LE PETIT CHACAL
OU CHACAL-ADIVE.
Ordre des carnassiers, tribu des digitigrades, genre chien. (Ccvier.)
La peau de cet animal, donnée au Cabinet du roi par M. Sottnerat, sous le nom de renard des Indes, est celle d'un chacal-adive. Quoique ce dernier ait été fait d’après un dessin envoyé d’Angleterre sans description, on reconnaît toujours dans les caractères l’espèce que l’on retrouve ici dans cette peau, où il y a peu de différences marquées avec l’adive.
Ce chacal-adive, qui a de longueur vingt et un pouces du nez à l’occiput, et vingt-trois pouces dix lignes suivant la courbure du corps, est un peu plus petit que le renard, et ])lus léger dans les formes; sa tète, qui a cinq pouces trois lignes du bout du nez à l'occiput, est longue et menue, le museau est effilé, ce qui lui rend la physionomie fine; les yeux sont grands et les paupières inclinées comme dans tous les renards.
Les couleurs de cet adive sont le fauve, le gris et le blanc : c’est le mélange de ces trois couleurs où le blanc domine, qui fait la couleur générale de cet animal. La tète est fauve mêlée de blanc sur l’occiput, autour de l’oreille, aux joues, et plus brunâtre sur le nez et les mâchoires ; le bord des yeux est brunâtre. De l’angle antérieur de l’œil part une bande qui s’élargit au coin de l’œil, et s’étend jusque sur la mâchoire supérieure; celle qui part de l’angle postérieur est étroite, et se perd en s’affaiblissant dans la joue sous l’oreille. Le bout du nez et les naseaux, le contour de l'ouverturç de la gueule et le bord des paupières sont noirs, ainsi que les grands poils au-dessus des yeux, et les moustaches dont les plus grands poils ont trois pouces deux lignes de longueur ; tout le dessous du cou, la partie supérieure du dos, les épaules et les cuisses sont de couleur grisâtre, mais un peu plus fauve sur le dos et aux épaules; la partie exlérieurc des jambes de devant et de derrière est d'un fauve foncé, mais pâle sur le dessus du pied; la face interne est blanche et fauve, pâle en partie.
Le pied de devant a cinq doigts, dont le premier, qui fait pouce, a l’ongle placé au poignet. Le plus grand ongle a huit lignes. Le pied de derrière n’a que quatre doigts, cia les ongles plus petits, puisque le plus grand n’a que cinq lignes ; les ongles sont un peu courbes et en gouttière. La queue est longue de dix pouces six lignes; elle est étroite à son origine, large et touffue dans sa longueur; sa couleur est d’un fauve pâle, teint de blanc jaunâtre et de brun foncé jusqu’à plus d'un tiers de son extrémité; avec qiielques taches de même couleur sur la face postérieure. La longueur des poils est de vingt-deux lignes.
HISTOIRE NATERELLE DE L'ISATIS.
L’ISATIS.
Ordre des carnassiers, tribu des digitigrades, genre chien. (Cdvikr.)
Si le nombre des ressemblances en général, si la parfaite conformité des parties intérieures suflîsaient pour assurer l’unité des espèces, le loup, le renard et le chien n’en formeraient qu’une seule ; car le nombre des ressemblances est beaucoup plus grand que celui des différences, et la similitude des parties internes est entière : cependant ces trois animaux forment trois espèces non-seulement distinctes, mais encore assez éloignées pour admettre entre elles d’autres espèces ; et comme celle du chacal est intermédiaire entre le chien et le loup, l’espèce de l’isatis se trouve placée de même entre le renard et le chien. Justju’à ce jour l’on n’avait regardé cet animal que comme une variété dans l'espèce du renard; mais la description qu’en a donnée M. Gmelin, et de laquelle nous ferons ici l’extrait, ne permet plus de douter que ce ne soient deux especes différentes.
L’isatis est très-commun dans toutes les terres du Nord, voisines de la mer Glaciale, et ne sc trouve guère en deçà du soixante-neuvième degré de latitude. Il est tout à fait ressemblant au renard par la forme du corps et par la longueur de la queue, mais par la tète il ressemble plus au chien ; il a le poil plus doux que le renard commun, et son pelage est blanc dans un temps, et bleu-cendré dans d’autres temps. La tète est courte à proportion du corps; elle est large auprès du cou et se termine par un museau assez pointu; les oreilles sont presque rondes ; il y a cinq doigts et cinq ongles aux pieds de devant, et seulement quatre doigts et quatre ongles aux pieds de derrière. Dans le mâle, la verge est à peine grosse comme une plume à écrire; les testicules sont gros comme des amendes et si fort cachés dans le poil, qu’on a peine à les trouver. Les poils dont tout le corps est couvert sont longs d’environ deux pouces ; ils sont lisses, touffus et doux comme de la laine; les narines et la mâchoire inférieure ne sont pas revêtues de poil ; la peau est apparente, noire et nue dans scs parties.
