‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 144 sur 255 · DU SARIGUE, OU OPOSSUM · texte numérisé non relu

DU SARIGUE, OU OPOSSUM

étoiles. L’ouvrage de M. Brisson, d’ailleurs très-utile, pèche principaletneiit en ce que la liste des espèces y est beaucoup plus grande que celle de la nature.

Il ne nous reste maintenant à examiner que la nomenclature de M. Linnæus : elle est sur cet article moins fautive que celle des autres, en ce que cet auteur supprime une des trois espèces dont nous venons de parler, et qu’il réduit à deux les trois animaux de Seba. Ce nest pas avoir tout fait, car il faut les réduire à un, mais du moins c’est avoir fait quelque chose ; et d’ailleurs il emploie le caractère distinctif des pouces de derrière sans ongle, ce qu’aucun des autres, à l’exception de Tyson, n avait observé. La description que M. Linnæus donne du sarigue, sous le nom de marsupialis, n" 1, didelphis, etc., nous a paru bonne et assez conforme à la nature; mais il y a inexactitude dans sa distribution et erreur dans ses indications ; cet auteur, qui sous le nom tVopossum, n® 3, p. 53, désigne un animal dilférent de son tnarsupialis, n“ 1, et qui ne cite à cet égard que la seule autorité de Seba, dit cependant que cct opossum n’a point d'ongle aux pouces de derrière, tandis que cet ongle est très-apparent dans les Ogures de Seba; il aurait au moins dù nous avertir que le dessinateur de Seba s’était trompé : une autre erreur, c’est d’avoir cité le maritacaca de Pison comme le même animal que le carûjuepa, tandis que dans l’ouvrage de Pison, ces deux animaux, quoique annoncés dans le même chajiilre, sont cependant donnés, par Pison même, pour deux animaux didérents, et qu’il les décrit 1 un après l’autre. Mais ce qu’on doit regarder comme une erreur plus considérable que les deux premières, c’est d’avoir fait du même animal deux espèces différentes; le marsupialis, n" 1, et Xopossum, n° 3, ne sont pas des animaux différents; ils ont tous deux, suivant M. Linnæus même, le marsupium ou la poche ; ils ont tous les pouces de derrière sans ongle, ils sont tous deux d’Amérique, et ils ne diffèrent (toujours selon lui) qu’en ce que le premier a huit mamelles, et que le second n’en a que deux et la tache au-dessus des yeux plus pâle : or, ce dernier caractère est, comme nous l’avons dit, nul, et le premier est au moins très-équivoque; car le nombre des mamelles varie dans plusieurs espèces d’animaux, et peut-être plus dans celle-ci quedans une autre, puisque des deux sarigues femelles que nous avons au Gabinet du Roi, et qui sont certainement de même esjièce et du môme pays, l’une a cinq et l’autre a sept tetines, et que ceux qui ont observé les mamelles de ces animaux ne s’accordent pas sur le nombre : Maregrave, qui a été copié par beaucoup d’autres, en compte huit; Barrère dit qu’ordinairement il n’y en a que quatre, etc. Cette différence qui se trouve dans le nombre des mamelles n’a rien de singulier, puisque la même variété se trouve dans les animaux les plus connus, tels que la chienne qui en a quelquefois dix, et d’autres fois neuf, huit ou sept; la truie qui en a dix, onze ou douze; la vache qui en a six, cinq ou quatre, la chèvre et la brebis qui en ont quatre, trois ou deux; le rat qui en a dix ou huit; le furet ([ui en a trois à droite et quatre à gauche, etc. : d’où l'on voit qu’on ne peut rien établir de fixe et de

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«ertain sur l'ordre cl le nombre des mamelles, qui varient dans la plupari des animaux.

