COUGUAR DE PENSYLVANIE
Le jaguar, ainsi que le couguar, habite dans les contrées les plus chaudes de l’Amérique méridionale j mais il y a une autre espèce de couguar, qui se trouve dans les parties tempérées de l’y^mérique septentrionale, surtout dans les montagnes de la Caroline, de la Géorgie, de la Pensylvanie, et des provinces adjacentes. Le dessin de ce couguar m’a été envoyé d’Angleterre par feu M. Collinson, avec la description ci-jointe. Si elle est exacte, ce couguar ne laisse pas de différer beaucoup du couguar ordinaire, auquel on peut le comparer. Voici ce que m’en a écrit alors M. Collinson.
Le couguar de Pensylvanie diffère beaucoup, par sa taille et par ses dimensions, du couguar de Cayenne. Il est plus bas de jambes, beaucoup plus long de corps, la queue aussi de trois ou quatre pouces plus longue. Au reste, ils se ressemblent parfaitement par la couleur du poil, par la forme de la tête et par celle des oreilles. Le couguar de Pensylvanie, ajoute M. Collinson, est un animal remarquable par son corps mince et très-allongé, ses jambes courtes et sa longue queue. Voici ses dimensions :
Longueur du corps, depuis le museau jusqu’à l’anus 5 4 0
Longueur de la queue 260
Longueur des jambes de devant 100
Longueur des jambes de derrière 130
Hauteur du corps à l’avant 190
Hauteur du corps à l’arrière. 1100
Circonférence du corps à l’endroit le plus gros 2 3 0
M. Edwards, dont l'habileté dans l'art du dessin et les connaissanees en histoire naturelle méritent les éloges de tous les amateurs des sciences, m'a envoyé quelques gravures qu'il n’avait pas encore publiées, et qui sont relatives au dessin envoyé par feu M. Collinson.
ÜU COLCiUAU NOin. :2o3
M. <le la Bortle, iiiéticcin tlu roi, à Cayenne, m'écrit qti'il y a, dans ce continent, trois animaux de ces espèces voraces, dont le premier est le jaguar, et que l'on appelle tigre; le second, le couguar, qu'on nomme tigre rouge, à cause de la couleur uniforme de son poil roux; que le jaguar est de la gratidcur d’un gros dogue, et qu'il pèse environ deux cents livres; que le couguar est plus petit, moins dangereux et en moindre nombre que Je jaguar dans les terres voisines <le Cayenne, et que ces deux animaux sont environ six ans à prendre leur accroisscmetit entier.
Il ajoute qu'il y a une troisième espèce assez commune dans ce même pays, que l'on appelle tigre noir; et c’est celui que nous avons appelé couguar noir.
La tête, (lit M. de la Borde, est assez semblable à celle des couguars; mais il a le poil noir et long, la queue fort longue aussi, avec d’assez fortes moustaches. Il ne pèse guère que quarante livres. Il fait scs petits dans des trous d’arbres creux.
Ce couguar noir pourrait bien être le même animal que Pison et Marcgrave ont indiqué sous le nom de jaguarette ou jaguar à poil noir, et dont aucun autre voyageur n’a fait mention sous ce même nom de jaguurette; je trouve seulement dans une note de M. Sonini de LManoncourt que le jaguaretle s’appelle à Cayenne tigre noir; qu'il est d’une espèce différente de celle du jaguar, étant d’une plus petite taille et ayant le corps fort effilé. Cet animal est très-niécbant et très-carnassier; mais il est assez rare dans les terres voisines de Cayenne.
Les jaguars et les couguars, continue M. de la Borde, sont fort communs dans toutes les terres qui avoisinent la rivière des Amazones, jusqu’à celle de Saint-Marthe; leur peau est assez tendre pour que les Indiens leur envoient des llèchcs qui pénètrent avant, poussées avec de simples sarbacanes. Au reste, tous ces animaux ne sont pas absolument avides de carnage ; une seule proie leur suHit. On les rencontre presque toujours seuls, et quelquefois deux ou trois ensemble quand les femelles sont en chaleur.
