HISTOIRE NATURELLE DE LA MABMOSE
LA MARMOSE.
( LE DIDELl’llE MAUMOSE. )
Ordre des marsupiaux, famille des pédimanes, genre sarigue. (Cuvier.)
L’espèce de la niarmose paraît être voisine de celle du sarigue ; elles sont du même climat dans le même continent, et ces deux animaux se ressemblent par la forme du corps, par la conformation des pieds, par la queue prenante qui estcouvertc d ccailles dans la plus grande partie de sa longueur, et n’est revêtue de poil qu'à son origine; par l’ordre des dents, qui sont en plus grand nombre (|ue dans les autres quadrupèdes. Mais la niarmose est bien plus petite que le sarigue; elle a le museau encore plus pointu : la femelle n’a pas de poche sous le ventre eomme celle du sarigue : il y a seulement deux plis longitudinaux près des cuisses, entre lesquels les petits se placent pour s’attacher aux mamelles. Les parties de la génération, tant du mâle que de la femelle marmoses, ressemblent par la forme et par la position à celles du sarigue; le gland de la verge du mâle est fourchu comme celui du sarigue; il est placé dans l'anus; et cet orilicc, dans la femelle, paraît être aussi l'orillcc de la vulve. La naissance des petits semble être encore plus précoce dans l’espèce de la marmose que dans celle du sarigue ; ils sont à peine aussi gros que de petites fèves lorsqu’ils naissent et qu ils vont s’attacher aux mamelles; les portées sont aussi plus nombreuses. Nous avons vu dix petites marmoses, chacune attachée à un mamelon, et il y avait encore sur le ventre de la mère quatre mamelons vacants, en .sorte qu elh; avait en tout quatorze mamelles. (7est principalemetit sur les femelles de cetteospècequ'il faudrait faire Icsobservationsque nous avons indiquéesdans l’article piécédent; je suis |)crsuadé (|uc ces animaux mettent bas peu de jours après la conception, et que les petits au moment de rexclusion ne sont encore qtie des fælus (|ui, môme comme lietus, n’ont pas pris le quart de leur accroisseinent. L’accouchement de la mère est toujours une faussecouche très-prématurée, et les fœtus ne sauvent leur vie naissante qu’en s’attachant aux mamelles sans jamais les (luittcr, jusqu’à ce qu’ils aient acquis le même degré d accroissement et de lorcc qu ils auraient pris naturellement dans la matrice, si l'exclusion n’eût pas été prématurée.
La marmose a les mêmes inclinations et les mêmes mœurs ((ue le sarigue; tous deux SC crcu.sent des terriers pour se réfugier; tous deux s accrochent aux branches des arbres par rextrémité de leur queue, et s’élauceiit de là sur les oiseaux et sur les petits animaux ; ils mangent aussi des fruits, des
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graines cl des racines ; mais ils sonl encore plus Criands de poisson et d'écrevisses, qu’ils pèchent, dit-on, avec leur queue. Ce fait est très-douteux et s accorde fort mal avec la stupidité naturelle qu’on reproche à ces animaux, qui, selon le témoignage de la plupart des voyageurs, ne savent ni se mouvoir à propos, ni fuir, ni se défendre.
ADDITION A l'aUTICI.E DE I.A MAllMOSE.
On sait qu’en général les sarigues, marmoses et cayopollins portent également leurs petits dans une poche sous le ventre, et que ces petits sont attachés à la mamellelongteinps avant d’avoir pris leur accroissement entier. Ce fait, l’im des plus singuliers de la nature, me faisait désirer des éclaircissements au sujet de la génération de ci-s animaux, qui ne naissent pas à terme comme les autres. Voici ce que M. Roume de Saint-Laurent m’en a écrit en m’envoyant le catalogue du Cabinet d'histoire naturelle qu’il a fait à l’ile de la Grenade.
« Des personnes dignes de croyance, dit M. de Saint-Laurent, m’ont assuré avoir trouvé des femelles de manteau (mannose), dont les petits n’étaient point encore formés^ on voyait au bout des mamelons de petites bosses claires, dans lesquelles on trouvait l’embryon ébauché. Tout extraordinaire que ce fait doive paraiire, je ne puis le révoipier en doute, et je vais ajouter ici la dissection que je lis d’un de ces animaux, en 1767, qui peut donner quelques lumières sur la façon dont la génération s’effectue dans celte espèce.
