‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 80 sur 133 · BOLS · texte numérisé non relu

BOLS

On pourra toujours distinguer aisément les bols et terres bolaires des argiles pures, et même des terres glaiseuses , par des propriétés évidentes : les bols et terres bolaires se gonflent très-sensiblement dans l’eau, tandis que les argiles s’imbibent sans gonflement apparent; ils se boursouflent et augmentent de \oIuine au feu : l’argile au contraire fait relraite, et diminue dans toutes ses dimensions; les bols enfin se fondent et se convertissent en verre an même degré de feu qui ne fait que cuire et durcir les argiles. Ce sont là les différences essentielles qui distinguent les terres limoneuses des tei rcs argileuses : leurs autres caractères pourraient être équivoques ; car les bols se pétrissent dans l'eau comme les argiles ; ils sont de même composés de molécules spongieuses; leur cassure et leur grain, lorsqu’ils sont desséchés, .sont aussi les mêmes; leur ductilité est à peu près égale, et tout ceci doit s’entendre des bols comparés aux argiles pures et fines; les glaises on argiles grossières ne peuventétre confondues avec les bols, dont le grain est toujours très-fin. Mais ces ressemblances des argiles a\ cc les bols n’empêclicnt pas que leur origine et leur nature ne soient réellement et essentiellement différentes; les argiles, les glaises, les chistes, les ardoises ne sont que les détriments des matières vitreuses décomposées, et plus ou moins ihumides ou desséchées; au lieu que les bols sont les produits ultérieurs de la destruction des animaux et des végétaux, dont la substance désorganisée fait le fond de la terre végétale qui, peu à peu, se convertit en limon dont les parties les plus atténuées et les plus ductiles forment les bols.

Comme cette terre végétale et limoneuse couvre la surface entière du globe, les bols sont assez communs dans toutes les parties du monde; ils sont tous de la même essence, et ne diffèrent que par les couleurs ou la finesse du grain. Le bol blanc paraît être le plus pur de tous (1); on

(1) Il y a des bols blancs qui se trouvent en Moscovie, à Striegaw; d’autres en Allemagne,

296 HISTOIRE NATURELLE

pen( meflre an noml)re de ces bols blancs la (erre de Patnn, dont on fait au Mogol des vases très-minces et très-légers (I) : il }" a même en Europe, de ces bols blancs assez chargés de particules organiques et nutritives pour en faire du pain, en les mêlant avec de la farine (2); enfin, l’on peut mettre au nombre de ces bols blancs plusieurs sortes de terres qui nous sont indiquées sous différents noms, la plupart anciens, et que souvent on confond les unes avec les autres (5).

Le bol rouge tire sa couleur du fer en rouille dont il est plus ou moins mélangé (4) ; c’est avec ce bol qu’on prépare la terre sigillée, si fameuse

à Goldberg; en Italie, à Florence, etc. Ce bol est le plus pur, et d'autant meilleur qu’il est plus blanc : on l’appelle bol occidental ; on en fait quelquefois des vases et des figures. Minéralogie de Oomare, tome I, page 63.

(1) La terre de Patna est une terre admirable dont on fait, dans le Mogol, des espèces de pots, de vases, de bouteilles et de carafes si minces et d’une légèreté si grande, que le vent les emporte facilement : ces vases n’ont pas plus d’épaisseur qu’une carte à jouer; on ne saurai} rien voir en ce genre où la dextérité et l’adresse de l’ouvrier paraissent davantage. J’en ai apporté plusieurs des Indes, et surtout de ces bouteilles qu’on appelle jacÿouIcHeî; et nos curieux sont ravis d’étonneinent de voir des bouteilles de terre, qui tiennent une pinte de Paris, qu’on pourrait presque souiller comme les bouteilles de savon que font les petits enfants. On se sert de la gargoulette pour mettre rafraîchir l’eau : quand l’eau y a été un peu de temps, elle prend le goût et l’odeur de la terre de Patna, et devient délicieuse à boire ; et ce qui est de plus ravissant, c’est que le vase .s’bumccte, et qu’après avoir bu l’eau, on mange avec plaisir la bouteille. Les femmes des Indes, quand elles sont grosses, n’y apportent pas tant de façon; elles aiment à la fureur cette terre de Patna, et si on ne les observait pas là-dessus , il n’y a point de femme grosse qui eu peu de jours ne grugeât tous les pots, plats , coupes, etc., tant elles sont friandes de cette terre. Curiosités de la nature et de l’art; Paris , 1703, pages fi!) et 70.

