LE LYNX DU CANADA
Ordre des carnassieis, famille des carnivores, (ribu des digitigrades, genre chat. ( Cüvier. )
Ce lynx de Canada, qui est au Cabinet du roi, n’a que deux pieds trois pouces de long, deptiis le bout du nez jusqu'à l’extrémiié du corps, qui n’est élevée que de douze à treize pouces; le corps est couvert de longs poils grisâtres, mêlés de poils blancs, mouclicié et rayé de fauve, les taches plus ou moins noires: la tète grisâtre, mêlée de poils blancs et de fauve clair, et comme rayée de noir en quelques endroits. Le bout du nez est noir, ainsi que le bord de la mâchoire inférieure; les poils des moustaches sont blancs, longs d’environ trois pouces. Les oreilles ont deux pouces trois lignes de hauteur, et .sont garnies de grands poils blancs en dedans, et de poils un peu fauves sur les rebords; le dessus des oreilles est couvert de poils gris-desouris, et les bords extérieurs sont noirs; à rexlrémilè des oreilles il y a de grands poils noirs, qui se réunissent et forment un jiinceau très-menu de sept lignes de hauteur. La queue, qui est grosse, courte et bien fournie de poils, n’a que trois pouces neuf lignes de longueur : elle est noire depuis 1 extrémité jusqu’à moitié, et ensuite d'un blanc rou.ssâtre. Le dessous du ventre, les jambes de derrière, 1 intérieur des jambes de devant et les pattes sont d’un blanc sale; les ongles sont blancs et ont six lignes de longueur. Ce lynx a beaucoup de ressemblance |)ar les taches et par la nature de son poil avec celui qui le précède, mais il eu diffère par la longueur de la queue et par les pinceaux qu il a sur les oreilles : on peut donc regarder cet animal du Canada comme une variété assez distincte du lynx ou loup-cervier de l’ancien continent. On pourrait même dire qu'il s’approche un peu de I espèce du caraeal par les pinceaux de poils qu’il a sur les oreilles; néanmoins il en diffère encore plus que du lynx, par la longueur de la queue et par les couleurs du poil. D'ailleurs, les caracals ne se trouvent que dans les climats les plus chauds, au lieu que les lynx ou loups-cerviers préfèrent
DU LYINX ET DU CARACAL.
les pays froids. Le pinceau de poil au bout des oreilles, (pii parait faire un caractère dislinclif, parce qu’il est fort apparent, n’est cependant qu’une chose accidcnicllc, et qui se trouve dans les animaux de cette espece, et même dans les chats domestiques et sauvages. Nous en avons donné un exemple dans l’addition à l’article du chat. Ainsi, nous persistons à croire que le lynx, ou loup-cervier d’Amérique, ne doit être regardé que comme
une variété du loup-cervier d’Europe.
Le lynx de Norwégc, décrit par Ponloppidan, est blanc ou d un gris clairsemé de taches foncées. Ses griffes, ainsi que celles des autres lynx, sont comme celles des chats; il voûte son dos, et saute comme eux avec teau coup de vitesse sur sa proie. Lorsqu'il est attaqué par un chien, il se icn verse sur le dos et se défend avec ses griffes, au point de le rebuter bien vite. Cet auteur ajoute qu’il y en a quatre espèces en Norwégc; que les uns approchent de la figure du loup, les autres de celles du renard, d autres de celle du chat, et enfin d’autres qui ont la tête formée comme celle d un poulain. Ce dernier fait que je crois faux, me fait douter des précédents. L’auteur ajoute des choses plus probables.
Le loup-cervier, dit-il, ne court pas les champs, il se cache dans les bois et dans les cavernes; il fait sa retraite tortueuse et profonde, et on tVn fait sortir par le feu et la fumée. Sa vue est perçante ; il voit de très-loin sa proie. Il ne manp souvent d'une brebis ou d’une chèvre que la cervelle, le foie et les intestins, et il creuse la terre sous les portes pour entrer dans les bergeries.
L cspécc en est répandue non-sculemenl en Europe, mais dans toutes les jirovinces (lu nord de l’Asie. On l’appelle clmlon ou chelason en jTartarie. Les peaux en sont fort ostirntics, et, quoiqu’elles soient assez communes, elles se vendent également cher en Norwége, en Russie, et jusqu à la Chine, où l’on en fait un grand usage pour des manchons et d’autres fourrures.
