‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 105 sur 255 · ET LE LÉOPARD · texte numérisé non relu

ET LE LÉOPARD

(le FÉLIS PAXTHÉRE, (]UV., LE FÉLIS LÉOPAllD, CuV.)

Oldre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chat.

(Cuvier.)

Pour me faire mieux entendre, pour éviter le faux emploi des noms, détruire les équivoques et prévenir les doutes, j’observerai d’abord qu’avec les tigres dont nous venons de donner l’histoire, il se trouve encore dans l’ancien continent, c’est-à-dire en Asie et en Afrique, trois autres espèces

LK JA-GUAR .

PE LA PANTHÈRE, DE L’ONCE ET DU LÉOPARD. 259 d animaux de ce genre, toutes trois düïcrentes du tigre, et toutes trois differentes entre elIeL Ces trois espèces sont la panthère, Vonce et le léopard, lesquelles non-seulement ont été prises les unes pour les autres par les naturalistes, mais même ont été confondues avec les espèces du même genre qui se sont trouvées en Amérique. Je mets à part, pour le moment piésent, ces espèces que l’on a appelées indistinctement tigres, panthères, léopards, dans le Nouveau-Monde, pour ne parler que de celles de 1 ancien continent, et afin de ne pas confondre les choses et d’exposer plus nettement les objets qui y sont relatifs.

La première espèce de ce genre, et qui se trouve dans 1 ancien continent, est la grande panthère, que nous appellerons simplement pant/ière, qui était connue des Grecs sous le nom de pardalis, des anciens Latins sous celui de panthera, ensuite sous le nom de pardus, et des Latins modernes sons celui de leopardus. Le corps de cet animal, lorsqu'il a pris son accroissement entier, a cinq ou six pieds de longueur, en le mesurant depuis l’extrémité du museau jusqu’à l'origine de la queue, laquelle est longue de plus de deux pieds : sa peau est, pour le fond du poil, d un fauve plus ou moins foncé sur le dos et sur les côtés du cor|)S, et d une couleur blanchâtre sous le ventre ; elle est marquée de taches noires en grands anneaux ou en forme de roses : ces anneaux sont bien séparés les uns des autres sur les côtés du corps, évides dans leur milieu, et la plupart ont une ou plusieurs taches au centre, de la même couleur que le tour de l’anneau; ces mêmes anneaux, dont les uns sont ovales et les autres circulaires, ont souvent plus de trois pouces de diamètre; il n’y a que des taches pleines sur la tête, sur la poitrine, sur le ventre et sur les jambes.

La seconde espèce est la petite panthère d’Oppien, à laquelle les anciens n’ont pas donné de nom particulier, mais que les voyageurs modernes ont appelée once, du nom corrompu Ignx ou lunx. Nous conserverons à cet animal le nom d’once, qui nous parait bien appliqué, parce qu’en effet il a quelque rapport avec le lynx; il est beaucoup plus petit que la panthère, n'ayant le corps que d’environ trois pieds et demi de longueur, ce qui est à peu près la taille du lynx ; il a le poil plus long que la panthère, la queue beaucoup plus longue, de trois pieds de longueur et quehjuefois davantage, quoique le corps de l’once soit en tout d'un tiers au moins plus petit que celui de la panthère, dont la queue n’a guère que deux pieds ou deux pieds et demi tout au plus. Le fond du poil de l'once est d’un gris blanchâtre sur le dos et sur les côtés du corps, et d’un gris encore plus blanc sous le ventre, au lieu que le dos et les côtés du corps de la panthère sont toujours d un fauve plus ou moins foncé : les taches sont à peu près de la même foi me et de la même grandeur dans l’une et dans I autre.