(2) On trouve dans la seigneurie de Moscou, en lu haute Lusacc, une sorte de terre blanche dont les pauvres font du pain ; on la prend dans un grand coteau où l’on travaillait autrefois du salpêtre. Quand le soleil a un peu échauITé cette terre, elle se fend, et il en sort de petites boules blanches comme de la farine. Cette terre ne fcrincnlc point seule, mais elle fermente lorsqu’elle est mêlée avec de la farine. M. de Sarliti, gentilhomme saxon, a vu des personnes qui sVn sont nourries pendant quelque temps : il a fait faire du pain de celte terre seule, et de différents mélanges de terre et de farine ; il a même conservé ce pain pendant six ans. Un Espagnol lui a dit qu’on trouvait aussi de celle terre près de Gironne, en Catalogne. Collection académique, tome I, partie étrangère, page 278.

(3) Il y a deux sortes de terres appelées érilria, l’une très-blancbc, et l’autre cendrée; la dernière est la meilleure ; on l’éprouve en la frollanl sur du cuivre poli, où elle laisse une tache violette. Celte terre est astringente et rafraiebissante , et a la vertu de réunir les plaies récentes.

(4) La terre de Samos est blanche, légère, friable et onctueuse, ce qui fait qu’elle s’attache aisément à la langue : il y eu a une espèce appelée aster, qui est couverte d’une croûte et dure comme une pierre.

La terre de Chio est blanche, tirant un peu sur le cendré : elle ressemble à celle de Samos ; mais entre autres vertus elle a celle d’ôter les rides du visage, et de lui donner en même temps beaucoup de fraîcheur et d’éclat.

La terre selinusa fait le mémo effet : la meilleure est celle qui est fort brillante, blanche et friable, et qui se dis.sout promptement dans l’eau.

DES MIiNEUAUX.

chez les anciens, et de laquelle on faisait grand usage dans la médecine. Celle terre sigillée nous vient aujourd’hui des pays orientaux , en pastilles ou en pains convexes d’un côté et aplatis de l’autre, avec l’empreinte d’un cachet que chaque souverain du lieu où il se trouve aujourd’hui de ces sortes de terres y fait apposer moyennant un tribut; ce qui leur fait donner le nom de terres scellées ou sigillées : on leur a aussi donné les noms de terre de Lemnos, terre bénite de Saint-Paul, terre de Malte, terre de Consla.nlino})le. On peut voir dans les anciens historiens avec quelles cérémoniessuperslilieuses on lirait ces bols de leurs minières du temps d'Homère, d’Hérodote, de Dioscoride cl de Galien (1); on peut voir dans les observations de Delon les différences de ces terres sigillées, et ce qui se pratiquait de son temps pour les extraire et les travailler (2).

La Icm pingite est presque de la couleur de la terre érilna, mais on la tire delà mine en plus grands morceaux; elle est froide au loucher, et s’attache à lu langue.

La terre imtia rcssemhic beaucoup par sa couleur ceudrcc à l'érilria; elle est rude au loucher, et fait du bruit cuire les doigts comme la pierre ponce ; elle tient quelque chose de la vertu do l’aluu, comme on le rcconnait au goût. Métallurgie d' Alphonse Barba, traduit de l’espagnol, tome I, pages 15 et M.

(1) Minéralogie de Bomarc, tome I, page 64.

