandable par scs qualités personnelles et ses dignités que par scs grandes connaissances en chimie, à communi(|ué à l’Académie des Sciences, en 1778, les observations et les expériences qu’il avait faites sur la platine; et je fais ici volontiers l’éloge de son travail, quoique je ne sois pas d’accord avec lui sur quelques points que nous avons probablement vus d’une manière différente. Par exemple, il annonce par son expérience 21, que le nitre en fusion n’altère pas la platine ; je ne puis in’empccher de lui faire observer que les expériences des autres chimistes, et en particulier celles deM. de Morveau, prouvent le contraire, puisque la platine, ainsi traitée, se laisse attaquer par l’acide vitriolique et par l’eau-forte (1).
L’expérience 22 deM. le baron de Sickengen parait conlirmerlesoupç.on
(1) VuypK lus Élémoiilü de Chiuiie, par M, do Morveau, tomu 11, p. lHâ et suif.
IIlSTülUE NATIKELLE
(jue j’ai toujours eu (|ue la platine ne nous arrive pas telle qu’elle sort de la mine, mais seulement a])rés avoir passé sous la meule, et très-probablement après avoir èlè soumise à l’amalgame; les globules de mercure que M. Scbœlfer et M. le comte de iMilly ont remarqués dans celle qu’ils traitaient, viennent à l’appui de cette présoin))tion que je crois fondée.
J’observerai au sujet de l’expérience lV,i de iM. le baron de Sickengen, qu’elle avait été faite auparavant, et publiée dans une lettre qui m’a été adressée par M. de iMorveau, et qui est insérée dans le Journal de Physique, tome VI, page 193. Ce que M. Sickengen a fait de jdus que M. de iMorveau, e’esl qu’ayant opéré sur une plus grande quantité de platine, il a pu former un barreau d’un culot plus gros que celui que M. de IMorveau n’a pu étendre qu’en une petite laine.
Je nç peux me dispenser de remarquer aussi que le principe posé pour servir de base aux conséquences de l’exiiérience 36, ne me paraît pas juste : car un alliage même fait par notre art peut avoir ou acquérir des propriétés différentes dans les substances alliées, et par conséquent la platine pourrait s’allier au mercure, sans qu’on put en conclure qu’elle ne contient pas de fer; et même cette expéi’ieiice 36 est peut-être tout ce qu’il y a de plus fort jiour prouverai! moins l’impossibilité de priver la platine de tout fer, puisque cette platine reviviliée ipie l’on nous donne pour la plus pure, et qui éprouve une sorte de décomposition par le mercure, produit une poudre noire martiale, attirableà l’aimant, et avec laquelle on peut faire le bleu de Prusse. Or, pour conclure, comme le fait l’illustre auteur (expérience 59) que l’analyse n'a point de prise sur la platine, il aurait fallu répéter sur le produit de l’expérience 39 les épreuves sur le pi-oduit de l’expérience 56, et démontrer qu’il ne donnait plus ni poudre noire ni atomes magnétiques, ni bleu de Prusse; sans cela le procédé qui fait l’amalgame à cliaud n’est plus qu’un procédé approprié qui ne décide rien.
J’observe encore que l’expérience 64 donne un résultat qui est plus d’accord avec mon opinion (iu’a\ec celle de l’auteur; car, par l’addition du mercure, le fer, comme la [ilaline, se sépare en poudre noire, et cela seul sullit pour inliriner les consé(iuences qu’on voudrait tirer de cette expérience. Entin , si nous ra|iprocbous les aveux de cet habile ebimiste, qui ne laisse pas de convenir « que la platine ne peut jamais Il être privée de tout fer... qu’il n’est pas prouvé qu’ellesoit homogène... <1 qu’elle contient ciinj treiziémes de fer qu’on peut retirer progressive- « ment par des procédés très-compliqués; qii’cntin il faut, avant de <1 rien décider, répéter sur la platine réduite toutes les expériences Il qu’il a faites sur laplaline brûle; » il nous jiarait qu’il ne devait pas pi'ononccr contre scs propres présonqtlions, en assurant, comme il le fait, que la platine n’est pas un alliage, mais un métal simple.
