‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 134 sur 255 · LE PEKAN ET LE VISON · texte numérisé non relu

LE PEKAN ET LE VISON

(la marte PEKAN.)

Ordre des carnassiers, famille des carnivores, trihti des digitigrades, genre marte. (Cuvier.)

Il y a longtemps que le nom de pékan était en usage dans le commerce de la pelleterie du Canada, sans que l’on en connût mieux l'animal auquel il appartient en propre : on ne trouve ce nom dans aucun naturaliste, et les voyageurs l’ont employé indistinctement pour désigner différents animaux, et surtout les mouffettes; d’autres ont appelé renard ou chai sauvage l’animal qui doit porter le nom de pékan; et il n'était pas possible de tirer aucune connaissance précise des notices courtes et fautives que tous en ont données. Il en est du vison comme du pékan, nous ignorons l’origine de ces deux noms, et personne n’en savait autre chose, sinon qu’ils appartiennent à deux animaux de l’Amérique septentrionale. Nous les avons trouvés, ces deux animaux, dans le cabinet de M. Aubry, curé de Saint-Louis, et il a bien voulu nous les prêter pour les décrire et les faire dessiner.

Le pékan ressemble si fort à la marte, et le vison à la fouine, que nous croyons qu’on peut les regarder comme des variétés dans chacune de ces espèces; ils ont non-seulement la même forme du corps, les mêmes proportions, les mêmes longueurs de queue, la même qualité de poil , mais encore le même nombre de dents et d’ongles, le même instinct, les mêmes habitudes naturelles : ainsi nous nous croyons fondés à regarder le pékan comme une variété dans l’espèce de la marte, et le vison comme une variété dans celle de la fouine, ou du moins comme des espèces si voisines, qu’elles ne présentent aucune différence réelle. Le pékan et le vison ont seulement le poil plus brun, plus lustré et plus soyeux que la marte et la fouine ; mais celte différence, comme l’on sait, leur est commune avec le castor, la loutre et les autres animaux du nord de l’Amérique, dont la fourrure est plus belle que celle de ces mêmes animaux dans le nord de l’Europe.

FIISTOIHE NATURELLE

LES MOUFFETTES.

Ordre des carnassiers, famille des carnivores, Iribu des digitigrades, genre marie. (Cdvier.)

Nous donnons ie nom générique de mouffette à trois ou quatre espèces d'animaux, qui renferment et répandent, lorsqu’ils sont inquiétés, une odeur si forte et si mauvaise qu’elle suffoque comme la vapeur souterraine qu’on appelle mouffette. Ces animaux se trouvent dans toute l’étendue de l’Amérique méridionale cl tempérée; ils ont été désignés indistinctement par les voyageurs sous les noms de puants, bêtes puantes, enfants du diable, etc., et non-seulement on les a confondus entre eux, mais avec d’autres qui sont d’espèces très-éloignécs. Ilernandès a indiqué assez clairement trois de ces animaux. Il appelle le premier ysquiepall, nom mexicain que nous lui conserverions s’il était aisé de le prononcer; il en donne la description et la figure, et c’est le même animal dont on trouve aussi la figure dans l’ouvrage de Seba : nous l’appellerons coase du nom squash qu’il porte dans la Nouvelle-Espagne. Le second de ces animaux que Ilernandès nomme aussi ysquiepatl, est celui que nous appellerons chinche, du nom qu’il porte dans l’Amérique méridionale. Le troisième, que Ilernandès nomme conepatl, et auquel nous conserverons ce nom, est le même que celui qui a été donné par Catesby, sous la dénomination de putois d'Amérique, et par M. Brisson sous celle de putois rayé. Enfin nous connaissons encore une quatrième espèce de mouffette à laquelle nous 'donnerons le nom de zorÆe, qu’elle porte au Pérou et dans quelques autres endroits des Indes espagnoles.