Lorsqu’ils sont fort affamés, ils attaquent les vaches et les bœufs en leur sautant sur le dos; ils enfoncent les griffes de la patte gauche sur le cou, et lorsque le bœuf est courbé, ils le déchirent, et traînent les lambeaux de la chair dans le bois, après lui avoir ouvert la poitrine et le ventre pour boire tout le sang, dont ils se contentent pour une première fois. Ils couvrent ensuite avec des branches les restes de leur proie, et ne s’en écartent jamais guère ; mais, lorsque l.i chair commence à se corrompre, ils n’en mangent plus. Quelquefois ils se mettent à l’affût sur des arbres pour s’élancer sur les animaux qui viennent à passer. Ils suivent aussi les troupes de cochons sauvages et tombent sur les traîneurs; mais, s’ils se laissent une fois entourer par ces animaux, ils ne trouvent de salut que dans la fuite.
Au reste, les jaguars, ainsi que les couguars, ne sont pas absolument féroces, et n attaquent pas les hommes, à moins qu’ils ne se sentent blessés; mais ils sont intrépides contre les attaques des chiens, et vont les prendre près des habilalions : lorsque plusieurs chiens les poursuivent et les forcent à fuir par leur nombre, ils grimpent sur les arbres. Ces animaux rodent souvent le long des bords de la mer, et ils mangent les œufs que les tortues viennent y déposer. Ils mangent aussi des caïmans, des
b^’ffon. lomc v;i, f 7
254 IIISÏOIUE i^ATURELLE
lézards et du poisson, quelquefois les bourgeons et les feuilles tendres des palétuviers. Ils sont bons nageurs et traversent des rivières très-larges. Pour prendre les caïmans, ils SC couchent ventre à terre au bord de la rivière, et battent l’eau pour fairedubruit, afin d’attirer le caïman, qui ne manque pas de venir aussitôt et de lever la tête, sur laquelle le jaguar se jette ; il le tue et le traîne plus loin pour le manger à loisir.
Les Indiens prclcndcnt que les jaguars attirent l’agouti en contrefaisant son cri; mais ils ajoutent qu’ils attirent aussi le caïman par un cri semblable à celui des jeunes chiens, ou en contrefaisant la voix d’un homme qui tousse, ce qui est plus difficile à croire.
Ces animaux carnassiers détruisent beaucoup de ebiens de chasse qu’ils surprennent à la poursuite du gibier. Les Indiens prétendent qu’on peut préserver les chiens de leur attaque, en les frottant avec une certaine herbe dont l’odeur les éloigne.
Quand ces animaux sont en cbaleur, ils ont une espèce de rugissement effrayant, et qu’on entend de fort loin. Ils ne font ordinairement qu’un petit, qu’ils déposent toujours dans de gros troncs d'arbres pourris. On mange à Cayenne la chair de ces animaux, surtout celle des jeunes, qui est blanche comme celle du lapin.
Le couguar, réduit en captivité, est presque aussi doux que les autres animaux domestiques.
J’ai vu (dit l’auteur des Reehcrches sur les Américains) un couguar vivant, chez Ducos, maître des bêtes étrangères : il avait la tranquillité d’un chien et beaucoup plus que la corpulence d’un très-grand dogue; il est haut monté sur ses jambes, ce qui le rend svelte et alerte; ses dents canines sont coniques et très -grandes. On ne
l’avait ni désarmé ni emmuselé, et on le conduisait en laisse Il se laissait Oatter
de la main, et je vis de petits garçons monter sur son dos et s'y tenir h califourchon. Le nom de ligre poltron lui a été bien donné.
L’OCELOT.
(felis ocelot, cuvier.)
Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chat. (Covieb.)