La troisième espèce, dont les anciens ne font aucune mention, est un animal du Sénégal, de la Guinée et des autres pays meiidionaux que les anciens n’avaient pas découverts : nous l appellerons léopard, qui est le nom qu'on a mal à propos appliqué à la grande panthère, et que nous

24^) MJSTOIHE iNATURELIÆ

emploierons, comme l’oiii fait plusieurs voyageurs, pour désigner l'animal du Sénégal, dont il est ici question. Il est un peu plus grand que l’onee, mais beaucoup moins que la pantlicre, n'ayant guère plus de quatre pieds de longueur. La queue a deux pieds ou deux pieds et demi; le fond du poil, sur le dos et sur les cotés du corps, est d’une couleur fauve plus ou moins foncée; le dessous du ventre est blancbàire; les taches sont en anneaux ou en roses, mais ces anneaux sont beaucoup plus petits que ceux de la panthère ou de l’once, et la plupai t .sont composés de quatre ou cinq petites taches pleines : il y a aussi de ces tacites pleines disposées irrégulièrement.

Ces trois animaux sont, comme l’on voit, très-dilférentsles uns des autres, et sont chacun de leur espèce. Les marchands fourreurs appellent les peaux de la première espèce, de panthères; ainsi nous n’aurons pas changé ce nom puisqu’il est en usage; ils appellent celles de la seconde espèce peaux de tigres d’Afrique : ce nom est équivoque, et nous avons adopté celui d once; enfin, ils appellent improprement peaux de tigres celles de l’animal que nous appelons ici léopard.

Oppien connaissait nos deux premières espèces, c’est-à-dire la panthère et l’once; il a dit le premier qu’il y avait deux espèces de panthères : les unes plus grandes et plus grosses, les autres plus petites, et cependant semblables par la forme du corps, par la variété et la disposition des taches, mais qui dilleraienl par la longueur de la queue, que les petites ont beaucoup plus longue que les grandes. Les Arabes ont indiqué la grande panthère par le nom alnemer (nemer en retranchant l’article), et la petite par le nom al phet ou al fhed {pliet ou fhed en retranchant l’article); ce dernier nom, (juoique un peu corrompu, se reconnaît dans celui de faadh, qui est le nom actuel de cet animal en Barbarie. « Le faadh, dit le docteur Shaw, ressemble « au léopard ( il veut dire la panthère), en ce qu’il est tacheté comme lui « mais il en diffère à d autres égards : il a la peau plus obscure et plus '«-ros- .< siere, et n est pas si farouche. » JNous apprenons d’ailleurs par un pas'sa-e d Albert, commenté par Gessner, que le phet ou fhed des Arabes s’est appelé en Italien et dans quelques autres langues de l'Europe leunza ou lonza. On ne peut donc pas douter, en rapprochant ces indications, que la petite panthère d Oppien, le phet ou le fhed des Arabes, le faadh de la Barbarie I onze ou l ance des Européens, ne soient le même animal. Il y a grande apparence aussi que cest le pard ou pardus des anciens, et la panlhera de Pline, puisqu il dit que le fond de son poil est blanc, au lieu que celui de la gramle panthère est, comme nous l’avons dit, d'une couleur fauve plus ou moins loncée : d ailleurs, il est très-probable que la petite panthère s’est appelée simplement pard ou pardus, et qu’on est venu ensuite à nommer la grande panthère^fcqpard ou leopardus, parce qu’on a imaginé que c’était une espece métive qui s’était agrandie par le secours et le mélange de celle du ion; mais comme ce préjugé n’est nullement fondé, nous avons préféré le nom ancien et prnmi.f de panthère au nom composé et plus nouveau de

DE LA PAiNTlIÈllE, DK LOiNCE ET DE IA>01>ARD. 241 léopard, que nous avons applique à l’animal nouveau qui n’avail encore que des noms équivoques.

Ainsi l’once diffère de la panllière en ce qu'il est bien plus petit, qu’il a la queue beaucoup plus longue, le poil plus long aussi et d’une couleur grise ou blanchâtre; et le léopard diffère de la panthère et de l’once en ce qu’il a la robe beaucoup plus belle, d’un fauve vif et brillant, quoique plus ou moins foncé, avec des taches plus petites, et la plupart disposées par groupes, comme si chacune de ces taches était formée de quatre taches réunies.