M. Bowlesdans son Histoire naturelle de l’Espagne, a inséré les expériences et les observalions qu’il était plus à portée que pei'sonue de faire
DES MÏNERAUX.
sur celle iiialière, puisque le gouvcrnemeiil lui avait fait reuieltre uiic grande quaiilité de plaliiic pour l’éprouver; néanmoins il nous apprend peu de choses , cl il attaque mon opinion par de petites raisons : «' En « 1758, dit-il, le ministre me fit livrer une (inantilé suflisanle de jilatine, « avec ordre de soumcllre cette matière à mes expériences et de donner « mon avis sur le bon et le mauvais usage qu’on pourrait on faire. Celte Il platine qu’on me remit était accompagnée de la note suivanic : Il Dans l’évéclié de Popayan, suff^rayant de Lhmi, U y a beaucoup de minas Il d ur, et une entre autres nommée clioco ; dans une partie de la montagne Il se trouve en grande rjuantité une espèce de sable que ceux du pays appelt lent platine ou or blanc. En examinant celte matière, je trouvai <)u’eile Il était fort pesante et mêlée de quelques grains d'or couleur de suie.... Il Après avoir séparé les grains d'or, j’ai trouvé que la platine était Il plus pesante que l’or à 20 carats; en ayant fait battre (|uelques grains Il sous le marteau, je vis qu’ils s'étendaient de cinq ou six lois leur Il diamètre, et qu'ils restaient blancs comme l’argent : mais les ayant Il envoyés à un batteur d’or, ils se brisèrent sous les pilons.... Je Il voulus fondre celle platine à un feu Irès-violcnt, mais les grains ne Il liront (|uo s’agglutiner... J’essayai de la dissoudre jiar les acides, le Il vilriolique et le nitreux ne ralla({uèrent point, mais l’acide marin Il parut rcnlamer;el ayant versé une bonne dose de sel ammoniac sur Il cclacitle, je vis tonie la platine .se précipiter en une maiière couleur Il de brique ; enlin, après un grand nombre d’expériences l aisonnées, Il je suis parvenu à faire, avec la platine, du véritable bleu de Prusse. Il Ayant reconnu par ces mêmes expériences que la platine contenait un Il peu de fer, et m’étant souvenu que dans mes premières opérations Il les grains de jilaline exposés à un feu violent a\ aicnt contracté entre Il eux une adhérence très-superficielle, pnis(|n il ne fallait qu’un coup Il assez léger jiour les séparer, je conclus (]ue cette adhérence était Il l’effet de la fusion d’une couche déliée de fer <jni les l'ccouvrait, et « que la substance métallique intérieure n’y avait aucune part et ne Il contenait point de fer. « Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de nous arrêter ici pour faire sentir le faible de ce raisonnement, cl le faux de la conséquence qu’en lire M. Ilowles. Cependant il insiste; et sc niuni-ssaid de l'aiilorilé des chimisles qui ont regardé la platine comme Un nouveau métal simple et parfait, il argumente assez longuement contre moi : « Si la platine, dit-il, était un composé d'or cl de fei’, Il comme le dit .M. de lUiffon, elle tlevrait conserver toutes les proprié- 11 tés qui résullent de celle composition, et cependant une foule d’ex- " périences prouve le contraire. » Cet habile naturaliste n’a pas fait attention que j’ai dit expressément (pic le fer et l’or de la platine n’étaient pas dans leur èlalordinaire, comme dans un alliage arliliciel; cl s’il eût considéré sans préjugé ses propres expériences, il eiil reconnu que toutes liroiivent la présence et l’union intime du sablon fei rugineux et magnétique avec la platine, cl (pi’aucune ne peut démuni rer le coulraire. Au
4(1 IJISTOUIE N4ÎUHEILE
rcsle, coumic les ex[)érieiiccs de M. Rowlcs sonl prcs([iic toutes les inêiiies que celles des autres cliimistcs , et (jue je les ai exposées et discutées ci-devant, je ne le suivrai plus loin que pour observer que, nialgré ses objections contre mon opinion, il avoue néanmoins « que « quoiqu’il soit persuadé que ta platine est un métal sut j/euensj et non « pas un simple mélange d’or et de fer, il n’ose, malgré cela, prononcer <! affirmativement ni l’un ni l’autre , et que, quoique la platine ait des « propriétés différentes de celles de tous les autres métaux connus, il « sait trop combien nous sommes éloignés de connaître sa véritable U nature. «
Au reste, M. Bowles termine ce cliapitre sur la platine par quelques observations intéressantes. « La platine, dit-il, que je dois au célèbre « don Antonio de IJlIoa, est une matière qui se rencontre dans des <t mines qui contiennent de l’or ; elle est unie si étroitement avec ce « métal, qu’elle lui sert comme de matrice, et que ce n’est qu’avec beau- •1 coup d’efforts, et à grands coups, qu’on parvient à les séparer j en « sorte (jue si la platine abonde à un certain point dans une mine, ou « est forcé de l’abandonner, parce que les frais et les travaux néces- « saires pour faire la séparation des deux métaux absorberaient le « profit.
