LE COUGUAR
( FÉLIS COl'GL'AB, CuVIER).
Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre cbat.
(Cüvier).
Le couguar a la taille aussi longue, mais moins étoffée que le jaguar; il est plus Idvreté, plus effilé et plus haut sur ses jambes; il a la tête petite, la queue longue, le poil court et de couleur presque uniforme, d’un roux vif, mêlé de quelques teintes noirâtres, surtout au-dessus du dos; il n’est marqué ni de bandes longues comme le tigre, ni de taches rondes et pleines comme le léopard, ni de taches en anneaux ou en roses comme l’once et la panthère; il a le menton blanchâtre, ainsi que la gorge et toutes les parties inférieures du corps. Quoique plus faible, il est aussi féroce et peut-être plus cruel que le jaguar. 11 parait être encore plus acharné sur sa proie, il la dévore sans la dépecer : dès qu’il l’a saisie, il l’entame, la suce, la mange de suite, et ne la quitte pas qu’il ne soit pleinement rassasié.
Cet animal est assez commun à la Guiane; autrefois on l’a vu arriv'er à la nage et en nombre dans 1 île de Cayenne, pour attaquer et dévaster les troupeaux : celait, dans les commencements, un fléau pour la colonie; mais peu à jieu on l’a chassé, détruit et relégué loin des habitations. On le trouve au Brésil, au Paraguay, au pays des Amazones; et il y a grande apparence que l’animal qui nous est indiqué dans quelques relations, sous le nom d'ocorome dans le pays des Moxes au Pérou, est le même que le couguar, aussi bien que celui du pays des Iroquois, qu'on a regardé comme un tigre, (pioiqu’il ne soit point moucheté comme la panthère, ni marqué de bandes longues comme le tigre.
Le couguar, par la légèreté de son corps et la plus grande longueur de ses jambes, doit mieux courir que le jaguar et grimper aussi plus aisément sur les arbres : ils soiit tous deux également paresseux et poltrons dès qu’ils sont rassasiés; ils n’attaquent presque jamais les hommes, à moins qu’ils ne les trouvent endormis. Lorsqu’on veut passer la nuit ou s’arrêter dans les bois, il suffit d’allumer du feu pour les empêcher d’approcher. Us se plaisent à 1 ombre dans les grandes forêts; ils se cachent dans un fort ou même sur tin arbre touffu, d'où ils s'élancent sur les animaux qui passent. Quoiqu’ils tte vivent que de proie et qu’ils s’abreuvent plus souvent de sang que d’eau, on prétend que leur chair est très-bonne à manger. Pison dit expressément <lu elle est aussi bonne que celle du veau ; d’autres la comparent à celle du mouton. J’ai bien de la peine à croire que ce soit en effet une viande de bon
goût; j’aime mieux m’eu rappoiter au lémoignage de Desmarehais^ qui dit que ce qu’il y a de mieux dans ces animaux, c’est la peau, dont on fait des housses de cheval, et qu’on est peu friand de leur chair, qui, d’ordinaire, est maigre et d'un fumet peu agréable.