Pline, et plusieurs autres après lui, ont écrit que, dans les panthères, la femelle avait la robe plus blanche que le mâle : cela pouvait être vrai de l'once; mais nous n’avons pas observé cette différence dans les panthères de la ménagerie de Versailles, qui ont été dessinées vivantes : s'il y a donc quelque différence dans la couleur du poil entre le mâle et la femelle de la panthère, il faut que cette différence ne soit pas bien constante ni bien sensible. On trouve à la vérité des nuances plus ou moins fortes dans plusieurs peaux de ces animaux que nous avons comparées; mais nous croyons que cela dépend plutôt de la différence de l age ou du climat que de celle des sexes.

Les animaux que MM. de l’Académie des sciences ont décrits et disséqués sous le nom de titres, et l’animal décrit par Gains dans Gessner, sous le nom d'irncia, sont de même espèce que notre léopard; on ne peut en douter, en comparant |a figure et la description que nous en donnons ici avec celles de Caïus et celles de M. Perrault. Il dit, à la vérité, que les animaux décrits et disséqués par MM. de l’Académie des sciences sous le nom de titres ne sont pas l’once dcCa'ius, les seules raisons qu’il en donne sont que celui-ci est plus petit et qu’il n’a pas le dessous du corps blanc ; cependant, si M. Perrault eût comparé la description entière de Caïus avec les sujets qu’il avait sous les yeux, je suis persuadé qu'il aurait reconnu qu’ils ne différaient en rien de l’once de Ca'fus. Comme il pourrait rester sur cela des doutes, j’ai cru qu’il était nécessaire de rapporter ici les parties essentielles de eette description de (Vins, qui, quoique faite sur un animal mort, me paraît fort exacte. On y observera que Caïus, sans donner précisément la longueur du corps de l’animal qu’il décrit, dit qu’il est plus grand qu’un chien de berger et aussi gros qu’un dogue, quoique plus bas de jambes; je ne vois donc pas pourquoi M. Perrault dit que l’once de Caïus était bien plus petit que les tigres disséqués parMM. de l’Académie des sciences. Ces tigres n’avaient que quatre pieds de longueur, en les mesurant depuis l'extrémité du museau jusqu’à l’origine de la queue; le léopard que nous décrivons ici, et qui est certainement le môme animal que les tigres de, M. Perrault, na aussi qu environ quatre pieds; et si l’on mesure un dogue, surtout un dogue de loric race, on trouvera qu’il excède souvent ces dimensions. Ainsi, les tigres décrits par MM. de l’Académie des sciences ne différaimil pas assez de Xxmcia de Caïus par la grandeur, pour que M. Perrault fût fondé à conclure de cette seule différence que ce ne pouvait être le même animal. La seconde discon-

242 JIISTOIKE NATURELLE

venance, c’esl celle de la couleur du poil sur le ventre j M. Perrault dit qu’il est blanc, et Caïus qu’il est cendré, c’est-à-dire blanchâtre : ainsi, ces deux caractères, par lesquels M. Perrault a jugé que les tigres disséqués par MM. de l’Académie n’étaient pas l’once de Caïus, auraient dù le porter à prononcer le conli'aire, surtout s’il eût fait attention que tout le reste de la description s’accorde parfaitement. On ne peut donc pas se refuser à regarder les tigres de MM. de l’Académie, l’Mricia de Caïus et notre léopard, comme le même animal, et je ne conçois pas pourquoi quelques-uns de nos naturalistes ont pris ces tigres de M. Perrault pour des animaux d’Améri([ue et les ont confondus avec le jaguar.

Nous nous croyons donc certains que les tigres de M. Perrault, l’uncia de Caïus et notre léopard, sont le même animal : nous nous croyons également assurés que notre panthère est le même animal que la panthère des anciens. Elle en diffère à la vérité par la grandeur, mais elle lui ressemble par tous les autres caractères; et, comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois, on ne doit pas être étonné (lu’un animal élevé dans une ménagerie ne prenne pas son accroissement entier, et qu’il reste au-dessous des dimensions de la nature. Cette différence de grandeur nous a tenu nous-mêmes assez longtemps dans la perplexité; mais après l’examen le plus long, et nous pouvons dire le plus scrupuleux, après la comparaison e,xacteet immédiate des grandes peaux de la panthère, qui se trouvent citez les fourreurs, avec celle de notre panthère, il ne nous a plus été permis de douter, et nous avons vu clairement que ce n’étaient pas des animaux différents. La panthère que nous décrivons ici et deux autres de la même espèce, qui étaient en même temps à la ménagerie du roi, sont venues de la Barbarie : la régence d’Alger fit présent à Sa Majesté des deux premières, il y a dix ou douze ans; la troisième a été achetée pour le roi, d’un juif d’Alger.