De tout cel examen que nous venons de faire avec autant de scrupule que d’impartialité, il résulte que le philander opossum seu carùjueija brasilimsis, pî. 3(5, fig. 1 , 2 et 3; W philander or ientalis, pl. 38, (ig. 1 , et le ■philander orientalis maximus, pl. 39, fig. 1, de Seba, vol. I, pag. 56, CI et 64; que le philandre, n“ f , le pliilandrc oriental, n” 2, et le philandre d'Amboine, n. 3 , de M. Brisson. p. 286, 288, et 289 et enfin que le niarsupialis, n® 1 , et Xopossum, n° 3, de M. Linnæus, édition X , paejes 54 et 55, n’indiquent tous qu’un seul et même animal, et que cet animal est notre sarigue, dont le climat tmique et naturel est l’Amérique méridionale, et qui ne s’est jamais trouvé aux (îrandes-Indes que comme étranger et après y avoir été transporté. Je crois avoir levé sur cela toutes les incertitudes; mais il reste encore des obscurités au sujet du taiibi, que iMarcgiave n’a pas donné comme un animal différent du carigueya, et (pienéanmoins Jonston.Seba, et MM. Klein, Linnseus et Brisson, qui n’ont écrit que d’après Maregrave, ont présenté comme une espèce distincte et différente des précédentes. Cependant on trouve dans Maregrave les deux noms carigueya, tniibi à la tôle du même article : il y est dit que cet animal s’appelle carigueya au Brésil, et taiibi au Paraguay {carigueya Brasiliensibus, aliquibusjupctnma, Petiguaribus taiibi). On trouve ensuite une description du carigueya tirée de Ximénes, après laquelle on en trouve une antre de ranimai appelé taiibi par les Brésiliens, cachorro domato par les Portugais, et booschratte ou rat des bois par les Hollandais. Maregrave ne dit pas que ce soit un animal différent du carigueya; il le donne au contraire pour le mâle du carigueya (pedes cl digilos habet ut feniellajam descripla). Il paraît clairement qu’au Paraguay on appelait le sarigue mâle cl femelle taiibi, et qu’au Brésil on donnait ce nom de taiibi au seul mâle, et celui de carigueya à la femelle. D’ailleurs les différences entre ces deux animaux, telles qu’elles sont indiquées par leurs descriptions, sont trop légères pour fonder sttr ces dissendtiances deux espèces différentes, la plus sctisible est celle de la couleur du jtoil, qui dan.s le carigueya est jaune et brune, au lieu quelle est grise dans le taiibi, dont les poils sont blancs en-dessous et bruns ou noirs à leur extrémité. Il est donc plus que probable que le taiibi est en effet le mâle du sarigue. M. Bay paraît être de celte opinion, lorsqu’il dit, en parlant du carigueya cl du taiibi, an specie, an sexu tantum a præcedenti diversum. Cependant malgré rautorité <le Maregrave et le doute très-raisonnable de Bay, Seba donne (pl. 36, n" 4) la ligure d’un animal femelle aiuiuel il applique, sans aucun garant, le nom de taiibi, cl il dit en même temps que ce taiibi est le même animal t|uc le tlaquatzin de Hernandès : c’est ajouter la méprise <à l'erreur ; car, de l'aveu même de Seba, son taiibi, qui est femelle, n’a point de poche sous le ventre, et il stdïisait de lire Hernandès pour voir qu'il donne à son tlaquatzin cette poche comme un principal caractère. Le taiibi de Seba ne peut donc être le tlaquatzin de Hernandès, puisqu’il n’a point de poche, ni

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le tuiibi de Alarcgrave, puisqu’il est l'emellc; cest ccrlaiucaieiil uii autre animal assez mal dessiné et eticore plus mal décrit, auquel Seba s’est avisé de donner le nom de laiibi, et qu'il rapporte mal à propos au ilaqualzin de nernandès, qui, comme nous l’avons dit, est le meme que notre sarigue. iMM. Brisson et Linnæus ont, au sujet du taiibi, suivi à la lettre ce (pi’en a dit Seba; ils ont copié jusqu’à son erreur sur le iluquatzin de llernandcs, et ils ont tous deux fait une espèce fort équivoque de cet animal, le premier sous le nom àii'philandfr du Brésil, n“ 4, cl le second sous celui de ‘phiUmder, n" 2. Le vrai taiibi, c’est-à-dire le laiibi de Maregrave et de Ray, n est donc point le taiibi de Seba, ni le philander de M. Linnæus, ni le pbilander du Brésil de M. Brisson, et ceux-ci ne sont point le tlaquatzin de Uernaudès. Ce taiibi de Seba (supposé qu’il existe) est un animal dilTérent de tous ceux qui avaient été indiqués par les auteurs précédents : il aurait fallu lui donner un nom particulier et ne le pas confondre, par une dénomination équivoque, avec le taiibi de .Vlarcgrave, qui n’a rien de commun avec lui. Au reste, comme le sarigue mâle n’a point de poche sous le ventre, et qu’il dilfère de la femelle par ce caractère si remarquable, il n’est pas étonnatil qu’on leur ait donné à cliacun un nom, et qu’on ait ap[)elé la femelle carigueya et le mâle taiibi.