L’ocelot est un animal d’Amérique, féroce et carnassier, que l’on doit placer à côté du jaguar, du couguar, ou immédiatement aprèsj car il en approche pour la grandeur, et leur ressemble par le naturel et par la figure. Le mâle et la femelle ont été apportés vivants à Paris par M. Lescot, et on les a vus à la foire Saint-Ovide, au mois de septembre de cette année 1764,
DE L’OCELOT. 255
iis venaient tles terres voisines de Carthagônc, et ils avaient été enlevés tout petits à leur mère, au mois d’octobre 1763 : à trois mois d’âge ils étaient déjà devenus assez forts et assez cruels pour tuer et dévorer une chienne qu’on leur avait donnée |)our nourrice : à un an d’âge, lorsque nous les avons vus, ils avaient environ deux pieds de longueur, et il est certain qu’il leur restait encore à croître, et que, probablement, ils n’avaient pris alors que la moitié ou les deux tiers de leur entier accroissement. On les montrait sous le nom de chat-tigre; mais nous avons rejeté celle dénomination précaire et composée, avec d’autant plus de raison qu’on nous a envoyé, sous ce meme nom, le jaguar , le serval et le margay , qui cependant sont fous trois différents les uns des autres, et differents aussi de celui dont il est ici question.
Le premier auteur qui oit fait mention expresse de cet animal, et d’une manière à le faire reconnaître , est Fabri : il a fait graver les dessins qu’en avait faits Ilccchi, et en a composé la description d'après ces mêmes dessins, qui étaient coloriés j il en donne aussi une espèce d’histoire, d’après ce que Grégoire de Bolivar en avait écrit et lui en avait raconté. Je fais ces remarques dans la vue d’éclaircir un fait qui a jeté les naturalistes dans une espèce d'errcur,et sur lequel j’avoue (|ue je m’étais trompé comme eux : ce fait est de savoir si les deux animaux dessinés par Recchi, le premier avec le nom de Üatlauhqui-ocelotl , et le second avec celui de ilacoozlotl, tlalocelotl, et ensuite décrits par Fabri comme étant d’espèces differentes, ne sont pas le meme aninial. On était fondé à les regarder, et on les regardait en effet comme différents, quoique les ligures soient assez semblables, parce qu'il ne laisse pas d’y avoir des différences dans les noms, et même dans les descriptions. J’avais donc cru que le premier pouvait être le même que le jaguar, en sorte que, dans la nomenclature de cet animal, j’y ai rapporté le nom mexicain tlallaulhqm-occlotl : or ce nom mexicain ne lui appartient pas; et depuis que nous avons vu les animaux mâle et femelle dont nous parlons ici, je me suis persuadé que les deux qui ont été décrits par Fabri ne sont que ce même animal, dont le premier est le mâle, et le second la femelle. Il fallait un hasard comme celui que nous avons eu, et voir ensemble le mâle et la femelle pour reconnaître cette petite erreur. De tous les animaux à peau tigrée, l’ocelot mâle a certainement la robe la plus belle et la plus élégamment variée; celle du léopard meme n’en approche pas pour la vivacité des couleurs et la régularité du dessin; et celle du jaguar, de la panthère ou de l’once en approche encore moins ; mais , dans l’ocelot femelle, les couleurs sont bien plus faibles, et le dessin moins régulier, et cesi cette différence très-apparente qui a pu tromper Recchi, Fabri et les outres. On verra, en comparant les figures et les descriptions de 1 une et de l’autre, que les différences ne laissent pas détre considérables, et quil manque à la robe de la femelle beaucoup de fleurs et d ornements qui se trouvent sur celle du mâle.
Lorsque l’ocelot a pris son entier accroissement, il a, selon Grégoire de
IIISTOIlUi; INATUlUiLLIi
lîolivar, deux pieds et demi de liautcurstir environ quatre pieds de longueur; la queue, (pioique assez longue, ne louche ce|)endanl pas la terre lors(iu'clle est pendante, et, par conséquent, elle n’a guère que deux pieds de longueur. Cet animal est très-voraee, il est en même temps timide; il attaque rarement les hommes; il craint les chiens, et, dès qu'il en est poursuivi, il gagne les bois et grimpe sur un arbre : il y demeure, et même y .séjourne pour dormir et pour épier le gibier ou le bétail, sur lequel il s'élance dès qu’il le voit à portée. 11 préfère le sang à la chair, et c’est |)ar cette raison qu’il détruit un grand nombre d’animaux, parce qu’au lieu de se rassasier en les dévorant, il ne fait que se désaltérer en leur suçant le sang.
