DL' SARIGUE, DE LA MARMOSE, ETC
à une marmoKc; les yeux sont petits, roinis et brillants, les pattes courtes, et la (pieiie, qui est longue, est sans poil. Cet animal saute d’un arbre à un autre comme un écureuil, et alors il fait de sa queue un crochet, avec lequel il se tient aux branches (tour manger plus facilement les fruits. Il répand une odeur désagréable qui approche de celle du renard. Il a une poche sous le ventre, dans laquelle il porte ses petits, qui entrent et sortent par-dessous la queue de l’animal. Les vieux sautent d'un arbre à l’autre en portant leurs petits dans cette poche. »
Jl paraît, par le caractère de la poche sous le ventre et de la queue pretiantc, que ce cusciis ou cusos des Indes orientales est en effet un animal du même genre que les philanders d’Amérique ; mais cela ne prouve pas qu’ils soient de la même espèce d’aucun de ceux du nouveau continent. Ce serait le seul exemple d'une pareille identité. Si M. Vosmaër eût fait graver les figures de ces coescoes, comme il le dit dans le texte, on serait plus en état de juger, tant de la ressemblance que des différences des coescoes d’Asie, avec les sarigues ou philanders de l’Amérique; et je demeure toujours persuadé que ceux d’un continent ne se trouveront pas dans l’autre, à moins qu’on ne les y ait apportés.
Ce n’est pas qu’ahsolument parlant et même raisonnant philosophiquement, il ne fût possible qu’il se trouvât dans les climats méridionaux des deux continents quelques animaux qui seraient précisément de la môme espèce. Nous avons dit ailleurs *, et nous le répétons ici, que la meme température doit faire dans les différentes contrées du globe les mômes edéts sur la nature organisée, et par conséquent produire les mêmes êtres, soit animaux, soit végétaux, si toutes les autres circonstances étaient, comme la température, les mêmes à tous égards; mais il ne s’agit pas iei d’une possibilité philosophi(|ue qu’on peut regarder comme plus ou moins probable; il s’agit d’un fait et d’un fait très-général, dont il est aisé de présenter les nombreux et très-nombreux exemples. Il est certain qu’au temps de la découverte de l’Amérique il n’existait dans ce nouveau monde aucun des animaux que je vais nommer : l’éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, la girafe, le chameau, le dromadaire, le buffle, le cheval, l'âne, le lion, le tigre, les singes, les babouins, les guenons, et nombre d’autres dont j’ai fait l’énumération, et que de même le tapir, le lama, la vigogne, le pécari, le jaguar, le couguar, l’agouti, le paca, le coati, l’unau, l'aï, et beaucoup d’autres dont j ai donné l’énumération, n’existaient point dans l’ancien continent. Cette multitude d’exemples dont on ne peut nier la vérité ne suffit-elle pas pour qu’on soit au moins fort en garde lorsqu il s'agit de prononcer, comme le fait ici M. Vosmaër, que tel ou tel animal se trouve également dans les parties méridionales des deux continents?
C’est à ce cuscus ou cusos des Indes qu’on doit rapporter le passage suivant :
* Théorie de la Terre, second Mémoire.
BCFFON, tome TU.
3S0 IIISTOIHK NATIJRKLLE
« Il se trouve, dit Mandeslo, aux îles Moluques un animal qu'on appelle cusos; il se tient sur les arbres, et ne vit que de leurs fruits. Il ressemble à un lapin et a le poil épais, frisé et rude, entre le gris et le roux; les yeux ronds et vifs, les pieds petits, et la queue si forte, qu’il s’en sert pour se pendre aux branches afin d’atteindre plus aisément aux fruits. »
Il n’est pas question dans ce passage de la poche sous le ventre, qui est le caractère le plus marqué des philanders ; mais je le répète, si le cuscus ou le cusos des Indes orientales a ce caractère, il est certainement d’une espèce qui approche beaucoup de celle des philanders d’Amérique, et je serais porté à penser qu’il en dillëre à peu près comme le jaguar diffère du léopard. Ces deux derniers animaux, sans être de la même espèce, sont les plus ressemblants et les plus voisins de tous les animaux des parties méridionales des deux continents.
LE CRABIER.
(le SAUIGÜE CnABlEU.)
Ordre des marsupiaux, famille des pedimanes, genre sarigue. (Cuvier. )
Le nom de crabier, ou chien crabier, que l’on a donné à cet animal, vient de ce qu’il se nourrit principalement de crabes. Il a très-peu de rapport au chien ou au renard, auquel les voyageurs ont voulu le comparer. Il aurait plus de rapport avec les sarigues, mais il est beaucoup plus gros, et d’ailleurs la femelle du crabier ne porte pas, comme la femelle du sarigue, ses petits dans une poche sous le ventre : ainsi le crabier nous paraît être d’une espèce isolée et différente de toutes celles que nous avons décrites.
