CUIR ET LIÈGE DE MONTAGNE
Dans l’amiante et l’asbesle, les fiartics constituantes sont disposées en filaments souvent parallèles, quelquefois divergenis ou mêlés confusément; dans le cuir de montagne, ces mêmes parties talqueuses ou mica-
anciens l’ont appelée AmianHius), surtout eu un certain village de même nom, qui était autrefois fort connu et fort renommé à cause de la filasse, du fil et des toiles que les habitants en faisaient. De.scription de l’Archipel, par Dapper, page .^2.
(1) Ce qu’on trouve de plus particulier dans les montagnes du Caboulistau , en deçà de rinilus , ce sont des mines assez fréquentes d’amiante, dont les habitants savent bien tirer parti. L'amiante que l’on nomme vulgairement le Lin incombusHhle. , est une matière pierreuse, composée de filets déliés comme de la soie, argentés et luisants, qui s’amollissent dans l’huile, et y acquièrent assez de souplesse l'onr pouvoir être filés. On en fait des cordes et des toiles assez fines pour servir de mouchoirs , le.sqiicls se blanchissent en les jetant dans le feu, d’où elles sortent sans <|ue le tissu en soit le moins du monde endommagé. Nous avons aussi quelques mines d’amiante dans les Pyrénées, dans les montagnes de Gênes, etc. Histoire de Thomas Kouli Kan; Paris, Mii, in-12.
(2) Dans la province de (Uiinchintalas, il y a une montagne x dans laquelle il se trouve des « salamandres, descpiellcs, par artifice, ils font du drap de telle propriété, que s’il est jeté au « feu il ne brûlera point, et se fait tel drap avec de la terre en cette manière. Ils prennent « cette terre, qui est entremêlée de petits filets en forme de laine, laciuclle ils font dessécher « au soleil ; puis la broyant en un mortier, et la lavant afin que toute la terre s’en sépare... « et après les filent ainsi qu’on fait la laine, et en font des draps; et quand ils les veulent » hianebir, les jettent dedans un grand feu, puis les en retirent plus blancs que la neige, sans « être aucunement endommagés ; et en cette manière les nettoient et les blanchissent quand « ils sont sales et tachés, et ne leur font autre lessive que le feu... Ils disent à Home avoir O une nappe faite de salamandre, en laquelle ils gardent le Saint-Suaire de Notrc-Scigneur,
0 et qu’autrefois elle a été envoyée par un roi des Tartares au pape romain. » Description géographique de l'Inde, par Marc Paul, chap. xi.vi, liv. I, page 2(î.
(a) L’amiante que le missionnaire Egède a découverte en Groenland se trouve en Sibérie, et on y fait quelques pelils moreeau.v de toile incombustible. Description de l’Islande, par Anderson, Hambourg, Mlf,.
cécs <Dii en composent la substance sont disposées par couches et en feuillets minces et légers, plus ou moins souples, et dans lesquels on n’aperçoit aucun lilament, aucune fibre; ce sont des paillettes ou petites lames de laïc ou de mica, réunies et superposées liorizonlalement, |)lus ou moins adhérentes cuire elles, et qui forment une masse mince comme du papier, ou épaisse comme un cuir et toujours légère, jiar ce que ces petites couches ne sont pas réunies dans tous les poinls de leur surface, et qu’elles laissent entre elles tant de vide que cette substance acquiert presque le double de son poids par son imbibition dans l’eau (I). .
Le liège de montagne, quoiipie en apparence encore plus poreux, et meme troué et caverneux, est cependant plus dur, et d’une substance plus dense que le cuir de montagne, et il tire beaucoup moins d’eau par l’imbibition (2). Les parties constituantes de ce liège de montagne ne sont pas disposées par couches ou par feuillets appliqués horizontalement les uns sur les autres, comme dans le cuir de monlagne, mais elles sont contournées en forme de petits cornets qui laissent d’assez grands intervalles entre eux, et la substance de ce liège est plus compacte et plus dure que celle du cuir auquel nous le comparons; mais l’essence de l’iin et de l’autre est la même, et ils tirent également leur origine et leur formation de l’assemblage cl de la réunion des particules du mica, moins atténuées <|ue dans les talcs ou les amiantes.
Ce cuir et ce liège sont ordinairement blancs, et quelquefois jaunâtres; on en a trouvé de ces deux couleurs en Suède, à Sahlberg et à Danemora, M. .Montet a donné une bonne description du liège qu’il a découvert le long du chemin de Mandagout à Migan, diocèse d’Alais. Cet habile minéralogiste dit avec raison ; ■< Que cette substance est tort « analogue à l’amiante (^3), et que les mines en sont très-rares en France. » Celle qu’il décrit se présentait à la surface du terrain, et était en couches continues à quaire pieds de profondeur (4) : elle gisait dans une terre ocreuse, qui donnait une couleur jaune à ce liège; mais il devenait d’un blanc mat en le lavant. « Ce liège, dit IM. Montet, se présente sous
différentes formes, et toutes peu régulières : il y a de ces lièges qui
(1) La pesanleur spécifique du cuir fossile ou de monlagne esl de G806; el celle de ce meme cuir, péuélrc d’eau, est de 13492. Voyez les Tables de M. Brissoii.
