RUBIS ET VERMEILLE
Quoiiiue la densité du rubis soit de près d’un sixième plus grande que celle du diamant, et qu’il résiste plus fortement et plus longtemps à l’action du feu, sa dureté et son homogénéité ne sont pas à beaucoup près égales à celles de celte pierre unique en son genre et la plus parfaite de toutes. Le rubis contient moins de feu fixe que le diamant; il est moins combustible; et sa substance, quoique simple, puisqu’il ne donne qu’une seule réfraction, est néanmoins tissuc de parties plus lerreuses et moins ignées que celles du diamant. Nous avons dit que les couleurs étaient une sorte d’imperfection dans l’essence des pierres transparentes , et même dans celles dos diamants : le rubis, dont le rouge est très-intense, a donc cette imperfection au plus haut degré; et l’on pourrait croire que les parties métalliques qui se sont uniformément distribuées dans sa substance lui ont donné non-seulement cette
(|Ui en tombait, et l’aide du moulin avec certaines roues de fer qu’il avait inventées, il pourrait venir à bout de les polir parfailemcnl, même de les tailler on telle manière qu’il voudrait. En effet il l’exécuta si heureusement depuis , que cette invention, dès sa naissance, eut tout le crédit qu’elle » «« depuis, qui est l’unique que nous ayons aujonrd’bui.
Au même temps , Charles , dernier duc do Bourgogne , à qui on en avait fait récit , lui mit trois gros diam-inls entre les mains pour les tailler. Il les tailla dès aussitôt l’iiu épais , l’autre faible, et le troisième en triangle , et il y réussit si bien , que le duc, ravi de cette invention, lui donna trois mille ducats de récompense : puis ce prince , comme il les trouvait tout à fait beaux et rares, lit présent de celui qui était faible au pape Sixte IV, et de celui en forme d'un triangle et d’un cœur réduit dans un anneau, et tenu de deux mains , pour symbole de loi, au roi Louis XI , duquel il recherchait alors la bonne intelligence; et quant au troisième , qui était la pierre épaisse , il le garda pour soi , et le porta toujours au doigt , en sorte qu’il l’y avait encore quand il fut tué devant Nancy, un an apres qu’il les eut fait tailler, savoir, est en l’année U77. Merveilles des Indes orientales et occidentales , par llobert de Berqueu , article Diamant, cbap. U, p. 12 et sniv.
(I ) On appelle diamants di‘ nature ceux qui sont cristallisés en forme curviligne cl presque globuleuse; leur plus grande dureté se trouve au point d’intersection des lignes circulaires ; ces diamants de nature prennent diHicilcmcnt le poli. Cristallographie de M. Borné de Lislc, tome II, p. IBS.
TIISTOIRE NATURELLE
forle couleur, mais encore ce grand excès de densité sur celle du diamant, et que ces parties métalliques n’étant point inflammables ni parfaitement homogènes avec la matière transparente qui fait le fond de la substance du rubis, elles l'ont rendu |)lus pesant, et en même temps moins combuslible et moins dur que le diamant. Mais l’analyse chimique a démontré que le rubis ne contient point de parties métalliques fixes en quantité sensible; elles ne pourraient en effet manquer de se présenter en particules massives si elles produisaient cet excès de densité : il me semble donc que ce n’est point au mélange des parties métalliques qu’on doit attribuer cette forte densité du rubis , et qu’elle peut provenir, comme celle des spaths pesants, de la seule réunion plus intime des molécules de la terre bolaire ou limoneuse.
L’ordre de dureté, dans les pierres précieuses, ne suit pas celui de densité; le diamant, quoique moins dense, est beaucoup plus dur que le rubis, la topaze et le saphir, dont la dureté parait être à très peu près la même. La forme de crislallisation de ces trois pierres est aussi la même; mais la densité du rubis surpasse encore celle de la topaze et du saphir (1).
