LE BLAIREAU
Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des plantigrades, genre blaireau. (Cuvier,)
Le blaireau est un animal paresseux, défiant, solitaire, qui se relire dans les lieux les plus écartés, dans les bois les plus sombres, et s y creuse une demeure souterraine; il semble fuir la société, meme la lumière, et passe les trois quart? de sa vie dans ce séjour ténébreux, dont il ne sort que pour
chercher sa subsistance. Comme il a le corps allongé , les jambes com tes , les ongles, surtout ceux des pieds de devant, très-longs et très-fermés, il a plus (le facilité qu’un autre pour ouvrir la terre, y fouiller, y pénétrer, et jeter derrière lui les déblais de son excavation, qu’il rend tortueuse, oblique, et qu’il pousse quelquefois fort loin. Le renard, qui n’a pas la même facilité pour creuser la terre, profite de ses travaux : ne pouvant le contraindre par la force, il l’oblige par adresse à quitter son domicile, en l’inquiétant, en faisant sentinelle à l’entrée, en l'infectant même de ses ordures j ensuite il s’en empare, l’élargit, l’approprie, et en fait son terrier. Le blaireau, forcé à changer de manoir, ne change pas de pays ; il ne va qu’a quelque distance travailler sur nouveaux frais à se pratiquer un autre gite, dont il ne sort que la nuit, dont il ne s’écarte guère, et où il revient dès qu’il sent quelque danger. Il n’a que ce moyen de se mettre en sûreté, car il ne peut échapper par la fuite; il a lesjambes trop courtes pour pouvoir bien courir. Les chiens l’atteignent promptement, lorsqu’ils le surprennent à quelque distance do son trou : cependant il est rare qu’ils l’arrêtent tout à fait et qu’ils en viennent à bout, à moins qu’on ne les aide. Le blaireau a le poil très-épais, lesjambes, la mâchoire et les dents très-fortes, aussi bien que les ongles; il se sert de toute sa force, de toute sa résistance et de toutes ses armes en se couchant sur le dos, et il fait aux chiens de profondes blessures. Il a d’ailleurs la vie très-dure; il combat longtemps, se défend courageusement, et jusqu’à la dernière extrémité.
Autrefois que ces animaux étaient plus communs qu’ils ne le sont aujourd’hui, on dressait des bassets pour les chasser et les prendre dans leurs terriers. 11 n’y a guère que les bassets à jambes torses qui puissent y entrer aisément : le blaireau se défend en reculant, éboule de la terre, afin d’arrêter ou d’enterrer les chiens. On ne peut le prendre qu’en faisant ouvrir le terrier pardessus. Lorsqu’on juge que les chiens l’ont acculé jusqu’au fond; on le serre avec des tenailles, et ensuite on le musèle pour l’cmpécher de mordre : on m’en a apporté plusieurs qui avaient été pris de cette façon et nous en avons gardé quelques-uns longtemps. Les jeunes s’apprivoisent aisément, jouent avec les petits chiens et suivent comme eux la personne qu’ils connaissent et qui leur donne à manger ; mais ceux que l’on prend vieux demeurent toujours sauvages. Us ne sont ni malfaisants, ni gourmands, comme le renard et le loup, et cependant ils sont animaux carnassiers; ils mangent de tout ce qu’on leur offre, de la chair, des œufs, du fromage, du beurre, du pain, du poisson, des fruits, des noix, des graines, des racines, etc., et ils préfèrent la viande crue à tout le reste. Us dorment la nuit entière et les trois quarts du jour, sans cependant être sujets à rengourdissement pendant l’hiver, comme les marmottes ou les loirs. Ce sommeil fréquent fait qu’ils sont toujours gras, quoiqu’ils ne mangent pas beaucoup; et c’est par la même raison qu’ils supportent aisément la diète, et qu’ils restent souvent dans leur terrier trois ou quatre jours sans en sortir, surtout dans les temps de neige.
Uü BLAIREAU.