L’estomac, les intestins, les viscères, les vaisseaux spermatiques, tant du mâle que de la femelle, sont semblables à ceux du chien; il y a de même un os dans la verge, et le squelette entier ressemble a celui d un renard.
La voix de l’isatis tient de l’aboiement du chien et du glapissement du renard. Les marchands qui font commerce de pelleteries distinguent deux sortes d isatis, les uns blancs et les autres bleu-cendré ; ceux-ci sont les plus estimés; et plus ds sont bleus ou bruns, plus ils sont chers. Cette différence dans la couleur du poil ne fait pas qu’ils soient d’espèces différentes ; des
chasseurs expérimentés ont assure à M. Cniclin (|ue clans la même portée il se trouvait de petits isatis blancs et d’autres cendrés, ainsi l’un n’est qu’une variété de l’autre.
Le climat des isatis est le Nord, et les terres qu ils habitent de préférence sont celles des bords de la mer Glaciale et des fleuves qui y tombent. Ils aiment les lieux découverts et ne demeurent pas dans les bois : on les trouve dans les endroits les plus froids, les plus montuenx et les plus nus de la Norwégc, de la Laponie, de la Sibérie, et même en Islande. Ces animaux s’accouplent au mois de mars; et ayant les parties de la génération conformées comme les chiens, ils ne peuvent se séparer dans le temps de l’accouplement. Leur chaleur dure quinze jours ou trois semaines : pendant ce temps ils sont toujours à l’air, mais ensuite ils se retirent dans des terriers qu ils ont creusés d’avance : ces terriers qui sont étroits et fort profonds ont plusieurs issues; ils les tiennent propres, et y portent de la mousse pour être plus à l’aise. La durée de la gestation est, comme dans les chiennes, d’environ neuf semaines : les femelles mettent bas à la fin de mai ou au commencement de juin, et produisent ordinairement six, sept ou huit petits. Les isatis qui doivent être blancs sont jaunâtres en naissant, et ceux qui doivent être blcu-ccndré sont noirâtres, et leur poil à tous est alors trèscourt : la mère les allaite et les garde dans le terrier pendant cinq ou six semaines, après quoi elle les fait sortir et leur apporte à manger. Au mois de septembre, leur poil a déjà plus d un demi-pouce de longueur. Les isatis qui doivent devenir blancs le sont deqà sur tout le corps, à l’exception d une bande longitudinale sur le dos, et d’une autre transversale sur les épaules qui sont brunes, et c’est alors que l’isatis s’appelle renard croisé, mais cette croix brune disparait avant I hiver, et alors ils sont entièrement blancs, et leur poil a plus de deux pouces de longueur : vers le mois de mai il commence à tomber, et la mue s’achève en entier dans le mois de juillet : ainsi la fourrure n’en est bonne qu’en hiver.
1/isatis vit de rats, de lièvres et d’oiseaux, il a autant de finesse que le renard pour les attraper; il se jette à l’eau et traverse les lacs pour chercher les nids des canards et des oies; il en mange les œufs et les petits, et n’a pour ennemis dans ces climats déserts et froids que le glouton, (|ui lui dresse des embûches et l’attend au passage.
Comme le loup, le renard, le glouton et les autres animaux qui habitent les parties du nord de I Europe et de l’Asie ont passé d’un continent à l'autre, et se retrouvent tous en Amérique, l’isatis doit s’y trouver aussi, et je présume que le renard gris-argenté de l’Amérique septentrionale, dont Casteby a donné la figure, pourrait bien être l’isatis, plutôt qu’une simple variété (le l’espèce du renard.
Par une lettre datée de Londres, le 19 février 1708. M. Collinson m’écrit dans les tennes suivants :
« Un de mes amis,M. Paul Detnidoff, Ttussien, qui admire vos ouvrages, vous envoie le dessin d’un animal qui n’csl point encore décrit, appelé cqshic. II vient dos
HISTOIRIi NATUniîLLE Dl£ L’ALCO, 321)
grands déserts de Tarlarie, situés entre les rivières Jaic, Emba, et les sources de l'Irlish. Ces cossacs y sont en si grand nombre, que les Tartarcs en apportent tous les ans cinquante mille peaux à Orembourg, d’où on les porte en Sibérie et en Turquie.
Il y a du bout du museau à l’origine de la queue 1711
De la plante du pied au sommet de la tête 125
De la plante du pied au-dessus des épaules 0110
Longueur de la tête 062
Longueur des oreilles 022
Distance entre les oreilles 030
Longueur de la queue '0 10 0
La forme de la tête, le doux regard et l’aboiement de cet animal, semblent le rapprocher du chien ; néanmoins il a de commun avec le renard sa queue et sa fourrure très-belle et très-douce. Son sang est d’une nature ardente, et il répand une assez mauvaise odeur par la respiration, comme le chacal et le loup.
