‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 98 sur 133 · CONCRÉTIONS DE L’ARGENT · texte numérisé non relu

CONCRÉTIONS DE L’ARGENT

L’argent étant moins inaltérable que l’or, cl |)ouvanl être attaqué par certains sels dans le sein de la terre, se présente assez souvent sous des foi-mes minéralisées : l’argent de iireinière formation a été fondu ou sublimé, et meme cristallisé comme l’or par le feu primitif. Ces cristaux de l’or et de l’argent primordial sont également opat|ues, purement métalliques, et presque toujours groupés les uns sur les autres; ceux de l’argent s’étendent en ramilicalions sous la forme de feuilles, ou se snrmonlenl comme des végélalions et prennent la ligure d’arbrisseaux : on

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les trouve incorporés dans le quartz ou interposés dans les fentes et cavités de la roche quartzeuse, et c’est des débris et des détriments de ces premières mines, que sont formées toutes celles où ce métal se montre pur ou minéralisé. 11 se trouve pur dans les mines de seconde formation, loi’squ’ayant été divisé et détaché par le frottement des eaux, les particules métalliques, entraînées par leur mouvement, se déposent et se réunissent en paillettes, en filets ou en petites masses informes, toutes produites par l’agrégation de ces particules réunies par la force de leur affinité : on rencontre même de l’argent cristallisé dans quelquesunes de ces dernières mines, ce <iui doit arriver toutes les fois que l’eau n’aura pas divisé les cristaux primitifs, et les aura seulement déplacés et transportés des roches primordiales formées par le feu, et les aura déposés dans les couches de terres produites par le sédiment des eaux. Ainsi l’argent vierge ou i)ur, formé par le feu dans les mines primitives, se retrouve encore pur dans celles de dernière formation, toutes les fois que dans son transport ce métal n’a pas été saisi i)ar les sels de la terre qui peuvent l’altérer j et même il arrive souvent que ces dernières mines , dont la plu|)art ne sont formées que du métal réduit en poudre Irès-fine, sont d’un argent plus pur qu’il ne l’élait dans ses premières mines, parce que l’eau en le divisant et le réduisant en très-petites particules , en a séparé les parties de plomb , de cuivre , ou d’autres matières hétérogènes dont il pouvait être mêlé. Les pépites et concrétions de l’argent dans cet état ne sont donc que du métal |)ur ou presque pur, et qui n’a subi d’autre altération que celle de la division et du transport par les eaux.

Mais lorsque ces particules d’argent pur rencontrent dans le sein de la terre les principes des sels et les va])eursdu soufre, elles s’altèrent et subissent des changements divers et très-apparents. Le premier de ces changements d’état, et qui tient de plus près à l’argent en état mélalli(jue, se présente dans la mine vitrée qui est de couleur grise, dans laquelle le métal a perdu sa rigidité, sa dureté, et qui peut sc plier et se couper comme le plomb : dans celle mine, la substance métallique s’est altérée et amollie sans perdre sa forme extérieure ; car elle offre les mêmes cristaux , aussi régulièrement figurés que ceux des mines primordiales ; et même l’on voit souvent, <lans celte mine grise et tendre, des cristaux de l’argent primitif, qui sont en partie durs et intacts, et en partie tendres cl minéralisés; et cela démontre l’origine immédiate de cette sorte de mine, qui de toutes celles de seconde formation est la plus voisine des mines primitives. L’on ne peut donc guère douter que cette mine vitrée ne provienne le plus souvent d’un argent primitif qui aura été pénétré |)ar des vapeurs sulfureuses : mais elle peut aussi être produite par l’argent pur de dernière formation, lorsqu’il reçoit l’impression de ces mêmes vapeurs qui s’exhalent des feux souterrains ; et généralement tout argent vierge , de première ou de dernière formation, doit subir les mêmes altérations, parce que, dans le premier

DES xMINÉlUUX. 5î)^i

comme dans le dernier état , le métal est à peu près du même degré de jmreté.

Une seconde forme do minéralisation aussi connue que la première, est la mine d’argent cornée, qui ressemble par sa demi-transparence, sa mollesse et sa fusibilité, à la lune cornée que nos chimistes obtiennent de l’argent dissous par l’acide marin; ce qui leur a fait présumer, peutêtre avec fondement, que cette mine cornée provenait d’un argent natif pénétré des vapeurs de cet acide : mais comme celte mine cornée accompagne assez souvent l’argent primordial dans la roche qnartzeuse et dans son étal primitif lequel a précédé l’action et même la foi inalion de l’acide marin, il me semble que l’acide aérien, qui seul existait alors, a dû produire celte altération dans les premières mines . et que ce ne peut être que sur celles de dernière formation que l’acide marin a pu oj)érer le même effet. Quoi qu’il en soit, cette mine d’argent cornée se rapproche de la mine vitrée par plusieurs rapports, et toutes deux tirent immédiatement leur origine de l’argent pur et natif de première et de dernière formation (1).