(2) Après avoir relire plusieurs sceaux, et differentes especes de terres scellées que nous pûmes recouvrer, nous nous pi'oposâmcs do passer en Lemnos pour en savoir la vérité, et pour apprendre à discerner les vraies des fausses, et les décrivîmes comme s’ensuit. Le plus antique sceau, au récit des Grecs et des Turcs, est d’une sorte qui n’est guère plus large que le pouce, et n’a que quatre lettres en tout, dont celles qui sont à côté sont comme deux crochets, et les deux autres lettres du milieu fort entortillées, comme serait le caractère qui vaut autant à dire comme une once médicinale; et par le milieu du sceau, entre toutes les lettres, il y a (luatrc points, duquel sceau la terre est si grasse, qu'elle semble cire du suif, et obéit aux dents quand on la mâche, et n’est guère sablonneuse; sa couleur est de pâle en rougissant sur l’obscur; il y en a encore d’une autre sorte qui est eu petits pains de la grandeur de la susdite ; mais les caractères du sceau sont uu peu plus grands, et il n’y a que trois lettres en tout avec sept petits points, dont la terre est iiti peu plus rougissante que la première, et a quelque aigreur au goût, et quand ou la mâclie, ou y trouve quelques petites pierres sablonneuses ; elle est plus maigre que la susdite, mais elle est auUant estimée en bonté. Il y a encore une autre sorte de petits grains ou pastilles de terre scellée, do la même grandeur des susdites, mais les letti es sont dilTércnles, car elle a comme uu croclict ressemblant à un haim à prendre le poisson, qui est cuire deux autres lettres ressemblant au chilVrc d’une once qui est le 5 ; et sa couleur est dilférentc aux deux autres des susdites, car elle est mouchetée de petites taches de terre blanche mêlée avec la rouge ; la qiiali ième espèce est plus claire en rongeur, et plus pâle que nulle des autres, de laquelle nous avons observé trois dilTérenccs de sceaux en mémo terre. La terre scellée, plus commune à Constanlinoi.le, est pour la plupart falsifiée, et est formée de plus gramls tourteaux que ne sont les autres, aussi est d’aulio couleur, car les autres tirent sur le rouge , mais celle-là est de jaune paillé, et ainsi comme elle est fausse, amssi l’on en trouve en plus grande (|uanlilé ; encore en trouve-t-on de deux autres espèces dilfcrcntcs, tant en forme qu’eu lettres, lesquelles on estime être du nombre des plus vraies cl n’ont différence, sinon que l’une est plus cliargéc de sablon que n’est l’autre, et ont quasi une meme saveur ; aussi sont- elles rares. L’on en trouve encore une autre espèce qui est falsifiée avec du botus armenius détrempé, et puis scellée, et d’un sceau de caractères différents

IIISTOIKE NATURELLE

La terre de Guatimala, dont on fait des vases en Amérique (1), est aussi aussi un bol rougeâtre ; il est assez commun dans plusieurs contrées de ce continent, dont les anciens habitants en avaient fait des poteries de toutes sortes : les Espagnols ont donné à celte terre cuite le nom de boucaro. Il en est de même du bol d’Arménie et de la terre étrusque, dont on a fait anciennement de beaux ouvrages en Italie. On trouve aussi de ces bols plus ou moins colorés de rouge en Allemagne (2) j il y

aux deux derniers, mais de même grandeur, et n’a que deux lettres en tout qui sont fort retorses. Il y en a encore d'une autre sorte, formée en pains mal bâtis, qui sont plus ronds que nuis des autres, et sont de la grosseur d’une noix, qui seraient quasi comme le jarret, n’était qu’ils sont quelque peu aplatis en les scellant ; nous les avons trouvés être des plus nets que nuis autres. Encore est une autre espèce de sceau peu commun par les boutiques, lequel avons seulement trouvé en deux boutiques à Constantinople; aussi son prix est plus haut que nul des autres, et est de saveur plus aromaliciue, tellement qu’on dirait, à l’cpi ouvor au goût, que l’on y ait ajouté quelque chose qui lui donne une telle saveur ; mais c’est le naturel de la terre (jui est telle ; c’est l’tin des sceaux où il y a le plus de caractères en l’impression ; la terre en est quelque peu sablonneuse, de couleur rougissante en obscure. Voilà doue ((ue toutes les terres scellées ne sont pus d’une même couleur ; car souvent advient (ju’on les trouve dès sa veine de plus blanche couleur, l’autre fois jilus rouge, et quelquefois mêlée des