(2) La pesanleur spécifique du liège de montagne est de OO.'îô, c’est-à-dire de près d un tiers plus grande que celle du cuir de moiitague, et lorsqu’il est pénétré d’eau, sa pesanteur spécifique n’est que de I24!)2, c’est-à-dire moindre que celle du cuir imbibé d’eau. Voyez les Tables de !M. Brisson.
(5) Slcmoires de 1’ .Académie des Sciences, année 17B2, pages 052 et suiv.
[i] Jl. Montet ajoute à ce qu’il a dit sur le liège de montagne eu 1702, que quelques gens avant fait piauler dos cbâlaigiiicrs dans celle partie des Cévennes, avaient rencontré, en faisant le creux à Irois ou quatre pieds de profondeur, la mine de liège de montagne ; et que, comme il n’avait fait fouiller ipi’à deux pieds, il n’en avait pas trouvé à cette prolondeur. .Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1777, page 040.
“^34 HISTOIRE NATURELLE
« sont tout à fait plats, et qui n’ont en certains endroits pas plus de « deux ou trois lignes d’épaisseur; ils ressemblent à certains fungus qui « viennent sur les cliàtaigniers, ou à de la bourre desséchée ; d’autres « sont fort épais et de figure oblongue; il y en a aussi en petits rnor- « ceaux détachés, irréguliers comme sont les cailloux, etc. : la plupart i> sont raboteux, ayant beaucoup de petites éminences; on n’en voit « point d unis sur aucune de leurs surfaces... Lorsque ce liège de inon- « tagne est bien nettoyé de la terre qui l’enduit, et que dans cet état de « netteté on le ramollit en le pressant et frottant entre les doigts, il « ressemble parfaitement à du jiapier mâché.
« Les gros morceaux de ce liège et ceux qui sont fort épais sont ordi- « naircment fort pesants, eu égard aux autres qui sont peu pénétrés par la terre et par les sucs pétrifiants : ceux-ci ont la légèreté et la « molessedu liège ordinaire ; voilà sans doute ce (pii a fait donner à cette subslance le nom de liège de tuonUigne. On pourrait donner en- « core à ceux qui sont bien blancs et minces le nom de pnpier de nioTi- « tagne-, les fibres qui les composent sont d’un (issu (rès-lâche, tandis « que la plupart des autres ont presque la pesanteur des pierres : on « peut rendi-e à c(.*s derniers la légèreté qui leur est propre eu les cou- « pant en petits morceaux minces, et leur (îlant toute la partie terreuse « ou pétrilianle...
« J’ai trouvé quelques morceaux de cette substance qui, partagée en ■< deux, ne pouvait se séparer qu’en laissant apercevoir des filets soyeux « parallèles, couchés en grande partie perpendiculairement les uns « (mnlre les autres, ne se séiiaranl que par filaments, et se tenant d’un bout jusqu’à l’autre, comme les fibres d’un muscle : il me semble que “ ceux-ci doi\cnt être une espèce d amiante; ils sont aussi fort légers.
« J'en ai mis quelques morceaux dans des creusets que j’ai exposés à « un feu foi t ai dent jiendant deux heures : je les ai tirés sans aucune « apparence de vitrification; seulement ils avaient perdu de leur poids,
« mais ils étaient toujours inattaquables aux acides
« On voit sur le sol du terrain où se trouve ce liège de montagne:
« {"une espèce d’ardoise grossière; 2” beaucoup de qiiarlz en a^ssez <( petits morceaux détachés, isolés à la surface de la terre, et dont plu- « sieurs sont pénétrés, par leurs côtés, de cette pierre lalqueuse qui '■ est la pierre dominante de ce terrain (I). »
Il me parait qu’on doit conclure de ces faits réunis et comparés, (pie le cuir et le liège de montagne sont formés des parcelles micacées qui se trouvent en grande quantité dans ce terrain, que ces particules s’y réunissent sous la forme d’amiante, de cuir et de liège, suivant le degré de leur atténuation, et qu’enfin elles forment des talcs lorsqu’elles sont encore plus atténuées; én sorte que les talcs, les amiantes, et toutes
(I) .Mémoiroü de rAcadcmle des Sciences, année 1762, pages 632 et suivantes.
les autres coucrclions lalqneuses, dont nous venons de présenter les principales variétés, tirent également leur origine du mica primitif, qui lui-mémo a été produit, comme nous l’avons dit, par les cxfoliations du quartz et des trois autres verres de nature.