C’est à cette mine cornée que l’on a rapporté la matière molle, légère, blanche ou grise , que M. Schreiber a trouvée aux mines de Sainte- Marie, dont parle M. Monnet (2), et qui était fort riche en argent : mais cette matière ne contient point de soufre comme la mine d’argent cornée; et celte différence sutïit pour qu’on doive les distinguer l’une de l’autre.

La troisième et la plus belle minéralisation de l’argent est la mine en cristaux transparents et d’un rouge de rubis. Ces beaux cristaux ont quelquefois plusieurs lignes de longueur, et tous ne sont pas également transparents; il y en a même qui sont presque opaques et d’un rouge obscur; ils sont ordinairement groupés les uns sur les autres, et souvent ils sont mêlés de cristaux gris, qui sont entièrement opatiues.

De la décomposition de celle mine et des deux précédentes .se forment d’autres mines, dont l’une des plus remarquables est la mine d’argent noire. M.Lchinann a observé que cette mine d’argent noire paraissait devoir sa formation à la décomposition de mines d’argent plus riches, telles que la mine d’argent rouge ou la mine d’argent vitrée. Il ajoute « que cette mine noire est assez commune au Hartz, en Hongrie, « en Saxe, etc., et qu’à Ereyberg on la trouvait jointe à la mine d’ar- « gent rouge et à de la mine d’argent vitrée (5). » Et nous pouvons ajouter qu’elle est très-commune au Pérou et au Mexicjue, où les Esi)agnols lui donnent le nom de négrillo. Cette mine noire est de dernière

(t) Voyez ce que j’ai dit de ces deux mines d’argent vitrée et cornée, la Théorie de la Terre, p. iOi et i07.

(2) Mémoires des Savants étrangers, tome IX, p. 717 et suivantes.

(3) Article des d/ines, traduction française, p. 118.

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fonnalion , puisqu’elle jji ovieut fie la dcconiposition îles autres : aussi se Irouvc-t-elle encore souveiil accompagnée d’argent en filets, qui n’est formé lui-même que de l’agrégation des petites particules détachées des mines primitives de ce métal ])ar le mouvement et la stillation des eaux.

Au reste, les concrétions les plus communes de l’argent sont celles où ce métal, réduit en poudre, se trouve interposé et comme incorporé dans différentes terres et pierres calcaires ou vitreuses. Ces concrétions se présentent souvent en masses très-considérables, et plus ou moins pesantes dans le rapport de la quantité de l’argent eu poudre qu’elles contiennent, et quelquefois cette quantité fait plus de moitié de leur masse; elles sont formées par l’intermède de l’eau qui a charrié et déposé ces particules d’argent avec des terres calcaires ou vitreuses, qui s’étant ensuite resserrées, consolidées et durcies par le dessèchement, ont formé ces concrétions aussi riches que faciles à réduire en métal.

Et au sujet de la réduction de l’argent minéralisé en métal pur, nous croyons devoir ajouter à ce que nous en avons dit (1) l’extiait d’une lettre de iM. Polony, médecin du roi au cap Français, qui pendant un assez long séjour au Mexique a suivi les opérations de ce travail. Ce savant ol)servaleur y rend compte des procédés actuellement en usage au iMexi(|ue: « On réduit, dit-il, en pondreimpalpable, le minerai d’argent « dont on forme une pâte liquide en rhumectant successivement jusqu’à * ce que tonte la masse soit de la même eousislancc : on y ajoute alors « une certaine composition appelée magistral, el on repasse toute la pâte « au moulin, afin d’y incoi-porer uniformément ce magistral ipii doit « opérer la déminéralisation. On fait ensuite a\ec cette pâte dilférentes « pyramides d’environ dix-huit à vingt quintaux chacune; on les laisse « fermenter trois jours sans y loucher : au bout de ce temps, un Il homme enfonce la main dans la pâle, et juge par le degré de cha- « leur si la déminéralisation s’est opérée; s’il juge le contraire, on >1 étend la pâte, on humecte de nouveau, on y ajoute du magistral, ■I et on la réduit encore en pyramides qu’on laisse de nouveau fermenter >: pendanttrois jours raprès cela on étendla pâlesurdes glacis à rebords; « on y jette une pluie de mercure qu’on y incorpore intimement eu pé- « trissant la pale, on la remet en tas, et trois ou (|uatre jours après, à « l’aide de dillérenles lotions, on ramasse le mercure qui se trouve chargé « de tout l’argent qui s’est déminéralisé pendant l'opération (;2). »

M. Polony se propose de publier la comi»ositiou de ce magistral, qui n’est |)as encore bien connue. Cependant je soupçonne que ce composé n’est que du sel marin auquel on ajoute quelquefois de la chaux ou de

(1) \ 03'cz cc volume de la llieorio de lu Tcn e, histoire des Minéi iiux, article .In/cnf.

(li) Extrait d’une lettre de M. Polony à M. de fiulToii, datée du cap Saint- Domingue , le 20 octobre 1788.

la terre calcaire, comme nous l’avons dit à l’article de X Argent et dans ce cas, le procédé décrit par .M. Polony, et qui est actuellement en usage au Mexique, ne diCfère de celui (|u’on emploie depuis longtemps au Pérou que pour le temps où l'on fait tomber le mercure sur le minerai d’argent.

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