eux. Ceux qui éprouvent la terre scellée au goût en ont plus certain jugement, la trouvant

romatique en la bouche, et quelque peu sablonneuse, que les autres qui essaient de la faire prendre à la langue ; toutes lesquelles diflférences écrivîmes et mimes en peinture étant à Constantinople, et les portâmes à l’ile de Lciunos, où est le lieu et veine d’où l’on tire icelle terre. Jlais l’on n’a point accoutumé d’en tirer, sinon à un seul jour de l’année, qui est le sixième jour du mois d’août; or, avant que de partir de Constantinople nous euquîmes de tous les mariniers d’une barque (|ui était arrivée do Lemnos, s’ils avaient apporté de la terre; tous répondirent qu’il était impassible d’en recouvrer, sinon par les mains de celui qui est Soubachi de Lemuos, et que si nous voulions l’avoir naturelle, il convenait d’y aller en personne, car il est défendu aux habitants, sous peine de perdre la tête, d’en transporter; ils disaient davantage, que si quelqu'un des habitants eu avait seulement vendu un peu tourtclet, ou qu’il fût trouvé en avoir en sa maison sans le sceau de son gouverneur, il serait jugé à payer une grande somme d’argent ; car il n’est permis d’en départir, sinon audit Soubaclii qui tient l’arrangement de l’ile, et en paie le trilml au Turc. Observations de Pierre Belon. Paris, l.h'35, liv. I, chap. 23, pages 23 et 24.

(1) Thomas Gage parle d’une terre qui se trouve au village de Mixeo, près de Guatimala, de laquelle ou fait de fort beaux vases et toutes sortes de vaisselles, comme des cruches, des pots à l’eau, des plats, des assiettes et autres ustensiles de ménage, en quoi les Indiens montrent, B dit-il, qu’ils ont beaucoup d’esprit, et les savent fort bien peindre ou vernir de rouge,

O de blanc cl d’autres couleurs mêlées, cl les envoient vendre à Guatimala et ailleurs, dans B les villages voisins.

» Les femmes créoles mangent de cette terre à pleines mains, sans se soucier d’altérer leur O santé et de mettre leur vie en danger, pourvu que par ce moycn-là elles puissent paraître « blanches et pâles de visage. » Voyage de Thomas Gage, traduit de l’anglais. Paris, 167(1, tome ni, page 68.

(2) Le bol rouge s’appelle aussi bol d'Arménie, et se trouve en Bohême près d’Annabcrg et d’Eisleben, et dans le Wirtemberg. On n’appelle bol de Cnppadoce ou d'Arménie que celui dont la couleur est d’un rouge safrané, quelquefois gras, luisant, très-poreux, toujours com* paett) pesant et happant fortement à la langue : on s’en sert pour nettoyer des ctolfes rouges.

eu a même en France (1), qu’on pourrait peut-être également travailler.

Ces bols blancs, rouges et jaunes, sont les plus communs ; mais il y a aussi des bols verdâtres; tels que la terre de Vérone, qui paraissent avoir reçu du cuivre celte teinture vci*te; il s’en trouve de cette même couleur en Allemagne, dans le margraviat de Bareith, et les voyageurs en ont rencontré de toutes couleurs en Perse et en Turquie (2).

La terre de Lemnos (3), si célèbre chez les anciens peuples du Le-

gàlces de suif. On peut travailler cette espece de terre avec de l’eau, et en former sur le tour des ustensiles qui, mis à cuire dans uu four de potier de terre, n'imitent pas mal les vases de Boucaro. C’est aussi avec cette terre qu’on fait ces vases si communs dans l’Amérique espagnole. Minéralogie de Boiiiaï c, tome I, page M.