Edward Tyson a, comme nous l’avons déjà dit, décrit et disséqué le sarigue femelle avec soin. Dans l’individu qui lui a servi de sujet, la tète avait six pouces, le corps treize, cl la queue douze de longueur; les jambes de devant six pouces*, cl celles de derrière quatre et demi de hauteur; le corps (juinze à seize pouces de circonférence, la queue trois pouces de tour à son origine, et un pouce seulement vers l’extrémité; la tète trois pouces de largeur entre les deux oreilles allant toujours en diminuant jusqu’au nez; elle est plus ressemblante à celle d’un cochon de lait qu’à celle d’un renard; les orbites des yeux sont trés-inelinées dans la direction des oreilles au nez; les oreilles sont arrondies et longues d'environ un |)ouce et demi; rouvcrlure de la gueule est de deux pouces et demi en la mesurant depuis l’iiti des angles de la lèvre jusqu'à rextrémilé du museau; la langue est assez étroite et longue de trois fmuces, rude et hérissée de petites papilles tournées en arrière. Il y a cinq doigts aux pieds de devant, tous les cinq armés d’ongles crochus ; autant de doigts aux pieds de derrière, dont quatre seulement sont armés d ongles, et le cinquième, qui est le pouce, est séparé des autres ; il est aussi placé plus bas cl n’a point d'ongle : tous ces doigts sont sans poils et recouverts d’une peau rougeâtre; ils ont près d'un pouce de longueur;

* Colle roaiiièro tle niesurei' les jambes n est pas cx,ictc. Tyson reconnaît Ini-memc que danslc squelette les os des jambes de devant étaient plus courts que ceux des jambes de derrière; et Maregrave, dans sa description, dit aussi que les jambes de devant étaient plus courtes que celles de derrière : ces dilléreuces ne provieonent (|ue de la différente manière de les mesurer, et c’est par celle raison que dans nos descriptions nous ne donnons pas les mesures des jambes nu bloc, et que nous détaillons celles de cliaeune des parties qui eomposent les jambes.