Je ne parle ici que du vrai rubis; car il y a deux autres pierres transparentes, Tune d’un rouge foncé et l’autre d’un rouge clair, auxquelles on a donné les noms de rubis spinelle et de rubis balais, mais dont la densité, la dureté et la forme de crislallisation sont différentes de celles du vrai rubis. Voici ce que m’écrit à ce sujet M. Brisson, de l’Académie des Sciences, auquel nous sommes redevables de la connaissance des pesanteurs spécifiques de tous les minéraux (2) : «■ Le rubis
(1) La pesanteur spécifique du ruliis d’Orient est de 42833; celle de la topaze d’Orient, de 40106 ; celle du saphir d’Orieiit, de 31)941 . Tables de M. Brisson.
(2) Ce travail de M. Brisson est un des plus utiles pour la pliysiqiie; on peut même dire qu’il était nécessaire pour avoir la connaissance des rapports et des différences des minéraux ; et comme il n’est point encore imprimé , je crois devoir citer ici d’avance ce que l’auteur m’écrit à cc sujet : » Il y a vingt ans, dit M. Brisson , que je travaille à mon ouvrage sur la « pesanteur spécifique des corps; dans les commencements, le travail a été lent, parce qu’il a « fallu du temps poxïr se procurer les différentes substances, et pour savoir où l’on pourrait « trouver toutes celles que je désirais faire entrer dans cet ouvrage; mais , depuis cinq ans , “ j’y travaillé sans relâche. L’on n’eu sera pas étonne, lorsqu’on verra, dans mon Discours U préliminaire , tous les soins et toutes les attentions qu’il m’a fallu avoir pour obtenir dos a résultats satisfaisants.
» Je n’ai fait entrer dans cet ouvrage que les substances que j’ai éprouvées moi-même avec « le plus grand soin , et avec les meilleurs instruments faits exprès pour cela : toutes ces U substances ont été éprouvées à la température de 14 degrés de mou lliermomèti'e , et dans » un lieu qui était, à très-peu de chose près, à la même température, afin (ju’elle ne variât pas « pendant l’épreuve, qui, quelquefois, prenait beaucoup de temps.
» J’ai donc fait entrer dans cet ouvrage toutes les matières susceptibles d’être mises à « l’épreuve , et que j’ai pu me procurer; savoir ; dans le règne minéral , tous les métaux, et i> dans tous les états dans lesquels ils sont en usage dans le commerce et dans les arts; les
« balais paraît n’ctre autre cliose qu’une variété du rubis spinelle. Ues « pesanteurs de ces deux pierres sont à peu près semblables; celle du rubis balais est un peu moindre que celle du spinelle , sans doute K parce que sa couleur est moins foncée. De plus, ces deux pierres cris- <1 lallisent précisément de la même manière ; leurs cristaux sont des « octaèdres réguliers, composés des deux pyramides à quatre faces •I triangulaires équilatérales opposées l’une à l’autre par leur base. Le « rubis d’Orient diffère beaucoup de ces pierres, non-seulement par sa « pesanleur, mais encore par sa forme; ses cristaux sont formes de <■ deux pyramides hexaèdres fort allongées, opposées l’une à l’autre par U leur base, et dont les six laces de chacune sont des triangles isocèles. « Voici les pesanteurs spéciliques de ces trois pierres : rubis d’Orient, « 42833; rubis spinelle, 57600; rubis balais, 56458 (1). » C’est aussi le sentiment d’un de nos plus grands connaisseurs en pierres précieuses. I/essence du rubis spinelle et du rubis balais parait donc être la même à la couleur près ; leur texture est semblable , et quoique je les aie compris dans ma Table méthodique [voir à la fin de ce volume), comme des variétés du rubis d’ürient, on doit les regarder comme des ])ierres dont la texture est différente (2).
l.e rouge du rubis d’Orient est très-inlense, et d’un feu très-vif ; l’incarnat, le ponceau et le pourpre y sont souvent mêlés, et le rouge foncé s’y trouve quelquefois teint pai- nuances de ces deux ou trois couleurs; et lorsque le rouge est mêlé d’orangé, on lui donne le nom de vermeille. Dans les observations que M. Iloppé a eu la bonté de me communiquer,
« différentes matières inétalUç[ues ; toutes les pierres dures et tendres, en un mot, depuis le « diamant jusqu’à la pierre à bâtir; les matières volcaniques et les matières inflammables;
» tout cela comprend huit cent trente espèces ou variétés; toutes les pierres susceptibles de (. cristallisation , je les ai éprouvées autant que j’ai pu , sous la forme cristalline , afin d’être a ])lus sûr de leur nature,
. Knsuitc j’ai éprouvé les duides et liqueurs , et j’ai déterminé la pesanteur de cent soitt xantc-douze espèces ou variétés.