C’est à M. Aubry, curé de Saint- Louis, que nous sommes redevables de la connaissance de deux de ces animaux; son goût et ses lumières en histoire naturelle brillent dans son cabinet, qui est l’im des plus curieux de la ville de Paris : il a bien voulu nous communiquer ses richesses toutes les fois que nous en avons eu besoin ; et ce ne sera pas ici la seule occasion que nous aurons d’en marquer notre reconnaissance. Ces animaux , que M. Aubry a bien voulu nous prêter pour les faire dessiner et graver, sont le coase, le chinche et le zorille. On peut regarder ces deux derniers comme nouveaux, car on n’en trouve la figure dans aucun auteur.

Le premier de ces animaux est arrivé à M. Aubry sous le nom de pékan, enfant du diable, ou chat sauvage de Virginie. J’ai vu que ce n’était pas le pékan; j’ai rejeté les dénominations d’enfant du diable et de cliat sauvage comme factices et composées; et j’ai reconnu que c’était le même animal que Ilernandès a décrit sous le nom ysquiepatl, et que les voyageurs ont

DES MOUFFETTES. 315

indiqué sous celui de squash-, et c’est de celte dernière denominotion que j’ai dérivé le nom deeoase que je lui ai donné. Il a environ seize pouces de long, y compris la tète et le corps; il a les jambes courtes, le museau mince, les oreilles petites; le poil d’un brun foncé, les ongles noirs et pointus; il habile dans des trous, dans des fentes de rochers où il élève ses petits; il vit de scarabées, de vermisseaux, de petits oiseaux : cl lorsqu’il peut entrer dans une basse-cour, il étrangle les volailles, desquelles cependant il ne mange que la cervelle. Lorsqu’il est irrité ou effrayé, il rend une odeur abominable ; c’est pour cet animal un moyen sûr de défense; ni les Jiommes ni les chiens n’osent en approcher. Son urine, qui se mêle apparemment avec celte vapeur empestée, tache et infecte d’une manière indélébile. Au reste, il paraît que cette mauvaise odeur n’est point une chose habituelle. « On m’a envoyé de « Surinam cet animal vivant, dit Seba,- et je l’ai conservé en vie pendant « tout un été dans mon jardin où je le tenais attaché avec une petite chaîne :

« il ne mordait personne, et lorsqu’on lui donnait à manger on pouvait le « manier comme un petit chien. Il creusait la terre avec son museau en « s’aidant des deux pattes de devant, dont les doigts sont armés d'ongles « longs et recourbés. 11 se cachait pendant le jour dans une espèce de lanière « qu’il avait faite lui-même; il en sortait le soir, et, après s’etre nettoyé, il « commençait à courir et courait ainsi toute la nuit à droite et à gauche aussi « loin que sa chaîne lui permellail d’aller; il furetait partout, portant le nez « en terre. On lui donnait chaque soir à manger, et il ne prenait de nourri- « turc que ce qu'il lui en fallait, sans loucher au reste; il n’aimait ni la chair,

« m le pain, ni quantité d’autres nourritures; ses délices étaient les panais « jaunes, les chevrettes crues, les chenilles et les araignées... Sur la fin de « l'automne on le trouva mort dans sa tanière, il ne put sans doute sup- « porter le froid. Il a le poil du dos d’un châtain foncé, de courtes oreilles, « le devant de la tète rond, d'une couleur un peu plus claire que le dos, et « le ventre jaune. Sa queue est d’une longueur médiocre, couverte d’un « poil brun et court; on y remarque tout autour comme des anneaux jau- « nôtres. » Nous observerons que quoique la description cl la figure données par Seba s’accordent très-bien avec la description cl la figure de Ilernandès, on pourrait néanmoins douter encore que ce fût le même animal, parce que Seba ne fait aucune mention de son odeur détestable, et qu’il est difficile d'imaginer comment il a pu garder dans son jardin, pendant tout un été, une bête aussi puante, cl ne pas parler, en la décrivant, de l’incommodité qu’elle a dù causer à ceux qui l’approchaient. On pourrait donc croire que cet animal, donné par Seba sous le nom ysquiepatl, n’est pas le véritable, ou bien que la figure donnée par Ilernandès a été appliquée à l’ysquiepail, tandis qu’elle appartenait peut-être à un autre animal : mais ce doute, qui parait d’abord fondé, ne subsistera plus quand on saura que cet animal ne rend cet odeur empestée que quand il est irrilé ou pressé, et que plusieurs personnes en Amérique en ont élevé et apprivoisé.

