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DEUXIÈME ADDITION

Nous avons dit que la loutre ne paraissait pas susceptible d’éducation, et que nous n’avions pu réussir à l’apprivoiser; mais des tentatives sans succès ne démontrent rien, et nous avons souvent reconnu qu’il ne fallait pas trop

* Histoire naturelle de la Norwége, par Pontoppidan ; Journal étranger. Juin 1786. *11 no», loitie Tii. 4

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restreindre le pouvoir de l éducation sur les animaux : ceux même qui semblent le plus s’y refuser eèdent néanmoins et s’y soumettent dans certaines circonstances; le lonl est de rencontrer ces circonstances favorables et de trouver le point flexible de leur naturel, d’y appuyer ensuite assez pour former une première habitude de nécessité ou de besoin, qui bientôt s’assujettit toutes les autres. L’éducation de la loutre dont on va parler en est un exemple. Voici ce que M. le rnanpiis de Courtivron, mon confrère à l’Académie des Sciences, a bien voulu m’écrire en date du IS octobre 1779, sur une loutre très-privée et très-docile qu’il a vue à Autun :

« Vous autorisez, monsieur, ceux qui ont quelques observations sur le.s animaux à vous les communiquer, meme quand elles ne sont pas absolument conformes à ce qui peut paraître avoir été votre première opinion. En relisant l’article de la loutre, j’ai vu que vous doutez de la facilité qu’on aurait d’apprivoiser cet animal. Dans ce que je vais vous dire, je ne rapporterai rien que je n’aie vu, et que mille personnes n’aient vu comme moi, à l’abbaye de Saint-Jean-le-Grand, à Autun, dans les années 1775 et 1776; j’ai vu, dis-je, pendant l’espace de près de deux ans, à différentes fois, une loutre femelle qui avait été apportée peu de temps après sa naissance dans ce couvent, et que les tourières, s’étaient plu à élever ; elles l’avaient nourrie de lait jusqu’à deux mois d’àge, qu’elles commencèrent à accoutumer cette jeune loutre à toutes sortes d’aliments, elle mangeait des restes de soupe, de petits fruits, des racines, des légumes, de la viande et du poisson ; mais elle ne voulait point de poisson cuit, et elle ne mangeait le poisson cru que lorsqu’il était de la plus grande fraîcheur : s’il avait plus d'un jour, elle n’y louchait pas. .l’essayai de lui donner de petites carpes, elle mangeait celles (lui étaient vives ; et pour les mortes, clic les visitait en ouvrant l’ouïe avec sa patte, la flairait et le plus souvent les laissait, même quand on les lui présentait avant de lui en donner de vives. Celte loutre était privée comme un chien ; elle répondait au nom de loup-loup que lui avaient donné les tourières ; elle les suivait et je l’ai vue revenir à leur voix du bout d’une vaste cour où elle se promenait en liberté, et, quoique étranger, je m’en faisais suivre en l’appelant par son nom. Elle était familiarisée avec le chat des tourières, avec lequel elle avait été élevée, et jouait avec le chien du jardinier, qu'elle avait aussi connu de bonne heure : pour tous les autres chiens et chats, quand ils approchaient d’elle, elle les battait. Un jour j’avais un petit épagneul avec moi; elle ne lui dit rien d’abord; mais le chien ayant été la flairer, elle lui donna vingt soufflets avec ses pattes de devant, comme les chats ont coutume de faire lorsqu’ils attaquent de petits chiens, et le poursuivit à coups de nez et de tète jusqu’entre mes jambes ; et depuis, toutes les fois qu’elle le vit, elle le poursuivit de même. Tant que les chiens ne se défendaient pas, elle ne se servait pas de ses dents; mais si le chien faisait tète et voulait mordre, alors le combat devenait à outrance; et j’ai vu des chiens assez gros, déchirés et bien mordus, prendre le parti de la fuite.

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s Cette loutre habitait la chambre des tourièivs, et la nuit elle couchait sur leur lit : le jour elle se tenait ordinairement sur une chaise de paille où elle dormait couchée en rond ; et quand la fantaisie lui en prenait, elle allait se mettre la tète et les pattes de devant dans un seau d’eau qui était à son usage ; ensuite elle se secouait et venait se remettre sur sa chaise, ou allait se promener dans la cour ou dans la maison extérieure. Je l’ai vue plusieurs fois couchée au soleil ; alors elle fermait les yeux ; et je l’ai portée, maniée, prise par les pattes et flattée; elle jouait avec mes mains, les mordait insensiblement, et faisait petites dents, si cela peut se dire, comme on dit que les chats font patte de velours. Je la menai un jour auprès d’une petite flaque d’eau, où la rivière d’Aroux en laisse lorsqu’elle est débordée : ce qui vous paraîtra surprenant, et ce qui m’étonnait aussi, c’est qu’elle parut craindre de voir de l’eau en si grand volume; elle n’y entra pas, passé le bord où elle se mouilla la tète comme dans le seau ; je la fis jeter à quelques pas dans l’eau; elle regagna le bord bien vite avec une sorte d’elïroi, et nous suivit, très-contente de retrouver ses tourières. Si on peut raisonner d’après un seul fait et un seul individu, la nature parait n’avoir pas donné à cet animal le même instinct qu’aux canards, qui barbottent aussitôt qu'ils sont éclos, en sortant de dessous une poule.

« Cette loutre était très-malpropre, le besoin de se vider paraissait lui prendre subitement, et elle se satisfaisait de même quelque part qu’elle fût, excepté sur les meubles, mais à terre et dans la chambre comme ailleurs; les tourières n’avaient jamais pu, même par des corrections, l’accoutumer à aller, pour ses besoins, à la cour, qui était peu éloignée; dés qu’elle s’était vidée, elle venait flairer ses excréments, ainsi que les chats, et faisait un petit saut d’allégresse ensuite, comme satisfaite de s’ètre débarrassée de ce poidSi

« J’ai souvent eu occasion de voir celte loutre, parce que je ne passais point à Autun sans aller à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand, où madame de Conrtivron avait une tante; et j’ai dîné dix fois avec la loutre qui était de très-bonne compagnie. On me l'offrit : je l’aurais acceptée pour la mettre enchaînée sur le fossé de ma maison à Conrtivron, où elle aurait eu occasion de se marier, si je n’avais reconnu la difficulté de l’enchaîner, à cause que le cou de cet animal est presquedu même diamètre de sa tète et de soncorps; je pensai qu elle pourrait s’échapper, et multiplier chez moi les loutres qui n’y sont que trop communes.

« Je me reproche de m’être si fort étendu sur cet article des loutres, comme susceptibles d’être bien apprivoisées; mais j’ai cru devoir vous donner un exemple de ce que j’ai vu dans notre Bourgogne : ainsi, sans recourir aux exemples de Dancmarck et de Suède, s’ils existentiels que le P. Vanière, dans son poème du prœdium rusticum, les a célébrés, voilà des choses sur lesquelles vous pouvez compter, et il n’y a rien de poétique dans ce que je vous dis. »

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