O J’ai ajouté à cela la pesanteur de quelques matières végétales et animales dont l’état est » constant, tels que les résines, les gommes, les sucs épaissis, les cires et les graisses, et j’en O ai éprouvé soixante-douüc espèces ou variétés.
. Toutes ces substances ont cUi éprouvées sur les plus grands volumes possibles, afin que « les petites erreurs souvent inévitables dans la manipulation devinssent insensibles , et pus- « sent être négligées.
« .l’ai eu soin de donner la description de toutes les pièces qui ont servi à mes épreuves, et 1. de dire de quel endroit je les ai tirées, afin qu’on puisse, si on le juge à propos , répéter mes « expériences cl vérifier les résultats. » .Vote envoyée à M. de Buffon par M. Brisson , le (5 décembue I78î).
(D Extrait de la lettre de M. Brissonà M. le comte de Butfon, datée de Paris, 16 novembre 1785.
(2) Voici ce que M. floppé m’a faire riioiuieur de m’écrire à ce sujet ; « Je prendrai, mon- « sieur le comte, la liberté de vous observer que le rubis spinelle est d’une nature entièrement « différente du rubis d’ürieiit; ils sont, comme vous le savez, cristallisés différemment, et le
il regarde la vermeille el le rtiOis balais, eoiiinie des variétés du tmbis spinelle. Cependant la \erineille dont je parle, étant à très-peu près de la même pesanteur spéciti(|ue que le rubis d'Orient, on ne peut guère douter (|u’elle ne soit de la même essence (1).
Le diamant, le rubis, la vermeille, la topaze, le sai)hir et le girasol, sont les seules pierres précieuses du premier rang; on peut y ajouter les rubis spinelle et balais, qui en diffèrent par la texture et par la densité; toutes ces pierres et ces pierres seules avec les spaths pesants n’ont qu une seule réfraction. Toutes les autres substances transparentes, de quelque nature quelles soient, sont certainement moins homogènes, puisque toutes donnent de doubles réfractions.
Mais on pourrait réduire dans le réel ces huit espèces nominales à trois , savoir : le diamant, la pierre d’Orient et le rubis spinelle; car nous verrons que l’essence du rubis d'Orient, de la vermeille, de la topaze, du saphir et du girasol est la même, et que ces pierres ne diffèrent que par des qualités extérieures.
Ces pierres i)récieuses ne se trouvent que dans les régions les plus chaudes des deux continents; en Asie dans les iles et presqu’îles des Indes orientales (2) ; en Afrique à Madagascar; et en Amérique dans les terres du Brésil.
a premier est inliiiimentmoiiis dur que le second. Dans le rubis d’Orient, comme dans lesapliir . et la topaze de la même contrée, la couleur est étrangère elinp/trée, au lieu qu’elle est parti tie constituante de la matière dans le rubis spinelle. Le rubis spinelle, loin d'élrc d’un rouge « pourpre, c esl-a-dire mêle de bleu, est au contraire d’un rouge très-cbargê de jaune ou ècar~ « late, couleur que n’a jamais le rubis d’Orient dont le rouge n’approebe que très-rarement « du jmneeau, mais qui d’un autre côté prend assez fortement le bleu pour devenir entièrement « violet, ce qui forme alors l’tiwé/Ayste. ■.
(1) Ayant communiqué celte réflexion à M.IIoppê, voici ce qu’il a eu la bonté de me répondre a ce sujet, par sa lettre du (i décembre de cette année 17815 ; « Je suis enchanté de voir a que mes sentiments .sur la nalui c de la pierre d’UrienI et du rubis spinelle aient obtenu votre n approbation j et si votre avis dilTère du mien au sujet de la vermeille, c’est faute de m’être « expliqué assez exactement dans ma lettre du 2 mai 178.’5, et d’avoir su que c’est au rubis « d’Orient ponceau que vous donnez le nom de vermeille / je n’cntcuds sous cette dénomiiia- « tien que le grenat ponee.au de Jloliéme (qui e.st, selon les amateurs, la vermeille parexccl- 0 lence), et le mbis spinelle ecarlale taillé en cabochon, que l’on qualifie alors, faussement à la Il vérité, de vermeille d'Orient. De cette manière, monsieur le comte, j’ai la satisfaction de vous « trouver, pour le fond, entièrement d’accord avec moi, et cela doit nécessairement flatter mon ti amour-pi'opre.
