PIERRES ET CONCRÉTIONS VITREUSES MÉLANGÉES D’ARGILE
Indépendamment des ardoises et des schistes, qui ne sont que des argiles desséchées, durcies, et plus ou moins mélangées de mica et de bitume, il se forme dans les glaises plusieurs concrétions argileuses dont les unes sont mêlées de parties ferrugineuses ou pyriteuses, et les autres de poudre de grès et du détriment des autres matières vitreuses. J’ai avancé, dès t année 1749 (1) que les grès et les autres pierres vitreuses se convertissaient en terre argileuse par la longue impression des éléments humides. Cette vérité, (pi’on m’a longtemps contestée, vient entin d’être adoptée par quelques-uns de nos plus habiles minéralogistes. M. le docteur Demeste dit expressément « que la plus grande partie des « couches argileuses résidte de la décomposition des granits ou du « quartz, i)uisqu’on voit tous les jours ces substances passer à l’état d'argile, et qu’elles sont composées des mêmes parties constituantes « que cette dernière substance (2). « Rien n’est plus vraij et M. Demeste remarque encore avec raison que l’argile ([ui résulte de la décomposition du quartz est différente de celle qui provient du feld-spath. Mais ce savant chimiste est-il aussi fondé à dire « que l’argile qui U résulte de la décomposition des molécules quartzeuses a de l’onctuo- « sité et de la ténacité, tandis que celle qui est produite par la décom- « position du feld-spath, et que l’on nomme kaolin à la Chine, tout « onctueuse et douce au loucher qu’elle j)uisse être, n’a presque aucune « ténacité, et qu’elle contient une très-grande quantité de terre absor- « bante invitrifiable qui rend très-propre à entrer dans la composition K de la porcelaine (3) ? » Il me semble que de fous les verres primitifs, et même de toutes les matières vitreuses qui en proviennent, le mica et le talc sont celles qui ont le plus d'onctuosité; que d’ailleurs le feldspath se fondant aisément, l’argile qui résulte de sa décomposition doit être moins invitrifiable que celle qui provient de la décomposition du quartz, et même de celle du mica,
(t) Voyez les preuves de la Théorie de la Terre, article de l’Argile.
(2) Lettres du docteur Demeste, tome 1, pages 3li et tilS.
(3) Lettres do M. Demeste, tome I, pages 817 et 518.
IIISIOIKE NATURELLE
Quoiqu’il ou soif , comme nous aAous Ir.tilé ci-dcvanl des argiles el des glaises, ainsi que des schistes el des ardoises qui sont les grandes masses primitives produites par la décomposition des matières vitreuses, il nous reste à parler des concrétions secondaires qui se forment par sécrétion dans ces grandes niasses de schiste ou d’argile.
AMPÉLIÏE.
La iiremière de ces concrétions est l’anipélite, crayon noir ou pierre noire dont se servent les ouvriers pour tracer des lignes sur les bois et les jiierres qu’ils travaillent : son nom n’a nul rapport à cet usage, mais il vient de celui (pi’en faisaient les anciens contre les insectes et les vers (jui rongeaient les feuilles et les fruits naissants des vignes (1); ils la pulvérisaient, la mêlaient avec de l’huile, et en frottaient la tige et les bourgeons des vignes qu’ils voulaient préserver : ils en faisaient aussi une pommade, dont ils se servaient pour noircir les sourcils et les cheveux (2).
Le fonds de celte pierre est une argile noire ou un schiste, plus ou moins dur : mais elle est toujours mélangée d’une assez grande quantité de parties pyriteuses, car elle s’cfdeurit à l’air ; elle contient aussi une certaine quantité de bitume, puisqu’on en sent l’odeur lorsqu’on jette la poudre de cette pierre sur les charbons ardents.
Quelques-uns de nos minéralogistes récents ont prétendu que l'ampclite était mêlée de sable quartzeux (3) : mais ce qui prouve que ce sable, toujours aigre et rude au toucher, n’entre pas en quantité sensible dans celte pierre, c’est qu’elle est douce au toucher, qu’elle ne présente pas
(1) On trouvail, dans l’ilc de Uhodes, une terre biliimiiicuse appelée par les anciens ampeUles, qui était fort propre à faire mourir les vers qui rongeaient les vignes, en la détrempant avec de l’Iiuile, dont on frottait ensuite les ceps; ce qui tuait ces vers avant qu’ils fussent montés de la racine jusqu’aux bourgeons ou pampres. Description des îles de l’Archipel, traduite du flamand. D. O. Dapper. Amsterdam, 1703, page 128.
(2) Dictionnaire encyclopédique de Chambers, arlicle Ampélite.
(3) La pierre noire de charpentier ou le crayon n’est (|u’une argile colorée ou un smeclù noir. Sa texture dépend du (dus on moins do sable quartzeux <iui s’y trouve ; il faut cependant qu’il y en entre une certaine (|nantité pour que cette substance ait une consistance pierreuse ; sans cela elle ne serait qu’une argile tendre ordinaire; il faut encore que ce quartz y soit d’une grande flnesse, sans cela cette substance serait rude au toucher : <|uaud on la calcine, elle devient rougeâtre, selon la pi-oportion de la chaux de fer qu’elle contient. Mémoires sur la carrière de schiste de la l'on icrc-llcehet en iXormandic, par M. Jlonnet ; Journal de Physique, mois de septembre 1777, pages 213 el 210.
DES MINEKAÜX.
des grains dans sa cassure, et qu’elle (ache de noir les doigts sans les offenser; on peut niêine s’en servir sur le pallier comme l’on se sert de la sanguine ou crayon rouge. L’ampélile fuit un j)en d’effervescente avec les acides, et elle contient certainement pliisdc fer que de quariz : c’est de la décomposition des parlics ferrugineuses que provient sa couleur noire; on peut faire de l’encre avec celte pierre, car elle noircit profondément la décoction de noix de galle.
Au reste, l’anqiélile ne se trouve pas dans tous les schistes ou argiles desséchées; elle parait, comme l’ardoise, affecter des lieux particuliers. Il y en a des minières en France, près d’Alençon, d’autres en Chaiiqiagne, dans le Maine, etc. : mais les ampélites de ces provinces, dont on ne laisse pas de faire usage, ne sont pas aussi bonnes tpie celles qui nous viennent de l’ilalie et du Portugal. Cepeudant on en a découvert depuis peu une très-belle minière près du bourg d’Oisan en Dauphiné, dans laquelle il se trouve des veines d’ampelite de la même qualité que celle d’Italie, sous le nom de laquelle on la fait souvent passer dans le commerce.