« La mère avait dans son sac sept [letits, au bout d'autant de mamelons auxquels ils étaient fortement fixés, sans qu'ils y adhérassent ; ils avaient environ trois lignes de longueur, et une ligne et demie de grosseur; la tète était fort grosse à proportion du corps, dont la partie antérieure était plus formée que la postérieure; la queue était moins avancée que tout le reste. Ces petits n’avaient point de poil; leur peau, très-line, jiaraissait sanguinolente ; les yeux ne se distinguaient que par deux petits (ilcls en cercles. Les cornes de la matrice étaient gonllées, fort longues, formant un tour et se portant ensuite vers les ovaires : elles contenaient un mucus blanc, épais et parsemé de globules d’air nombreux. L’extrémité des cornes se terminait par des filets gros comme de forts crins, d’une substance à peu près semblable à celle des trompes de Eallo|)e, mais plus blanche et plus solide. Ott suivait ces filets jusque dans le corps glanduleux des mamelles, où ils aboutissaient chacun à des mamelons, sans que l’on pût en distinguer la lin, parce (|u’elle se confondait dans la substance des mamelles. Ces filets paraissaient être creux et remplis du même mucus qui était contenu dans les cornes : peut-être les [)elits embryons, produits dans la matrice, pussent ils
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lions ces canaux pour sc rendre aux mamelons contenus dans le soc. » Cette observation de M. de Sainl-Lourenl mérite assurément beaucoup d'attention; mais elle nous paraît si singulière, qu il serait bon de la répéter plus d'une fois, et de s’assurer de cette marebe très-extraordinaire des fœtus, et de leur passage immédiat de la matrice aux mamelles, et du temps où se fait ce passage après la coneeplion ; il laudrait pour cela élever et nourrir un eertaiti nombre de ces animaux, et disséquer les femelles, peu de temps après leur avoir donné le mâle, à un jour, deux jours, trois jours, qtiatre jotirs après raccouplement; on pourrait saisir le progrès de leur développement, et rceonnailre le temps et la manière dont ils passent réellement de la matrice aux mamelles qui sont renfermées dans la poebe de la mère.
LE CAYOPOLLIN.
(r.E DIDELPIIE CAYOI’Or.MN.)
Ordre des marsupiaux, famille des pcdimancs, genre sarigue. (Covier.)
Le premier auteur qui aitparlc de cet animal est Fernandès. Le cayopollin, dit-il, est un petit animal un peu plus grand qu'un rat, ressemblant au sarigue par le museau, les oreilles et la queue qui est plus épaisse et plus forte que celle d'un ral, el de laquelle il se sert comme d'une main, H a les oreilles minces et diaphanes, le ventre, les jambes et les pieds blancs. Les petits, lorsqu'ils ont peur, lienncnt la mère embrassée ; elle les élève sur les arbres. Cette espèce s'est trouvée dans les montagnes de la Nouvcllc- Espaane. ÎNicremberg * a copié mot à mot ces indications de Fernandès, et n’y a rien ajouté. Seba, qui le premier a fait dessiner et graver cet animal, n’en donne aucune description : il dit seulement qu’il a la tète un peu plus épaisse et la queue un tant soit peu plus grosse que la mannose, et que, (luoiqu'il soit du même genre, il est cependant d'un autre climat, el même d'un autre continent; et il sc conlentede renvoyer à Nieremberg et à .lonston pour ce qu’on peut désirer de plus au sujet de cet animal : mais il paraît évidemment que Nieremberg el Jonston ne I ont jamais vu, el qu ils n’en
* Eus Nieremberg, Hisl. Nat. Peregr., lîb. IX, cap. V, page 158.
U& HISTOIRE NATURELLE DU PFULANDRE DE SURINAM, pnrient que d’après Fernandès. Aucun de ces trois auteurs n’a dit qu'il fût originaire d Afrique; ils le donnent au contraire corninc naturel et particulier aux montagnes des climats chauds de l’Amérique ; et c’est Seba seul qui, sans autorité ni garants, a prétendu qu’il était africain. Celui que nous avons vu venait certainement d’Amérique; il était plus grand, et il avait le museau moins pointu et la queue plus longue que la marmose ; en tout il nous a paru approcher encore plus que la marmose de l’espèce du sarigue. Ces trois animaux se ressemblent beaucoup par la conformation des jiarties intérieures et extérieures, par les os surnuméraires du bassin, par la forme des pieds, par la naissance prématurée, la longue et continuelle adhérence des petits aux mamelle.s, et enfin par les autres habitudes de nature; ils sont aussi tous trois du Nouveau-Monde et du même climat : on ne les trouve point dans les pays froids de l’Amérique ; ils sont naturels aux contrées méridionales de ce continent, et peuvent vivre dans les régions tempérées. Au reste ce sont tous des animaux très-laids; leur gueule fendue comme celle d’un brochet, leurs oreilles de chauve-souris, leur queue de couleuvre et leurs pieds de singe présentent une forme bizarre, qui devient encore plus désagréable par la mauvaise odeur (pi’ils exhalent et par la lenteur et la stupidité dont leurs actions et tous leurs mouvements paraissent accompagnés.