“ J’aurai l’honneur de vous observer encore que la plupart des joailliers s’obstinent aussi » à appeler vermeille le grenat rouge-jaune de Ceylan, el le Iliacinto guarnacine des Italiens, » lorsqu ils sont pareillement taillés en eaiocAow; mais ces deux pierres ne peuvent point entrer “ en comparaison pour la beauté avec la vermeille d’Orient. » Je n’ajouterai qu’un mot à cette note instructive de M. Iloppé, c’est qu’il sera toujours aisé de distinguer la véritable vermeille d Orient de toutes ces autres pierres auxquelles on donne son nom, par sa plus grande pesanteur spécifique, qui est presque égale à celle du rubis d’Orient.
(2| Il y a dans le royaume de Ccita-Vaca. de dandy, d'Uva et de Cotta, beaucoup de mines
DES MINEKAUX.
Les voyageurs coiivieniieul uiianiiiienicnt (juc les rubis d’un volume considérable, et particulièrement les rubis balais, se trouvent dans les terres et les rivières du royaume de Pègu (I), de Camboye, de Visapour, de Golconde, de Siam, de Laor (2), ainsi que dans quelques autres conirècs des Indes méridionales; et quoiqu’ils ne citent en Afrique que les pierres précieuses de Madagascar (o) , il est plus que probable qu’il eu existe, ainsi que des diamauls dans le continent de cette partie du monde, puisqu’on a troin é des diamants eu Amérique, au Brésil, où la terre est moii»s chaude (|ue dans les parties é(|uatoriales de l’Afrique.
Au reste, les piei'res connues sous le nom de rubis au Bi'ésil ne sont, comme nous l’avons dit, que des cristaux viti-eux produits par le schori; il en est de meme des topazes, émeraudes et saphirs de cette contrée : nous devons encore observer que les Asiatiques donnent le meme nom aux rubis, aux toi)azes et aux saphirs d’Orieut qu’ils appellent rubis rowjus , rubis jaunes et rubis bleus (4) , sans les distinguer par aucune
li'ès-i'itlics ; on en lire des rulns, dos sapliios, des topazes d’une griindcnr considérable, clou en a trouvé queli]ucs-uns qui ont été vendus vingt mille crusades. Histoire de Ccylaii , par le eapitainc Uibeyro. Trévoux, 1701, p. 17. — Il y a dans l’ilc de Ceylan quelques rivières où l’on trouve plusieurs pierres précieuses que les torrents cnirainent ; les Slaures nielteut des filets dans le courant des eaux pour les arrêter, et ordinairement quand ils les retirent, ils trouvent des toiiazes, des rubis et des saphirs (|u’ils envoient en l’erse, en échange d’autres marelianilises. On trouve dans les terres de petits iliaraants , mais non pas en si grande quantité ni de si haut (irix (lu’an royaume de Golconde , qui n’est pas beaucoup éloigné de Ceylan. V^oyage d’Inigo de Biervillas à la côte Malabar. Paris, 175(i, première partie, p. Kiü.