riISTOlllE NATÜREI.LE

la paume des mains et des pieds est large, et il y a des callosités charnues sous tous les doigts. La queue n’est couverte de poil qu’à son origine jusqu’à deux ou trois pouces de longueur, après quoi c’est une peau écailleuse et lisse dont elle est revêtue jusqu’à l’exlrémité : ces écailles sont blanchâtres, à peu près hexagones et placées régulièrement, en sorte qu’elles n’anticipent pas les unes sur les autres j elles sont toutes séparées et environnées d’une petite aire de peau plus brune que l’écaille. Les oreilles, comme les pieds et la queue, sont sans poil : elles sont si minces qu’on ne peut pas dire qu’elles soient cartilagineuses j elles sont simplement membraneuses comme les ailes des chauves-souris : elles sont très-ouvertes, et le conduit auditif parait fort large. La mâchoire du dessus est un peu plus allongée que celle du dessous ; les narines sont larges, les yeux petits, noirs, vifs et proéminents j le cou court, la poitrine large, la moustache comme celle du chat. Le poil du devant de la tète est plus blanc et plus court que celui du corps; il est d’un gris-cendré mêlé de quelques petites houppes de poils noirs et blanchâtres sur le dos et sur les côtés, plus brun sur le ventre, et encore plus foncé sur les jambes. Sous le ventre de la femelle est une fente qui a deux ou trois pouces de longueur : cette fente est formée par deux peaux qui composent une poche velue à l’extérieur et moins garnie de poil à l’intérieur; cette poche renferme les mamelles : les petits nouveau-nés y entrent pour les sucer, et prennent si bien riiabilude de s’y cacher (ju’ils s’y réfugient, quoique déjà grands, lorsqu ils sont épouvantés. Celte poche a du mouvement et du jeu; elle s ouvre et se referme à la volonté de ranimai. Le mécanisme de ce mouvement s’e.\écute par le moyen de plusieurs muscles et de deux os qui n’appartiennent qu’à cette espèce d’animal : ces deux os sont placés au-devant des os pubis auxquels ils sont attachés par la base; ils ont environ deux pouces de longueur, et vont toujours en diminuant un peu de grosseur depuis la base jusqu’à rcxlrémilé; ils soutiennent les muscles qui font ouvrir la poche et leur servent de point d’appui : les antagonistes de ces muscles servent à la resserrei' et à la fermer si exactement que dans l’animal vivant l’on ne peut voir l’ouverture qu’en la dilatant de force avec les doigts. L’intérieur de cette poche est parsemé de glandes qui fournissent une substance jaunâtre d une si mauvaise odeur, qu’elle se communique à tout le corps de l’animal : cependant lürs(]u’on laisse sécher ectte matière, non-seulement elle perd son odeur désagréable, mais elle aciiuiert du parfum qu’on peut comparer à celui du musc. Cette poche n’est pas, comme l’ont avancé faussement Marcgrave et Pison, le lieu dans lequel les petits sont conçus; la sarigue femelle a une matrice a l’intérieur, diirérentc à la vérité de celle des autres animaux, mais dans laquelle les petits sont conçus et portés justpi’au moment de leur naissance. Tyson prétend (jiie dans cet animal il y a deux matrices, deux vagins, quatre cornes de malrice, (juali e tronqjes de Fallope cl quatre ovaires. M. üaubenton n’est pas d’accord avec Tyson sur tous ces faits; mais en comparant sa description avec celle de Tyson, on verra qu’il est au moins très-certain que dans les organes de la

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géncralion des sarigues il y a plusieurs parties doubles tpii sont simples dans les autres animaux. Le gland de la verge du mâle et celui du clitoris de la femelle sont fourchus et paraissent doubles. Le vagin, qui est simple à l’entrée, se partage ensuite en deux canaux, etc. Cette conlorrnation est eu général très-singulière et didérente de celle de tous les autres animaux quadrupèdes.

Le sarigue est uniquement originaire des contrées méridionales du INouveau-Monde; il paraît seulement qu'il n'alTecte pas aussi constamment que le tatou les climats les plus chauds. On le trouve non-seulement au Brésil, à la Guyane, au Mexique, mais aussi à la Floride, en Virginie et dans les autres régions tempérées de ce continent. 11 est partout assez commun, parce qu’il produit souvent et en grand nombre; la plupart des auteurs disent quatre ou cinq petits, d’autres six ou sept : Maregrave assure avoir vu six petits vivants dans la poche d’une femelle; ces petits avaient environ deux pouces de longueur; ils étaient déjà fort agiles ; ils sortaient do la poche et y rentraient plusieurs fois par jour. Ils sont bien plus petits lorsqu ils naissent; certains voyageurs disent qu’ils ne sont pas plus gros que des mouches au moment de leur naissance, c’est-à-dire quand ils sortent de la matrice pour entrer dans la poche et s’attacher aux mamelles. Ce fait n’est pas aussi exagéré qu’on pourrait l’imaginer; car nous avons vu nous-mêmes, dans un animai dont l’espèce est voisine de celle du sarigue, des petits attachés à la mamelle qui n’élaient pas plus gros que des fèves; et l'on peut présumer avec beaucoup de vraisemblance que, dans ces animaux, la matrice n’est, pour ainsi dire, que le lieu de la conception, de lu lormation et tlti premier dévelo[)pement du fœtus, dont l’exclusion étant plus précoce tpie dans les autres quadrupèdes, l’aceroissenient s’achève dans la bourse où ils entrent au moment de leur naissance prématurée. Personne n'a observé la durée de la gestation de ces animaux, que nous présumons être beaucoup plus courte que dans les autres; et comme c’est un exemple singulier dans la nature que cette exclusion précoce, nous exhortons ceux qui sont à portée de voir des sarigues vivants dans leur pays natal de tâcher de savoir combien les femelles portent de temps, et combien de temps encore iqu-ès la naissance les petits restent altacliés à la mamelle avant que do s’en séparer. Cette observation, curieuse par elle-même, pourrait devenir utile, en nous indiquant peut-être quelque moyen de conserver la vie aux enfants venus avant le terme.