(1) Bol jaune. Celui qui se rencontre en l•’ranco près de Blois et de Saumur, et qui sert aux doreurs à faire leur assiette, est de cette espèce : il est quelquefois un peu plus coloré. Minéralogie de Boinare, tome I, p. (i-i.

(2) Je vous envoie de trois sortes de terres qui se trouvent dans Bagdad, et dont on fait une lessive qui sert à polir et embellir le teint et les cheveux, ayant à peu près la même vertu que celles que les Latins appellent terra Chia eite-rre de cheveux, de laquelle Belon fait mention, quoiqu’il avoue néanmoins n’eu avoir vu que d’une seule espèce. La première de ces trois dont je vous fais part, et que l’on estime davantage ici , est celle de Basra, d’une couleur qui tire sur le vert J la seconde espèce, de moindre valeur que celte première, est celle de couleur roii^ geâtre, à peu près comme le bol d’Arménie ou la terre sigillée. Elle vient du pays des Curdes, que les Turcs nomment Curdialan, et comme c’est leur coutume de donner à plusieurs choses les noms des lieux d’où elles viennent, ils appellent celte espèce de terre Gurdialaii ghili , c’est-à-dire terre de Curdistan,<)ui a,au.ssi bien que la première, la vertu d’cuibcllir et d’adoucir le teint cl les cheveux ; outre cela elle a encore , comme je l’ai éprouvé , un effet particulici’ qui me plaît davantage, c’est qu’étant aiipliquée aux endroits du corps où l’on a fait passer le dépilatoire pour eu ôter le poil, elle adoucit cxlréraemeut la peau, et si l'inslrument y avait fait quelque excoriation, elle y sert d’un souverain remède.

Les personnes de condition ne vont jamais au bain sans porter de ces deux especes de terre, cl certainement on les y emploie avec satisfaction, four se servir de l’une et de l’autre, il suffit de les faire dissoudre dans l’eau chaude ; mais ceux qui veulent quelque chose de mieux et de plus galant eu font faire une pâte avec des roses pulvérisées, uu mélange d’autres parfums et d’eaux de senteur dont ou façonne de petites boules comme des savoniicltcs ; et quand elles sont assez desséchées, on les fait dissoudre pour l’usage du bain, qui en devient très-agréable; la troisième, qui est la moindre, se tire du territoirede Bagdad même, vers les bords du Tigre, à cause de quoi elle s’appelle, en arabe, tout simplement Un esseiat, c’est-à-dire terre de rivière; sou usage est semblable à celui des deux autres. Voyage de Pietro délia Valle eu Turquie, etc. Bouen, 17^5, tome II, p. 508 et suiv.

(5) L’île de Lemnos, appelée aujourd’hui Stalimèneou Limio , est encore estimée, comme elle l’a été de tout temps parmi les médecins, à cause d’une certaine terre sigillée quon en retire.

On pratiquait anciennement diverses cérémonies pour aller tirer des entrailles de la terre, et pour former cette terre sigillée do Lemnos, sur laquelle on a imprimé diverses marques et figures, suivant les différentes circonstances des siècles où on en a vu paraître dans le monde. Du temps de Dioscoride, qui a vécu longtemps avant Gallien, on avait accoutumé de mêler du sang de bouc dans les petits pains qu’on en formait , et d’imprimer dessus la figure d’une chèvre; mais cette coutume n'était plus en usage du temps de Gallien , comme.il l’éprouva luimême lorsqu’il alla ù Ltmiios pour s'en éclaircir i ou avait alors une autre manière de prépa*