(1) Kdouard Barbosa , qui nous a donné un traité de ce qu’il a remarqué de plus considérable dans les Indes cl de plus grand commerce , s’arrête |)arlieulièrcmenl à décrire les différentes pierreries iiue l’on lire de ce pajs-lù; il donne le moyen de les connaître, il marque les lieu.x où on les trouve, et la valeur do chacune : il commence par les rubis, cl il prétend que les meilleuis et les plus lins se trouvent dans la rivière do Pégn ; il dit qu’un rubis de Pegu fin et parfait, pesant 12 carats, ne valait pas de son temps plus de 130 écus d’or; cl il estime ceux de Ceylan , de même poids , 200 écus d’or ; et il y eu a à Ceylan , posant 10 carats , qu’il prise üüO écus d’or ; il ne marque pas qu’il y en ail de ce poids dans le Pégu , mais il parait que les beau.v rubis ne se trouvent pas si communément dans l’ilc de Ceylan. Voici comme on les éprouve : lorsqu’on a apporté un rubis d’une grosseur con.sidérablc au roi, il fait venir les joailliers, qui lui disent i|uc ce rubis peut souffrir lu feu à tel dcgié , cl tant de temps , selon la bonté dont il est, car ces joailliers no sc trompent guère ; on la jette dans lu feu, on l’y laisse le temps qu’ils ont marqué, cl lorsqu’on le relire , s’il a bien souffert le feu, cl s’il a une couleur (dus vive, on l’estime beaucoup phts que ceux du Pégu, Histoire de Ceylan , par Jeun Jiibeyro, Trévoux, 170f, p. 104
(2) Histoire du .lapon, par Keempfer, lomcl, p. 23. — Histoire du royaume de Siam, par Nicolas Gervaise, p. 21)3.
(3) V’oyuge à .^ladagasear, i)ur Flacourt, p. 44.
(4) Mais ce qui augmente encore plus les richesses de ce royaume , qu’on estimait avant la guerre cruelle (|ue les Péguans ont faite au roi d’Aracan et de Siam, sont les pierres précieuses, comme les rubis . les topazes , les saphirs , etc., que l’on y comprend sous le nom général de rubis, et que l’on no distingue que par la couleur, eu appelant un sop/dV, un rubis bkn; uns
IHSTOIUE NATURELLE
autre dénomination particulière, ce qui vient à l’appui de ce que nous avons dit au sujet de l’essence de ces trois pierres, qui est en effet la même.
Ces pierres, ainsi que les diamants, sont produilcs par la terre limoneuse dans les seuls climats chauds, et je regarde comme plus que suspect le fait rapporté |>ar Tavernier (1), sur des rubis trouvés en Bohême dans l’intcrieur des cailloux creux : ces rubis n’étaient sans doute ([ue des grenats ou des cristaux de schori, leinis d’un rouge assez vif pour ressembler par leur couleur aux rubis; il en est probablement de ces prétendus rubis trouvés en Bohème , comme de ceux de Perse , qui ne sont aussi que des cristaux tendres et très-différents des vrais rubis.
Au reste, ce n’est pas sans raisons suffisantes (|ue nous avons mis la vermeille au nombre des vrais rubis, puisqu’elle n’en diffère que par la teinte orangée de son rouge, que sa dureté et sa densité sont les mêmes que celles du rubis d’Orient (2), cl qu’elle n’a aussi qu’une seule réfraction : cependant plusieurs naturalistes ont mis ensemble la vermeille avec l’hyacinthe et le grenat ; mais nous croyons être fondés à la séparer de ces deux pierres vitreuses, non-seulement par sa densité et par sa dureté plus grandes, mais encore parce qu’elle résiste au- feu comme le rubis, au lieu que l’hyacinthe et le grenat s’y fondent.
topaze, un rubis jaune, ainsi (les antres. La pierre qui porte proprement le nom de rubis est une pierre transp.ircnte. d'an ronge cclotanl, et qui, dans son extrémité ou près de sa surface, paraît avoir quelque chose du violet de l’améthyste.
On disliuguc quatre sortes de rubis : le rubis , le rubieellc, le balais et le spinelle : le premier est plus estime que les troi.s autres. Ils sont ordinairement ronds ou ovales, et l’on n’eu trouve guère qui aient des angles; leur valeur augmente à proportion de leur poids comme dans les diamants : le poids dont on se sert pour les estimer s’appelle ratis, il est de 5 grains i ou de I de carats ; un rubis qui n’en pèse qu’un se vend 20 pagodes ; un de trois, 183; un de quatre, 430; un de cinq, 523; un de six et demi, 920 : mais s’il passe ce poids , et qu’il soit parfait, il n’a pas de valeur fixe. Voyages de .Ican Owington. Paris, 1723, tome II, pages 223 et suiv.