Les petits sarigues restent donc attachés et comme collés aux mamelles de la mère pendant le premier âge, et jusciu’à ce qu’ils aient pris assez de force et d'accroissement pour se mouvoir aisément. Ce fait nest pas doutoux; il n'est pas même particulier à cette seule espèce, puisque nous avons vu, comme je viens de le dire, des petits ainsi attachés aux mamelles dans une autre espèce, que nous apjiellerons la martnose, et de laquelle nous jiarlerons bientôt. Or cette femelle mannose n a pas, comme la lemellc sarigue, une poche sous le ventre où les petits puissent se cacher : ce n est donc pas

342 HISTOIRE NATURELLE DU SARIGUE, OU OPOSSUM, de la coininodilé ou du secours que la poche prèle aux pelits que dépend uniquement 1 eiret de la longue adhérence aux mamelles, non plus que celui de leur accroissement dans cette situation immobile. Je Ans cette remarque afin de prévenir les conjectures que l’on pourrait faire sur l’usage de la poche, en la regardant comme une seconde matrice, on tout au moins comme un abri absolument nécessaire à ces petits prématurément nés. Il y a des auteurs qui prétendent qu’ils restent collés à la mamelle plusieurs semaines de suite; d’autres disentqu’ils ne demeurent dans la poche que pendant le premier mois de leur âge. On peut aisément ouvrir cette poche de la mère, regarder, compter et même loucher les petits sans les incommoder; ils ne quittent la letine, qu ils tiennent avec la gueule, que quand ils ont assez de force pour marcher ; ils se laissent alors tomber dans la poche et sortent ensuite pour se promener et pour chercher leur subsistance; ils y entrent .souvent pour dormir, pour leter, et aussi pour se cacher lors(|u’ils sont épouvantés; la mèrefuit alors et les emporte tous; elle ne paraît Jamais avoir plus de ventre que quand il y a longtemps qu’elle a mis bas et que ses petits sont déjà

grands; car dans le temps de la vraie gestation on s’aperçoit peu qu’elle soit pleine.

A la seule ins|)cclion de la forme des pieds de cet animai, il est aisé de juger quil marche mal et qu’il court lentement; aussi dit-on qu’un homme peut l’attraper sans mémo précipiter ses pas. En revanche, il grimpe sur les arbies avec une extrême facilite; il se cache dans le feuillage pour attraper des oiseaux, ou bien il se suspend par la queue dont rcxlrémilé est musculeuse et flexible comme une main, en sorte qu’il peut serrer et même environner de plus d un tour les corps qu il saisit : il reste quehpiefois longtemps dans cette situation sans mouvement, le corps suspendu, la tête en bas; il épie et altend le petit gibier au passage; d'autres fois il se balance pour sauter d’un arbre à un autre, à peu près comme les singes à queue prenante, auxciuels il ressemble aussi par la conformation des pieds. Quoique carnassier, et même avide de sang qu’il se plaît à sucer, il mange assez de tout, des reptiles, des insectes, des cannes de sucre, des patates, des racines, et même des feuilles et des écorces. On peut le nourrir comme un animal domestitpie : il n est ni léroce in farouche, et on l ajiprivoise aisément; mais il dégoûte par sa mauvaise odeur qui est plus forte <ine celle du renard, et il déplail aussi par sa vilaine figure; car indépendamment de ses oreilles de chouette, de sa (jueuc de serpent et de sa gueule fendue jusi|u’auprès des yeux, son corps parait toujours sale, parce (|ue le poil, ijui n’est in lisse ni frisé, est terne et semble être couvert de boue. Sa mauvaise odeur réside dans la peau, car sa chair n’est pas mauvaise à manger; c’est même un des animaux que les Sauvages ehassent de préicrcnce, et du(|ucl ils se nourrissent le plus volontiers.

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