Un fait qui prouve encore que les pinceaux au-dessus des oreilles ne font lias un caractère fixe, par lequel on doive séparer les espèces dans ces animaux, c’est qu’il existe dans cette partie du royaume d Alger, qu on appe c Constantine, une espèce de caracal sans pinceaux au bout des oreilles, et qui, par là, ressemble au lynx, mais qui a la queue plus longue. Son piad est d’une couleur roussâire avec des raies longitudinales, noires depuis le cou jusqu’à la queue, et des taches séparées sur les flancs, posées dans la même direction, une demi-ceinture noire au-dessus des jambes de devant, et une bande de poil rude sur les quatre jambes, qui s étend depuis 1 extrémité du pied jusqu’au-dessus du tarse; cl ce poil est retrousse en liant, au lieu de se diriger en bas comme le poil de tout le reste du corps.
J’ai dit à l’article du caracal, que le mot galel-challah^Mml chat aux oreilles noires. M. le chevalier Bruce m’a assuré qu il signifiait chat du désert. Il a vu dans la partie de la Nubie qu’on appelait autrefois 1 de de Méroé un caracal qui a quelque différence avec celui de Barbarie, dont nous
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iivons donné la figure. I.e caracal de Nubie a la faee plus ronde, les oreilles noires en dehors, mais semées de ijuelques (loils argentes. Il n’a pas la croix de mulet sur le garrot, comme l'ont la plupart des caracals de Barbarie. Sur la poitrine, le ventre et rintéricur des cuisses, il y a de petites taches fauves claires, et non pas brutie.s-noiràlrcs comme dans le caracal de Barbarie. Ces petites différences ne sont <|ue de légères variétés, dont on peut eneoj-e augmenter le nombre; car il se trouve, môme en Barbarie, ou plutôt dans la Lib3'C, aux environs de rnneienne Caspa, un caracal <à oreilles blanches, tandis que les autres les ont noires. Ces caracals à oreilles blanches ont aussi des pinceaux, mais courts, minces et noirs. Ils ont la queue blanche à rextrémité et ceinte de quatre anneaux noirs, et (|uatre guêtres noires, derrière les quatre jamhcs, comme celui de Nuhie; ils sont aussi beaucoup plus petits que les autres caracals, n’étant guère que de la grosseur d'un grand chat domestique; les oi-cilles, qui sont fort hianches en dedans et garnies d’un poil fort touffu, sont d'un roux vif en dehors. Si cette différence dans la grandeur était constante, on pourrait dire c[u’il y a deux espèces de caracals, qui se trouvent également en Barbarie, l’une grande à oreilles noires et à longs pinceaux, et l’antre, beaucoup plus petite, à oreilles blanches et à très-petits pinceaux. Il paraît aussi que ces animaux, qui varient si fort par les oreilles, varient également par la forme et la longueur de la queue, et parla hauteur des jambes; car M, Edwards nous a envoyé la figure d’un caracal de Bengale, dont la queue et les jambes sont bien plus longues que dans le caracal ordinaire.
NOtlVF.I.LF. .XDDITION A I.’aRTICI.E DU I.YXX *.
Nous donnons ici la figure d’un lynx du Mississipi, dont les oreilles sont encore plus dépourvues de pinceaux que celles du lynx du Canada, et dont la queue, moins grosse et moins touffue, et le poil d’une couleur plus claire, sendjlcnt le rapprocher davantage du lynx ou loup-cervier d'Europe; mais je suis persuadé que ces trois animaux, dont l'un est de l’Europe et les deux autres de, r.‘\méri(|ue septentrionale, ne forment néanmoins (m’une seule et même espèce. On avait envoyé celui-ci ,à feu ftl. l’abbé Aubry, curé de Saint-Louis, sous le nom de chat-tigre du Mississipi; mais il ne faut que le comparer avec le lynx dont nous avons donné la description, pour reconnaître évidemment qu’d ne fait qu’une variété datis l’espèce du lynx, quoiqu’il n’ait point de pinceaux et (pie la queue soit fort petite.
Il a, du nez à l’origine de la queue, deux pieds cinq pouces de longueur;
M. Cuvier pince cet animal dans rcspccc du fclis canadensis.
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