‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 125 sur 255 · DE LA MANGOUSTE · texte numérisé non relu

DE LA MANGOUSTE

Les noiîieiicialeui's qui ne veulent jamais qu’un être ne soit que ce qu'il est, c’est-à-dire qu'il soit seul de son genre, ont beaucoup varié au sujet de la mangouste. M. Linnæus en avait d'abord fait un blaireau, ensuite il en fait un furet; ïlasseiquist, d’après les premières leçons de son maître, en fait aussi un blaireau ; messieurs Klein et Brisson l’ont mise dans le genre «les belettes; d’autres en ont fait une loutre, et d'autres un rat. Je ne cite ces itlées que pour faire voir le peu de consistance qu’elles ont dans la tète même de ceux qui les imaginent, et aussi pour mettre en garde contre ces «lénominalions qu’ils appellent génériques, et qui presque toutes sont fausses, ou du moins arbitraires, vagues et équivoques *.

La mangouste habite volontiers aux bords des eaux : dans les inondations, elle gagne les terres élevées, et s’approche souvent des lieux habités pour

* llasselquisl termine sa longue et sèche description «le la mangouste par ces mots ; O Galli in Ægyplo conversantes, qui omnibus rebus quas non cognosc\int, sua impo- « nunt nomina ficta, appellarunt hoc animal ral de Pharaon. Quoi! scquuli qui latinæ n rclaliones de Ægypto dederunt, Alpin, Delon, murera Pharaonis cfïinxerunl.» Si cet homme eût sculcraent lu Bolon et Alpin, qu’il cite, il aurait vu que ce ne sont pas les Français qui ont donné le nom de rat de Pharaon à la mangouste, mais les Égyptiens memes ; et il se serait abstenu de prendre de là occasion de mal parler de notre nation ; mais l'on ne doit pas être surpris de trouver l’imputation d’un pédant dans l’ouvrage d’un écolier ; en effet, cette description de la mangouste, ainsi que celle de la girafe et de quelques autres animaux, données par ce nomenclateur, ne pourront jamais servir qu’à excéder ceux qui voudraient s’ennuyer à les lire : 1’ parce qu’elles sont sans figures, et que le nombre des mots ne peut suppléer à la représentation; un coup d’œil vaut mieux dans ce genre qu’un long détail de paroles; 2" parce que ces mots ou paroles sont la plupart d’un latin barbare, ou plutôt ne sont d’aucune langue; 3® parce que la méthode de ces descriptions n’est qu’une routine que tout homme peut suivre, et qui ne suppose ni génie, ni môme d’intelligence ■; 4“ parce que la description étant trop minutieuse, les caractères remarquables, singuliers et distinctifs de l’étre qu’on décrit, y sont confondus avec les signes les plus obscurs, les plus indifférents et les plus équivoques : 3" enfin, parce que le trop grand nombre de petits rapports et de combinaisons précaires dont ou est obligé de charger sa mémoire,rendcntle travail du lecteur plusgrandquecelui de l’auteur, et les laissent tous les deux aussi ignorants qu’ils étaient. Une preuve qu’avec celte routine on se dispense de lire et de s’instruire, c’est : 1“ la fausse imputation que l’auteur fait aux Français au sujet du rat de Pharaon; c’est 2" l’erreur qu'il commi t en donnant .à cet animal le nom arabe ««ms, tandisque ce mot arabe est le nom du furet et non pas celui de la mangouste; il ne fallait pas meme savoir l'arabe pour éviter cette faute, il aurait suffi d’avoir lu les Voyages de ceux qui l’avaient précédé dans le même pays ; 3" l’omission qu’il fait des choses essentielles, en même temps qu’il s’étend sans mesure sur les indifférentes ; par exemple, il décrit la girafe aussi minutieusement que la mangouste, et ne laisse pas que de manquer le caractère essentiel, qui est de savoir si les cornes sont permanentes ou si elles tombent tous les ans ‘.dans vingt fois plus de paroles qu’il n’en faut, l’on ne trouve pas le mot nécessaire, et l’on ne peut juger par sa description si la girafe est du genre des cerfs ou de celui des bœufs. Mais c’est assez, s’arrêter sur une critique que tout homme sensé ne manquera pas de faire, lorsque de pareils ouvrages lui tomberont entre les mains.

