‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 15 sur 255 · Ï. FOUINE · texte numérisé non relu

Ï. FOUINE

Ordre de* carnassiers, famille des carnivores, trihu des digitigrades, genre marte. (Cuvikr.)

La plupart des naturalistes ont écrit que la fouine et la marte étaient des animaux de la même espèce. Gessner et Ray ont dit, d’après Albert, qu’ils se mêlaient ensemble. Cependant ce fait, qui n’est appuyé par aucun autre témoignage, nous paraît au moins douteux; et nous eroyons au contraire que ces animaux ne se mêlant point ensemble, font deux espèces distinctes et séparées. Je puis ajouter aux. raisons qu’en donne M. Daubenton, des exemples qui rendront la chose plus sensible. Si la marte était la fouine sauvage, ou la fouine la marte domestique, il en serait de ces deux animaux comme du chat sauvage et du chat domestique; le premier conserverait constamment les mêmes caractères, et le second varierait, comme on le voit dans le chat sauvage, qui demeure toujours le même, et dans le chat domestique, qui prend toutes sortes de couleurs. Au contraire la fouine, ou, si l’on veut, la marte domestique, ne varie point ; elle a ses caractères propres, particuliers, et tous aussi constants que ceux de la marte sauvage; ce qui suffirait seul pour prouver que ce n’est pas une pure variété, une simple différence produite par l’état de domesticité. D'ailleurs, c’est sans aucun fondement qu’on appelle la fouine marte domestique, puisqu’elles n’est pas plus domestique que le renard, le putois, qui, comme elle, s’approchent des maisons pour y trouver leur proie, et qu’elle n’a pas plus d'habitude, pas plus de communication avec l’homme, que les autres animaux que nous appelons sauvages. Elle diffère donc de la marte par le naturel et par le tempérament, puisque celle-ci fuit les lieux découverts, habite au fond des bois, demeure sur les arbres, ne se trouve en grand nombre que dans les climats froids ; au lieu que la fouine s’approche des habitations, s’établit même dans les vieux bâtiments, dans les greniers à foin, dons des trous de muraille ; qu’enfin l’espèce en est généralement répandue en grand nombre dans tous les pays tempérés, et même dans les climats chauds, comme à Madagascar, aux Maldives, et qu’elle ne se trouve pas dans les pays du nord.

La fouine a la physionomie très-fine, l’æil vif, le saut léger, les membres souples, le corps flexible, tous les mouvements très-prestes ; elle saute et bondit plutôt qu’elle ne marche; elle grimpe aisément contre les murailles qui ne sont pas bien enduites, entre dans les colombiers, les poulaillers, etc., mange les œufs, les pigeons, les poules, etc., en tue quelquefois un grand nombre et les porte à ses petits; elle prend aussi les souris, les rats, les

la. MARTRE LA FOUINE LA BELETTE L'HERMINE.

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DE LA FOUIiNE. 49

taupes, les oiseaux dans leurs nids. Nous en avons élevé une que nous avons gardée longtemps : elle s’apprivoise à un certain point; mais elle ne s’attache pas, et demeure toujours assez sauvage pour qu’on soit obligé de la tenir enchaînée. Elle faisait la guerre aux chats; elle se jetait aussi sur les poules dès qu’elles se trouvait à portée. Elle s’échappait souvent, quoique attachée par le milieu du corps : les premières fois elle ne s’éloignait guère et revenait au bout de quelques heures, mais sans marquer de la joie, sam attachement pour personne. Elle demandait cependant à manger comme le chat et le chien; peu après elle fit des absences plus longues, et enfin ne revint plus. Elle avait alors un an et demi, âge apparemment auquel la nature avait pris le dessus. Elle mangeait de tout ce qu’on lui donnait, à 1 exception de la salade et des herbes ; elle aimait beaucoup le miel, et préférait le chenevis à toutes les autres graines. On a remarqué qu’elle buvait fréquemment, qu’elle dormait quelquefois deux jours de suite, et qu’elle était aussi quelquefois deux ou trois jours sans dormir; qu’avant le sommeil elle se mettait en rond, cachait sa tête et l’enveloppait de sa queue; que, tant qu’elle ne dormait pas, elle était dans un mouvement continuel si violent et si incommode, que quand mémo elle ne se serait pas jetée sur les volailles, on aurait été obligé de l’attacher pour l’empècher de tout briser. Nous avons eu quelques autres fouines plus âgées, que l’on avait prises dans des pièges; mais celles-là demeurèrent tout-à-fait sauvages; elles mordaient ceux qui voulaient les toucher, et ne voulaient manger que de la chair crue.

Les fouines, dit-on, portent autant de temps que les chats. On trouve des petits depuis le printemps jusqu’en automne, ce qui doit faire présumer qu’elles produisent plus d’une fois par an : les plus jeunes ne font que trois ou quatre petits; les plus âgées en font jusqu’à sept. Elles s’établissent pour mettre bas dans un magasin à foin, dans un trou de muraille, où elles poussent de la paille et des herbes; quelquefois dans une fente de rocher ou dans un tronc d’arbre, où elles portent de la mousse; et lorsqu’on les inquiète, elles déménagent et transportent ailleurs leurs petits, qui grandissent assez vite : car celle que nous avons élevée avait au bout d’un an presque atteint sa grandeur naturelle, et de là on petit inférer que ces animaux ne vivent que huit ou dix ans. Ils ont une odeur de faux musc qui n’est pas obsolument désagréable : les martes et les fouines, comme beaucoup d’autres animaux, ont des vésicules intérieures qui contiennent une matière odorante, semblable à celle que fournit la civette : leur chair a un peu de celte odeur; cependant celle de la marte nest pas mauvaise à manger; celle de la fouine est plus désagréable, et sa peau est aussi beaucoup moins estimée.

lUSTÜllUi INATLÎKELLE DE LA MARTE,

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