Il m’a paru , par ce dessin et encore plus par celte courte description de M. Deinidoff et par celle de M. Gmelin, que cet animal est l’isatis dont nous avons parlé.
L’ALCO.
Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre chien. (Cuvieb.)
Nous avons dit qu’il y avait au Pérou et au Mexique, avant l'arrivée des Européens, des animaux domestiques nommés alco, qui étaient de la grandeur et à peu près du même naturel que nos petits chiens, et que les Espagnols les avaient appelés chiens du Mexique, chiens du Pérou, par celte convenance et parce qu’ils ont le même attachement, la même fidélité pour leurs maîtres : en effet, l’espece de ces animaux ne paraît pas être essentiellement différente de celle du chien, et d’ailleurs, il se pourrait que le mot alco fût un terme générique et non pas spécifique. Recchi nous a laissé la figure d’un de ces alcos, qui s’appelait, en langue mexicaine, ylzcuinie porzotli; il était prodigieusement gras, et probablement dénaturé par l’état de domesticité et par une nourriture trop abondante; la tête est représentée si
^30 HISTOIIHÎ NATURELLE
petite (ju’elle n’a, pour ainsi dire, aucune proportion avec la grosseur du corps; il a les oreilles pendantes, autre signe de domesticité; le museau ressemble assez à celui d’un cliien; tout le devant de la tête est blanc, et les oreilles sont en partie fauves; le cou est si court qu’il n’y a point d’intervalle entre la tête et les épaules; le dos est arqué et couvert d’un poil jaune; la queue est blanche et courte, elle est pendante et ne descend pas plus bas que les cuisses; le ventre est gros et tendu, marqué de taches noires, avec six mamelles très-apparentes; les jambes et les pieds sont blancs, les doigts sont comme ceux du chien, et armés d’ongles longs et pointus * **. Fabri, qui nous a donné cette description, conclut, après une très-longue dissertation, que cet animal est le même que celui qu’on appelle alco, et je crois que son assertion est fondée; mais il ne faut pas la regarder comme exclusive, car il y a encore une autre race de chien en Amérique, à laquelle ce nom convient également. Outre les chiens, dit Fernandes, que les Espagnols ont transportés d’Europe en Amérique, on y en trouve trois autres espèces qui sont assez semblables aux nôtres par la nature et les mœurs, et qui n’en diffèrent pas infiniment par la forme. Le premier et le plus grand de ces chiens américains est celui qu’on appelle xoloüzcninlli ; souvent il a plus de trois coudées de longueur, et ce qui lui est particulier, c’est qu’il est tout nu et sans poil; il est seulement couvert d’une peau douce, unie et marquée de taches jaunes et bleues. Le second est couvert de poil, et pour la grandeur est assez semblable à nos petits chiens de Malte; il est marqué de blanc, de noir et de jaune; il est singulier et agréable par sa dilformilé, ayant le dos bossu et le cou si court, qu’il semble que sa tête sorte immédiatement des épaules; on l’appelle micimacanens, du nom de son pays. Le troisième de ces chiens se nomme techichi: il est assez seniblable à nos petits chiens ; mais il a la mine sauvage et triste. Les Américains en mangent la chair En comparant ces témoignages de Fabri et de Fernandes, il est clair que le second chien que ce dernier auteur appelle michuacanens, est le même que Vytzcuinte porzotli, et que cette espèce d’animal existait en effet en Amérique avant l'arrivée des Européens; il doit en être de même de la troisième espèce appelée techichi. Je suis donc persuadé que le mot ako était un nom générique qui les désignait toutes deux, et peut-être encore d’autres races ou variétés que nous ne connaissons pas. Mais à l’égard de la première, il me parait que Fernandés s’est tronipé sur le nom et la chose; aucun auteur ne dit qu’il se trouve des chiens nus à la Nouvelle-Espagne; cette race de chiens, vulgairement appelés chiens turcs vient des Indes et des autres pays les plus chauds de l’ancien continent, et il est probable que ceux que Fernandès a vus en Amérique y avaient été transportés, d’autant plus qu’il dit
* Ytzeuinte porzotli. Canis mexicana.... Ad unguem animal quod hic proslal, nanum, pinguc et mansiielum effigialum, mihi videlur illud esse quod Americani nomine conimuni Alco vocabanl. Fernand. Ilis. mex., p. 466 et 478, fig. pag. 466.
** Fernandes. Hist. anim. Nov.-Hisp., p. 6 et 7, cap. XX; et p. 10, cap. XXI.