‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 132 sur 255 · LA ZIBELINE · texte numérisé non relu

LA ZIBELINE

(la marte zibelime.)

Ordre di s carnassiers, Camille des carnivores, tribu dos digitigrades, genre marte. (Cuvier.)

Presque tous les naturalistes ont parlé de la zibeline, sans la connaître autrement que par sa fourrure, M. Gmeliri est le premier qui en ait donné la figure et la description; il en vil deux vivantes chez le gouverneur de Tobolsk.

« La zibeline ressemble, dit-il, à la marte par la forme et l'habitude du corps, et à « la belette par les dents : elle a six dents incisives assez longues et un peu courbées, « avec deux longues dents canines h la mâchoire inferieure, de petites dents Irès- « aiguës à la mâchoire supérieure, de grandes moustaches autour de la gueule, les « pieds larges cl tous armés de cinq ongles. Ces caractères élaient communs à ces « deux zibelines ; mais 1 une dait d'un brun noirâtre sur tout te corps, à l'exception « des oreilles et du dessous du menton, où le poil était un peu fauve; et l’autre, plus « petite que la première, était sur tout le corps d’un brun jaunâtre, avec les oreilles « et le dessous du menton d’une nuance plus pâle. Ces couleurs sont celles de l’hiver ; « car au printemps elles changent par la mue du poil : la première zibeline, qui était « d’un brun noir, devint en été d’un jaune brun, et la seconde, qui était d’un brun «jaune, devint d’un jaune pâle. J’ai admiré, continue M. Gmclin, l’agilité de ces « animaux ; dès qu'ils voyaient un chat , ils se dressaient sur les pieds de derrière, « comme pour se préparer au combat. Ils sont très inquiets et fort remuants pendant « la nuit : pendant le jour, au contraire, et surtout après avoir mangé, ils dorment « ordinairement une demi-heure ou une heure ; on peut dans ce temps les prendre, « les secouer, les piquer sans qu’ils se réveillent. »

Pat celle (lescriplioii de 31. Gincliti, on voit que les zibelines ne sont pas toutes de la niétiic couleur, et que par conséquent les noincnclateurs, qui les ont désignées par les taches et les couleurs du poil, ont employé un mauvais caractère, puis(|ue non-seulement il change dans les diirérentes saisons, mais quü varie d’individu à individu, et de climat à climat *.

* Des deux zibelines dont parle M. Graelin, la première venait de la provinee de Tomskein, et la seconde de celle de Beresowien. On trouve aussi dans sa Relation de la Sibérie, que, sur la montagne de Sopka-Sinaia, il y a des zibelines noires à poil court, auxquelles il est défendu de donner la chasse ; qu’une semblable espèce de zibeline se trouve aussi plus avant dans les montagnes, de même que chez les Calmouks "Vrangai.

DE LA ZiBELliVE. 311

Les zibelines habitent le bord des fleuves, les lieux ombragés et les bois les plus épais; elles sautent très-agilement d’arbre en arbre, et craignent fort le soleil, qui change, dit-on, en très-peu de temps la couleur de leur poil. On prétend qu’elles se cachent et qu’elles sont engourdies pendant l’hiver ; cependant c’est dans ce temps qu’on les chasse et qu’on les cherche de préférence, parce que leur fourrure est alors bien plus belle et bien meilleure qu’en été. Elles vivent de rats, de poissons, de graines de pin et de fruits sauvages. Elles sont très-ardentes en amour; elles ont pendant le temps de leur chaleur une odeur très-forte, et en tout temps leurs excréments sentent mauvais. On les trouve principalement en Sibérie, et il n y en a que peu dans les forêts de la Grande-Russie, et encore moins en Laponie. Les zibelines les plus noires sont celles qui sont les plus estimées. La différence qu'il y a de cette fourrure à toutes les autres, c’est qu’en quelque sens qu’on pousse le poil, il obéit également, au lieu que les autres poils pris à rebours font sentir quelque raideur par leur résistance.

La chasse des zibelines se fait par des criminels confinés en Sibérie, ou par des soldats qu'on y envoie exprès, et qui y demeurent ordinairement plusieurs années : les uns et les autres sont obligés de fournir une certaine quantité de fourrures à laquelle ils sont taxés. Ils ne tirent qu’à balle seule pour gâter le moins qu’il est possible la peau de ces animaux; et quelquefois, au lieu d’armes à feu, ils se servent d’arbalètes et de très-petites flèches. Comme le succès de cette chasse sujipose de l’adresse et encore plus d’assiduité, on permet aux officiers d’y intéresser leurs soldats, et de partager avec eux le surplus de ce qu’ils sont obligés de fournir par semaine, ce qui ne laisse pas de leur faire un bénéfice très-considérable.

Quelques naturalistes ont soupçonné que la zibeline était le satherius d’Aristote, et je crois leur conjecture bien fondée. La finesse de la fourrure de la zibeline indique qu’elle se tient souvent dans l’eau; et quelques voyageurs disent qu'elles ne se trouvent en grand nombre que dans les petites îles, où les chasseurs vont les chercher. D’autre côté, Aristote parle du sathenm comme d’un animal d’eau, et il le joint à la loutre et au castor. On doit encore présumer que du temps de la magnificence d’Athènes, ces belles fourrures n’étaient pas inconnues dans la Grèce, et que l’animal qui les fournit avait un nom : or, il n’y en a aucun qu’on puisse appliquer à la zibeline avec plus de raison que celui de satherius, si en effet il est vrai que la zibeline mange du poisson et se tienne assez souvent dans l’eau pour être mise au nombre des amphibies.

ADDITION A l’article DE LA ZIRELINE.

Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit de la zibeline, que quelques faits rapportés par les voyageurs russes, et qui ont été insérés dans les derniers volumes de l’Histoire générale des Voyages.

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