(1) Il y a aussi en Europe deux endroits d’où l’on lire des pi(!rrcs de coubuir ; à savoir : dans la Bohême et dans la Hongrie : en Bohême , il y a une mine où l’on trouve de certains cailloux de différente grosseur , les uns comiue des (ciifs , d’autres comme le poing , et en les rompant, on trouve dans qucbiues-uns dos rubis qui sont aussi beaux et aussi durs que ceux du Pégu. .le me souviens qu’étant un jour à Prague avec le vice-roi de Hongrie, avec qui j’clais alors, comme il allait avec le général Walleinstein pour se mettre à table, il vit, à la main de ce général, un rubis dont il loua la beauté ; mais il l’admira bien plus quand Walleinstein lui eut dit que la mine de ces pierres était en Bohême; et de fait, au départ du vice-roi, il lui lit présent d’environ une cciilaino de ces cailloux dans une corbeille ; quand nous fûmes de retour en Hongrie, le vice-roi les fit tous rompre, et de tous ces cailloux, il n’y en eut que deux dans chacun desquels on trouva un rubis : l’un assez grand qui pouvait peser près de cinq carats, et l’autre d’un carat ou environ. Tavernier, tome IV, p. 41.
(2) La pesanteur spécifique de la vermeille est de 42299 : celle du rubis d’ürient, de 42838. Tables de M. Brissoii.
DES MINÉUAUX,
Le rubis spiticlle et le rul)is balais doivent aussi être mis au nombre des pierres précieuses, quoique leur densité soit moindre que celle du vrai rubis; on les trouve les uns et les autres dans les mêmes lieux, toujours isolés et jamais atlachés aux rochers : ainsi l’on ne peut regarder ces pierres comme des cristaux vitreux, d’autant qu’elles n’ont, comme le diamant et le vrai rubis, qu’une simple réfraction; elles ont seulement moins de densité, et ressemblent à cet égard au diamant, dont la pesanteur spéciliipie est moindre que celle de ces cinq pierres précieuses du premier rang, et même au-dessous du rubis spinelle et du rubis balais. Le diamant et les pierres précieuses que nous venons d’indiquer sont composés de lames Irès-minces, ajjpliquées les unes sur les autres plus ou moins régulièrement, et c’est encoi’c un caractère qui distingue ces pierres des cristaux, dont la texture n’est jamais lamelleuse.
Nous avons déjà observé que des trois couleurs rouge, jaune et bleue dont sont teintes les pierres précieuses, le rouge est la plus fixe : aussi le rubis spinelle, qui est d’un rouge profond, ne perd pas plus sa couleur au feu que le vrai rubis, tandis qu’un moindre degré de chaleur fait disparaître le jaune des topazes, et surtout le bleu des saphirs.
Les rubis balais se trouvent quelquefois en assez gros volume; j’en ai vu trois, en 1742, dans le garde-meuble du roi, qui étaient d’une forme (juadrangulaire et qui avaient près d’un pouce en carré sur sept à huit lignes d’épaisseur. Robert de Berquen en cite un qui était encore ])lus gros (1). Ces rubis, quoicjue Ircs-transparents, n’ont point de figure déterminée : cependant leur ci'isfallisation est assez régulière; ils sont, comme le diamant, cristallisés en octaèdre : mais soit qu’ils se présentent en gros ou en petit volume, il est aisé de reconnaître qu’ils ont été frottés fortement et longtemps dans les sables des torrents et des rivières où on les trouve; car ils sont presque toujours en masses assez irrégulières, avec les angles émoussés et les arrêtes arrondies.
(i) On lient que le rubis naît dans l’île de Ceylan, et que ee sont les plus grands; et quant aux plus petits dans Calicut , la Caraboyc et Bisnagar; mais les très-fins dans les fleuves du Pé^u .. L’empereur Rodolphe II, selon le l écitd’AnselmeBoëce , son médecin , en avait un de la grosseur d’un petit œuf de poule , qu’il avait hérité de sa sœur Élisabetli , veuve du roi Charles IX, lequel il dit avoir été acheté autrefois soixante mille ducats. Merveilles des Indes, par Robert de Berquen, chap. IV, article Itubis, p. 24.
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