DU LYNX OU LOUP-CERVILR. 2G
ou loup-ccrviei- ; ce lynx indien ou africain , qu'il dit être beaucoup plus grand et mieux tache que notre loup-cervier, pourrait bien n’étre qu’une sorte de panthère. Quoiqu’il en soit de cette dernière conjecture, il |)araît que le lynx ou loup-ccrvicr dont il est ici question ne se trouve point dans les contrées méridionales , mais seulement dans les pays septentrionaux de l’ancien et du nouveau continent. Olaüs dit qu il est commun dans les forêts du nord de l’Europe ; ülearius assure la même chose en parlant de la Moscovie ; Rosinus Lentilius dit que les lynx sont communs en Curlande, en Lithuanie, et que ceux de la Cassubie ( province de la Poméranie) sont plus petits et moins tachés que ceux de Pologne et de Lithuanie : enfin Paul Jove ajoute à ces témoignages que les plus belles peaux de loup-ccrvicr viennent de la Sibérie, et qu’on en fait un grand commerce à Ustivaga, ville distante de six cents milles de Moscou.
Cet animal qui, comme l'on voit, habite les climats froids plus volontiers que les pays tempérés, est du nombre de ceux qui ont pu passer d’un continent à l’autre par les terres du Nord; aussi l’a-t-on trouvé dans l’Amérique septentrionale. Les voyageurs l’ont indiqué d’une manière à ne s y pas méprendre, et d’ailleurs on .sait que la peau de cet animal fait un objet de commerce de l’Amérique en Europe. Ces loups-cerviers de Canada sont seulement, comme je l’ai déjà dit, plus petits et plus blancs que ceux d’Europe; et c’est cette différence de grandeur qui les a fait appeler chatsceriiers, et qui a induit les nomenclateurs * à les regarder comme des animaux d'espèce différente. Sans vouloir prononcer décisivement sur cette question, il nous a paru que le chat-cervier de Canada et le loup-cervier de Moscovie sont de la même espèce : 1" parce que la diflcrencc de grandeur n’est pas fort considérable, et qu’elle est à peu près relativement la même que celle qui se trouve entre les animaux communs aux deux continents : les loups, les renards, etc., étant plus petits en Amérique qu’en Europe, il doit en être de môme du lynx ou loup-ccrvicr; 2" parce que dans le nord de l'Europe même, ces animaux varient pour la grandeur, cl que les auteurs font mention de deux espèces, l'ime plus petite et l'autre plus grande; 5° enfin, parce que ces animaux afi'ectanl les mêmes clima's, et étant du même naturel, do la même figure, et ne différant entre eux que par la
M. Liiiiiæus, qui demeure à Upsal, et qui doit connaître cet animal, puisqu’il se trouve en Suède et dans les pays circonvoisins, avait d’abord distingué le loup-ccrvier du chat-cervier. Il nommait le premier felis cauda truncata, corpore rufcsccnte maculalo. Syst. Nat., édit. IV, pag. 64; et édit VI, page 4. Il nommait le second telis cauda truncata, corpore albo maculalo. Syst. Nat. idem, ibidem. Il nomme même en suédois le premier warglo, et le second katllo. Fauna Suce., pag. 2. Mais, dans sa dernière édition, il no distingue plus ces animaux, et il ne fait mention que d’une seule espèce, qu’il indique par la phrase suivante : felis cauda ahbreviata, apice alra, auriculis apicc barbatis, et dont il donne une courte et bonne description. 11 paraît donc que cet auteur, qui d’abord distinguait le loup-cervier du chatcervier, est venu à penser comme nous que tous deux n’élaienl que le même animal.
264 IIISTOIUE NATDHELLE DU LYISX OU LOUP-CERVIER, grandeur du corps et quelques nuances de couleur, ces caractères ne me paraissent pas sulïisants pour les séparer et prononcer qu'ils soient de deux especes différentes.
Le lynx, dont les anciens ont dit que la vue était assez perçante pour pénétrer les corps opaques, dont l’urine avait la merveilleuse propriété de devenir un corps solide, une |)ierre précieuse, appelée lapis lyncurius, est un animal fabuleux, aussi bien que toutes les propriétés qu’on lui attribue. Ce lynx imaginaire n’a d’autre rapport avec le vrai lynx qtie celui du nom. Il ne faut donc pas, comme l’ont fait la plupart des naturalistes, attribuer à celui-ci, qui est un être réel, les pro|)riétés de cet animal imaginaire, à l’existence duquel Pline lui-même n’a pas l’air de croire, puisqu'il n’en parle que comme d’une bête extraordinaire, et qu'il le met à la tête des sphynx, des Pégases, des licornes et des autres prodiges ou monstres qu'enfante l'Ethiopie.