On remarquera la longue queue écailleuse et nue, les gros pouces sans ongle des pieds de derrière, cl les ongles plats des pieds de devant. Cet animal, que nous conservons au Cabinet du Roi, était encore jeune lorsqu’on nous a envoyé sa dépouille ; il est mâle, et voici la description que nous en avons pu faire :
La longueur du corps entier, depuis le bout du nez jusqu'à l’origine de la queue, est d’environ dix-sepl pouces.
La hauteur du train de devant, de six pouces trois lignes, et celle du train de derrière de six pouces six lignes.
La queue, qui est grisâtre, écailleuse et sans poil, a quinze pouces et demi
DU CRABFER. 331
lie longueur, sur dix lignes de grosseur à son conuncncenient; elle esl trèsmenue à son extrémité.
Comme cet animal esl fort bas de jambes, il a de loin quelque ressemblance avec le chien basset : la tôle meme n’est pas fort différente de celle d'un cbicn; elle n’a que quatre pouces une ligne de longueur, depuis le bout du nez jusqu’à l’occiput. L’œil n’est pas grand; le bord des paupières esl noir, et au-dessus de l’œil se trouvent de longs poils qui ont jusqu’à quinze lignes de longueur; il y en a aussi de semblables à côté de la joue vers l’oreille. Les mouslacbes autour de la gueule sont noires, cl ont jusqu’à dix-sept lignes de long. L’ouverture de la gueule est de près de deux pouces; la mâchoire supérieure est armée de cliaque côté d’une dent canine crochue et qui excède sur la mâchoire inférieure. L’oi'cdlCj qui est de couleur brune, parait tomber un peu sur elle-même, elle est nue, large et ronde à son extrémité.
Le poil du corps est laineux et parsemé d’autres grands poils raides, noirâtres, qui vont en augmentant sur les cuisses cl vers l’épine du dos qui est toute couverte de ces longs poils; ce qui forme à cet animal une espèce de crinière, depuis le milieu du dos jusqu’au commencement de la queue. Ces poils ont trois pouces de longueur ; ils sont d'un blatic sale à leur origine jusqu’au milieu, et ensuite d’un brun minime jusqu’à l’exlréniité. Le poil des côtés est d’un blanc jaune, ainsi que sous le ventre; mais il tire plus sur le fauve vers les épaules, les cuisses, le cou, la poitrine et la tète, où celle teinte de fauve esl mélangée de brun dans quelques endroits. Les côtés du cou sont fauves. Les jambes et les pieds sont d’un brun noirâtre; il y a cinq doigts à chaque pied; le pied de devant a un pouce neuf lignes; le plus grand doigt neuf lignes, et l'ongle en gouttière deux lignes; les doigts sont un peu pliés, comme ceux des rats; il n’y a que le pouce qui soit droit. Les pieds de derrière ont un pouce huit lignes, les plus grands doigts neuf lignes, le pouce six lignes; il est gros, large et écarté comme dans les singes; l’ongle en est plat, tandis que les ongles des quatre autres doigts sont crochus et excèdent le bout des doigts. Le pouce du pied de devant est droit et n’est poiîit écarté de l’autre doigt.
M. de la Borde m'a écrit que cct animal était fort commun à Cayenne, cl qu'il habite toujours les palétuviers et autres endroits marécageux.
« Il est, dit-il, fort leste pour grimper sur les arbres, sur lesquels il se lient plus souvent qu’à terre, surtout pendant le jour. Il a de bonnes dents, et se défend contre les chiens. Les crabes font sa principale nourriture, et lui |)rofitcnt, car il est toujours gras. Quand il ne peut jias tirer les crabes de leur trou avec sa patte, il y introduit sa queue, dont il se sert comme d’un erocbel. Le crabe, qui lui serre quelquefois la queue, le fait crier; ce cri ressemble assez à celui d’un homme, et s entend de fort loin ; mais sa voix ordinaire est une espece de grognement semblable à celui des petits cochons. Il produit quatre ou cinq petits, et les dépose dans de vieux arbres creux. Les naturels du pays en mangent la chair, qui a quelques rapports à celle
532 mSTOlUIÎ NATURELLE DU SARIGUE DES ILLINOIS, tlii lièvre. Au reste, ces animaux se familiarisent aisément, et on les nourrit à la maison comme les chiens et les chats, c’est-à-dire avec toutes sortes d’aliments : ainsi leur goût pour la chair du crabe n’est point du tout un goût exclusif.
« On prétend qu’il se trouve dans les terres de Cayenne deux espèces d’animaux, auxquels on donne le même nom de crabier, parce quêtons deux mangent des crabes. Le premier est celui dont nous venons de parler; l’autre est non-seulement d’une espèce différente, mais parait même être d’un autre genre. 11 a la queue tonte garnie de poil, et ne prend les crabes qu’avec ses pattes. Ces deux animaux ne se ressemblent que par la tête, et différent par la forme et les proportions du corps, aussi bien que par la conformation dos pieds et des ongles *. »