IIISTOIIIE iMATLIŒLLE

vant, par ses propriétés et vertus médicinales, n’était, comme nous venons de l’indiquer, qu’un bol d'un rouge assez foncé et d’un grain Irés-lia, et l’on peut croire qu’ils l’épuraient encore, et le travaillaient avant d’en faire usage ; le bol qu’on nous envoie sous la dénomination de bol d’Arménie, ressemble assez à cette terre de Lemnos (I). Il se trouve aussi en Perse des bols blancs et gris, et l’on en fait des vases j)our rafraîchir les liqueurs cpi’ils cotitiennenl (^2). Enfin les^ oyagcurs ont aussi

rer celte terre cl d en formel des petits pains; car, a\ant toutes choses , le prêtre montait sur une colline, où après avoir épandii une certaine mesure de hic et d'orge, et pratique quelques autres ccrêinonies suivant la coutume du pays, il chargeait un plein chariot de cette terre qu'il faisait conduire à la ville d'Ilephaîslia, où on la préparait ensuite d'une manière hicii differente de la précédente. Cependant, il y a plusieurs siècles que ces cérémonies ne sont plus en usage, et qu’elles ont été entièrement aholies; mais en leur place on en a introduit d’autres, qui sont les suivantes :

Tous les principaux de I île, tant Turcs qu'ecclésiastiques ou prêtres grecs, qu’on nomme communément des calmje.r>, s’assemblent précisément le sixième jour du mois d’août, dans la chapelle de Sotira , où étant arrivés , les Grecs, après avoir lu leur liturgie et fait des prières, moulent tous ensemhle , accompagnés des Turcs , vers la colline sous-meiilionncc (où l’on va par des degrés qu’on a faits pour y monter plus commodément, et (|ui est située à la portée de deux traits de la chapelle) ; étant parvenus au plus haut, cinquante ou soixante hommes se niellent à ereiiscr jusfju à ce qu’ils aient tlccouvcrt la veine de terre qu’ils clierclient, dont les caloyers remplissent quelques sacs faits de poil de liête, et les baillent aux principaux des Turcs établis pour le gouvernement de l’îlc, comme sont les Soubachi ou le Waivode, qui sont là présents.

Quand ils ont tire de celle terre autant qu’ils jugent suflisant pour toute l’annécj ils en font recouvrir la veine par les mêmes ouvriers , qui la reforment avec d’autre terre : cependant le Soubachi fait porter ii Constanlinopic cl présenter au grand-seigneur une grande partie de ce qu’on eu a tiré , et vend le reste à des marcliaiids.

Suivant le rapport des plus anciens liabitants de Tîle , cetlc coutume de choisir un certain jour de 1 année pour tirer cette terre de sa veine a été intioduite par les Vénitiens, qui commencèrent a la mettre en praliipic lorsqu'ils étaient en possession de cette île.

Quand cette terre est hors de sa veine, on eu fait de pclils pains ronds du poids d’environ deux dragmes, les uns plus , les autres moins , sur lesquels on voit seulement ces deux mots turcs et arabes : lin imachlon , c’esl-a-dire, terre sigillée j cependant ces letlres et ces caractères ne sont pas semblables dansions les petits pains de celle terre...

Autrcmeiil la terre sigillée n’est pas toujours d’une même couleur ; car il arrive souvent que dans une même veine elle e.st plus blanche , quelquefois un peu plus rouge, et d’autres fois d’une couleur qui participe égalcmonldu rouge cl du blanc. Descriptiondc l’Archipel, etc., pai’Dapper. Amsterdam, 1705, p. et suiv.

(1) Le bol d’Arménie, ainsi nommé parce qn’on croit qu’il vient d’Armcnic, ressemble à la terre de Lemnos, et sa couleur est rougeâtre : il y en a de fort bon et en grande quantité dans les mines du Pérou , particulièrement dans les riches collines du Potosi et dans les mines d Lrutü. Plusieurs naturalistes croient que ce bol est la ruhrtca sinopica de Uioscoride, et que ce bol arménien d Orient est la vraie terre de Lemnos. Métallurgie d'Alphonse lîarba.

(2) On trouve à Coin , ville de Perse , une lerrc hianclie dont on fait des vases où l’eau se rafraichit iiicrvcilleuscmcut en passant à travers j un quarlcau d’eau mis dans un de ces vases passe en six heures. Il genio vagaute dcl conte Aurelio degli anzi in Parma , 1001 , tome I, p. 177.

DES MINEUAÜX.

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