Une autre observation que nous ne pouvons nous dispenser tie faire, e’est que des trois animaux dont nous donnons ici la description sous les noms de panthère, d’omeeet de léopard, aucun ne peut se rapporter à l'animal que les naturalistes ont indiqué par le nom dtàpardus ou de leopardus. Lc^ardus de M. Linnæus et le léopardde M. Brisson, qui paraissent être le même animal, sont désignés par les phrases suivantes : Pardus, feliscauda elongala, corporis niacults superioribus orbir,ulatis, inferiorihm virgatis. Syst. Nat., édit. 10, p. 41. Le léopard, Felis ex albo flavicans, macuüs nigris in dorso orbiculatis, in ventre longis, variegata. Regn. aniin. p. 272. Ce caractère des taches longucil sur le ventre, ou allongées en forme de verges sur les parties inférieures du corps, n’appartient ni à la panthère, ni à l’once, ni au léopard, de.squels il est ici question. Cependant, il paraît que c’est de la panthère des anciens, d\xpanthera,pardalis, pardus, leopardus de Gessner; du pardus, punthera de Prosper Alpini; du panthera varia Africana de Pline; de la panthère, eu un mot, qui se trouve en Afrique et aux Indes orientales, que ces auleurs ont entendu parler, et qu’ils ont désignée par les phrases que nous venons de citer. Or, je le répète, aucun des trois animaux

DE LA PAiNTHÈRE, DE L’OXCE ET DU LÉOPARD. 245 que nous décrivons ici, quoique tous trois d espèce différente, n’ont ce caractère de taches longues et en forme de verges sur les parties inférieures; et, en même temps, nous pouvons assurer, par les recherches que nous avons faites, que ces trois espèces, cl peut-être une quatrième dont nous parlerons dans la suite, et qui n'a pas plus que les trois premières ce caractère des taches longues sur le ventre, sont les seules de ce genre qui se trouvent en Asie et en Afrique ; en sorte que nous ne pouvons nous empêcher de regarder comme douteux ce caractère, qui fait le fondement des phrases indicatives de ces nomenclateurs. C’est tout le contraire dans ces trois animaux, et peut-être dans tous ceux du même genre; car, non-seulement ceux de l’Afrique et de l’Asie, mais ceux même de 1 Amérique, lorsqu ils ont des taches longues en forme de verges ou de traînées, les ont toujours sur les parties supérieures du corps, sur le garrot, sur le cou, sur le dos, et jamais sur les parties inférieures.

Nous remarquerons encore que l'animal donton a donné la description dans la troisième partie des Mémoires pour servir à l'histoire des animaux, sous le nom de panthère, est un animal différent de la panthère, de 1 once et du léopard, dont nous traitons ici.

Enfin, nous observerons qu’il ne faut pas confondre, en lisant les anciens, le panther avec la panthère. La panthère est l’animal dont il est ici question; le panther du scoliasle d’Homère et des autres auteurs est une espèce de loup timide que nous croyons être le chacal, comme nous l’expliquerons lors(|ue nous donnerons I histoire de cet animal. Au reste, le mot pardalis est l’ancien nom grec de la panthère; il se donnait indistinctement au mâle et à la femelle. Le mol pardus est moins ancien : Lucain et Pline sont les premiers qui l’aient employé ; celui de leopardus est encore plus nouveau, puisqu’il paraît que c’est Jules Capitolin qui s’en est servi le premier, ou Tun des premiers ; et â l’égard du nom même de panlhera, c’est un mol que les anciens Latins ont dérivé du grec, mais que les Grecs n’ont jamais employé.