Dans l’étal de capliviié il conserve ses mœurs; rien ne peut adoucir son naturel féroce, rien ne peut calmer ses mouvements inquiets; on est obligé de le tenir toujours en cage. « A trois mois ( dit M. Lescot ), lorsque ces « deux petits curent dévoré leur nourrice, je les tins en cage, et je les y ai « nourris avec de la viande fraîche, dont ils mangent sept à huit livres par « jour; ils Iraient ensemble, mâle et femelle, comme nos chats domestiques. « Il règne entre eux une supériorité singulière de la pari du mâle : quelque « ap|)clil qu'aient ces deux animaux, jamais la femelle ne s’avise de rien « prendre que le m.àle n’ait sa saturation, et (pi'il ne lui envoie les morceaux « dont il ne veut plus. .le leur ai donné plusieurs fois des chats vivants; ils « leur sucent le sang jusqu’à ce que mort s’ensuive; mais jamais ils ne les « mangent. J'avais embarqué pour leur subsistance deux chevreaux; ils ne « mangent d’aucune viande cuite ni salée. »
Il parait, par le témoignage de Grégoire de Fîolivar, que ces animaux ne produisent ordinairement que deux petits, et celui de M. Lescot semble conlirmer ce fait; car il dit aussi qu’on avait tué la mère avant de prendre les deux petits dont nous venons de parler. Il en est de l'ocelot comme du jaguar, de la panthère, du léopard, du tigre et du lion : tous ces animaux, remarquables par leur grandeur, ne produisent qu'en petit nombre, au lieu <|ue les chats, qu’on pourrait associer à cette même tribu, produisent en assez grand nombre ; ce (|ui prouve que le plus ou le moins dans la production lient beaucoup plus à la grandeur qu’à la forme.
LE MÂRGÂY Eï LE GLEPABD.
( LE FELIS MAIÎGW, LE FELIS CCÉPAni). )
Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chat. (Cuvier.)
Le margay est beaucoup plus petit que l’ocelot; il ressemble au chat sauvage par la grandeur et la ligure du corps; il a seulement la tète plus carrée,
DU MAUr.AY ET DU UUÉPAI5D.
le museau moins courl, les oreilles plus arroiulies el la (jueue plus longue; son poil est aussi plus court que celui du chat sauvage, et il est marque de bandes, de raies et de taches noires sur un fond de couleur fauve. On nous Ta envoyé de Cayenne sous le nom de chat-tigre, et il tient eti effet de la nature du chat et dccelle diijaguar ou de l'ocelot, qui sont les deux animaux auxquels on a donne le nom de tigre dans le nouveau continent. Selon Fernandès, cet animal, lorsqu'il a pris son accroissement en entier, n'est pas tout à fait si grand que la civette; et selon Maregrave, dont la comparaison nous parait plus juste, il est de la grandeur du chat sauvage, auquel il ressemble aussi par les habitudes naturelles , ne vivant que de petit gibier, de volailles, etc. ; mais il est très-dilficile à apprivoiser, et ne perd même jamais son naturel féroce. Il varie beaucoup pour les couleurs, quoique ordinairement il soit tel que nous le présentons ici. C’est un animal très-commun à la Cuiane, au Brésil et dans toutes les autres provinces de l’Amérique méridionale. Il y a apparence que c’est le même qu’à la Louisiane on appelle pichou * ; mais respèce en est moins commune dans les pays tempérés que dans les climats chauds.
Si nous faisons la révision de ces animaux cruels, dont la rohe est si belle et la nature si perfide, nous trouverons dans rancien continent le tigre, la panthère, le léopard, l’once, le serval; et dans le nouveau, le jaguar,
I ocelot et le margay, qui, tous trois, ne pai’aissent être (|ue des diminutifs des premiers, et (pu, n’en ayant ni la taille ni la force, sont aussi timides, aussi lâches que les autres sont intrépides et fiers.
Il y a encore un animal de ce genre, qui semble différer de tous ceux que nous venons de nommer; les fourreurs l'appellent guépard. Nous en avons vu plusieurs peaux; elles ressemblent à celles du lynx par la longueur du poil; mais les oreilles n’étant pas terminées par un pinceau, le guépard n est point un lynx, il n’est aussi ni panthère ni léopard ; il n’a pas le poil court comme ces animaux, et il diffère de tous par une espèce de crinière ou de poil long de quatre ou cinq pouces qu'il porte sur le cou et enirc les épaules; il a aussi le poil du ventre long de trois à quatre pouces, el la <pieue à proportion plus courte que la panthère, le léopard ou l'once; il est à peu près de la taille de ce dernier animal, n'ayant qu’environ trois pieds et demi de longueur de corps. Au reste, sa robe, qui est d’un fauve très-pâle, est parsemée, comme celle du léopard, de taches noires, mais plus voisines les unes des autres et plus petites, n'ayant que trois ou quatre lignes de diamètre.
