PIERRES A AIGUISER
Les anciens donnaient le nom de cos à toutes les pierres propres à aiguiser le fer. La substance de ces pierres est conqjosée des détriments du quartz sou vent mêlés de qiiehiue autre matière vitreuse ou calcaire. On peut aiguiser les instruments de fer et des autres métaux avec tous ces grès ; mais il y en a quelques-uns de l)ien plus propres (pie les autres à cet usage : par exemple, on trouve dans les mines de charbon, à Newcastle, en Angleterre, une sorte de grès dont on fait de petites meules et d’excellentes pierres à aiguiser. L’un de nos plus savants naturalistes, 31. Guettard, a observé et décrit plusieurs sortes de ces mêmes pierres qui se trouvent aux environs de Paris, le long des bords de la Seine, et il les croit aussi propres à cet usage (pie celles ipi’on tire d’Angleterre (2), et dont les carrières sont situées à deux ou trois milles
(1) Miiicratogie de M. de Büinare, lome I, page M'i.
(2) U 11 SC trouve, dit M. Guettard, des cos sur les bords de la Sciiic, depuis Snint-Oucu jus- « qiies assez près de Saint-Denis, on plutôt vis-à-vi,s l’île qui porte le môme nom ; le bas des « berges, dans cet endroit, est de pierre de taille semblable à celle qu’on cm|doii; à l’aris : « cette picri'e est précédée par des lits de terres marneuses, blancbâires ou grises; des bandes
de cos coupent les lits de ces terres; la couleur do ce eus varie de môme que sa dureté ; il y U en a de plus ou moins durs, de plus ou moins blancs ou bruns; leur dureté est quelqucr « fois telle, qu’elle approebe de celle de la pici rc à fusil lorsqu’elle n’est pas taillée.
U On en trouve des morceaux qui sont co.s ordinaire dans une partie, cos dur, brillant et a luisant dans une autre, et d’autres, pierre à fusil semblable à la commune. Il s’en rencontre O encore qui sont très-légers, quoique à la vérité ils aient une couche mince de cos luisant ; U ces morceaux commencent apparemment à se durcii-; la légèreté de ceux-ci a de quoi sur- » prendre, si on les compare aux autres morceaux qui sont très lourds proportioimellemcnt » à leur masse; pour tout dire en un mot, on trouve de ces pierres depuis l’état de mollesse U jusqu’à celui d'une très-grande dureté.
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HISTOIRE NATURELLE
au sud de Newcastle, sur la rivière de Durham. M. Jars dit que quoiqu’on emploie beaucoup de ces pierres dans le pays, on en exporte une très-grande quantité (I). Il se trouve aussi en Allemagne, en Suède, et particulièrement dans la province de Dalécarlie, des cos de plusieurs sortes et de différentes couleurs : on assure que quelques-unes de ces pierres sont d'un assez beau blanc, et d’un grain assez fin pour en faire des vases luisants et polis.
La pierre à aiguiser (pie l’on connaît sous le dom de grès de Turquie est d'un grain fin, et presque aussi serré que celui de la pierre à fusil ; cependant elle n’est pas dure, surtout au sortir de la carrière ; l’huile dont on l’humecte semble lui donner plus de dureté. Il y a toute a|)parence que ce grès qui se trouve en Tuniuie, se rencontre aussi dans quelques-unes des îles de l’Archipel ; car l’ile de Candie fournissait autrefois, et probablement fournit encore de très-bonnes pierres à aiguiser (2) : en général on trouve des cos ou pierres à aiguiser dans presque toutes les parties du monde, et jusqu’en Groenland (3).
« De queli]ue endroit au reste que ce cos soit tiré, il ne varie guère que par la couleur qui « clle-ménie ne souffre pas beaucoup de variétés; communément il est d’un jaunâtre clair; ou a en voit de laiteux, de bleuâtre, et souvent d’un brun plus ou moins foncé ; quelquefois il a Cl cxtérieuremeiif une teinte très-légère d’un gris-de-lin très-pale, et il est assez blanc inlé- II ricurcmeut.
Cl L’action de i’cau-forle sur celles de ces pierres qui sont près de Saint-Ouen n’est pas < considérable, elle est même nulle sur celles qui sont devenues pierres à fusil; plus elles sont Cl tendres cl légères, et plus elles jettent de bulles dans cet acide ; mais ces bulles cessent au a bout d’une minute ou deux, lors meme qu’elles sont le plus abondantes, et le morceau de Cl pierre qu’on a jeté dans l’acide reste sans se déformer, quelque temps qu’on l’y laisse après « la cessation de ces bulles.
U Au reste, quels (|uc soient ces cos, ils me paraissent très-propres à faire des pierres à Cl aiguiser aussi bonnes que celles qu’on nous apporte d’Allemagne ; elles ont un grain aussi a fin ; elles sont aussi douces, et elles ont une consistance égale. « Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1702, page 172 jusqu’à I9îi.
(1) Voyages métallurgiques de M. .lars.
(2) La ville de Naxos, dans l’île (le Crète, appelée aujourd’hui Candie, était renommée parmi les anciens, à cause des queues (eus) ou |)iciTe à aiguiser qu'on en tirait ; car on lient que celles qu’on trouvait aux environs de cette ville étaient estimées les meilleures de toutes. Description de l’Arcbipel, traduit du llamand. D. O. Dapper. Amsterdam, 1703, page 402.
(3) Dans le Groenland, on trouve des pieircs à aiguiser très-fines, de couleur rouge ou jaune. 11 y a une pierre de cette espèce qui contient des gi ains brillants, et qui se coupe en tranches comme l’ardoise. Les Grocnianilais tii'onl du midi de leur pays une sorte de pierre à aiguiser, d’un sable ou gravier rouge et fin avec des (acbcs blanches : elle se polit comme le marbre, et peut s'employer dans les édifices. Histoire générale des Voyages, tome XIX, page 28.
DES MINÉR\UX.