Après avoir dissipé, autant qu’il est en nous, les ténèbres dont la nomenclature ne cesse d’obscurcir la nature ; apres avoir exposé, pour prévenir toute équivoque, les figures exactes des trois animaux dont nous traitons ici, passons à ce qui les concerne chacun en particulier.

La panthère que nous avons vue vivante a l'air féroce, l'œil inquiet, le regard cruel, les mouvements brusques et le cri semblable à celui d’un dogue en colère ; elle a même la voix plus forte et plus rauque que le chien irrité : elle a la langue rude et très-rouge, les dents fortes et pointues, les ongles aigus et durs, la peau belle, d’un fauve plus ou moins foncé, semée de taches noires arrondies en anneaux, ou réunies en forme de roses, le poil court, la queue marquée de grandes taches noires au-dessus, et d anneaux noirs et blancs vers l’extrémité. La panthère est de la taille et de la tournure d’un dogue de forte race, mais moins haute de jambes.

Les relations des voyageurs s’accordent avec les témoignages des anciens au sujet de la grande et de la petite panthère, c’est-à-dire de notre panthère

et (le notre once. Il parait (pi il existe anjounl'hiii, comme du temps d'Appicn, dans la partie de lv\fri({ue qui s’étend le long de la mer Méditerranée, et dans les parties de l’Asie, qui étaient connues des anciens, deux especes de panllicres : la plus grande a etc appelée ;?an</)è/e ou léopard, et la plus petite ONce, par la plupart des voyageurs. Ils conviennent tous que l’once s apprivoise aisément, qu’on le dresse à la chasse et qu’on s’en sert à cet usage en Perse et dans plusieurs autres provinces de l'Asie; qu’il y a des onces assez petits pour qu’un cavalier puisse les porter en croupe, qu'ils sont assez doux pour se laisser manier et caresser avec la main. La panthère paraît être d une nature plus hère et moins flexible : on la dompte plutôt qu on ne 1 apprivoise; jamais elle ne perd en entier son caractère féroce, et loisqu on veut s en servir pour la chasse, il faut beaucoup de soins potir la dresser, et encore plus de précautions pour la conduire et l’exercer. On la mène sur une charrette, enfermée dans une cage, dont on lui ouvre la porte lorsque le gibier parait; elle s élance vers la bête, l’atteint ordinairement en trois ou quatre sauts, la terrasse et l’étrangle : mais si elle manque son coup, elle devient furieuse et se Jette quelquefois sur son maître, qui d’ordinaire prévient ce danger en portant avec lui des morceaux de viande, ou des animaux vivants, comme des agneaux, des chevreaux, dont il lui en jette un pour calnter sa fureur.

Au reste, l’espèce de l'once paraît être plus nombreuse et plus répandue que celle de la panthère : on la trouve Irès-commuiicmenl en Barbarie, en Arabie cl dans toutes les parties méridionales de l’Asie, à l’exception peutêtre de l’Egypte; elle s'est même étendue jusciu’à la Chine, où on l’appelle hinen~pao.

Ce qui fait qu'on sc sert de l'once pnur la chasse dans les climats chauds de l’Asie, c’est que les chiens y sont irt’s-rares; il n’y a, pour ainsi dire, que ceux (pi on y transporte, et encore perdcnl-ils en peu de temps leur voix et leur instinct : d’ailleurs, ni la panthère, ni l’once, ni le léopard ne peuvent souffrir les chiens; ils semblent les eherchcr et les attaquer de préférence sur toutes les autres hèles. En Europe, nos chiens de chasse n’onr pas d aunes ennemis que le loiqi; mais dans un pays rempli de tigres, de lions, de panihères, de léopards et d’onces, qui, tous sont plus forts et plus ciuols que le loup, il ne serait pas possible do conserver des chiens. Au teste, 1 once na pas I odorat aussi lin que le chien ; il ne suit pas les bêtes <à la piste, il ne lui serait pas possible non plus de les atteindre dans une course suivie; il ne chasse qu’à vue, et ne fait, pour ainsi dire, que s’élancer et se jeter sur le gibier ; il saule si l(‘gèreincnl, qu’il franchit aisément un fossé ou une muraille de plusieurs pieds; souvent il grimpe sur les arbres pour attendre les animaux au passage et se laisser tomber dessus : celte manière d'atiraper la proie est coimnune à la panihère, au hiopard ei à l’once.