•n >FüS, tome vu. 20

502 HISTOIRE NATURELLE DE LA MANGOUSTE, y clierchcr sa proie. Elle marelie sans faire aucun bruit, cl selon le besoin elle varie sa dcmarcbe : quelquefois elle porte la tête haute, raccourcit son corps, et selcve sur ses jambes; d’autres fois elle a l’air de ramper et de s’allonger comme un serpent ; souvent elle s’assied sur ses pieds de derrière, et plus souvent encore elle s’élance comme un trait sur la proie qu’elle veut saisir. Elle a les yeux vifs et pleins de feu, la physionomie line, le corps très-agile, les jambes courtes, la queue grosse et très-longue, le poil rude cl souvent hérissé. Le mâle et la femelle ont tous deux une ouverture remarquable et indépendante des conduits naturels, une espèce de poche dans laquelle se filtre une humeur odorante : on prétend que la mangouste ouvre cette poche pour se rafraichir lorsqu’elle a trop chaud. Son museau trop pointu et sa gueule étroite rempôchent de saisir et de mordre les choses un peu grosses ; mais elle sait suppléer par agilité, par courage, aux armes cl à la force qui lui manquent; elle étrangle aisément un chat, quoique plus gros et plus fort qu’elle ; souvent elle combat les chiens, et, quelque grands qu’ils soient, elle s’en fait respecter.

Cet animal croit promptement et ne vit pas longtemps. Il se trouve en grand nombre dans toute l’Asie méridionale, depuis l’Egypte jusqu’à Java; et il parait qu’il se trouve aussi en Afrique, jusqu’au cap de Ronne-Espérance : mais on ne peut l’élever aisément, ni le garder longtemps dans nos climats tempérés, quelque soin qu’on en prenne; le vent l’incommode, le froid le fait mourir : pour éviter l’un et l'autre, et conserver sa chaleur, il se met en rond et cache sa tête entre ses cuisses. Il a une petite voix douce, une espèce de murmure, et son cri ne devient aigre que lorsqu'on le frappe et qu’on l’irrite. Au reste, la mangouste était en vénération chez les anciens Égyptiens, et mériterait bien encore aujourd’hui d’être multipliée, ou du moins épargnée, puisqu’elle détruit un grand nombre d’animaux nuisibles, et surtout les crocodiles dont elle sait trouver les œufs, quoique cachés dans le sable : la ponte de> ces animaux est si nombreuse, qu’il y aurait tout à craindre de leur multiplication, si la mangouste en détruisait les germes.

ADDITION A l’article DE LA MANGOUSTE*.

Il existe encore une grande mangouste, qui nous paraît former une variété dans l’espèce des mangoustes; elle a le museau plus gros et un peu moins long, le poil plus hérissé et plus long, les ongles aussi plus longs, la queue plus hérissée et aussi plus longue à proportion du corps.

" Ce quadrupède a été considéré par M. GoofFroi comme formant une espèce distincte.

LE VANSIRE %

Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu deS digitigrades , genre civette. (Cuvier.)

Ceux qui ont parlé de cet animal l’ont pris pour un furet, auquel en effet il ressemble à beaucoup d’égards : cependant il en diffère par des caractères qui nous paraissent suffisants pour en faire une espèce distincte et séparée. Le vansire a douze dents mâehelières dans la mâchoire supérieure, au lieu que le furet n’en a que huit; et les mâehelières d’en bas, quoique en égal nombre de dix dans ces deux animaux, ne se ressemblent ni par la forme ni par la situation respective; d’ailleurs le vansire diffère par la couleur du poil de tous nos furets, quoique ceux-ci, comme tous les animaux que l'homme prend soin d’élever et de multiplier, varient beaucoup entre eux, même du mâle à la femelle.

11 nous parait que l'animal indiqué par Seba sous la dénomination de belette de Java, qu’il dit que les habitants de cette île nomment koger-Angan, et qu’ensuite M. Brisson a nommé le furet de Java, pourrait bien être le même animal que le vansire : c’est au moins de tous les animaux connus celui duquel il approche le plus. Mais ce qui nous empêche de prononcer décisivement, c’est que la description de Seba n’est pas assez complète pour qu’on puisse établir la juste comparaison qui serait nécessaire pour juger sans scrupule. Nous la mettons sous les yeux du lecteur, pour qu’il puisse lui-même la comparer avec la nôtre.

ADDITION A L’AnTlCLE DU VANSIRE.

