CONCRÉTIONS DE L’OR
L’or n’esl pas susceptible d’altération dans le sein de la terre, et ne peut être minéralisé qtie quand, par le concours de circonstances très-rares, il a été dissous et ensuite précipité : on ne doit donc pas être surpris que Tor se présente toujours sous sa forme métallique soit dans ses mines primordiales, soit dans celles qui sont de formation secondaire; seulement nous devons observer que dans les premières, il se montre assez souvent en cristaux (1), comme ayant subi, pendant un long temps cl dans un parfait repos, l’action du feu primitif qui le tenait en fusion, au lieu que dans ses mines de seconde formation, il n’a nulle forme régulière : ce sont des paillettes, des lilcts contournés et souvent capillaires, des grains plus ou moins arrondis, des pépites plus ou moins pures, dans lesquelles le caractère de la cristallisation primitive est entièrement effacé, parce que toutes ne sont composées que des détriments de l’or primordial sublimé, fondu, et quelquefois cristallisé par le feu primitif, et que ces masses primordiales et ces cristaux ayant été froltés, roulés et entraînés par les eaux, n’ont pu conserver leur première figure : ce ne sont en effet que des particules d’or délacbées des mines primitives, et qui se sont réunies par leur affinité, sous la forme que leur présentaient les petites cavités où l’eau les déposait. Aussi ne trouvel-on l'or cristallise et Tor de première formation que dans les fentes du quartz et des autres roches vitreuses, tandis que Tor en pépites, en grains, en paillettes et en filets, se présente dans les montagnes à couches, schisteuses, argileuses ou calcaires, et même dans les terres limo-
(1) Quoique l’or nalif soit rarement exempt du mélange d’uiic petite portion d’argent ou de cuivre, cela n’empeilic pas qu’il ne soit susceptilde d’une forme cristalline bien déterminée, ipii pour l’ordinaire est l’octaèdre rectangle aluniiniforme en petits cristaux, quelquefois solitaires, mais le plus souvent implantés les uns sur les autres, ou ramifies en façon de deu-
drites , et CCS dendrites ressemblent à celles qu’on obtient de l’or en fusion Il est plus
ordinaire de rencontrer ces cristaux ramifies eu dcudiitcs, ou rassemblés en feuilles minces et flexibles, dont la superficie est bérisscc de petites éminences triangulaires qui ne sont que les extrémités ou les angles solides des petits cristaux dont ces lames sont com|iosécs ; d’autres fois ces lames sont parfaitement lisses ou réticulées, et elles sont tantôt posées de cbanq) , tantôt superficielles et couebées, ou bien diversement inclinées sur la rnclic quartzciisc qui
leur sert de gangue L’or natif se rencontre aussi dispersé dans les mêmes gangues en
petits grumeaux de figure imiéterminée , ou bien il s’élève à leur superficie sous la forme de poinlea et de rameaux contimriiih, plus ou moins longs, et souvent très-déliés... Celui qu’on trouve, soit en filets capillaires, soit en petites lames contournées, paraît devoir son origine à la décomposition des pyiites aurifères, qui souvent Taccompagneut. Cristallographie, par M. Uomé de Lisic, tome 111, p. 474 et suivantes.
ônz
lieuses. On peut donc dire qu’il n’y a point d’autres concrétions de l’or que CCS mines de seconde fornialion, dans lesquelles il n’est ni minéralisé, ni meme altéré; et je doute que nos minéralogistes soient bien fondés à i-egarder comme minéralisé l’or qui se trouve dans les pyrites ; car il n’est qu’interposé ou disséminé en poudre impalpable , sans être altéré. Ee foie de soufre , à la vérité, peut minéraliseï' les précipités d’or ; il faudrait donc supposer; 1“ du foie de soufre dans ces pyrites; 2° de l'or d’abord dissous dans le sein de la terre ; 5“ ce même or précipité de sa dissolution; trois circonstances dont la réunion est si rare qu’on ne doit pas la compter dans le nombre des effets ordinaires de la nature; et la preuve que l’or n’est qu’interposé, et non minéralisé dans ces substances auxquelles on a donné le nom de pyrites aurifères, c’est que sa substance n’est point altérée, puisqu’en broyant ces pyrites aurifères, on retire, par le lavage ou par la fonte, cet or dans son état métallique.
Tous les métaux qui iieuvent sc réduire en chaux par l’action du feu ont été calcinés par le feu primitif : l’or et l’argent sont les seuls qui ont résisté à cette action ; et dans les mines primordiales de ces deux métaux on n’a jamais rencontré de chaux d’or ni d’argent. €’esl par cette raison que les concrétions secondaires et les minéralisations de ces deux métaux sont aussi rares ijiie celles des deux autres sont fréquentes : et l’or, dans ses mines primordiales, étant toujours plus ou moins allié d’argent, sa cristallisation est aussi plus ou moins parfaite, selon son degré de jnireté; de sorte que l’or le moins allié d’argent par la nature doit s'étre cristallisé le plus régulièrement; et cetle cristallisation de l’or primitif est en forme octaèdre régulière, et absolument pareille à celle que prend l’or épuré par notre art, on se cristallisant lorsqu’on le tient assez longtemps en fusion pour le laisser se solidilier lentement et se cristalliser à sa surface.