Le léopard a les mêmes mœurs et le même naturel que la panthère; et je ne vois nulle part qu'on l’ail apprivoisé comme l’once, ni que les Nègres

DE LA PANTHÈRE, DE L’ONCE ET DU LÉOPARD. 245 du Sénégal et de Guinée, où il est très-commun, s’en soient jamais servis pour la chasse. Communément, il est plus grand que l’once et plus petit que la panthère; il a la queue plus courte que lonce, quoiquelle soit longue de deux pieds ou de deux pieds et demi.

Ce léopard du Sénégal ou de Guinée, auquel nous avons appliqué particulièrement le nom de léopard, est probablement 1 animal que Ion appelle à Congo ençjoi ; c’est peut-être aussi l’antamba de Madagascar. Nous rapportons ces noms, parce qu’il serait utile, pour la connaissance des animaux, qu’on eût la liste de leurs noms dans les langues des pays qu ils habitent.

L’espèce du léopard parait être sujette à plus de variétés que celle de la panthère et de l’once ; nous avons vu un grand nombre de peaux de ce léopard qui ne laissent pas de différer les unes des autres, soit par les nuances du fond du poil, soit par celles des taches dont les anneaux ou roses sont plus marqués et plus terminés dans les unes que dans les autres; mais ces anneaux sont toujours de beaucoup plus petits que ceux de la patithère ou de l’once. Dans toutes les peaux du léopard, les taches sont chacune a peu près de la même grandeur, de la même figure, et c est plutôt par la force de la teinte qu elles dilîèrent, étant moins fortement exprimées dans les unes de ces peaux et beaucoup plus fortement dans les autres. La couleur du fond du poil ne diffère qu'en ce qu’elles sont d un fauve plus ou moins foncé ; mais, comme toutes ces peaux sont à très-peu près de la même grandeur, tant pour le corps que pour la queue,. il est très- vraisemblable qu’elles appartiennent toutes à la même espèce d’animal, et non pas à des animaux d espèces différentes.

La panthère, l’once et le léopard n’habitent que l’Afrique et les climats les plus chauds de l’Asie; ils ne se sontjamais répandus dans les pays du Nord, ni même dans les régions lemperees. Aristote parle de la panthère comme d’un animal de l’Afrique et de l’Asie, et il dit expressément qu’il n’y en a point en Europe. Ainsi, ces animaux qui sont, pour ainsi dire, confinés dans la zone torride de l’ancien continent, n’ont pu passer dans le nouveau par les terres du Nord, et l’on verra par la description que nous allons donner des animaux de ce genre qui se trouvent en Amérique, que ce sont des espèces différentes, que l’on n’aurait pas dû confondre avec celles de l’Afrique et de l’Asie, comme l’ont fait la plupart des auteurs qui ont écrit la nomenclature.

Ces animaux en général se plaisent dans les forêts touffues, et fréquentent souvent les bords des fleuves et les environs des habitations isolées, où ils cherchent a surprendre les animaux domestiques et les bêtes sauvages qui viennent chercher les eaux. Ils se jettent rarement sur les hommes, quand même ils seraient provoqués; ils grimpent aisément sur les arbres, ou ils suivent les chats sauvages et les autres animaux qui ne peuvent leur échapper. Quoiqu’ils ne vivent que de proie cl qu ils soient ordinairement fort maigres, les voyageurs prcteiidenl que leur chair n est pas mauvaise à manger ; les Indiens et les Nègres la trouvent bonne; mais il est vrai qu’ils

ÏÏISTOIRE NATURELLE

trouvent celle du chien encore meilleure, et qu’ils s’en régalent comme si c était un mets délicieux. A l’égard de leurs peaux, elles sont toutes précieuses et font de très-belles fourrures; la plus belle et la plus chère est celle U léopard; une seule de ces peaux coûte huit ou dix louis, lorsque le fauve

en est vif et brillant, et que les taches en sont bien noires et bien déterminées.

Page 1