Le vansire est, comme nous l’avons dit, un animal de Madagascar et de l’intérieur de l’Afrique, qui ressemble beaucoup au furet, à l’exception du nombre et de la forme des dents, et de la longueur de la queue qui est beaucoup plus gronde dans le vansire que dans notre furet. Nous donnons ici la description d’un animal qui nous a été envoyé de la partie orientale de l’Afrique, sous le nom de neipse * **. Par sa forme aussi bien que par cette

* L’insire de Congo pourrait bien être le vansire de Madagascar.

** Cet animal est regardé, par M. Geoffroy-Sainl-IIilaire, comme appartenant à une «spèce distincte.

5ü4 fllSTOJlŒ NATURELLE DU VANSIRE.

dénomination, j’ai reconnu que c’était une espèce de furetj car nems ou nims est le nom du furet en langue arabe; et ces furets d’Arabie ou ces nems ressemblent beaucoup plus au vansire qu’à nos furets d’Europe. Voici la description qu’en a faite M. de Sève :

« Le nems est un vrai furet, à le considérer dans le détail de sa forme et de sa souplesse : quand il marche, il s’allonge et parait bas de jambe. Il a beaucoup de conformité avec nos furets. Celui-ci était mâle et avait treize pouces dix lignes de longueur du museau à l’anus, le tronçon de la queue, un pied; la hauteur du train de devant est de cinq pouces six lignes; celle du train de derrière, six pouces six lignes ; l’oreille est sans poil et de la même forme que celle du furet commun. Son œil est vif et l’iris d’un fauve foncé. Son museau, qui est très-fin, ne m’a pas paru avoir des moustaches. Tout le corps est couvert d’un poil long, jaspé d’un brun foncé, mêlé d’un blanc sale qui a dix lignes de longueur, ce qui fait que par ses rayures il ressemble au lapin riche. Le ventre est couvert d’un poil fauve clair sans mélange. Le fond du poil de la tête, autour de l’œil, est d’une couleur jaunâtre clair, et sur le nez, les joues, les autres parties de la face où le poil est court, un ton fauve plus ou moins brun par endroits règne partout sans mélange, se continue et se perd en diminuant dans les parties de la tête au-dessus des yeux. Ses jambes sont couvertes d’un poil ras fauve foncé; les pattes ont quatre doigts et un petit doigt par derrière. Les ongles sont petits et noirs; la queue, qui est au moins du double plus longue que celle de nos furets, est très-grosse au commencement du tronçon et très-menue au bout qui finit en pointe. De grands poils jaspés, comme sur le corps, couvrent cette queue. Cet animal ne boit point, à ce qu’a dit avoir observé le garçon qui en a soin. »

NOUVELLE ADDITION A l’aRTICLE DU VANSIRE.

M. Forster a bien voulu m’envoyer les remarques suivantes au sujet de cet animal :

« J’ai vu, dit-il, à la ménagerie du cap de Bonne-Espérance, un animal du genre « des mangoustes, qui venait de l’ile de Madagascar, et qui répondait exactement à « la description du vansire donnée par M. de Buffon. Il se plaisait beaucoup à être « dans un baquet rempli d'eau, d’où il sortait de temps en temps. Le garde qui prea nait soin de la ménagerie nous assura que lorsqu’on tenait cet animal pendant qucl- « que temps à sec et hors de l’eau, il s’y replongeait avec empressement dès qu’on lui « en laissait la liberté. La figure qu’en a donnée M. de ButTon est assez exacte, mais « elle parait un peu trop allongée, parce qu’elle a été donnée sur une peau bourrée « decetaniinal; eld’ailleursle poil est plus court que celui du vansire de la ménagerie

HISTOIIIE NAÏURKLLK DK LA PETITE FOEINE.

« du Cap. Ce dcrnii r était à peu près de la taille de la marte ordinaire; sa queue « égalait en longueur celle du corps jusqu’à la tète; son poil était de couleur brun « noir.àtre; il y avait cinq doigts à chaque pied, bien divisés et sans membranes. Les « dents incisives étaient au nombre de six, tant en haut qu’en bas; il y avait huit « mâchelières à chaque mâchoire, c’est-à-dire quatre de chaque côte, et les canines « étaient isolées, ce qui fait en tout trente-deux dents. L’animal marchait comme les « mangoustes, en appuyant sur le talon. »

LA PETITE FOÜIINE

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