Ils liennent leur domicile propre; ils n’y font jamais leurs ordures. On trouve rarement le mâle avec la femelle : lorsqu elle est prête a mettre bas, elle coupe de l’herbe, en fait une espèce de fagot, qu’elle traîne entre ses jambes jusqu’au fond du terrier, où elle fait un lit commode pour elle et ses petits. C’est en été quelle met bas, et la portée est ordinairement de trois ou de quatre. Lorsqu'ils sont un peu grands, elle leur apporte à manger; elle ne sort que la nuit va plus au loin dans un autre temps ; elle déterre les nids des guêpes, en emporte le miel, perce les rabouillères des lapins, prend les jeunes lapcraux, saisit aussi les mulots, les lézards, les serpents les sauterelles, les œufs des oiseaux, et porte tout à ses petits, quelle fait sortit souvent sur le bord du terrier, soit pour les allaiter, soit pour leur donnei à manger.
Ces animau,\ sont naturellement Irileux ; ceux qu’on élève dans la maison ne veulent pas quitter le coin du feu, et souvent s en approchent de si près, qu'ils se brûlent les pieds, et ne guérissent pas aisément. Ils sont aussi fort sujets à la gale ; les chiens qui entrent dans leurs terriers prennent le même mal, à moins qu'on n’ait grand soin de les laver. Le blaireau a toujours le poil gras et malpropre; il a entre l’anus et la queue une ouverture assez large, mais qui ne communique point à 1 intérieur et ne pénètre guère qu à un pouce de profondeur; il en suinte continuellement une liqueur onctueuse, d’assez mauvaise odeur, qu’il se plail à sucer. Sa chair n'est pas absolument mauvaise à manger; et l’on fait de sa peau des fourrures grossières, des colliers pour les chiens, des couvertures pour les chevaux, etc.
Nous ne connaissons point de variétés dans cette espèce, et nous avons fait chercher partout le blaireau-cochon dont parlent les chasseurs, sans pouvoir le trouver. Dufouilloux dit qu’il y a deux espèces de tessons ou bléreauœ, \esporchins, et les chenins; que les porchins sont un peu plus gras, un peu plus blancs, un peu plus gros de corps et de tête que les chenins. Ces différences sont, comme l’on voit, assez légères; et il avoue lui même qu’elles sont peu apparentes, à moins qu’on y regarde de bien près. Je crois dotic que cette distinction du blaireau, en blaireau-chien, et blaireau-cochon, n’est qu’un préjugé, fondé sur ce que cet animal a deux noms, en latin meles et taxas, en français blaireau et taisson, etc., et que c’est une de ces erreurs produites par la nomenclature dont nous avons parlé dans le discours qui est dans le volume précédent. D’ailleurs, les espèces qui ont des variétés sont ordinairement très-abondantes et très-généralement répandues; celle du blaireau est au contraire une des moins nombreuses et des plus confinées. On n’est pas sur quelle se trouve en Amérique, à moins que l’on ne regarde comme une variété de l’espèce, 1 animal envoyé de la Nouvelle- Yorck, dont M. Brisson a donné une courte description, sous le nom de blaireau blanc. Elle n’est point en Afrique; car l animal du cap de Bonne- Espérance, décrit par Kolbe sous le nom de blaireau puant, est un animal différent; et nous doutons que la fossa de Madagascar, dont parle Flaecourt dans sa relation, 152, et qu’il dit ressembler au blaireau de France,
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soit en effet un blaireau. Les autres voyageurs n’en parlent pas : le docteur Schaw dit même qu’il est entièrement inconnu en Barbarie. Il paraît aussi qu’il ne se trouve point en Asie ; il n'était pas connu des Grecs, puisque Aristote n’en fait aucune mention, et que le blaireau n’a pas même de nom dans la langue grecque. Ainsi cette espèce, originaire du climat tempéré d’Europe, ne s’est guère répandue au-delà de l’Espagne, de la France, de Utalie, de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la Pologne de la Suède, et elle est partout assez rare. Et non-seulement il n’y a que peu ou point de variétés dans l’espèce, mais même elle n'approche d’aucune autre : le blaireau a des caractères tranchés, et fort singuliers; les bandes alternatives qu’il a sur la tète, l’espèce de poche qu’il a sous la queue, n’appartiennent qu’à lui : et il a le corps presque blanc par dessus, et presque noir par dessous : ce qui est tout le contraire des autres animaux, dont le ventre est toujours d’uno couleur moins foncée que le dos.
.^iBDlTIOiS A l’article Dü BLAinEAB,