J ai pensé que cet animal devait être le même que celui qu’indique Ivolbc
Le pichou est une espèce de chat pilois aussi haut que le tigre, mais moins gros, dont la peau est assez belle : c’est uii grand destructeur de volailles; mais par boiibeur, il n’csl pas commun à la Louisiane.— Histoire de la Louisiane, par le Page du I‘ratz, tome 11, page 'ii, lig., page 67.
258 HISTOIRE NATURELLE DU MARGAY ET DU GUÉPARD, sous le nom de loup-tigre ; je cite ici sa description * pour qu’on puisse la comparer avec la nôtre. C’est un animal commun dans les terres voisines du cap de Bonne-Espérance. Tout le jour il se tient dans des fentes de rochers ou dans des trous qu’il se creuse en terre; pendant la nuit, il va chercher sa proie; mais comme il hurle en chassant son gibier, il avertit les hommès et les animaux, en sorte qu’il est assez aisé de l’éviter ou de le tuer. Au reste, il parait que le mot guépard est dérivé de léopard ; c’est ainsi que les Allemands et les Hollandais appellent le léopard. Nous avons aussi reconnu qu’il y a des variétés dans cette espèce, pour le fond du poil et pour la couleur des taches ; mais tous les guépards ont le caractère commun des longs poils sous le ventre et de la crinière sur le cou.
ADDITION A l’article DL MARGAY.
Nous devons rapporter à l’article du margay le chat-tigre de Cayenne, dont M. de la Borde parle dans les termes suivants :
La peau du chat-tigre est, comme celle de l’once, fort tachetée ; il est un peu moins gros que le renard, mais il en a toutes les inclinations. On le trouve communément à Cayenne dans les bois. Il détruit beaucoup de gibier, tels que les agoutis, akouchis, perdrix, faisans et autres oiseaux qu'il prend dans leurs nids quand ils sont jeunes. Il est fort leste pour grimper sur les arbres où il se tient caché. Il ne court pas vile et toujours en sautant. Son air, sa marche, sa manière de se coucher, ressemblent parfaitement h celles du chat. J’en ai vu plusieurs dans les maisons de Cayenne, qu’on lenait enchaînés; ils se laissaient un peu toucher sur le dos ; mais il leur reste toujours dans la figure un air féroce. On ne leur donnait pour nourriture que du poisson et de la viande cuite ou crue; tout autre aliment leur répugne. Ils produisent en toutes saisons, soit l’été, soit l’hiver, et font deux petits à la fois dans des creux d’arbres pourris.
Il y a im autre chat-tigre, ou plutôt une espèce de chat sauvage à la Caroline, duquel feu M. Collinson m’a envoyé la notice suivante :
* 11 est de la taille d’un chien ordinaire, et quelquefois plus gros; sa tète est large comme celle des dogues que l’on fait battre en Angleterre contre les taureaux; il a les mâchoires grosses, aussi bien que le museau et les yeux ; ses dents sont fort tranchantes; son poil est frisé comme celui d’un chien barbet, et tacheté comme celui du tigre; il a les pattes larges et armées de grosses griffes, qu’il retire quand il veut, comme les chats; sa queue est courte... Il a pour mortels ennemis le lion, le tigre et le léopard, qui lui donnent très-souvent la chasse ; ils le poursuivent jusque dans sa lanière, se jettent sur lui et le mettent on pièces. — Description du cap de Bonne- Espérance, par Kolbe, tome 111, pag. 69 et 70. JSola. L’animal auquel a;el auteur donne le nom de tigre est celui que nous avons appelé léopard, et celui qu’il nomme léopard est la panthère.