it Les seules mines d’où l’on tire la platine sont celles de la Nouvclleic Grenade; et en particulier celles de Choco et de Barbacoa sont les « plus riches. Il est remarquable que celte nialière ne se trouve dans aucune « autre mine, soit du Pérou^ soit du Chili , soit du Mexique. Au reste la « platine se trouve dans les susdites mines, non-seulement en masse,
« mais aussi en grains séparés comme des grains de sable. Enfin, il faut « être réservé à tirer des conséquences trop générales des expériences « qu’on aurait faites sur une pareille quantité de platine tirée d’un seul « endroit de la mine, expériences qui pourraient être démenties par « d’autres expériences faites sur celles d’un autre endroit des mêmes « mines... Remarquant, continue M. Bowles, que la platine contenait U du fer, et que le cobalt en contient aussi ; qu’on trouve beaucouj) de « grains d’or de couleur de suie mêlés av'ec la platine, que cette espèce « nouvelle de sable métallique est unique dans le monde, qu’elle se « trouve en abondance dans une montagne aux environs d’une luine « d’or, et qu’il y a beaucoup de volcans dans ce pays, je me suis péril suadé que la montagne renferme du cobalt , comme celle de la vallée U de Gistan, dans les Pyrénées d’Arragon; que le feu d’un volcan aura <1 fait évaporer l’arsenic cl aura formé quelque chose de semblable au « régule de cobalt ; que ce régule se fond cl se mêle avec l’or quoiqu il « contienne du fer, et que le feu appliqué pendant un grand nombre « de siècles, privant la matière de sa fusibilité, aura formé ce sable « métallique... que les grains d’or de forme irrégulière et de couleur « de suie sont aussi l’effet du feu d’un volcan lorsqu’il s’éteint; que les * grains de platine (pii contractent adhérence, à cause de la couche
DES MINÉRAUX. il
« légère tic fer étendu à leur surface, seul le résultat de la décoinposi- « tien du fer dans le grand noinbre\le siècles f|ui se sont écoulés depuis <£ que le volcan s’est éteint, et que ceux qui n’ont point cette couche « ferrugineuse n’ont pas eu assez de temps depuis l’extinction du volcan « pour l’acquérir. Cela paraîtra un songe à plusieurs; mais je suis le « grand argument de M. de Buffon (1). « M. Bowles a raison de dire qu'il suit mon grand argument : cet argument consiste, en effet, eu ce que la platine n’est point, comme les métaux, un produit primitif de la nature, mais une simple production accidentelle, qui ne se trouve qu’eu deux endroits dans le monde entier ; que cet accident, comme je l’ai dit, a été produit i>ar le feu des volcans, et seulement sur des mines d'or mêlées de fer, tous deux dénaturés par l’action continuée d’un feu trèsviolent; (lu’à ce mélange de fer et d’or il se sera joint quelques vapeurs arsenicales, qui auront fait perdre à l’or sa ductilité, et que de ces combinaisons très-naturelles, et cependant accidentelles, aura résulté la formation de la platine. Ces dernières observations de M. Bowles, loin d’infirmer mon opinion, semblent au contraire la confirmer pleinement : car elles indiquent dans la platine non-seulement le mélange du fer, mais la présence de l'arsenic; elles annoncent que la platine d’un endroit n’est pas de même qualité que celle d’un autre endroit; elles prouvent qu’elle se trouve en masse dans deux seules mines d’or, ou en grains et gi-enailles dans des montagnes toutes composées de sablon ferrugineux, et toujours près des mines d’or et dans des contrées volcanisées. La véi'ilé de mon opinion me parait donc plus démontrée que jamais ; et je suis convaincu que plus on fera de recherches sur l’histoire naturelle de la platine, et d’expériences sur sa substance, plus on reconuaitra qu’elle n’est point un métal simple ni d'une essence pure, mais un alliage de fer et d’or dénaturé tant par la violence et la continuité d’un feu volcanique, que par le mélange des vapeurs sulfureuses et arsenicales, qui auront ôté à ces mélaux leur couleur et leur ductilité.