Notre lynx ne voit pas à travers les murailles; mais il est vrai qu'il a les yeux brillants, le regard doux, l’air agréable et gai. Son urine ne fait pas de pierres précieuses, mais seulement il la recouvre de terre, comme font les chats, auxquels il ressemble beaucoup, et dont il a les mœurs et même la propreté. Il n'a rien du loup qu’une espèce de hurlement, qui, se faisant entendre de loin, a du tromper les chasseurs et leur faire croire qu’ils entendaient un loup. Cela seul a peut-être suffi pour lui faire donner le nom de loup, auquel, pour le distinguer du vrai loup, les chasseurs auront ajouié l’épithète de cerner, parce qu’il attaque les cerfs, ou plutôt parce que sa peau est variée de taches à peu près comme celles des jeunes cerfs, lorsqu’ils ont la livrée. Le lynx est moins gros que le loup, et plus bas sur scs jambes; il est communément de la grandeur d'un renard. Il diffère de la panthère et de l’once par les caractères suivants : il a le poil plus long, les taches moins vives et mal terminées, les oreilles bien plus grandes, et surmontées à leur extrémité d’un pinceau de poils noirs, la (|ueue beaucoup plus courte et noire à l'extrémité, le tour des yeux blanc, et l'air de la face plus agréable et moins féroce. La robe du mâle est mieux marquée (pie celle d(! la femelle : il ne court pas de suite comme le loup, il marche et saute comme le chat. Il vit de chasse et poursuit son gibier jusqu’à la cime des arbres ; les chats sauvages, les martes, les hermines, les écureuils ne [æiivent lui échapper; il saisit aussi les oiseaux; il attend les cerfs, les chevreuils, les lièvres au passage et s'élance dessus; il les prend à la gorge; et lorsqu’il s’est rendu maître de sa victime, il en suce le sang et lui ouvre la tète pour manger la cervelle; après quoi souvent il rabandonne pour en chercher une autre : rarement il retourne à sa première proie, et c’est ce qui a fait dire que de tous les animaux le lynx était celui qui avait le moins de mémoire. Son poil change de couleur suivant les climats et la saison; les fourrures «l'hiver sont plus belles, meilleures et plus fournies que eellcs d’été. Sa chair, comme celle de tous les animaux de proie, n’est [tas bonne à manger.
illSTOIllIÎ NATURELLE DU CARACAL.
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LE CARACAL.
(le FELIS CARACAL.)
Ordre des c.nrnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chat. (Cuvier.)
Quoique le caracal ressemble au lynx par la gratuieur et la forme du corps, par l’air de la tète, et qu’il ail, comme lui, le caractère singulier et, pour ainsi dire, unique, d’un long pinceau de poil noir à la pointe des oreilles, nous avons présumé, par les disconvenanccs qui se trouvent entre ces deux animaux, qu’ils étaient d’espèces difl'érentes. Le caracal n’est point nioucbeté comme le lynx ; il a le poil plus rude et plus court, la queue beaucoup plus longue et d’une couleur uniforme, le museau plus allongé, la mine beaucoup moins douce, et le naturel plus féroce, l.e lynx n’babite que dans les pays froids ou tempérésj le caracal ne se trouve (|ue dans les climats les plus chauds. C’est autant par cette diflérence du naturel et du climat que nous les avons jugés de deux espèces différentes, que par l inspeclion et par la comparaison de ces deux animaux que nous avons vus vivants, et qui, comme tous ceux que nous avons donnés jusqu’ici, ont été dessinés et décrits d'après nature.
Cet animal est commun en Barbarie, en Arabie et dans tous les pays qu habitent le lion, la panthère et l’once. Comme eux, il vit de proie : mais étant plus petit et bien plus faible, il a plus de peine à se procurer sa subsislanccj il n’a, pour ainsi dire, que coque les autres lui laissent, et souvent il est forcé à se contenter de leurs restes. Il s’éloigne de la panllière, parce qu’elle exerce ses cruautés lors même qu’elle est pleinement rassasiée; mais il suit le lion qui, dès qu’il est repu, ne fait de mal à personne; le caracal prolitc des débris de sa table, et quelquefois même il l’accompagne d’assez près, parce que, grimpant légèrement sur les arbres, il ne craint pas la colère du lion, qui ne pourrait l'y suivre comme fait la panthère. C’est par toutes ces raisons que I on a dit du caracal qu'il était le guide ou le pourvoyeur du lion; que celui-ci, dont I odorat n est pas lin, sen servait pour éventer de loin les autres animaux, dont il partageait ensuite avec lui la dépouille.
Le caracal est de la grandeur d’un renard, mais il est beaucoup plus féroce et plus fort : on l'a vu assaillir, déchirer et mettre à mort en peu d instants un chien d assez grande taille, qui, combattant pour sa vie, se défendait de toutes ses forces. 11 ne s’apprivoise que très-dillicilemenl; cependant, lorsqu'il est pris jeune et ensuite élevé avec soin, on p£i.it le dresser à la chasse.
266 MlSTOiilli rSATURliLLE
qu il aime tialuieliciTicnl cl à laquelle il réussit Irès-bieii, pourvu qu'on ait 1 attention de ne le jamais lâcher que contre des animaux qui lui soient inférieurs et qui ne puissent lui résister; autrement, il se rebute, et refuse le service dès qu'il y a du danger. On s'en sort aux Indes pour prendre les lièvres, les lapins et même les grands oiseaux, qu’il surprend et saisit avec une adresse singulière.
AUDITION A l’article DU LYNX ET A CELUI DU CARACaL.