Le màle élait de la grandeur d’uu chat commua ; il avait dix-neuf pouces anglais du nez à la queue qui était de quatre pouces de long, et avait huit anneaux blanCg comme le mocoeo. La couleur était d’un hrun clair, mêlé de poils gris ; mais ce qu’ii avait de plus remarquable sont les raies noires, assez larges, placées en forme de rayons tout le long de son corps, sur les côtés depuis la tête jusqu’à la queue. Le ventre est d'une couleur claire avec des taches noires ; les jambes sont minces, tachetées de noir ; ses oreilles avaient une large ouverture ; elles étaient couvertes de poils fins. Il avait deux larges taches noires très -remarquables sous les yeux, de chaque côté du nez ; et de la partie la plus basse de celte tache joignant à la lèvre, il part un bouquet de poils raides et noirs. La femelle est de taille plus mince : elle était toute grls-roussâtre, sans aucune tache sur le dos, seulement une tache noire sur le ventre qui était blanc sale.
lÆ SERVAL.
(le felis sauvage.)
Ordre dos carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chat. (Coviek.)
Cet animal qui a vécu pendant quelques années à la Ménagerie du Roi, sous le nom de chat-tigre, nous parait être le meme que celui qui a été décrit par MM. de l’Académie sous le nom de chat-pard; et nous ignorerions peut-être encore son vrai nom, si M. le marquis de Montmirail ne l’eût trouvé dans un Voyage italien, dont il a fait la traduction et l’extrait.
« Le maraputé, que les Portugais de l’Inde appellent serval (dit le P. Vin- « cent-Marie), est un animal sauvage et féroce, plus gros que te chat sau- « vage et un peu plus petit que la civette, de laquelle il diffère en ce que sa « tête est plus ronde, et plus grosse relativement au volume de sou corps, « et que son front parait creuse dans le milieu. 11 ressemble à la panthère « par les couleurs du poil, qui est fauve sur la tète, le dos, les lianes, et « blanc sous le ventée, et aussi par les taches qui soni distinctes, également « distribuées et un peu plus petites que celles de la panthère; ses yeux sont « très-brillants, ses moustaches fournies de soies longues et raides; il a la « queue eourte, les pieds grands et armés d ongles longs et crochus. On le « trouve dans les montagnes de l’Inde : on le voit rarement à terre; il se « tient presque toujours sur les arbres, où il fait son nid et prend les ■< oiseaux, desquels il se nourrit ; il saute aussi légèrement qu un singe « d’un arbre à l’autre, et avec tant d’adresse cl d’agilité, qu’en un instant
2G0 IIISTOlIlli NATUIlKI.Lli
« il parcourt un grand espace et qu'il ne fait, pour ainsi dire, que paraître « et disparaître. Il est d’un naturel féroce; cependant il fuit à l'aspect de « 1 homme, à moins qu’on ne l’irrite, surtout en dérangeant sa bauge; car « alors il devient furieux, il s’élance, mord et déchire à peu près comme « la panthère. »
La captivité, les bons ou les mauvais traitements, ne peuvent ni dompter ni adoucir la férocité de cet animal; celui que nous avons vu à la Ménagerie était toujours sur le point de s’élancer contre ceux qui l’approchaient : on n a pu le dessiner ni le décrire qu’à travers la grille de sa loge. On le nourrissait de chair comme les panthères et les léopards.
Ce serval ou marapulé du Malabar et des Indes nous parait être le même animal que le chat-tigre du Sénégal et du cap de Bonne-Espérance, qui, selon le témoignage des voyageurs, ressemble au chat par la ligure, et au tigre (cest-à-dire à la panthère ou nu léopard) par les taches noires et blanches de son poil. « Cet animal, disent-ils, est quatre fois plus gros « qu un chat; il est vorace et mange les singes, les rats et les antres animaux. »
Par la comparaison que nous avons faite du serval avec le chat-pard décrit par MM. de l’Académie, nous n’y avons trouvé d’autres différences que les longues taches du dos et les anneaux de la queue du chat-pard, qui ne sont pas dans le serval : il a seulement ces taches du dos placées plus près (|ue celles des autres parties du corps; mais cette petite disconvenance fait une différence trop légère pour (pi’on puisse douter de l'identité d’espèce de ces deux animaux.