De ces quatre espèces de mouffeUes, que nous venons d indiquer sous les

51 G IIISTOIRK NATURELLE ÜES MOUFFETTES, noms de couse, conepale, chinche cl zoril/e, les deux deniières npparlieiiiieiit aux climats les |)lus chauds de rAmérique méridionale, et pourraient bien n’élre que deux variétés et non pas deux espèces diiïércnlcs. Les deux premières sont du climat tempéré de la Nouvelle-Espagne, de la Louisiane, des Illinois, de la Caroline, etc., et me paraissent être deux espèces distinctes cl différentes des deux autres, surtout le eoase, qui a le caractère particulier de ne porter que quatre ongles aux pieds de devant, tandis (pie tous les autres en ont cinq. Mais au reste ces animaux ont tous 5 peu près la mémo ligure, le même instinct, la même mauvaise odeur, et ne diffèrent, pour ainsi dire, que par les couleurs et la longueur du poil. Le coasc est, comme on vient de le voir, d une couleur brune assez uniforme, et n’a pas la queue touffue comme les autres. Le conepate a sur un fond de poil noir cinq bandes blanches qui s’étendent longiUidinalemcnt de la tète à la queue. Le chinche est blanc sur le dos et noir sur les flancs, avec la tête toute noire, à 1 exception d une bande blanche qui s’étend depuis le chignon jusqu’au chanfrein du nez; sa queue est très-touffue et fournie de irès-loiigs poils blancs mêlés d'un peu de noir. Le zoriile, qui s’appelle aussi niapurita, paraît être d’une espèce plus petite : il a néanmoins la queue tout aussi belle et aussi fournie que le chinche, dont il diffère par la disposition des taches de sa robe; elle est d’un fond noir sur lequel s’étendent longitudinalement des bandes blanches depuis la télé jusqu’au milieu du dos, et d'autres espèces de bandes blanches transversalement sur les reins, la croupe et l’origine de la queue, qui est noire jusqu’au milieu de sa longueur, et blanche depuis le milieu jusqu’à l’extrémité, au lieu que celle du chinche est partout de la même couleur. Tous ces animaux sont à peu près de la même figure et de la même grandeur que le putois d’Europe : ils lui ressemblent encore par les habitudes naturelles, et les résultats physiques de leur organisation sont aussi les mêmes. Le putois est de tous les animaux de ce continent celui qui répand la plus mauvaise odeur : elle est seulement plus exaltée dans les mouffettes, dont les espèces ou variétés sont nondtreuses en Améri(|uc, au lieu que le putois est seul de la sienne dans l’ancien continent : car je ne crois pas que I animal dont Kolbe parle sous le nom de blaireau puant, et qui me paraît être une véritable mouffette, existe au cap de Bonne-Espérance comme naturel au pays; il se peut qu’il y ait été transporté d’Amérique, et il se peut aussi que Kolbe, qui n’est point exact sur les faits, ait emprunté sa description du P. Zuchel qu’il cite comme ayant vu cet animal au Brésil. Celui de la Nouvelle-Espagne que Fernandès indi<[ue sous le nom àcorlohua, me paraît être le même animal que le zorilla du Pérou ; et le tepemaxtla du môme auteur pourrait bien être le conepale, qui doit se trouver à la Nouvelle-Espagne, comme à la Louisiane et à la Caroline.

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